Chapitre 3.
« Votre myélogramme est assez positif mais vous avez encore une insuffisance large au niveau des plaquettes et des globules rouges.
C'est bon je sais ce que ça veut dire., coupe Dean. Une semaine de plus... »
Le médecin et Vincent Winchester échangent un regard dépité. Il ne faut pas que Dean perde le moral, pas si près du but. Mais c'est vraiment pas facile.
Son père lui demande s'il veut qu'il reste aujourd'hui. Mais c'est bon. Dean a décidé d'aller dans la salle de l'atelier. Pour jouer un peu de piano comme avant. Que ça lui vide la tête.
Pour y aller, il a lâché le déambulateur. Castiel n'aime pas. Et lui non plus.
Castiel lui a profité du temps libre pour se balader. Il ne veut pas rester en place.
Mais son attention est attirée par l'air de piano qui sort de la salle d'activités.
Il s'approche. Et voit la silhouette devant le piano, les doigts fins qui jouent sur les touches blanches.
Dean là devant lui, enfin de dos. Il sourit à nouveau. Rentre dans la pièce et va s'asseoir dans un des canapés. Il l'écoute et aime ce qu'il entend.
Dean n'a pas fait attention. Il joue ce qui lui passe par la tête. Les notes d'un morceau récemment entendu par exemple. Il a l'ouïe fine, absolue dirait-on. Et il en profite bien. C'est un de ses passe temps favoris de recréer des mélodies. Castiel se contente de le regarder. Sans l'interrompre. Il ne sait pas faire ça de toute façon. Les jambes repliées contre son torse, le menton posé sur ses genoux. Un petit sourire.
Ce garçon le fait sourire. Depuis qu'il l'a vu la première fois. Pas qu'il soit forcément drôle, ou alors il l'est sans faire exprès. C'est justement qu'il ne fait pas attention. Que tout est spontané. Comme l'est sa réaction lorsqu'il découvre qu'il a un public. Dean lui sourit, content que ça soit lui son public. Il finit son morceau cependant avant de le rejoindre. Il a horreur d'interrompre une chanson, un morceau, en son milieu.
Castiel se lève et vient s'asseoir près de lui sur la petite banquette. Ne dit rien. Il est content de le voir. Dean passe un bras autour de sa taille, naturellement. C'est pour lui dire que c'est bien qu'il soit là, surprenant mais bien.
Castiel sourit et baisse la tête. Il est bien là. Tout comme les papillons dans le creux de son ventre. Ils n'ont plus envie d'être délogés dès qu'ils sentent la présence du jeune homme.
« Tu m'avais pas dit que tu en jouais..., souffle-t-il tout bas.
Je t'ai pas encore tout dit tu sais... »
Sans savoir pourquoi, Dean dépose un bisou sur la tempe de Castiel. Du bout des lèvres. C'est ce qu'il fait à Lise quand elle s'endort. Quoique là, il ne le fait pas avec la même affection... À nouveau Castiel sent son ventre se serrer, sa gorge, son torse... Tout en lui se retourne. Oh non...
À croire qu'il vient de comprendre. D'ouvrir un peu les yeux. C'est lui qui lui fait ça... Cet effet. Un peu trop agréable... Pourtant ça fait si mal au ventre. Dean prolonge leur expérience des sens en relevant une mèche brune, tombée sur le visage. Il aime beaucoup faire ça. Voilà ce qu'il pense. Il aime s'occuper de quelqu'un qui n'est pas n'importe qui. Ça lui fait chaud, tout chaud à l'intérieur.
Castiel se sent frissonner déraisonnablement. Sa bouche s'ouvre une seconde pour soupirer, puis se referme, tremblante.
Des vagues de sensations inconnues le retournent. Jamais il n'a ressenti ça. Avec rien. Ni personne.
Il bouge un peu, recouvrant de sa main son bras meurtri, décroisant ses chevilles.
Dean n'arrive pas à enlever son bras d'autour de sa taille. Il le regarde juste, sonde ses yeux, ses expressions. Malgré ça, il demande d'une petite voix :
« Ça va toi ?
Oui, oui ça va... Toi ? Tes... Tes analyses ?, demande Castiel, cherchant ses esprits.
La pneumonie a tellement affaibli mon système immunitaire que je repars pour au moins deux semaines ici., souffle Dean.
Ha merde... Je suis désolé... Enfin, ça va aller mieux c'est sûr ! Tu dois juste te reposer.
Comme d'habitude. Et toi ? Tu restes toujours le petit muet de psychiatrie ? rit Dean.
Castiel sourit aussi.
Oui toujours...
