Chapitre 2.

Une heure plus tard, c'est une infirmière que Castiel ne connaît pas qui vient le voir. Elle ne lui dit rien et semble mal à l'aise. Alors il la suit jusqu'à l'ascenseur, sa perf avec lui, monte à l'étage oncologie.

Il retient un sourire. Dean.

Amandine ne remarque rien. Elle espère que Dean tiendra sa promesse parce qu'elle commet une faute professionnelle en sortant Castiel de son service.

Dean tourne en rond dans sa chambre maintenant. Enfin pas trop longtemps. Il finit toujours par fatiguer.

Amandine amène le petit brun jusqu'à la chambre de Dean, la 203.

Elle frappe. Dean dit d'entrer. Il est vraiment fatigué d'un coup et il veut garder ses forces pour tirer un mot ou deux à Castiel.

« Dean, ton colis ! Tu en prends soin et me fais pas regretter de t'avoir fait confiance ! »

Castiel regarde la jeune femme, puis Dean. Il a l'air fatigué, comme lui. Ce garçon lui fait encore comme les premières fois. Il sait qu'il doit le voir.

« Désolée, Amandine c'est tout dans l'exagération... Enfin du peu que j'ai pu voir, dans le Sud c'est toujours comme ça., sourit Dean. Viens t'asseoir si tu veux. »

Castiel va s'asseoir sur le fauteuil juste à côté. Ça l'a étourdi de bouger comme ça. Dean continue à parler, toujours. Il espère que ça déclenchera un mot, comme la dernière fois.

« Bon Castiel, j'ai un deal avec Amandine. Si tu manges un peu, mais vraiment un peu, elle reviendra te chercher pour qu'on se voit. Sinon bah j'aurais été ravi de te connaître. » sourit Dean, les yeux pétillants.

Castiel commence à comprendre pourquoi on l'a fait venir ici. Manger ? Pourquoi faire ? De toute façon il n'y a rien ici. Comme s'il lisait dans ses pensées, Dean embraye.

« Je sais que la bouffe de l'hôpital est dégueulasse. Et comme je suis un patient sur le long terme, ils autorisent ma mère à me donner des trucs faits maisons. Mais moi j'ai pas trop d'appétit... »

Castiel soupire. Il ne veut pas manger. Non. Lui il veut qu'on le laisse tranquille. Mais Dean ne semble pas décidé à le faire. Dean observe ses traits qui se ferment, ses bras qu'il croise. Non. Mauvaise approche que le deal. Il doit trouver un autre moyen, il sait qu'il peut le faire.

« Bon on verra. Si tu as envie. Moi j'fais ça juste pour avoir un peu de compagnie tu sais »

Castiel n'est pas habitué a avoir de la compagnie lui. Et il ne voit en quoi un garçon qui ne parle pas puisse intéresser. D'un côté ça commence à l'agacer de ne pas parler. Mais est-ce qu'il va l'écouter ?

Dean change de sujet. Il faut trouver un terrain d'entente, c'est sa seule chance.

« Tu avances dans ton bouquin ? »

Castiel fait oui de la tète. De toute façon, il l'a déjà lu. C'est tout ce qu'on lui a proposé ici.

« Ha cool. Moi c'est un de mes bouquins préférés. J'adore tout ce qui est de Stephen King. T'en as lu d'autres ? »

Castiel hausse les épaules. C'est quand même le seul qui arrive à même lui tirer des gestes ou même attirer son attention. Rien que pour ça... Mais Dean veut toujours plus. Il l'a mis en confiance. Maintenant, il va lui tirer un mot. Sur un sujet neutre. Il sait déjà comment faire. Il faut poser une question ouverte, une à laquelle Castiel ne puisse pas répondre par oui ou non.

« Tu penses quoi des bouquins de Stephen King en général ? »

Encore une fois Castiel hausse les épaules. Il ne pense rien. Dean soupire. Il s'est fait avoir. Castiel est encore plus malin que lui.

« Pourquoi tu parles pas ? demande Dean de but en blanc.

Parce qu'on m'écoute pas... » murmure Castiel, ramenant ses jambes contre son torse.

Dean a un petit sourire un coin. Victorieux. Quatre mots. Et une indication sur ce qu'il faut faire pour le faire parler.

« Moi je t'écoute. J'ai du temps. Je fais qu'attendre toutes mes journées que ce foutu cancer dégage. Alors parle et moi je t'écoute. Depuis que je te connais, je suis un vrai moulin à paroles ! Arrête-moi ! rit Dean.

