Titre : grandir, c'est dire je t'aime

Source : GRAVITATION

Auteur(e) : Lysanea (lysaneahotmail.fr)

Genre : yaoi, romance

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf mention contraire, on verra au fil des chapitres. Dans celui-ci l'ami de Ryuichi, Nic.

Chapitre six : première journée à nous

Pairing : Tatsuha/Ryuichi

Personnages :


Chapitre six : première journée à nous.

Ryuichi jeta un énième coup d'œil à sa montre et soupira. Il commençait vraiment à être inquiet. Tatsuha était sorti depuis plus de trois heures et il ne connaissait pas la ville. Il avait très bien pu se perdre ou faire de mauvaises rencontres. Dans son souci de jouer les indifférents, Ryuichi ne l'avait même pas regardé lorsqu'il était parti : il ne savait pas ce qu'il portait, ce qu'il avait emmené… Et il ne pouvait même pas partir à sa recherche, il devait rester au cas où il revenait. Bon, il avait son portable. Mais lui, avait-il pris le sien ?

- Ah ! Kumagoro, pourquoi est-ce si compliqué ?

La sonnerie de la porte d'entrée lui répondit. Il jeta un œil par la fenêtre et laissa échapper un long soupir de soulagement : c'était bien Tatsuha.

Chassant toute trace d'inquiétude de son visage, il alla lui ouvrir.

- Alors, dit-il en le laissant passer, tout va bien ?

Tatsuha s'assit sur les marches de l'escalier et s'étira.

- Très bien.

- Demo… tu as les cheveux mouillés ! remarqua-t-il en dégageant doucement quelques mèches brunes qui barraient son front.

- Je marchais tranquillement et je me suis retrouvé devant une piscine, alors j'y suis entré pour faire quelques longueurs. Ca m'a vraiment fait du bien.

- Je me disais aussi !

- De quoi ?

- Bah… t'es parti depuis un moment…

Le jeune homme sourit.

- T'étais inquiet ?

- Moi ? Nooooooooon ! C'est Kumagoro, répondit-il en tendant son lapin rose droit devant lui. Il arrêtait pas de me dire que tu avais pu te perdre ou qu'il avait pu t'arriver quelque chose.

Tatsuha gratta le lapin entre les deux oreilles.

- Il ne fallait pas, mon lapin ! Je suis un grand garçon. T'es rassuré, maintenant ?

- Certainement, puisque t'es là ! Mais tu sais, il y a une piscine ici aussi, si jamais ça te reprend de vouloir piquer une tête !

- Si tu comptes me refaire le coup de ce matin, c'est sûr que ça risque de me reprendre. Tu l'as vu jusqu'au bout, au moins, ton fichu film ?

- C'était vraiment bien, Tsu-cha, dommage que t'aies pas voulu rester !.

- Tant mieux si ça t'a plu, vu comme tu m'as abandonné pour aller le voir.

- Dis, tu dois avoir faim ? répondit-il pour changer de sujet.

- Haï, le sport, ça creuse !

- Si t'es pas trop fatigué, on peut manger dehors. Il y a un super resto où j'aimerai t'emmener. En fait, il y en a plus d'un, mais celui-là, c'est le Red Lobster, c'est trop bon et ils sont trop sympa.

- Le Red Lobster ? Pourquoi pas ! Mais c'est moi qui t'invite !

- Hors de question !

- Alors je reste ici… répliqua-t-il en croisant les bras.

- Tsu-chan…

- Je ne changerai pas d'avis. tu sais que je suis plus fort que toi à ce jeu-là.

- Bon, d'accord, ça va ! Mais la prochaine sera pour moi !

Le jeune homme se leva, tout content.

- Ok.

- Bien. Je vais leur passer un coup de fil, je reviens.

- Ryui-chan, attends ! l'arrêta-t-il en le retenant par le bras. Est-ce que… non, rien.

Le chanteur se rapprocha encore, saisit son menton pour relever son visage et l'embrassa, le surprenant encore une fois par une attitude à laquelle il ne s'attendait pas.

- Nous en reparlerons après le déjeuner, tu veux bien ?

Tatsuha ne put qu'hocher la tête. Ryuichi lui caressa la joue avant de gagner son bureau. Il l'entendit peu après s'exprimer dans un anglais, enfin un américain parfait.

