Titre : grandir, c'est dire je t'aime
Source : GRAVITATION
Auteur(e) : Lysanea (lysaneahotmail.fr)
Genre : yaoi, romance
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Akitoshi Shindo, le Docteur Caroll, Suzanne, William, Myllie, Christine…
Chapitre treize : nouvelle nuit de veille
Pairing : Tatsuha/Ryuichi
Personnages : Tatsuha Uesugi (frère de Yuki Eiri), Sakuma Ryuichi (chanteur et ami de Shuichi), Akitoshi Shindo (frère de Shuichi), Suzanne (infirmière et amie d'Akitoshi), William (aide-soignant)
Chapitre treize : une nouvelle nuit de veille.
-
Tatsuha s'agita dans son sommeil et gémit doucement en plissant le front. Sa main se crispa sur les draps. Ryuichi desserra ses doigts et glissa sa main dans la sienne, caressant son front de l'autre, doucement, et lui murmurant des paroles rassurantes à l'oreille. Le jeune homme se détendit rapidement et replongea dans le sommeil.
Ryuichi ne lâcha pas sa main pour autant. Il était inquiet, il savait qu'il ne serait pas tranquille tant que Tatsuha devra rester dans ce lit d'hôpital et dans cet état.
Lorsque Suzanne et lui l'avait ramené, il avait pu relâcher un peu les efforts qu'il avait fait pour faire croire qu'il tenait vraiment le coup. Son visage s'était crispé de douleur à de nombreuses reprises durant le trajet. Il lui avait serré la main fort, si fort… Tout en essayant de le rassurer. Ryuichi avait été bluffé par sa force et son courage. Il savait, il sentait sa douleur. Pourtant, comparé à son intensité, il ne l'avait que faiblement exprimée.
A peine arrivé dans sa chambre, changé et installé dans son lit, il s'était remis à cracher du sang.
A vomir du sang.
Le ventre du chanteur se noua, son cœur se serra au souvenir de cette scène. Il ne supportait pas de voir souffrir celui qu'il aimait. Il aurait tant aimé pouvoir prendre cette douleur en lui, le soulager. Mais il n'avait pu que le regarder, impuissant, le soutenant alors que des flots de sang jaillissaient de sa bouche.
La crise avait finie par passer, il avait dû laisser le personnel soignant faire son travail, avant d'être autorisé à revenir à son chevet.
Epuisé, Tatsuha s'était vite endormi, non sans avoir demandé à son amant de lui chanter une nouvelle chanson.
Ryuichi s'était exécuté en tentant de masquer son inquiétude. Le jeune homme était de toute façon trop faible pour remarquer quoi que ce soit.
Depuis, le chanteur le veillait, le calmant dès que des cauchemars menaçaient son sommeil, le rassurant de sa présence et de sa chaleur que Tatsuha percevait à travers les brumes de son sommeil.
La porte de la chambre s'ouvrit doucement, et Ryuichi entendit son nom. Il se leva, déposa un doux baiser sur le front de son amant et sortit.
Suzanne sourit et lui tendit un café.
- Si vous avez l'intention de veiller jusqu'au bout de la nuit, cela vous sera utile.
- Merci beaucoup, dit-il en acceptant la tasse fumante.
- Comment est son sommeil, depuis une heure ?
- Il s'est encore un peu agité, mais rien de bien méchant.
La jeune infirmière s'assit, invitant Ryuichi à suivre son exemple. Il hésita en jetant un regard par la petite vitre de la chambre de Tatsuha. C'était le seul endroit où il voulait être et s'asseoir dans cet hôpital : auprès de lui.
- Il ne risque rien, nous sommes juste à côté, on entend tout à travers ces murs. Allons, Ryuichi, asseyez-vous un moment. Vous allez devenir fou à rester dans cette chambre, comme ça.
Le chanteur se résigna et s'assit, puis but une longue gorgée de son café.
- Qu'est-ce que tu penses de son état ? Sincèrement, donne-moi ton sentiment.
