" J'arrive pas à croire que t'aie transmuté ma soeur !" s'exclama Kain.
Il faisait les cents pas chez Jean, devant lui dans son salon.
" Mais enfin qu'est-ce qui t'es passé par la tête ?" reprit le sergent.
" Simplement l'envie de la revoir. Tu peux comprendre ça je suppose ? J'aimais ta soeur comme un fou, et je ne supportais plus son absence." répondit Jean d'un ton las.
" Ouais d'accord, mais ce n'est pas un objet ! Tu le savais que la transmutation humaine ne marcherait pas ! Que tu allais créer un homonculus !" reprit Kain en lui faisant face.
" Bien sûr, mais je voulais essayer."
" A quoi bon puisque tu savais que ce serait inutile ! Je comprends très bien que tu veuille la revoir, moi aussi j'en meurs d'envie. Mais là, j'estime que tu as insulté sa mémoire."
" Pardon ? Moi insulter sa mémoire ? T'as perdu la tête toi aussi ?" fit Jean menaçant.
" Oui tu as insulté sa mémoire ! Ce sont les objets qu'on transmute, pas les humains ! En faisant ça tu l'as traitée comme une chose, un objet qu'on peut réparer, comme si elle n'avait pas plus de valeur que ça ! Je suis sûre que si elle le pouvait, elle te flanquerait une tarte à te faire tourner la carlingue trois fois sur ton cou !" répliqua vertement Kain.
Jean baissa les yeux. Son beau-frère n'avait pas entièrement tort. Il eut soudain l'impression d'avoir agi comme le dernier des monstres. Qu'avait-il fait à celle qu'il aimait plus que tout ? Il l'avait transformé en être artificiel, en coquille vide. Sans aucun espoir, sans rien connaître d'autre que la haine. Mais comment avait-il pu faire une chose pareille ? Havoc se prit la tête entre les mains.
" Quel pauvre con je suis. Si t'as envie de me flanquer une correction, surtout ne te gène pas. Je le mérite amplement." dit-il.
" Désolé, j'ai pas une nature violente." fit Kain sèchement.
" Je me frapperais volontiers moi-même, mais honnêtement ça aura beaucoup moins d'impact. Non sérieux Kain, je crois que tu devrais me cogner."
" Tsss ! Mon pauvre si tu t'entendais parler ! C'est pas ça qui va arranger les choses ! "
" Et tu propose quoi dans ce cas ?" s'énerva Jean.
" Je ne sais pas ! J'en sais rien ! Je ne sais plus rien depuis que ma soeur est morte !" s'exclama le sergent.
Jean ferma les yeux, sentant à nouveau les larmes le picoter.
" Je crois que le mieux que tu puisse faire c'est de rentrer chez toi. C'est moi qui ait créé ce problème, c'est à moi de le résoudre." soupira-t-il.
Kain hésita à le laisser seul, des fois qu'il ferait une autre sottise. Le lieutenant devina ses pensées, et renouvela sa demande. Kain soupira en fermant les yeux, et s'en alla. Son beau-frère rejeta la tête en arrière, contre le mur.
" Ma Samantha, mon trésor ... que t'ai-je fait ?" murmura-t-il.
Il ferma les yeux, et revit le visage souriant de sa femme. Jean avait même l'impression de la sentir contre lui. Soudain, il entendit la porte d'entrée se refermer. Havoc se leva et alla voir. Son coeur rata un battement en découvrant l'homonculus de Samantha.
" Paraît que c'est à toi que je dois ce semblant d'existence." dit-elle.
Jean ne put répondre, hypnotisé par son visage. Elle lui ressemblait tellement. Le soldat ne se rendit pas compte que Revenge s'avançait vers lui. Et vu l'air qu'elle affichait c'était pas pour un câlin. Il ne sortit de sa rêverie que lorsqu'elle l''attrapa par le cou et commença à serrer.
" Samantha ... mais arrête !" dit-il.