Castiel a envie de rire, mais ça fait bizarre. Ça lui fait presque mal, comme si ça allait le faire pleurer. Pourtant il parle, à lui.

Je veux pas parler parce que les gens s'en foutent pourquoi je suis là. On me demande pourquoi j'ai fait ça, alors que y'a rien de plus clair. On me demande pourquoi je parle pas, mais ils m'écoutent pas. C'est pas sincère. Je suis le petit emmerdeur de psychiatrie. Si eux m'entendent pas, moi je les entends.

Castiel murmure, parce qu'il a presque plus l'habitude de parler. Mais ça sort...

Pourtant tu en dis des choses intéressantes., souffle Dean. Et ça pourquoi tu le dis pas aux autres ? Peut-être qu'ils t'écouteraient après...

Dean aussi s'est mis à parler tout doucement. Il a penché la tête vers le côté droit, signe qu'il écoute, attentivement.

C'est pas sincère. Ils t'écoutent parce que c'est leur métier. Et j'ai pas besoin d'eux pour savoir pourquoi ça va pas...

Alors qu'est-ce que tu veux savoir ? De qui t'as besoin ?

Castiel ne dit rien cette fois, mais parce qu'il ne sait pas quoi y répondre. Qui est-ce qu'il cherche ?

Les autres peut-être... Je sais pas.

T'es paradoxal quand même. Tu cherches les autres mais tu veux qu'on te laisse tranquille...

Ouais sûrement... Mais personne n'est honnête aussi...

Tu n'as confiance en personne., fait Dean en le regardant droit dans les yeux.

Parce qu'on m'a toujours trahie. Alors non, j'ai pas confiance.

Et pourquoi tu me parles à moi ? le pousse Dean.

Je sais pas... »

Castiel ne peut pas parler de cette sensation agréable quand il est près de lui. Ça serait déplacé tout de même. Il pourrait pourtant. Dean ne le jugerait pas puisque quelque part, il comprend. Ce n'est pas innocent s'il trépigne depuis hier. Et qu'il s'intéresse autant à lui. C'est juste qu'il n'y peut rien. Il a envie.

De l'autre côté de la porte 203, les infirmières de psy ont collé leur oreille au bois. Elles écoutent, puis regardent Amandine avec étonnement. Il parle ! Elles n'entendent pas ses mots exacts mais juste sa voix, de loin, trop faible par moment. Ce petit parle !

Avant de se mettre à piailler comme des dindons, Amandine leur demande de partir. Elle a un patient à elle là-dedans, non mais. Son patient préféré en plus.

Castiel finit par se détendre. Relâche ses jambes qu'il pose à terre.

« Et toi ?

Tu sais presque tout. Enfin du moins les raisons du pourquoi du comment je suis là.

Mais ça va ?, demande Castiel.

Sur le plan médical ou moral ? rit Dean.

Les deux... Mais ton moral a pas l'air trop entamé...

Baaah y'a des hauts et des bas. J'étais plutôt en bas mais ça va mieux, merci., rougit Dean.

Tu sais si tu es guéri ? »

Dean hausse juste les épaules et des yeux, il balaie tous les équipements autour de lui, le déambulateur notamment. Castiel ne rajoute rien. Que dire de toute façon ? À quelqu'un qui se bat contre la mort ? Alors que lui se bat contre la vie...

D'un coup il se lève et va s'asseoir près de Dean, tirant le porte perfusions.

D'un geste lent il va retirer la casquette du jeune homme. Puis un sourire lui échappe alors qu'il passe sa main dans ses cheveux très courts. Dean a fermé les yeux très fort. Son corps s'est raidi et même dans son ventre, ça tire. Il se sent vulnérable. Terriblement. Les seules personnes qui l'ont vu sans cette casquette des Yankees, c'est sa famille. Alors d'un coup, il se sent proche de Castiel. Même s'il a envie de se cacher.

« Tu es bien comme ça, pourquoi tu gardes encore ta casquette ? » demande Castiel, abaissant sa main.

Cette fois c'est Dean qui refuse de parler. Il tend la main jusqu'à la table de chevet et attrape le cadre. Une photo de lui et Lise. Avant la maladie. Avec de longs cheveux chocolats qui tombaient négligemment sur ses yeux. Castiel regarde la photo, ça lui serre à lui aussi le ventre très fort. À lui couper le souffle. Il le trouve...

« Ça repousse ! Tu y es presque..., sa voix s'étrangle un peu dans sa gorge.