Tu es têtu Castiel. Ça relève du miracle que je ne m'énerve pas contre toi ! se moque son ami.
J'ai rien à leur dire, et je veux pas rentrer... Alors je vois pas pourquoi je parlerais. Du moins pas avant deux semaines. »
Dean sourit. Il reste pour lui. C'est mignon ça... Adorable même. C'est étrange, lui qui ne voulait pas trop s'attacher aux autres à cause de cette foutue maladie qui emporte tout... Maintenant, il craque quand il entend qu'on l'attend.
« Merci., est le seul mot qui lui vient.
- Me dis pas merci, c'est égoïste ce que je fais... Du mal à ma famille qui comprend rien, je sais que je devrais pas... Mais toi tu as pas de rapports avec ma vie avant... Avec toi j'ai arrêté de pleurer au moins..., sourit tristement Castiel.
Je... Je me doute que ta famille aussi t'a fait du mal pour que tu sois dans cet état... Si j'arrive à te faire sourire tant mieux. Les infirmières disaient que c'était un défi impossible. Je leur ai prouvé que non., rit Dean, doucement.
Ils m'ont pas fait grand chose tu sais... Ma famille... Ils sont juste un peu aveugles... C'est plus moi qui leur ai fait du mal...
Tu commences à culpabiliser toi. Tu t'en veux ? Beaucoup ?
Il y a quelque jours, je t'aurais dit encore que je regrettais juste de m'être loupé... Mais maintenant...
Tu as de la chance d'être en vie Castiel. En bonne santé et tout. Tu sais, pour moi c'est dur de comprendre ce que tu as fait. Tu l'as fait et ça ne me regarde pas mais comprends que...
Les larmes montent d'un coup aux yeux du petit brun, visiblement ça n'avait pas tant arrêté que ça.
Je... Je me sens coupable vis-à-vis de toi. Moi je suis en bonne santé et j'ai voulu me suicider... Alors que toi tu es malade et tu fais tout pour vivre... C'est injuste... Mes raisons sont pas si terribles à entendre comme ça, mais le vivre c'est autre chose...
Chut Castiel, chut... »
Dean a beaucoup trop mal de le voir pleurer. Il ne veut pas être celui qui le fait pleurer. Il préfère le voir sourire et même rire, bientôt il espère.
Dean se tourne vers Castiel, à cheval sur la petite banquette du piano. Il glisse ses bras autour du corps, agité de sanglots et le rapatrie contre lui. Castiel ne s'arrête plus, c'est affreux pour Dean.
Son ami s'accroche à lui, le serre, la tête sur son épaule.. Il pleure parce que d'un coup tout est à regretter. Tout l'est s'il y a ce garçon avec lui, si quelqu'un a envie de lui dire d'arrêter de pleurer parce que ça lui fait mal, lui demande de parler juste s'il a envie... Lui apporte la vie et l'espoir. Lui qui ne connait personne, qui n'a aucun ami, aucun cousin, pas une relation... Lui qui est en échec scolaire depuis deux ans, lui qui se fait prendre pour le bouc émissaire de sa classe malgré qu'il ait changé d'établissement, lui qui n'avait aucun avenir, une famille déchirée... Personne vers qui se tourner.
Mais si Dean veut...
Dean est bouleversé par son abandon. Personne n'aurait envie de s'accrocher à un malade. Qui risque de partir. Vite. Il le sait ça. C'est pourquoi seule sa famille est près de lui. Mais il ne peut pas refuser Castiel. Il est allé le chercher après tout, il doit bien avoir une raison à tout ça. Lui qui en cherche tout le temps serait déçu. Dean a toujours cherché de la rationalité partout. Il n'y peut rien, il est fait comme ça. Mais est-ce que la raison a sa place quand le cœur s'en mêle, que l'estomac se tord, que les frissons persistent au moindre sanglot ? Pfff il n'en sait rien.
Il prend ce qui est à prendre. Il faut tout prendre, tout ce qu'on vous donne. Il n'a peut-être plus le temps de refuser.
Dean essaye de calmer les pleurs de son ami. Il embrasse sa tempe comme tout à l'heure et masse doucement son dos, répétant maintes fois que ça n'est pas grave. Castiel lui murmure tout ça. Ses problèmes, parce que ça ne peut plus lui rester sur le cœur... Que ça pèse trop aujourd'hui que tout a changé. Il lui dit aussi de ne pas avoir peur, qu'il ne veut pas être un fardeau, le gamin suicidaire qu'on a avec soi pour faire BA, lui ne veut pas être ça... Il lui raconte juste ses souvenirs de solitaire, de douleur, de dépression... Lui dit surtout que personne ne sait ça, même pas sa famille. Personne n'a mesuré l'étendue de son mal-être et l'envie d'en finir. Dean a mal au cœur maintenant. Il n'avait pas vu toute la fragilité du garçon qu'il tient entre ses bras. Il est comme du verre, avec quelques éclats déjà, prêt à se transformer en mille morceaux. Dean se fait de plus en plus doux. Il a peur de le casser s'il ne murmure pas ou s'il le tient trop fort contre lui.