« Billy, c'est Sakuma. Ca va bien et toi ? Oui, je vois tout à fait ! Je viens déjeuner avec mon ami, on sera là d'ici trente minutes, ça ira ? Oui, tu vas enfin le connaître. Exactement, donc au premier étage, celle du fond, ce serait l'idéal. Merci beaucoup, à tout à l'heure. »

Il revint vers Tatsuha.

- On peut y aller, si t'es prêt.

- Je te suis.

- Avant que j'oublie, lui dit-il avant de sortir, il y a un double des clés accroché sur le panneau derrière toi. Prends-les, on ne sait jamais. Si j'oublie les miennes, si tu sors et ne me trouve pas au retour, pour n'importe quelle raison, c'est plus prudent.

- Tu as raison, merci.

- Cette fois, on est partis. A tout à l'heure Kumagoro, je ne t'emmène pas cette fois-ci.

Il referma la porte de la maison et actionna celle du garage. Pendant qu'elle se levait, il se tourna vers Tatsuha.

- Moto ou voiture ?

- Et tu me poses la question ?

Le chanteur sourit en entrant dans son garage. Sans un mot, il tendit un casque et une veste à Tatsuha, qui admirait sa moto, les yeux brillants. Puis, il lui tendit les clés. Le jeune homme le regarda, hésitant.

- Ryui-chan… Tu es sûr ?

- Ce qui est à moi est à toi. Je te guiderai en ville. En selle !

- Arigato !

Parés pour leur virée, ils enfourchèrent la moto et prirent la route, direction le Red Lobster.

Ils quittèrent le restaurant trois heures plus tard après avoir passé un moment des plus agréables. Ils avaient très bien mangé, ils avaient parlé et ri, retrouvant rapidement cette tendre complicité qui les liait. Le déguisement de Ryuichi fonctionnant plutôt bien, ils avaient rarement été dérangés, mais il y avait quand même eu des fans à l'œil acéré qui s'étaient approché pour demander un autographe au chanteur. Il signait et faisait la bise, sous les commentaires de Tatsuha, plus amusé que jaloux. Ryuichi ne lui appartenait pas, mais le cœur de Ryui-chan, si, avait protesté le chanteur.

En quittant le restaurant, à 16H30, ils allèrent faire les courses dont avait besoin Tatsuha pour le dîner qu'il tenait absolument à préparer le soir-même. Ryuichi lui avait demandé un plat japonais, ça lui manquait beaucoup. Il y avait des restaurant japonais, bien sûr, mais il avait envie de se sentir « à la maison », avoir l'illusion, pour un soir, d'être chez lui, au Japon, avec l'homme qu'il aimait.

Tatsuha leur avait donc préparé un délicieux okame soba (1), pour la plus grande joie de Ryuichi, qui s'était amusé à déformer le visage d'Okame (2) avant de l'engloutir…

Pendant qu'il préparait le repas, Ryuichi était resté avec lui à la cuisine, perché sur un tabouret, son carnet à la main. Parfois, il le posait, venait se placer derrière Tatsuha pour regarder par dessus son épaule ce qu'il faisait. La première fois qu'il l'avait senti dans son dos, il avait sursauté, avant de frissonner lorsque le chanteur avait passé ses bras autour de lui.

- Tu as besoin d'aide, mon ange ? avait-il murmuré à son oreille, le menton posé sur son épaule.

- Iee, merci mon Ryui-chan avait-il répondu sur le même ton.

Tatsuha avait senti son estomac se contracter et un grand vertige le traverser. Dès que Ryuichi le touchait, il vibrait dans son corps, dans son cœur, dans sa tête. Avec ce qui s'était passé le matin-même, il n'était plus sûr des sentiments de Ryuichi à son égard. Pourtant, au fil de la journée, il avait senti la distance imposée se réduire. Des effleurements, des gestes d'une grande tendresse, des regards profonds, Ryuichi l'avait même embrassé en public…

Au retour, le chanteur, derrière lui sur la moto, s'était pressé contre son corps d'une manière très suggestive, et avait placé ses mains haut sur ses cuisses, plutôt que de le tenir par la taille. Mais Tatsuha avait beau avoir senti son désir, lorsqu'ils étaient arrivés, Ryuichi avait été directement dans la cuisine ranger les courses et disposer celles nécessaires au dîner. Ceci, avant de se saisir de son carnet, de se percher sur son tabouret en lui demandant si cela ne le dérangeait pas qu'il reste avec lui, et en lui promettant qu'il ne le dérangerait pas, occupé à ses compositions…

Tatsuha n'avait pu qu'accepter et se mettre au travail.