Je comprends que tu n'aies confiance en personne., murmure Dean.

Pourquoi ? fait Castiel, intrigué.

Parce que tu es trop gentil., sourit le malade.

Castiel baisse les yeux.

Je sais pas, j'ai jamais vraiment eu l'occasion d'essayer.

D'être méchant ?

Oui, mais aussi d'être gentil.

Tu as essayé avec moi déjà.

Oui. »

Ils ne se connaissent que depuis quelques jours. Mais pourtant Castiel a l'impression de le connaître depuis plus longtemps que ça... C'est étrange. Ils sont interrompus par Amandine qui entre dans la chambre. Elle les regarde, étonnée de les trouver si proches. Elle ne dit rien au début, se contentant de vérifier les constantes de son patient.

Ce dernier se penche à l'oreille de Castiel et murmure :

« Mange s'il te plaît. Que tu puisses revenir...

D'accord..., finit par capituler Castiel.

Amandine, sors la tarte au citron du frigo s'il te plaît., sourit Dean.

Ha, je peux la manger maintenant ? rit l'infirmière.

Oui. Partage la avec Castiel par contre.

Euh oui... Mais toi tu n'en veux pas ?

J'ai pas faim tu sais... »

Tendrement, l'infirmière passe sa main sur la joue de son patient. Puis elle va au frigo.

« Tu devrais manger toi aussi. Fais un effort... Avec moi ? murmure Castiel.

Non, désolé... Je veux pas vomir... Encore.

Dean les yeux, honteux. Il remet sa casquette en place sur sa tête.

Moui... » rougit Castiel.

Il doit bien ça aussi à la jeune femme. Si elle aime bien Dean, alors elle peut être sûrement digne de confiance. Mais ce qui l'inquiète aussi, c'est Dean. Pourquoi est-ce qu'il ne peut plus manger ? Il devrait...

Amandine ne dit rien. Visiblement ces deux là sont bien dans le silence. Alors elle mange, sans rien interrompre. Puis vient le moment où elle annonce qu'il est tard, qu'elle va devoir ramener Castiel en psychiatrie.

Castiel a terminé de manger la tarte, entière. Et c'était juste délicieux, deux semaines qu'il grignote à peine quelques bouts de pain ou un yaourt quand il n'en peut plus.

Mais bon... Il n'a pas envie de repartir et laisser Dean et sa chambre si chaleureuse pour son silence et la froideur de ses murs blancs.

Dean enroule ses longs doigts fins autour du poignet de Castiel et murmure :

« Tu reviendras hein ? »

Castiel a un frissons puis sourit à nouveau. Il ne sait pas comment ça arrive, mais ses bras se retrouvent autour du cou de Dean. Le tête contre la sienne, son corps contre le sien. Dean est surpris, il sourit un peu bêtement. Bah dis donc, il en a eu des mots. Et même un sourire, voire deux. Et là un petit câlin. Cool ça.

« On se voit demain ? murmure-t-il à son oreille.

D'accord. » répond Castiel doucement, retombant un peu dans le silence.

Amandine est près d'eux. Elle prend Castiel par le bras avec douceur pour le forcer à quitter son patient. Dean les regarde partir, une petite pointe dans le cœur. C'était bien cette après-midi. Franchement bien.

Castiel se laisse emporter par Amandine dans les couloirs, traînant sa perfusion.

Il se sent encore plus seul maintenant. Lui qui s'était pourtant habitué à cette sensation.

De retour dans sa chambre, une infirmière passe pour lui donner son dîner, mais avant on retire son bandage au bras. Une bonne fois pour toutes. On le met en face des massacres qu'il a fait sur son corps. On essaye de le faire parler, vu que la nouvelle semble être allée très vite.

Mais non, c'est comme avant.

Le soir, Dean raconte à ses parents et sa sœur qu'il s'est fait un nouvel ami aujourd'hui. Il ne précise pas qu'il est en psychiatrie sinon ses parents, anxieux, vont se mettre à imaginer les pires scenarios. Il les connaît bien Dean. Et en plus, il est comme eux avec sa petite Lise. Alors il ne peut pas les critiquer. Il ment par omission afin d'apporter un peu de bonheur à ce garçon. Qui lui parle. Juste à lui. Il se sent bien privilégié.

Castiel attend. De savoir si aujourd'hui on va venir le chercher. Mais au moment où il croit que c'est Amandine la jeune infirmière il voit le psy. On lui a rapporté qu'il avait parlé. Génial, maintenant il se fait à nouveau harceler de questions.