- Je ne sais pas. Je ne suis pas médecin, nous en serons plus lorsqu'il aura été vu par le Docteur Caroll, demain matin. Enfin, dans quelques heures…
- Tu as bien un avis ? Tu l'as vu évoluer, hier. Un moment il va bien, et l'instant d'après il vomit du sang. Ses crises ont-elles un sens ? Tu as dit qu'il avait été pas mal agressé et que le manque de repos en étaient probablement les causes. Y aura-t-il d'autres conséquences, d'après toi ?
- Je suis désolée, Ryuichi, je n'ai pas les réponses à vos questions. Son état m'inquiète, bien évidemment, mais il est en sécurité ici. Le Docteur Caroll est un très bon médecin et un excellent chirurgien, il s'est très bien occupé de Tatsuha. Mais ce genre de blessure est délicate, les 72 heures qui suivent l'opération sont toujours assez floues.
- Il peut y avoir des complications, alors.
- Ses crises peuvent être le symptôme de quelque chose. Tant qu'il n'aura pas été examiné par le Docteur Caroll, nous ne pouvons pas nous prononcer. L'examen de base nous a permis de constater qu'il n'y avait rien d'alarmant : il est stable, son pouls est un peu faible mais régulier, il respire correctement. Nous pouvons attendre demain pour approfondir l'examen et en faire d'autres.
Ryuichi garda le silence un moment, plongé dans ses réflexions suite à ce que venait de dire Suzanne.
- Je ne veux pas le perdre, reprit-il. Je crois… je crois que je ne le supporterai pas.
- Je ne crois pas trop m'avancer en vous disant que ses jours ne sont menacés. Le Docteur Caroll vous le confirmera demain, je pense.
- Je l'espère.
- Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?
- C'est compliqué.
- C'est à dire ?
- Nous avons pris conscience de nos sentiments respectifs il y a un presque quatre ans. Mais Tatsuha ne se sentait pas prêt pour une relation sérieuse. Alors j'ai repris ma carrière aux Etats-Unis et lui est resté au Japon. Voilà la pathétique histoire de la pseudo rock star amoureuse du moine bouddhiste de quinze ans son cadet !
- Vous êtes une véritable rock star, pas une pseudo rock star… A première vue, votre histoire semble compliquée, mais elle n'a rien de pathétique, Ryuichi. Ce ne sont pas votre différence d'âge ni la position et la fonction que vous occupez dans la société qui vous empêchent d'être ensemble. A vrai dire, je ne vois même pas quel est l'obstacle. Akito n'a pas réussi à vraiment m'expliquer, je crois que lui-même a du mal à comprendre. C'est triste de vous imaginer amoureux mais séparés, c'est ce que je ne conçois pas.
- Nous n'avions pas le choix.
- Vous parlez au passé. Cela veut-il dire que vous êtes prêts à vivre ensemble ?
- C'est encore compliqué.
- Vous aimez ce mot, décidément. Si c'était si compliqué, seriez-vous là, en plein milieu de la nuit, à le veiller pour la troisième nuit consécutive, et à me dire que vous refusez de le perdre ?
- Je l'aime.
- Je n'en doute pas une seconde, et tout êst sûrement aussi simple que cela. Quelque part, c'est heureux qu'il se soit fait agresser à ce moment-là, un moment où vous étiez tous les deux au même endroit, pas l'un au Japon et l'autre en Amérique. Douze heure, c'est loin, tout peut arriver durant ce laps de temps. Il y a des accidents à la suite desquels chaque seconde compte.
- Pourquoi me dis-tu tout ça ? Que sais-tu de nous ? On ne se connaît pas.
- C'est vrai, mais j'ai appris beaucoup de vous, ces deux derniers jours. Akito aime beaucoup Tatsuha, il s'inquiète pour lui, et on a donc beaucoup parlé de lui, de vous. Et je comprends son inquiétude. Je ne peux pas me taire alors qu'un beau gâchis se dessine sous mes yeux. Allez-vous vraiment le laisser repartir, Ryuichi, et risquer un jour de le perdre, et de ne pas avoir le temps de le rejoindre ? De revoir son visage une dernière fois ? Alors que vous me répétez, à deux pas de son lit d'hôpital, que vous ne voulez pas le perdre ?