Il trouvait Ryuichi un peu étrange…

Cela faisait plus d'un an qu'ils n'avaient pas eu de moments à eux, d'intimité, et dès que leur désir devenait évident, il changeait d'attitude et trouvait autre chose à faire. Non pas que Tatsuha ne pensait qu'à ça… Il savait se contrôler, mais il était normal d'avoir envie de la personne qu'on aimait, surtout après si longtemps. Seulement, il ne comprenait pas l'attitude de Ryuichi, qui semblait lui aussi avoir envie de lui, mais lutter contre ça. Bon, cela faisait à peine une journée qu'il était là, il s'était donc décidé à attendre le soir pour en avoir le cœur net, et en discuter franchement avec Ryuichi si ses soupçons se confirmaient.

Le dîner se termina doucement...

- C'était vraiment délicieux, Tsu-chan ! On s'est régalé, Kuma-kun et moi, arigato !

- Ca me fait plaisir ! Mais c'est pas fini, il y a le gâteau…

- Celui que tu ne m'as pas laissé voir…

- Et bien, je te laisse le sortir du four, mon cœur. Ca n'aurait pas été une surprise, sinon.

- Sugoï ! Je reviens ! s'écria le chanteur en se levant précipitamment pour courir en direction de la cuisine. Oooohhhhhhhhh ! s'émerveilla-t-il peu après, faisant sourire Tatsuha.

Il reparut, le gâteau dans ses mains, les yeux brillants, et le plaça sous le nez de Kumagoro, assis sur la table, comme d'habitude.

- Regarde, Kuma-kun, un usagi-man (3) ! Tsu-chan... commença-t-il en se tournant vers lui.

- Ah non, protesta celui-ci, voyant venir la scène, tu vas pas me refaire le coup de…

- Tsu-chan, je t'aime !

-… ce matin… termina-t-il une fois atterri par terre, sous le chanteur. Ryui-chan…

Ryuichi releva la tête, inquiet.

- Gomen, Tsu-chan ! Je t'ai fait mal ?

Tatsuha lui caressa la joue et se redressa, l'entraînant avec lui, et il se retrouva ainsi assis sur ses cuisses.

- Tout va bien. Tu t'es jeté sur moi en hurlant que tu m'aimais, comment pourrais-je aller mal, dis-moi ?

Ryuichi sourit et l'attira dans ses bras, le serrant très fort contre lui. Tatsuha lui rendit son étreinte, heureux. Puis ils se détachèrent et se firent face, les yeux dans les yeux.

- Alors on se le mange, ce lapin ? lui murmura Tatsuha.

- Chuuuut ! s'horrifia-t-il en posant sa main sur la bouche de Tatsuha, tu vas faire peur à Kumagoro !

Tatsuha sourit sous la paume, puis l'embrassa, remonta jusqu'aux doigts, entre lesquels il passa une langue gourmande, sans quitter Ryuichi des yeux. Celui-ci laissait aller son regard de ses yeux à sa bouche qui s'occupait si passionnément de ses doigts. Tatsuha fut troublé par son regard, qu'il ne parvenait pas à déchiffrer. Bien sûr, il y avait du désir, mais aussi… de la tristesse ?

- Tsu-chan… murmura-t-il comme un gémissement, mais pas de ceux qui voulaient dire « encore ».

Tatsuha comprit et libéra ses doigts. Il avait sa réponse.

- Je sais, le gâteau, répondit-il en cachant tant bien que mal la déception dans sa voix. Debout ! ordonna-t-il en lui donnant une petite claque sur les fesses

- Itaï ! protesta le chanteur en s'exécutant.

Ils reprirent leurs places et terminèrent de manger tranquillement, accompagnant leur dessert d'un délicieux thé à la menthe.