" Je suis Revenge. J'ai rien à voir avec ta Samantha."
" Qu'est-ce que ... tu veux ?" demanda Jean en essayant de se dégager.
Mais l'homonculus avait une sacrée poigne, et serra davantage sa prise.
" Te faire payer pour ce que tu m'as fait. A cause de toi je suis condamnée à n'être que la copie de quelqu'un, une créature dépourvue d'âme ! Tu as une idée de ce que ça peut faire de n'être qu'une coquille vide, hein ?" répondit-elle les yeux flamboyants de haine.
" Je comprends ... ta colère. J'ai agi ... comme un imbécile. Mais sais-tu ... pourquoi ... j'ai fait ça ?" articula-t-il.
Revenge parut décontenancée par sa réponse, et desserra inconsciemment son emprise.
" Parce que ... je t'aimais plus ... que tout. Je voulais te revoir ... je ne supporte pas d'être séparé de toi. Mon seul tort est ... de t'aimer à en mourir. D'ailleurs ... si tu veux me tuer ... vas-y. Que je puisse ... te rejoindre. Et pardonne-moi ... je t'aime Samantha ... ou Revenge ... peu importe ... je t'aime quand même."
La colère semblait avoir quitté Revenge. Elle le lâcha d'un coup, et recula. Jean toussa, et inspira plusieurs goulées d'air. Puis il la regarda tout en reprenant sa respiration. L'homonculus ne savait plus quoi faire. Jean lui avait paru tellement sincère.
" Eh bien ? Tu ne veux plus me tuer ? Je le mérite pourtant." reprit Jean.
Revenge ne répondit pas, et continua à le fixer. Elle voyait de la tendresse dans ses yeux azur, de l'amour mais surtout une immense tristesse.
" Tâche de ne plus t'approcher de moi. Je ne serais pas aussi clémente la prochaine fois." avertit-elle.
Revenge lui tourna le dos et sortit de l'appartement. Jean glissa contre le mur, et cette fois éclata en sanglots. Dehors, Wrath vit Revenge sortir. Il la rejoignit prestement.
" Tu l'as tué ?" demanda-t-il inquiet.
" Non."
Wrath soupira de soulagement, et la laissa partir. Wrath monta rapidement à l'appartement du soldat. Il le trouva en pleurs dans le couloir de son entrée. Wrath ferma doucement la porte, et s'approcha de lui. Puis il posa ses mains sur les larges épaules.
" Oh c'est toi Wrath !" dit-il.
Jean essaya de sourire à travers ses larmes, mais ça ressemblait plus à une grimace qu'à autre chose.
" Tu te rends compte de ce que j'ai fait ? De ce que je lui ait fait ?" reprit-il.
" Ouais. Allez venez." répondit Wrath.
Il le fit se lever et l'amena au salon où ils se posèrent.
" Je vois que Revenge ne vous a pas fait trop de mal." dit Wrath.
" Tu la connais ?" interrogea Jean.
" Oui, c'est moi qui l'ai trouvée et qui lui ai donné forme humaine et son nom." expliqua l'homonculus de la colère.
" Comment ça ?"
" Quand vous l'avez transmutée, ce n'était sûrement pas humain. Pour qu'un homonculus le devienne, du moins en apparence, il faut le nourrir de pierres rouges. Je l'ai aidée comme elle l'avait fait pour moi. Ensuite, quand j'ai compris que seule la vengeance l'intéressait j'ai décidé de l'appeler Revenge."
Jean hocha la tête en signe de compréhension. Soudain, une lumière bleue apparut devant eux. Elle descendit doucement sur la table basse, et une amulette se matérialisa. Une enveloppe était accrochée au collier. Jean et Wrath se regardèrent.
" C'est toi qui ..." demanda Jean.
" Non du tout, je ne sais pas faire ça." répondit le petit.