- J'ai eu assez de leçons, ces derniers temps, ça suffit, répondit-il. Vous pensez tous savoir mieux que moi ce qu'il est bon de faire, c'est si facile de parler quand on est pas impliqué.
- Je suis désolée, Ryuichi, vous avez raison. Je ne prétends pas pouvoir analyser votre relation. Je sais juste que j'ai devant moi un homme comme j'en ai vu défiler des centaines, noyés par la peur de perdre un être cher et qui ont fini plein de regrets pour tout ce qu'ils n'ont pas accompli avant. Parmi eux, certains sont partis puis revenus, n'ayant pas su saisir cette deuxième chance que leur offrait la vie, et ont perdu définitivement la personne qu'ils chérissaient. C'est trop douloureux pour vouloir le vivre.
- Je sais ce que c'est ! Je sais… et je ne veux pas le revivre…
Suzanne posa sa main sur son bras.
- L'amour est comme un cadeau que fait la vie, elle peut le reprendre à tout instant. Ne passez pas à côté de cette chance, Ryuichi, comme la lame de ce couteau est passé si près de ses organes vitaux. Cela n'a-t-il aucun sens pour vous ?
- Ne me parle pas de Dieu ou ce genre de choses, je n'y crois pas.
- Appelez ça comme vous voulez. Mais si y voir un signe vous permet de prendre les meilleurs décisions pour Tatsuha et vous, alors reconnaissez qu'il y en a peut-être un là, plus que flagrant.
- Ah oui ? c'est quoi, le message ? La vie tient a peu de choses ?
- Je ne sais pas. Mais Eiri et Shuichi étaient très beaux, hier. Je n'ai eu aucune peine à vous imaginer, Tatsuha et vous, à leurs places.
Ryuichi reporta son regard sur elle, et finit par sourire.
- Excuse-moi de t'avoir un peu mal parlé, Suzanne. Je suis juste fatigué de cette situation. J'ai tellement besoin de lui. Ca vous paraît à tous si simple, mais ça ne l'est pas. Je voudrai tout plaqué et être avec lui. Ma vie, c'est lui, pas ma carrière. J'ai continué à chanter pour extérioriser tous mes sentiments, c'est pour lui que j'écris depuis quatre ans. Mais je dois tenir compte de sa vie aussi, qu'il a construit loin de moi. Il a des responsabilités, des gens qui attendent beaucoup de lui. Je ne peux pas prendre toutes les décisions.
- Je ne pense pas que ce soit ce qu'on vous demande de faire. Ce n'est pas dirigé contre vous, mais contre vous deux. Akito m'a bien dit que vous étiez tous les deux responsables, que vous vous étiez laissés vivre et porter. Combien de temps cela va-t-il encore continuer ? Pardonnez-moi, je dois vous paraître arrogante et curieuse, mais à dire vrai, la réponse n'a d'intérêt que pour vous.
- J'avais pris une décision, avant l'accident. Mais quel que soit l'amour que je lui porte et le besoin vital que j'ai d'être à ses côtés, si je me rends compte qu'il serait mieux sans moi, je n'hésiterai pas à disparaître de sa vie. Que l'on comprenne ou non ma décision et mon attitude. Seul son bonheur compte, même s'il n'est pas immédiat.
- Ne disparaissez pas sur un petit mot, c'est tout ce que je vous conseille ! Le goût d'inachevé est la plus amère des saveurs, et je parle en connaissance de cause, dit la jeune fille en se levant. Bien, je dois retourner à mon poste.
- Tu sais, si tu veux en parler… Je ne connais pas vraiment Akitoshi, mais j'ai une bonne oreille.
- C'est gentil, mais il n'y a rien à dire. Nous avons la possibilité aujourd'hui de tourner la page sur une histoire qui n'avait pas vraiment commencé. J'espère que ça pourra se faire. Ca fait quatre ans que j'attends ça, je m'en suis seulement rendu compte en le reconnaissant. Tout le monde semble penser que nous sommes partis pour vivre une grande histoire, mais rien ne nous lie vraiment, si ce n'est cette frustration vieille de quatre ans. Personne ne sait vraiment où tout ceci va nous mener.