Alors qu'ils finissaient de débarrasser et de ranger, le téléphone sonna. Ryuichi s'excusa et alla décrocher.

- Oui ? Salut Nic, ça va ? Génial. Moi aussi, figure toi ! Me dis pas, ça, s'il te plaît ! Je pars bientôt pour le Canada, un de mes meilleurs amis se marie. Ca peut pas attendre mon retour ? Entre le 25 et le 30. J'imagine. Désolé, je croyais que tout était réglé ! C'est pas du tout pro de se réveiller à un mois du festival. Il vous a envoyé promener ? Je le comprends. Non, je ne suis pas lui, Nic, si je fais la même chose, vous allez vraiment être dans la merde. Tu mérites pas ça, c'est pas de ta faute. On va essayer de s'organiser. J'ai dit « essayer », je te promets rien, ok ? T'as toute la doc ? Tu peux être là dans combien de temps ? Ok, tu connais le chemin. A tout de suite.

Il était en train de raccrocher lorsque Tatsuha sortit de la cuisine.

- Tu as un problème ? lui demanda-t-il. Ton front est tout plissé…

- Je suis l'une des deux têtes d'affiche d'un festival qui a lieu dans un mois à New York, enfin, maintenant je suis la seule… Il y a un problème de gestion et de logistique, une grosse merde de dernière minute qui entraîne une réorganisation quasi-impossible. L'un des organisateurs, qui est un ami de longue date, va passer. On va essayer de s'organiser.

- Ca, c'est pas de chance ! J'espère que vous allez trouver une solution…

Ryuichi s'avança et tendit la main vers lui pour replacer une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Je suis désolé, Tsu-chan, je ne voulais pas que le moindre élément concernant ma vie professionnelle ne vienne s'immiscer dans ces quelques jours, que je voulais pour nous seuls, mais je n'ai pas le choix…

- C'est pas grave, mon Ryui-chan. Il arrive dans combien de temps, ton ami ?

- D'ici dix minutes, un quart d'heure.

- On a le temps de s'asseoir sur le canapé, tranquillement, où tu as des choses à faire avant ?

- Quand bien même, ta première idée est plus attrayante, répondit-il en lui prenant la main et en l'entraînant sur le canapé.

Ryuichi s'y allongea, et Tatsuha s'installa entre ses jambes, son dos contre son torse, ses mains sur ses bras qui s'étaient refermés autour de lui.

- Tu es bien installé, je ne te fais mal nul part, je n'écrase rien de précieux ? lui demanda Tatsuha d'un ton un peu taquin.

- Iee, je suis bien, mon ange. Mais je veux vérifier une chose, avant que tu ne prennes tes aises

- Laquelle ?

- Celle-là…

Ryuichi lui releva le menton et posa ses lèvres sur les siennes.

- C'est bon, mon Tsu-chan, on est bien installé, murmura-t-il avant de reprendre ses lèvres, cette fois pour un baiser plus fougueux.

Ils s'embrassèrent longuement, se caressèrent tendrement, mais sans chercher à s'exciter, même si ça les excitait aussi… Tatsuha avait fini par se retourner complètement et se retrouver face à lui, mais aucun des deux ne fit un seul mouvement pour déshabiller l'autre. Ils échangeaient de tendres baisers, se mordillaient les oreilles, le cou, les lèvres, se taquinaient par de petites phrases provocatrices. Il étaient bien, heureux, amoureux, et les doutes de Tatsuha s'envolèrent durant ce temps-là. Même si quelque part, une petite voix lui murmurait que si Ryuichi semblait si détendu et impliqué dans leurs câlins, c'était parce qu'il savait pertinemment qu'ils n'auraient pas le temps d'aller trop loin...

La sonnerie de l'entrée mit fin à ce moment de bonheur pur et simple.

Après un dernier baiser, Ryuichi se leva pour ouvrir.

- Entre, Nic.

- Comment tu vas, t'as l'air plutôt bien ?

Tatsuha les entendit se faire la bise. Il grimaça malgré lui.

Le dénommé Nic apparut dans le salon, suivit de Ryuichi.

Un grand brun aux yeux verts, au corps fin mais musclé, en pantalon de cuir et en chemise dont le vert faisait ressortir ses yeux. Pas mal, quoi.