Mais non il ne veut toujours pas répondre, toujours pas participer. Il sait pourquoi il est là. Non les menaces ne lui font pas peur, rester ici est toujours mieux que de retourner chez lui. En attendant il n'est ni au lycée, ni chez lui. Alors qu'on lui retire ses visites, il s'en fiche bien. Le psy le comprend aussi et c'est une mauvaise idée, il sait aussi que le récompenser ne marchera pas.

Seulement taper dans le nouveau petit point sensible est beaucoup plus dur. Non il ne doit pas aller en oncologie voir le jeune Winchester. Il n'a pas le droit de sortir du service en théorie.

Qu'est-ce qu'il en a à faire lui ?

Les règles sont faites pour être dépassées après tout.

Un matin, alors qu'Amandine fait sa tournée, Dean lui demande où son nouvel ami est passé. Ils devaient se voir il y a deux jours mais rien. Aucune nouvelle. Le moral est en baisse. Et ça c'est un argument de santé pour qu'Amandine aille jouer son rôle d'ange gardien. Bah oui, le moral c'est important pour sa sortie merde !

Alors, tant pis. C'est pas bien et tout. Mais elle y descend quand même en douce au service psychiatrique, c'est juste l'étage en dessous. Elle évite ses collègues et tape à la porte de Castiel, rentre directement. Pire qu'une mission commando !

Le petit brun se retourne dans son lit et voit enfin la jeune femme. Un coup dans le cœur. Amandine !

« Tu viens avec moi ?, demande-t-elle, souriante.

J'arrive... »

Castiel se lève, il n'a plus de perf, il mange. Déjà ça aide les gens. Amandine est toute contente. Il parle avec elle, il lui sourit même quand ils doivent courir dans les couloirs et rejoindre l'étage inférieur par l'escalier.

Essoufflés, ils arrivent dans la chambre de Dean. Castiel ne peut s'empêcher de sourire, c'est tellement bon de faire ça. Bafouer les règles, courir dans les couloirs, être complice de quelqu'un.

Dean entend un vacarme fou alors qu'il sort de la douche. Il n'a qu'une serviette autour de la taille. Il a été obligé de tomber la casquette. Alors quand il se retourne et qu'il voit Castiel et Amandine, il a le cœur tout tourneboulé. C'est plus Castiel qui lui fait cet effet. Castiel qui le voit comme ça.

Fragile.

Castiel arrête de sourire sur le champ. Ses yeux s'égarent sur le corps blanc et maigre, imberbe. La cicatrice du cathéter sous sa clavicule. Ça lui fait horriblement mal au cœur. Il détourne les yeux par pudeur.

« Euh… Je vais vous laisser., fait doucement Amandine. Castiel, cache-toi si quelqu'un arrive, je reviendra te chercher… J'y vais moi. »

L'infirmière s'éclipse. Dean se détourne de Castiel, dos à lui. Il ne veut pas affronter son regard. Le petit brun va vers la fenêtre pour ne pas le voir, le gêner. Rien. Il ne sait même plus quoi dire. Dean se dépêche de se vêtir d'un caleçon, d'un jean et d'un tee-shirt. Il fait attention à sa perf entre temps et se revient dans la chambre après un tour à la salle de bains.

« Je suis désolé., murmure le malade.

Non, non… C'est moi, je savais pas…, souffle Castiel.

Je suis content de te voir quand même hein. »

Oui. Ça Dean peut le dire. Il avait froid depuis deux jours et là, depuis que Castiel est là, ça va un peu mieux. Il a ce petit truc dans l'estomac, les poussières magiques qui s'agitent, il sait pas trop. C'est juste qu'il est content de ne plus être seul sûrement. Oui c'est ça. Castiel se permet de s'asseoir sur le fauteuil. Il regarde au mur les dessins d'enfants, les photos… Il aime bien cette chambre. Et Dean aussi il faut dire…

« Alors… Tu vas bien ?

Oui, mais je me suis inquiété de pas te voir. Ils t'ont puni là-haut, c'est ça non ?

Oui voilà… Tant que je parle pas j'ai pas le droit de te voir… Même si je mange…

Ils en veulent toujours plus, c'est leur boulot en même temps…, soupire Dean en le regardant. Et tu veux toujours pas leur parler ? Ça simplifierait pas les choses ?

Ça servira à quoi ? Mis à part me renvoyer plus vite chez moi…

Tu veux pas rentrer chez toi ? s'étonne Dean.