Les pas de l'infirmière et ses ordres leur paraissent comme un cri qui leur déchire les oreilles. Novak n'a pas le droit d'être ici sans surveillance...
Castiel sursaute en entendant la voix de son bourreau. C'est cette infirmière qui ne supporte pas son silence, qui ne le comprend pas.
Il se détache des bras de Dean, tremblant encore de ses aveux, de la douceur de son ami. Ses yeux croisent ceux de Dean, brillants, émus... Il en a la gorge qui se serre à nouveau. Essuyant ses yeux il se lève, prêt à partir. Dean le suit. Il se met près de lui et essaye de convaincre l'infirmière que Castiel va bien, qu'elle peut le laisser ici, qu'après tout c'est une salle pour les enfants de l'hôpital. La réponse est cinglante.
« Non. Il n'a pas le droit aux visites. »
Dean soupire. Amandine ne peut pas venir à la rescousse, elle était de garde hier alors aujourd'hui repos. Alors il prend à nouveau Castiel contre lui et comme à chaque fois, il lui murmure quelque chose à l'oreille.
« Mes parents sont là demain vu que c'est le week-end. Viens manger de la tarte si tu veux… »
Castiel sourit, il approuve. Les ordres sont là, il doit retourner dans sa chambre et aller voir le psy. Encore. Pas encore parler. Il reste pour être avec Dean.
Se détacher encore de lui, en être presque arraché même. Parce que l'infirmière n'aime pas que deux garçons se regardent comme ça. C'est pas normal. Et quand Dean essaye de le raccompagner, l'infirmière de psy appelle ses collègues du service oncologie pour qu'on vienne le chercher. Il est fatigué, il doit aller se coucher. Comme d'habitude.
Dean se demande alors si le vrai boulot des soignants est de soigner. Si oui, ils s'y prennent pas forcément bien pour Castiel et lui. Castiel a des coups de colère, mais ne dit rien. Il les déteste, de les séparer, alors qu'ils sont bien tous les deux.
Mais Castiel est puni d'avoir voulu mettre fin à ses jours, de ne pas parler. Alors non pas de visites.
Dans sa chambre il fixe le mur blanc.
Il veut comprendre ses ressentis vis-à-vis de Dean. C'est ça l'amitié ?
Dean n'a pas eu le temps de se poser. Lise a débarqué dans sa chambre dès la fin de l'école pour lui raconter ses nouvelles aventures avec Thibault son amoureux et puis sa nouvelle meilleure amie Sophie. Dean est saturé d'histoires de filles, il en rigole. Il ne peut écouter que d'une oreille, Lise ne lui en voudra pas. Leurs parents arrivent après, ils ont vu le personnel médical. Hélène sort son gâteau, au chocolat cette semaine. Gentiment, elle demande des nouvelles du nouvel ami de Dean. Elle dit même qu'elle serait ravie de le rencontrer.
Un large sourire nait sur le visage de Dean. Demain. Demain, il promet.
Castiel lui attend son moment. Il sait que les infirmières ont un creux vers 15 heures, il sait que là elles sont toutes parties boire un café. Alors à ce moment il peut partir.
Les minutes s'égrènent lentement. Il jette un coup d'œil dans le couloir. Personne.
Il peut y aller. Le cœur battant.
Dean guette la porte depuis un moment. Il sait qu'il va débarquer. Il ne sait pas quand, mais il l'attend. Sa mère a remarqué son air absent mais ne dit rien. Lise fait ses devoirs avec elle, alors Hélène lui fait apprendre ses mots. Vincent est parti faire la sieste à la maison, il est crevé à la fin de sa semaine de boulot.
Castiel traverse le service psy en vitesse. Rejoint le couloir, le palier, puis les escaliers qu'il grimpe en vitesse.
Personne.
Mine de rien il avance d ans l'étage d'oncologie. 203.
Il frappe doucement à la porte. Avec un peu la peur au ventre.
Il ne devrait pas. Dean se lève d'un coup, il en a la tête qui tourne mais tant pis. Il tire les perfusions avec lui et arrive avant sa mère à la porte. Celle-ci ne se retient pas de rire en voyant son empressement.