- Nic, voici Tatsuha. Tsu-chan, voici Nicolas.

- Enchanté, appelle-moi Nic, s'il te plaît, fit Nic en lui tendant la main. Ryuichi ne m'a jamais parlé de toi, mais ça doit pas être important ! Mais il a dû te parler de moi, vu qu'on est sorti ensemble et qu'on remet le couvert de temps en temps…

- Nic !

- Je plaisante ! Rien de tout ça n'est vrai. On est juste potes, et je pourrai écrire un bouquin sur toi tellement il m'a parlé de toi. J'avais vraiment envie de te rencontrer, depuis le temps ! Peut-être qu'on aura le temps de se parler, un de ces quatre !

- Pourquoi pas, répondit prudemment Tatsuha.

- Pas ce soir, en tout cas, parce que là, on a du boulot. Je t'abandonne, Tsu-chan, tu peux monter dans notre chambre, je te rejoins dès qu'on a fini.

- Ok, mais si t'as besoin de quoi que ce soit…

- Ca ira, merci.

Tatsuha se tourna vers Nic.

- Et bien, au plaisir, Nic !

- A bientôt, j'espère.

Tatsuha commença à monter mais il s'arrêta car il entendait encore ce qu'ils disaient. Ils avaient dû passer à la cuisine chercher de quoi boire. Comme ils parlaient de lui, c'était son droit d'écouter, non ?.

- Il est tout comme tu me l'as décrit. J'aime beaucoup ses yeux, son regard.

- Tu te calmes, Nic.

- Je te charrie ! Il est beau garçon, mais je préfère les seins. Enfin, les femmes, quoi.

- Toujours aussi respectueux.

- Quand j'aurais trouvé la bonne, le respect sera dans le lot. Mais dis-moi, ton homme est un moine bouddhiste, non ? C'est ce que tu m'as dit.

- Oui, pourquoi ?

- Il a de supers cheveux pour un moine bouddhiste…

- C'est particulier, mais c'est pas le moment de t'expliquer..

- C'est du genre l'exception qui confirme la règle, c'est ça ?

- On peut dire ça. Bon, t'as les docs ? On s'y met ?

- Ca va, t'excite pas ! Je te jure de faire le plus vite possible, que tu puisses retrouver ton chéri pour une folle nuit d'amour.

- Au lieu de jurer, agis !

Tatsuha se décida à monter, passant sa main dans ses cheveux en souriant. C'est sûr, il devait être le seule moine bouddhiste du Japon et au-delà, qui officiait dans un temple, et qui avait encore ses cheveux…

Après une rapide toilette pour se débarrasser des odeurs de cuisine, il se déshabilla et glissa dans le lit de Ryuichi. Il était content de retrouver cette place-là… Les draps, l'oreiller, il était enveloppé par l'odeur de Ryuichi. C'était doux, chaude, pour un peu, il se serait cru au cœur d'un nuage de Ryuichi…

Il prit le livre qu'il lisait en ce moment et le dévora chapitre par chapitre. C'était si passionnant qu'il ne vit pas les heures passer. C'est seulement lorsqu'il entendit la porte d'entrée qu'il daigna regarder le réveil : il était plus de minuit ! Il était couché et lisait depuis trois heures.

Il entendit Ryuichi monter les escaliers avant de le voir entrer.

- Tu n'es pas couché, encore ? lui demanda-t-il en s'asseyant sur le lit. Je suis désolé, je ne pensais pas que ce serait si long, tu n'aurais pas dû m'attendre, mon cœur.

- Je n'ai pas fait exprès, mon Ryui-chan. Ce livre est une merveille, j'étais tellement dedans que j'ai pas vu les heures passer, expliqua-t-il en posant le livre sur la table de nuit. Ca a été, le problème est réglé ?

Ryuichi se releva pour se déshabiller et enfiler son pyjama en baillant furieusement.

- J'ai fait ce que j'ai pu, j'ai été le plus arrangeant possible. C'est à lui de gérer, maintenant. C'est pas mon boulot ! Je suis mort, soupira-t-il en se glissant dans le lit. Bonne nuit, mon Tsu-chan.