- J'espère que tout s'arrangera et que vous y verrez plus clair.
- Je l'espère aussi. Je garde espoir pour tout le monde, c'est dans ma nature.
- Merci, Suzanne.
- Pour le café ou les leçons ?
- C'est clair que t'es une sacrée donneuse de leçon, Na No Da !
- Qu'est-ce que vous avez dit ? Je vous ai souvent entendu prononcer ces mots, qu'est-ce que ça signifie ?
- Rien de particulier, c'est juste pour ponctuer mes phrases…
- Je vois. Bien, si je n'ai pas fait que vous déranger, j'en suis heureuse.
- Une présence au cœur de la nuit, c'est toujours agréable, quand on est dans mon état d'inquiétude.
- Je vous laisse retourner auprès de votre prince charmant. Pensez à vous reposer quand même un peu, il va avoir besoin de vous.
Elle récupéra la tasse et remonta le couloir jusqu'au poste de soins.
Ryuichi reprit sa place auprès de Tatsuha, entrelaçant leurs mains. Il sentit les doigts du jeune homme se refermer sur les siens, alors qu'il poussait un soupir presque inaudible, par lequel Ryuichi reconnut qu'il l'appelait. Alors il se pencha encore et posa sa tête près de la sienne, sa bouche à hauteur de son oreille.
- Je suis là, mon amour, je suis là. Je ne peux pas encore tenir ma promesse, mais je te fais le serment qu'un jour, on ne se quittera plus, toi et moi. Et rien ni personne ne pourra jamais m'empêcher d'honorer ce serment. Je jure que quiconque se mettra en travers de ma route le paiera plus qu'il ne pourra jamais donner…
Sur ces pensées belliqueuses le chanteur s'assoupit, vaincu par la fatigue accumulée en cette troisième nuit de veille…
Il fut réveillé quelques heures plus tard par une main caressant tendrement ses cheveux. Il se redressa et rencontra le regard sombre et voilé de son Tsu-chan, qui lui sourit tendrement.
- Bonjour, mon Ryui-chan, murmura-t-il faiblement.
- Bonjour, mon ange. Je suis désolé, je me suis endormi…
- Tu devrais rentrer à l'hôtel dormir un peu.
- Je suis très bien ici, répliqua-t-il en nichant sa tête au creux de son cou. Quelle heure est-il ?
- Presque huit heures, les infirmières ne vont plus tarder. Non, reste encore un peu comme ça, protesta-t-il d'une voix rauque, alors que Ryuichi commençait à se relever. Elles frapperont avant d'entrer.
Le chanteur reprit sa position, veillant à ne pas faire mal au blessé.
- Comment tu te sens ?
- Toi serré contre moi, je ne peux que me sentir bien.
- Si seulement ça pouvait suffire à te guérir.
- Ca m'aide beaucoup, en tout cas. J'avoue, j'ai les jambes en coton et je me demande sérieusement si je suis capable de me mettre et de rester debout, mais à part ça, ça va bien
Il se mit à tousser un peu, et Ryuichi se releva, inquiet. Il lui prépara un verre d'eau qu'il lui tendit, l'aidant à boire, et quelques gorgées suffirent à calmer sa toux. Il l'aida ensuite à se rallonger le plus confortablement possible. Tatsuha ne put retenir un gémissement ni une grimace.
- Tu as mal ?
- Ca va, c'est supportable.
- Ton courage et ta force m'impressionnent.
- J'ai de la force parce que tu veilles sur mon sommeil, je ne m'épuise pas à combattre mes démons, expliqua-t-il d'une voix qui commençait à reprendre de l'assurance. Dis, mon amour, reprit-il après un court silence, tu sens drôlement bon.
Ryuichi pouffa en posant sa tête sur son épaule.
- Je sais pas comment je dois le prendre, Na No Da ! Ca veut dire que c'est pas le cas d'habitude ?
- Mais si, baka, mais je m'y attendais pas, on dirait que tu sors juste de la douche.
Cette fois-ci, le chanteur se redressa.
- Tu viens de me traiter de baka, ou j'ai rêvé ?