Dean ouvre la porte et sourit. Ça va mieux quand le petit brun est là. Il le tire à l'intérieur rapidement. Ils sont toujours des hors-la-loi !
Castiel ne peut s'empêcher de rire quand Dean le tire comme ça. Le regarder, le bouffer des yeux presque. Puis il voit la petite sœur de son ami, lui ressemblant terriblement, un air de poupée version Dean, et aussi sa mère, il le reconnaît à travers elle. Poli, il va dire bonjour à tout le monde.
Hélène sourit. C'est bien que Dean accepte enfin de se faire des amis dans l'hôpital. Des amis qu'il n'a plus peur de perdre comme avant, au début, ceux de la thérapie de groupe.
Lise le zieute attentivement quand il retourne près de son frère. Elle espère qu'il ne va pas lui enlever son compagnon de jeu préféré. Dean rigole en voyant son regard sombre, typiquement Winchesterien.
« Alors Castiel..., commence Hélène. Tu... Tu es ici pour quoi toi ?
Maman !, siffle Dean entre ses dents.
Castiel baisse les yeux, avec un coup au cœur, il aime que Dean tente de l'aider. Mais il peut répondre… Juste un peu.
Un petit problème…, sourit-il doucement.
Vu le regard noir de son fils, Hélène ne peut insister. Elle essaye juste de savoir :
Tu dois rester longtemps encore ?
Au moins deux semaines… »
La petit Lise regarde le nouvel ami de son frère, de la tête au pied. Tant pis si c'est mal élevé, mais il est bizarre, à se tenir comme ça, en retrait… Et puis son bras…
« Tu t'es fait du mal à ton bras ? » demande-t-elle, insouciante.
Sur le champ, Castiel cache son bras. Il aurait dû mettre quelque chose de plus long pour ne pas que ça se voit. Ça le gêne beaucoup… Hélène remarque aussi, elle fixe quelques secondes. En échange, elle obtient un rappel à l'ordre de Dean.
« Maman le juge pas s'il te plaît. Vraiment. Bon d'ailleurs on va aller à la salle des activités, j'reviens tout à l'heure. »
Hélène n'a pas le temps de dire ouf que son fils et son nouvel ami disparaissent. Elle ne va pas courir après Dean, elle le sait, ça ne sert à rien. Têtu et arrêté dans ses idées. En plus il se braque quand c'est elle qui lui parle.
Soupirant, elle va s'asseoir à côté de Lise pour reprendre les devoirs.
Castiel suit Dean à la trace, et garde son bras contre son torse.
« Je suis désolé… Tu crois que ça va la gêner ta mère ? Enfin… Je sais pas elle va peut-être penser que je suis pas la personne avec qui devrait traîner…
Elle pense ce qu'elle veut et moi aussi. C'est une règle entre nous. On va en parler, c'est sûr. Mais c'est bon, j'suis assez grand pour savoir avec qui j'ai envie d'être.
Dean ouvre la salle des activités et ferme aussitôt dès que Castiel est rentré.
Oui je comprends… Essaye de la rassurer aussi… Et puis tu devrais être avec eux… Profiter qu'ils soient là… Au lieu de venir ici avec moi…
Dean se retourne vers Castiel et le fixe.
Et si j'ai envie d'être avec toi moi ? dit-il fermement.
La poitrine de Castiel s'en serre très fort. Ce regard noir, déterminé…
Oui.. pardon…
Bon. »
Dean se décrispe un peu. Plus ça va, plus il lance les choses sans se rendre compte. Et il ne réalise ce qu'il a dit seulement lorsqu'il voit les yeux de Castiel briller un peu. Un tour de grande roue dans son ventre. Il est plus beau comme ça qu'avec le regard terne et vide comme au premier jour.
Castiel s'avance vers lui, sa main se met à trembler quand il la tend pour piquer la casquette de son ami et la met sur sa sienne, tentant un sourire.
« Tu es plus obligé de la porter tu sais, ils sont quand même un peu plus longs tes cheveux là…
Oui mais elle me va mieux à moi qu'à toi ! se moque gentiment Dean, tentant de la récupérer.
Mais Castiel l'en empêche, reculant d'un pas, souriant largement.
C'est pas grave. Moi je te préfère sans. »
Dean arrête alors. Non pas parce qu'il est fatigué, loin de là. Juste parce qu'il s'arrête pour admirer Castiel qui joue, Castiel qui sourit. C'est vraiment beau. Et en plus c'est lui qui le rend comme ça. Alors si pour que Castiel sourit, il ne doit plus porter sa casquette...
« D'accord.