Non. Surtout pas… Si j'ai fait ça c'est que je voulais plus y être…, murmure Castiel.

Ha… »

Dean ne sait pas s'il a le droit de savoir. Après tout, c'est récent leur petit lien secret. Il passe sa main sur sa nuque. Avant c'était dans ses cheveux quand il était mal à l'aise.

« Tu… Tu veux m'en parler ou… ? tente-t-il malgré tout.

Mmmh… Non… Pas… Pas encore…

D'accord. »

Dean se lève et va s'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil, près de lui. Il s'amuse à toucher son visage du bout des doigts, le tire pour dessiner un sourire. Castiel se laisse faire. Il a quelques frissons qui se glissent sur ses joues… La sensation est agréable. Etrange.

« Merci…

De quoi ? De te faire des rides avant l'âge ? rit Dean.

Non… De pas trop me demander… Ce que tout le monde veut savoir.

De quoi tu parles ? élude Dean dans un sourire.

Bien sûr qu'il sait de quoi il parle. Mais autant évincer le problème jusqu'au bout.

De ce que j'ai fait.

Je sais Castiel mais bon, c'est fait. Moi on me demande pas pourquoi j'ai le cancer. Alors je demande pas aux autres pourquoi. C'est comme ça, c'est fait. On passe à autre chose ?

Oui. Je préfère., souffle Castiel.

Tu écoutes de la musique ? demande naturellement Dean.

Oui beaucoup, vu que j'ai pas grand chose d'autre à faire ! Et toi ?

Oui un peu comme tout le monde. J'suis assez curieux alors ça aide pas ! J'engrange plein de trucs mais j'écoute toujours les mêmes trucs.

Comme tout le monde… Tu écoutes quoi alors ?

C'est varié ! Radiohead, IAMX et les Yeah Yeah Yeahs… Et Coldplay aussi. »

La conversation continue, Castiel sent qu'il a lancé son ami sur un sujet qui lui plaît, alors il n'écoute plus qu'il ne parle. Il écoute les concerts, les souvenirs, les soirées, les délires musicaux… La vie qu'il entend lui semble comme un rêve pour lui. Parce que ça déborde de vie, d'amis, de fêtes… Et lui… Ne connaît pas ça. Alors il essaye d'apprendre à travers les mots d'un autre. Ça lui plaît. Dean évoque ses souvenirs parisiens, son ancienne vie de là-bas qui lui semble si loin. Cassis est bien trop calme pour ce jeune homme bourré de vie, qui promet qu'il y retournera dans sa ville de cœur. Et que s'il se bat, c'est aussi pour cette vie là.

Plus Dean parle, plus il fait attention aux réactions de Castiel. Ses sourires et mêmes ses rires maintenant. Mon Dieu, il ne pensait pas en obtenir autant en si peu d'heures à parler. Et quand déjà Amandine frappe et entre, l'après-midi a filé comme une heure.

Castiel en a eu mal au ventre de devoir repartir. De devoir le laisser… Non il ne veut pas retourner et être seul. C'est la première fois de sa vie qu'il n'a pas envie. Ou qu'il attend quelqu'un… Mince… Alors si la première fois, c'est Castiel qui avait fait le premier pas, Dean peut le faire aujourd'hui... Il ne réfléchit même pas, c'est évident de prendre Castiel contre lui, de le serrer et de murmurer encore à son oreille :

« À demain j'espère.

Oui... » souffle Castiel.

Le trouble est toujours là... Dans le creux de son ventre et là où les mains sont déposées. Ces mains qui finissent par se déplacer, glisser le long des côtes et enfin relâcher le petit brun. Amandine prend la suite. Mais alors qu'il part, Dean ne lâche pas des yeux le petit brun. Castiel a mal au cœur. Mais il s'en va.

Il n'a pas le choix.

Sa chambre. Ses soins. Ses médicaments assommants.

Mais il y a pire que lui. Dean par exemple. Qui apprend que le lendemain, il va repasser un myélogramme pour voir jusqu'à quel point la pneumonie l'a affaibli. Tout ce qu'il espère c'est ne plus avoir de chimio. Qu'on ne lui annonce pas que des blastes sont revenues. Il ne le supporterait pas.

Castiel apprend juste ça par Amandine, chargée par Dean de lui dire qu'il ne pourra pas le voir durant la journée. Tant pis... Il doit voir sa famille. Et son médecin. À croire qu'il est le cinquième membre des Winchester pfff...