Jean se pencha et ôta l'enveloppe de l'amulette. Il en retira une lettre qu'il déplia. Il écarquilla les yeux en reconnaissant l'écriture :
" Mon tendre amour,
Si tu as reçu cette lettre, c'est qu'il m'est arrivé quelque chose. L'amulette bleue que tu vois s'appelle le Coeur du Temps. Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais c'est une relique que je devais trouver. Quand je l'ai fait, elle a apporté le malheur à Central. J'ai pu arranger les choses, suite à quoi je me suis demandé si je devais la détruire. Finalement j'ai décidé que non, pensant que ça pourrait toujours servir. Pour en venir au fait, cette amulette permets un contrôle sur le temps. Sachant que j'allais partir dans un endroit particulièrement dangereux, je l'ai configuré pour qu'il te fasse parvenir cette lettre.
Je ne sais pas quand elle va t'arriver, ce n'était pas évident comme manipulation. Mais si tu souhaite me retrouver, tu peux t'en servir et changer le futur. Je pense que sa malédiction ne te touchera pas. Car cette amulette exacerbe l'avidité de son possesseur. Comme je sais que c'est un défaut que tu n'as pas, je suis tranquille de ce côté. Voilà, maintenant tu sais ce que tu as à faire. Petite précision : je n'aurais pas de souvenirs de ce qui s'est passé, puisque quand tu me retrouvera rien ne se sera produit. Pour te servir de l'amulette, c'est facile : mets-là autour du cou et pense au moment où tu veux te rendre."
La lettre était signée du prénom de sa femme. Jean reporta ses prunelles couleur ciel sur l'amulette. Il avait là le moyen de retrouver Samantha, sans danger et d'éviter que tous ces malheurs n'arrivent.
" Wrath, tu te rends compte de ce que ça veut dire ?" fit Jean.
" Pas trop non. Comment cette lettre est-elle arrivée là ?"
" Cette amulette s'appelle le Coeur du Temps. Et elle va me permettre de rejoindre Samantha, et de faire en sorte que rien de ce qui est arrivé n'arrive. Je vais la retouver c'est génial !" exulta le lieutenant.
" J'ai toujours pas compris." reprit Wrath.
" Ce bijou va me faire voyager dans le temps. Je pourrais prévenir ma chérie de ne pas partir, en lui expliquant bien sûr pourquoi, et on pourra rester ensemble. Bon, voyons comment ça marche."
Jean attrapa le Coeur du Temps, et le passa autour du cou.
" Attends ! Je peux venir avec toi ?" demanda Wrath.
" Hein ? Mais pourquoi faire ?" s'étonna Jean.
" Comme elle l'a dit dans sa lettre, Sam ne saura pas ce qui s'est passé. Donc elle va m'oublier, et ça je le veux pas."
" Hm je comprends. Mais j'y pense : nous serons tous les deux dans le passé. Que va-t-il arriver si on se croise ?"
" Probablement rien de bon. Alors tu m'emène ?"
" Ok ça marche. Pour ce genre de truc mieux vaut être deux."
Jean lui prit la main, et réfléchit un instant comment faire fonctionner l'amulette. Il ferma les yeux, et pensa au jour du départ de sa femme. Le Coeur du Temps brilla, et Jean rouvrit les yeux. L'appartement autour d'eux devint flou pendant quelques instants. Quand tout redevint normal, ils étaient encore dans l'appartement.
" Ca a marché ?" demanda Wrath.
" Sûrement, vu ce qui s'est passé. Nous avons dû revenir plusieurs mois en arrière, le jour où Samantha est partie pour le Django. Voyons ... vu l'heure qu'il est elle doit être encore à son bureau. Moi je bosse, donc on ne risque pas de me croiser. On va aller la voir au musée." répondit-il.
Il lâcha la main de Wrath, et tous deux sortirent de son immeuble. Le lieutenant les conduisit sur le lieu de travail de sa femme. Comme le conservateur le connaissait, il le laissa entrer. Samantha fut surprise de le voir arriver, et aussi qu'il soit accompagné d'un enfant.