Tant mieux ! »
Castiel n'arrête pas de sourire. C'est étrange, d'avoir des réactions spontanées comme ça, se sont comme des réflexes de gestes, de mots. Alors qu'il n'a jamais fait ça, avec personne, il n'a jamais ri avec un autre, jamais joué… Peut-être avec son frère, mais ce n'est pas pareil, Gabe c'est son jumeau. Dean lui c'est une personne qu'il apprivoise de jour en jour. Ou peut-être est-ce l'inverse ?
Dean, si curieux qu'il est. Oui il aime apprendre, apprivoiser c'est un peu pareil non ? Comme il apprivoise le rire de Castiel, grave, qui a dû mal à sortir alors que Dean le provoque, le cherche en lui faisant des chatouilles. Et que ce rire, c'est le plus beau qu'il ait entendu, mieux que sa sœur même. C'est un rire qui n'a pas l'habitude de sortir, presque incongru. Mais Dean s'y attache malgré lui. Le seul ennui avec Castiel c'est que le moindre éclat de rire le secoue tellement que ça fait ressortir les larmes au fond de lui. C'est pas sa faute, c'est les nerfs, c'est les médicaments qui font ça, et même si Dean le fait rire aux éclats et qu'il est heureux, oh oui, heureux à un point inimaginable, il a des sillons de larmes qui s'écoulent sur ses joues pales. Dean ne demande pas pourquoi. Parce qu'il sait que les yeux de Castiel, aussi embués de larmes soient-il, ne mentent pas. Alors il essuie les larmes, prend Castiel contre lui, le serre. Le petit brun est sensitif, il a besoin de quelque chose qui l'entoure, qui le soutient.
Hélène Winchester les trouve comme ça sur une banquette. Et à voir le sourire de son fils, elle a bien fait de le laisser agir.
« Les garçons, vous voulez du gâteau ? demande-t-elle.
Castiel s'extrait doucement des bras de Dean, il termine d'essuyer ses yeux, alors qu'il sourit toujours.
Tu as faim toi ?
Oui, un peu., sourit-il.
Wahou c'est fête ! s'exclame Hélène. Ton père vient de revenir en plus. Et Lise te réclame.
On arrive. »
Dean se lève et prend Castiel par la main pour l'aider à faire de même. Il le suit jusqu'à la chambre. Aucun des gestes ne lui semble inapproprié. C'est comme ça avec Dean et c'est tout.
À l'intérieur il va saluer le père de son ami. À nouveau Lise le suit des yeux avant d'aller se coller à son frère. Non mais. Dean joue avec ses cheveux chocolat. Sa maman sert le gâteau au chocolat justement, une petite part pour lui. Il a du mal à digérer mais il sait que ça fait plaisir à Castiel. Et à sa famille. Mais Castiel, ça lui fait plus quelque chose...
Il se tourne vers lui et demande à son oreille :
« Tu veux une veste pour éviter de te tenir le bras ?
Castiel ouvre la bouche, étonné.
Oui je veux bien… »
Deanis s'écarte de sa petite sœur pour aller chercher dans son armoire une veste toute basique. Il la fait enfiler à Castiel, elle est un peu grande mais au moins, il ne tiendra plus ses bras, il s'ouvre un peu. Castiel se sent un peu mieux comme ça, le regard sur lui est un peu moins désagréable, même s'il n'est pas méchant. Il sait bien que la petite fille ne lui veut pas de mal, mais la curiosité à cet âge là… Inquiéter la mère de son ami c'est pas non plus dans ses idées.
Le gâteau au chocolat est un pure délice, fondant, et croustillant dessus. Il en complimente la maman de son ami. Cette dernière rosit, flattée. Elle lui demande alors s'il veut bien se joindre à eux aussi pour le dîner, le samedi soir c'est soirée plats exotiques chez les Winchester. Dean a un regard désolé vers Castiel. Il sait qu'il va dire non...
« Je suis désolé… Je suis obligé de refuser même si j'aurais vraiment aimé, mais j'ai pas le droit d'être ici déjà…, fait Castiel, déçu.
Il n'en revient pas, qu'on ne le connaisse pas et qu'on lui demande déjà ce genre de choses.
Ha bon ? Pourquoi ? Tu fais l'école buissonnière ? demande Lise, innocemment.
On peut dire ça oui !, sourit Castiel. Ils sont pas gentils avec moi, alors je reste avec ceux qui le sont !
Toi tu es trop gentil ! rit Hélène.
Tu vois Castiel, je te l'avais dit ! » ajoute Dean.