- Mais non, t'entends des choses…
- Honto ? C'est vrai, tu as raison… D'ailleurs, j'entends qu'on m'appelle, là, dehors…
Tatsuha le retint alors qu'il se relevait.
- Reste…
Il se rassit et lui caressa la joue.
- Bien sûr que je reste.
- N'empêche, je rêve pas, t'es tout beau, tout propre !
- Pas tant que ça, je suis un peu chiffonné vu que j'ai à moitié dormi sur ton lit. Comme je n'ai pas eu le temps à l'hôtel hier soir, Suzanne m'a autorisé à prendre une douche et à me changer dans une chambre vide, à côté.
- Elle est vraiment gentille, Suzanne.
- Oui, elle m'a même apporté un café, cette nuit.
- Honto ?
- Honto ni.
- Et ?
- Et quoi ?
- Généralement, quand on prend un café, on discute aussi. Vous avez parlé de quoi ?
- De plein de choses, mon cœur.
- C'est pas une réponse, ça !
Le toc toc de la porte l'empêcha de poursuivre et accessoirement, sauva Ryuichi du terrain glissant où il était en train de s'enfoncer. Suzanne entra, suivit d'un jeune homme qui poussait le chariot de matériel.
- Bonjour messieurs, dit-elle en souriant.
- Bonjour, répondirent-ils d'une même voix.
- Voici William, l'aide-soignant du matin. Christine, l'infirmière, viendra vous voir un peu plus tard. Alors Tatsuha, comment vous sentez-vous ce matin ?
- Bien, merci. Mais c'est aussi parce que Ryuichi est avec moi…
- La médecine ne fera jamais le poids face à l'amour ! Plus sérieusement, vous ne ressentez pas de douleur particulières, de maux de têtes, de vertiges même couché ? demanda-t-elle en s'activant sur sa perfusion.
- Non, ça va. J'ai un drôle de goût dans la bouche, je me sens un peu faible, c'est tout.
- Ca, à priori, c'est normal. Vous allez prendre votre petit-déjeuner, doucement, pour essayer de garder vos aliments. Vous ne devriez pas refaire de crise comme hier, mais tant que nous ne savons pas exactement à quoi elles sont dues, il vaut mieux être prudent .Le Docteur Caroll viendra vous voir et vous enverra faire les examens complémentaires si besoin est. En ce qui nous concerne, William va prendre votre température, et moi, votre tension. Donnez-moi votre bras.
Le jeune homme s'exécuta, et Ryuichi s'écarta pour les laisser travailler.
- Petite tension, mais c'est normal. Pas de fièvre, les constantes sont correctes. Parfait. Vous allez maintenant me montrer votre joli pansement.
- Hey, doucement, protesta Ryuichi, je vous vois venir ! N'en profitez pas !
Suzanne sourit en examinant le pansement, ainsi que Tatsuha, William resta impassible.
- Je n'oserai pas, répondit-elle. Le pansement ne suinte pas, il n'y a pas de trace de sang. Mais vu l'épaisseur, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu d'écoulements. Et vous n'êtes pas encore capable d'analyser ce que vous ressentez au niveau de votre plaie, ça doit simplement vous faire plus ou moins mal.
- Mais ça s'analyse, comme douleur : ça pique, ça tiraille, ça gratte, ça brûle, oh oui, pour brûler, ça brûle !
- Vous direz tout ceci au Docteur Caroll. Lorsqu'il vous aura vu et aura donné son accord, l'infirmière pourra venir vous changer le pansement.
- Génial, encore un super quart d'heure en perspective !
Elle s'écarta, laissant Ryuichi reprendre sa place à ses côtés. Elle ne put retenir un sourire en voyant comme leurs mains se rejoignaient et leurs doigts s'entrelaçaient sans qu'ils en prennent vraiment conscience. Un geste d'un naturel si éloquent…
- Bien, Will, reprit-elle en se tournant vers l'aide-soignant, tu peux t'avancer un peu et t'occuper de Myllie. J'ai deux trois questions sans intérêt pour toi à poser à Monsieur Uesugi, je te rejoins dans quelques minutes. Sauf si Christine arrive, ce qui m'étonnerait fort…
- Ok.