" Jean ? Qu'est-ce que tu fais là mon amour ?" dit-elle.
Même en sachant qu'il venait de voyager dans le temps, il avait du mal à croire qu'elle soit bien là.
" T'en fait une tête, que se passe-t-il mon bébé ?"
Samantha se leva et se dirigea vers lui. Jean la serra fortement contre lui.
" Ma chérie, mon amour tu es là ! Je suis si heureux de te revoir !" dit-il.
" Mais tu m'a vue ce matin !" s'étonna-t-elle.
" Il serait peut-être bon que tu lui explique." intervint Wrath en croisant les bras.
" Ah oui, c'est vrai que tu ne sais pas." dit le blond
Jean sortit alors la lettre, et Samantha comprit aussitôt :
" Ok d'accord ! Vous venez du futur."
" Oui. Et il n'est pas rose du tout. Mon coeur, tu ne dois pas partir au Django, c'est là que tout a commencé." fit Jean.
Il lui raconta alors sa perte de mémoire, le don qu'elle avait développé suite à ça et où cela l'avait conduite. Samantha écarquilla les yeux au fur et à mesure de son récit.
" Eh ben ! J'ai rudement bien fait de la garder cette amulette !" dit-elle à la fin de son récit.
Jean acquiesça avec vigueur.
" Bon, voilà ce qu'on va faire. Moi j'annule mon voyage, et vous deux vous retournez dans le futur." dit-elle.
" Comment ça ?" demanda Wrath.
" Vous ne pouvez pas rester ici, car vous y êtes déjà et ça pourrait créer de graves complications. Et puis quand vous y reviendrez le futur sera changé. Il l'est même déjà." expliqua-t-elle.
" Même pour moi ?" reprit l'homonculus.
" Bien sûr mon petit. Allez filez, maintenant."
Jean embrassa longuement sa femme avant de repartir. Samantha alla voir son employeur pour l'informer de sa décision. Malgré sa surprise, Dooley ne dit rien.
Ensuite, la chasseuse de reliques se rendit au Q.G à l'heure où son mari sortait.
" Tu t'en va bientôt mon amour ?" demanda-t-il.
" Non. Mais je vais te demander un service." répondit-elle.
Samantha lui expliqua de quoi il retournait. Le lendemain matin, les militaires firent irruption dans le repaire d'Holloway. La jeune femme alla elle-même chercher Wrath. Quand elle sortit elle le tenait par la main.
" Que compte-tu faire de lui ma chérie ?" demanda Jean.
" Je ne sais pas trop, ce pauvre petit n'a nulle part où aller. Notre maison est assez grande, on pourrait le garder." dit-elle en passant une main dans les cheveux de Wrath.
" Mais euh ... je ne sais pas trop." fit Jean embarrassé.
" Tu sais, il est déjà grand. Et je suis sûre que ça ne nous fera pas de mal de l'avoir avec nous." reprit-elle.
" Bon ... d'accord."
Samantha se tourna vers l'homonculus :
" Et toi Wrath, tu en pense quoi ? Tu veux venir habiter avec nous ?"
" Oui, je veux bien."
Samantha sourit, et le petit le lui rendit. De retour chez eux, Samantha aménagea la chambre de Wrath.
" Tu dormira sur ce lit le temps qu'on t'en achète un, ainsi que quelques habits." annonça-t-elle.
" Je préfère ceux que j'ai." répondit Wrath.
" Comme tu veux mon petit."
Finalement, tout le monde fut content de l'idée de la brune. Jean et Wrath devinrent rapidement proches, et l'homonculus finit par les appeler tout naturellement papa et maman. Sam parvint quand même à lui faire porter de temps à autre des vêtements normaux, en revanche pas moyen de lui faire couper ses cheveux. Wrath n'avait jamais été aussi heureux : il avait une famille, et il avait l'impression d'être un humain tout à fait normal.