Presque involontairement, mais presque hein, la main de Dean effleure celle de Castiel. Et celui-ci en frissonne, il sourit à Dean, à Lise, à la mère de Dean. Il n'a plus envie de partir. Pourtant il faudrait, on va vite voir son absence… Ça fait déjà plus d'une heure, il n'est pas protégé par Amandine aujourd'hui. La seule heure de la journée où il est heureux.
« Oui peut-être.., sourit Castiel baissant les yeux.
Bon..., sourit toujours Hélène, tu veux rentrer avant de te faire crier ?
Non ! répond Dean avant lui. Enfin... Tu veux faire quoi toi ? demande-t-il à Castiel.
Bah je vais rester alors… Ils peuvent toujours me crier dessus je m'en fiche, de toute façon je leur répondrai pas. Ils peuvent plus m'interdire grand chose maintenant… À moins de m'enfermer dans ma chambre mais j'en doute !
Je les laisserais pas faire. Amandine et moi, on formera une armée ! rit Dean.
Ha mon fils et ses envies révolutionnaires, ça faisait longtemps..., soupire Hélène.
Castiel baisse les yeux et sourit encore, il ne peut plus s'arrêter c'est horrible !
Merci..
D'être un Che Guevara en puissance ? demande Dean, dans un clin d'œil.
Tu t'arrêtes jamais..., souffle sa mère.
Dean ! Et puis tu sais Che Guevara était pas un héros !
C'était une image... Pfff j'ai plein d'énergie là c'est dingue. Ça faisait longtemps... »
Dean fait à moitié le lien de cause à effet de la présence de Castiel sur lui. Sa mère est juste contente de l'entendre dire. Castiel n'est pas une si mauvaise influence s'elle le pensait au premier abord.
« Sûrement que c'est le gâteau au chocolat ! Vous devriez lui en refaire plus souvent ! » fait naïvement Castiel à la mère de Dean.
Cette dernière rigole. Elle jure qu'elle n'a mis aucune substance illicite là dedans.
L'ambiance est un peu étrange. Dean profitera de sa petite Lise et toute sa famille plus tard. Là, il veut profiter de Castiel avant que celui-ci se fasse rappeler à l'ordre. Il veut le faire rire, encore une fois.
Il pose alors sa main sur son avant bras et murmure :
« Je te ramène ?
Oui je crois que ça serait mieux quand même… J'ai pas envie de plus te voir. »
Castiel se lève avec Dean. Va dire au revoir à Lise et Madame Winchester. Cette dernière lui souhaite bon rétablissement et espère le revoir.
À peine dehors, Dean lui avoue qu'il va se cacher dans sa chambre. Il en rigole, tout fier de son plan diabolique. Castiel rigole aussi.
« Comment tu vas faire ? Dans le placard ?!
Dans la douche sinon ! rit Dean, le bouffant des yeux malgré lui.
Mon pauvre ! Tu serais pas très bien là dedans ! C'est petit quand même ! »
Cette fois c'est Castiel qui le prend par la main pour le tirer à l'étage inférieur. Dean a tout chaud alors, comme quand il avait Castiel dans ses bras hier sur la banquette du piano. Il lui laisse sa main, même si c'est bizarre, même si c'est pas normal. Il s'en fout. Il prend ce qui est à prendre. La chaleur au creux du ventre en fait partie.
Devant la porte du service Castiel regarde par le hublot… Il y a un peu de monde… Riant, il empêche son ami d'entrer… Lui dit d'attendre… Puis d'un coup il pousse la porte et l'emporte à l'intérieur…
Vite courir ! Mais… D'un coup il y a une infirmière qui sort d'une chambre. Alors il tire Dean vers la première porte qui n'annonce pas le numéro d'une chambre qu'ils croisent.
Ils se retrouvent dans les réserves de l'hôpital en masques, seringues et autres blouses. Quelques balais aussi dans lesquels Dean se prend les pieds maladroitement. Il rit, se raccroche à Castiel pour ne pas tomber. Oh mon Dieu, ce qu'il est bien... Castiel se retient d'éclater de rire pour ne pas se faire choper, il essaye de faire de même avec son ami qui lui est complètement éclaté. Il lui plaque une main sur la bouche en lui disant de se taire. Les yeux pétillants, le cœur bâtant la chamade.
Dean s'écroule contre lui, il s'excuse mais il ne peut contrôler ce foutu fou rire. Il en a mal dans le ventre, il s'accroche à la veste qu'il a donnée à Castiel sinon il va tomber.
« Oh putain c'est bon ! dit-il entre deux éclats de rire.
Tu l'as dit ! Je crois que j'ai jamais autant ri de ma vie !, s'exclame Castiel à voix basse, retenant Dean.