- Comment ça, bonne nuit ? J'ai pas sommeil, moi ! protesta-t-il en éteignant la lumière avant de se serrer contre lui.

- S'il te plaît, mon cœur, pas ce soir, murmura-t-il en lui tournant le dos. La prise de tête avec Nic m'a achevé, j'ai vraiment mal au crâne…

- Le coup de la migraine, c'est une excuse de fille, Ryui-chan, répliqua-t-il en promenant ses lèvres sur sa nuque offerte.

- Quand c'est une fille qui le dit, c'est une excuse, quand c'est un mec, c'est une réalité.

- D'accord, je te laisse tranquille. Tu as pris un cachet au moins, ou tu veux que j'aille t'en chercher un ?

- C'est fait. Merci, mon ange. Oyasumi.

- Euh… Ryui-chan ?

- Hn ?

- T'es obligé de me tourner le dos ? Je peux retourner dans la chambre d'amis, si tu veux, je comprendrais si tu veux rester seul, dans ton état…

Le chanteur rougit dans le noir. Il se tourna vers Tatsuha en lui ouvrant les bras, et il s'y blottit.

- C'est mieux, vraiment beaucoup mieux. N'hésite pas, si ça va pas, à me réveiller. Fais de beaux rêves, mon Ryui-chan

- Toi aussi, mon cœur, répondit-il en l'embrassant rapidement. Et merci.

Ryuichi s'endormit sans parvenir à chasser une ombre de culpabilité. Il s'en voulait de jouer ce jeu stupide avec Tatsuha, mais il ne trouvait pas la solution au problème qui s'était posé le matin même de son arrivée. Bien sûr, il ne pouvait pas éternellement le repousser, mais le temps de gagné était précieux, car il lui permettait de mieux réfléchir et de mieux se préparer.

Il ne voulait pour rien au monde faire souffrir Tatsuha, qu'il aimait plus que tout.


Notes :

1) Okame soba : est un plat de soba chaudes (les soba sont des nouilles faites à partir de farines de sarrasin et de blé, fines et de couleur brune, consommées aussi bien froides que chaudes) très riche. Au-dessus des soba baignant dans un bouillon de shôyu (soja + blé fermenté + eau + sel) sont ajoutés divers ingrédients formant le visage d'Okame, un personnage féminin du kyôgen. Deux morceaux de yuba (peau qui apparaît quand on fait cuire du lait de soja nature) représentent ses yeux, un champignon shiitake sa bouche, deux minces tranches de kamaboko (pâte de poisson) ses joues. Ce plat contient aussi des épinards, du trèfle et de l'omelette.

2) Okame : elle est une paysanne joufflue et souriante à la gestuelle timide. Dans le "Kyogen" (farces servant d'intermèdes au théâtre Nô) comme dans les danses populaires, elle est toujours associée à son inséparable prétendant "Hyottoko" un serviteur d'origine paysanne au visage déformé par son activitéIl est en effet chargé de l'entretien du feu et de ce fait, il a les lèvres tendues en cul de poule à force de souffler dans un bambou creux et un oeil fermé pour se protéger de la fumée. Son nom est composé de "Hi" le feu et "Otoko" l'homme. On retrouve le couple dans pratiquement toutes les réjouissances traditionnelles de villages liées aux "Matsuri", festivités alliant religions et rites agraires où leurs pantomimes coquines, qui détendent l'atmosphère, peuvent avoir une symbolique érotique.

3) Usagi-man : le Manju est un gâteau traditionnel de forme ovoîde fourré à la pâte de haricot rouge sucré "azuki", enrobé d'une génoise cuite à la vapeur. Il est possible d'en trouver à l'armoise ou d'autre saveur. Certains ont la forme d'un lapin, on les nomme alors "usagi-man". (usagi : lapin en japonais)

Après lecture de ces notes, vous comprenez pourquoi j'ai choisi ce menu à faire faire à Tatsuha !!

Lexique :

Arigato : merci

Demo : mais

Gomen : pardon

Haï : oui

Iee : non

Oyasumi : bonne nuit

Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère que vous m'en voulez pas trop de faire un peu souffrir nos deux amoureux, mais j'aime pas quand c'est trop facile, et je suis pas une sadique, c'est juste du réalisme... bisous ! Lysanea