Comment on va faire pour sortir ? murmure ce dernier, regardant Castiel droit dans les yeux.
Castiel prend la question comme un double sens. Le placard et l'hopital.
Et si on restait là ?
Mes parents vont s'inquiéter mais j'm'en fiche. D'accord., souffle Dean.
Dis... On va se revoir après l'hôpital ?, demande Castiel, perdant son sourire.
Faut déjà que j'en sorte..., fait tristement Dean en s'asseyant par terre.
Tu vas en sortir., affirme Castiel.
Alors si j'en sors, je vois pas pourquoi on se reverrait pas. Je connais personne à part toi ici tu sais., avoue Dean.
Je sais pas… Les gens oublient facilement, on croise tellement de gens dans notre vie. On croit qu'ils nous aiment et en fait non. Enfin dans mon cas c'est jamais arrivé vu que j'ai jamais eu d'ami, mais bon… Je me méfie c'est tout…
Tu te protèges, c'est normal. Mais on se reverra. J'suis sûr, ne t'inquiète pas. D'accord ?
On va faire un deal. Si tu guéris j'accepte de parler.
Si tu veux. C'est gentil de vouloir rester avec moi..., sourit Dean.
Je suis un peu idiot. Ça fait trois semaines qu'on se connaît et je te dis ça comme si c'était important, qu'on était amis depuis toujours.., murmure Castiel, réfléchissant.
C'est un peu la sensation que j'ai. Elle ne me dérange pas.
Le petit brun lève la tête et lui sourit légèrement.
T'es en train de me guérir de ma dépression je crois.
C'était mon but. Enfin presque. Au début je voulais te faire parler. Puis sourire. Puis rire. Je sais pas pourquoi ni comment j'y arrive mais je m'en fous... »
À défaut de pouvoir jouer avec les siens, Dean s'occupe des cheveux de Castiel.
Castiel ne dit rien. Les papillons se réveillent dans son ventre… Il se laisse glisser contre Dean, sa tête sur ses cuisses. Rester près de lui. Dean n'a pas le droit de mourir, et lui non plus.
Dean soupire. Il a un petit coup de fatigue après toute cette agitation et ces rires. Alors rester dans le silence, à faire des tortillons avec les cheveux de Castiel lui va très bien. Il n'a pas à réfléchir comme ça. Juste profiter de l'instant. Sans penser à rien, comme d'habitude avec lui. Ça fait des frissons dans le cou de Castiel. C'est agréable… C'est doux… Il est tellement bien. Plus envie de bouger, de parler, de rien. Juste fermer les yeux et caresser au travers du jean le genoux à sa portée.
Dean a des frissons partout à cause de la petite main. Mais pourtant il a si chaud... Il se demande s'il n'a pas de la fièvre à réagir comme ça aux attentions de Castiel.
Vincent Winchester fait les cent pas dans la chambre de son fils.
« Et toi tu l'as laissé partir ? Avec un suicidaire ?
Chéri, calme-toi s'il te plaît, je suis sur qu'ils sont dans la salle pour les jeunes ou dans la chambre de Castiel..., tente de le calmer Hélène.
Non ! J'ai vérifié la salle et une infirmière m'a dit que la chambre était vide. Non mais c'est pas vrai... »
Le personnel soignant les cherche. Partout. Un jeune malade du cancer et un suicidaire... On sait jamais.
La jeune interne qui ouvre la porte et voit deux corps de garçons endormis fait preuve de la plus grande quiétude. C'est eux. Mais pas d'affolement, ils ne vont pas bouger.
Elle bipe l'oncologie pour rassurer tout le monde. Ils vont bien.
Castiel s'est réveillé au moment où on a ouvert la porte, mais n'a préféré de pas bouger. Pour savoir si on allait leur hurler dessus ou pas, les séparer ou pas… Mais non, on a laissé la porte ouverte le temps de prévenir les autres.
Se redressant, le petit brun voit son ami encore tout endormi… Il sourit tendrement et va embrasser sa tempe. Il a bien le droit, Dean a fait pareil la dernier fois.
La chaleur monte en Dean, anormale, délicieuse. Son ami s'éveille alors. Le sommeil était léger, mais très agréable. Il se frotte les yeux, un peu à l'ouest et sourit à Castiel.
« On a vraiment dormi ? fait-il surpris.
Castiel sourit et passe sa main avec tendresse sur sa joue.
Oui... Y'a une infirmière dehors...
Dean pose sa main sur celle de Castiel, penchant un peu la tête.
Je veux encore dormir., fait-il, capricieux.
Le cœur du petit brun s'emballe.
Je sais... Retourne avec ta famille Dean...
Mais toi ?
Dean a un petit sourire un coin.
C'est pas grave... Je vais aller lire... T'occupes pas de moi.
Mais... »
Dean n'a pas le temps de formuler son objection. Il entend les pas précipités dehors. Il reconnait la façon de courir de son père, et encore plus sa voix grave qui s'élève :
« Dean ! On s'est fait un sang d'encre ! Qu'est-ce que tu fais là ? »
Dean lâche alors la main de son ami et lui lance un regard désolé. Il va devoir sans lui faire le traditionnel câlin. Et le murmure à l'oreille. Et ça lui manque à Dean. Plus que de raison.
Il fait juste un petit signe de main et s'en va avec son père, s'excusant de leur avoir causé du soucis. Il s'est assoupi. Pourquoi le placard à balais ? Pfff... Il doit expliquer toute la punition de Castiel et le temps de faire ça, il est déjà dans sa chambre.
En sécurité.
Ou pas.
Castiel lui est reconduit illico presto dans sa chambre. Il se renferme sur lui, se ferme, ne parle plus. Pourtant ça n'empêche pas l'infirmière de lui rappeler qu'il devrait. Pour sa mère qui ressort en pleurant à chaque fois de sa chambre. Mais si elle arrêtait de se déchirer avec son père... Et parce que sinon, il va finir à l'HP.
Il s'en fout. Il attend la guérison de Dean. Au fond de lui, il sait qu'il va y arriver.
Seul dans sa chambre, allongé sur son lit il se rappelle qu'il porte la veste de Dean. Il sourit et la retire. La porte à son visage.
C'est son odeur... Toute douce... Un peu sucré, un peu épicée. Dean quoi.
Les papillons ont élu domicile dans son ventre pour de bon.
Hélène Winchester râle contre son fils qui n'en fait qu'à sa tête alors qu'il n'en a pas de tête ! Et oui, ta veste elle est où encore ? Voilà ce qu'elle répète à Dean. Dean sur un nuage qui n'en a rien à faire. Il répond oui, mais préfère jouer avec Lise qui elle ne lui prend pas la tête. Il lui fait lire en plus, c'est drôle. Alors il rigole bêtement et sa mère le reprend sur son insolence. D'abord s'enfuir, le faire peur, oublier une veste et maintenant rire ? Son a quitté la pièce, les scènes comme ça, très peu pour lui. Et il a raison. Parce que Dean finit par répondre.
« Arrête de t'inquiéter pour tout et n'importe quoi Maman. Je suis désolé de vous avoir fait peur, ça doit faire la cinquantième fois que je vous le dit mais tu vois, je continue à le penser. Pour la veste, c'est bon, c'est Castiel. Je le vois demain si je veux. Et tu sais que tu pourras pas m'en empêcher, il m'a rien fait, c'est moi tout seul qui me suis endormi ! Tu le sais que je fatigue vite, non ? »
Hélène s'est arrêté de respirer quelques instants. Dean a joué sur tous les plans pour la faire craquer. Elle soupire et vient s'asseoir près de son fils.
« Alors à l'avenir, s'il te plaît quand tu fatigues, reviens. On... On se fait du soucis nous...
Je sais Maman mais bon, je commence à avoir mes repères dans l'hôpital.
Malheureusement., sourit tristement sa mère. Bon, c'est bon. Tu fais un câlin à ta rabat-joie de mère ?
Moi aussi j'peux avoir un câlin ? fait Lise.
Pfff, bien sûr ! »
Il prend les deux femmes de sa vie dans ses grands bras et profite d'avoir sa maman si près pour s'excuser à son oreille, pas très fier de la rendre malade d'inquiétude.
Hélène l'embrasse sur la joue et lui dit que ça va aller. Qu'il se repose ici s'il est fatigué.
Au lieu de ça, il joue avec Lise. Profite de ses parents, de son père qui est revenu avec la nourriture du soir, ça sera mexicain ! Et alors que Dean mange ses nachos, il se demande si Castiel aime ça, le mexicain. Il réalise qu'il veut connaître encore plein de choses de lui. Malgré le sentiment de le connaître depuis toujours... La maladie affecte peut-être son horloge interne. Il imagine. Mais ne se le rentre pas dans la tête.
Castiel reste seul, avec cette veste. Ce reste de Dean. Mais tant qu'elle sent lui...
Après avoir dîner, reçu ses médicaments, les soins pour ses points de suture, il se roule en boule dans son lit. La veste comme doudou. Se rattacher à lui, à défaut du vide.