C'était le seul mot qu'il avait prononcé depuis qu'il était entré, à part énoncer la température à Suzanne afin qu'elle put la noter.
Suzanne se tourna vers eux dès qu'il referma la porte.
- J'ai terminé mon service, je ne reviens que demain à 15h. Si je n'ai pas pu croiser Akito avant de partir, pouvez-vous lui donner mon numéro de téléphone ? demanda-t-elle à voix basse en leur tendant une carte. Notez-le également, si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas.
- Merci beaucoup, Suzanne. Doit-on dire quelque chose à Akitoshi de ta part ?
- Juste de m'appeler, si sa proposition d'hier soir tient toujours. Après tout, il a pu être influencé par l'ambiance des plus romantiques de ce superbe mariage…
- Je crois que ça va plus loin que ça, mais ce n'est que mon humble avis. En tout cas, le message sera transmis.
- Merci. Le petit-déjeuner va arriver. Le Docteur Caroll a obtenu l'autorisation de monter un lit de camp pour vous, Ryuichi. Officiellement, vous êtes fiancés, alors essayez de jouer le jeu, si on vous demande la date et dans quelle ville vous allez vous marier, d'accord ? Bien, j'y vais, sinon William va encore raconter je ne sais quoi.
- Parce qu'il sait faire des phrases ? s'étonna Ryuichi.
- Je dirai presque malheureusement oui ! Il est moins dangereux quand il est silencieux… Enfin bref, Tatsuha, je te laisse entre de bonnes mains. Et vous, Ryuichi, profitez de ce lit de camp ultra confortable pour vous reposer.
- Je te dirai si nous avons la même notion du confort.
- Merci encore, Suzanne. Bonne journée et à demain.
- A demain, courage.
Elle sortit, laissant les deux hommes entre eux.
- Elle a raison, tu as l'air épuisé. Ca fait trois nuits que tu ne dors pas à cause de moi.
- Ce n'est pas la première fois, mon amour, répondit-il avant de l'embrasser tendrement. J'ai déjà enchaîné des nuits blanches dont je suis sorti épuisé. Durant lesquelles tu m'as épuisé… Les dernières ne datent pas de si longtemps, en plus.
- Vrai. Mais tu t'es aussi épuisé à m'épuiser, mon amour. Là, ce n'est pas que physique, tu t'inquiètes pour moi, et ça te fatigue moralement. Je le vois bien.
Ryuichi posa la tête sur son épaule, le nez contre son cou, un endroit qu'il adorait particulièrement. Tatsuha posa sa main dans ses cheveux, les caressant doucement.
- C'est normal de s'inquiéter pour la personne qu'on aime, non ? Tu serais dans le même état, alors n'en parlons plus. Je ferai une sieste tout à l'heure, si ça peut te rassurer, d'accord ?
- D'accord. Dommage que ce ne soit pas un lit deux places, tu aurais pu la faire dans mes bras.
- On est pas à l'hôtel, mon ange.
- Il y a des personnes assez grosses, ils doivent bien avoir des lits adaptés, non ?
- Mais je ne me vois pas leur emprunter, Na No Da !
- Pourquoi pas, on ne fait rien de mal ? Franchement, c'est évident que dans mon état, je ne peux pas faire de galipettes ! Déjà, un simple baiser me retourne le ventre de frissons et d'émotion.
- Ca ne se devine pas au premier coup d'œil, tu sais. Il y a encore des gens pour croire que vouloir partager le même lit, c'est vouloir avoir la possibilité de faire l'amour quand on veut.
- Je ne peux pas juste avoir envie de me blottir dans les bras de mon fiancé pour dormir du sommeil du juste ?
- Visiblement non, ce n'est pas ce à quoi les gens penseront en premier lieu et leurs premières pensées présenteront forcément notre attitude comme de l'incorrection. Mais nous n'avons pas à nous plaindre, mon cœur, je trouve déjà qu'on a beaucoup de chance, ils sont très conciliants avec nous. Au Japon ou aux Etats-Unis, ça ne se serait pas passé si facilement.
- Je sais bien. Il faudra trouver le moyen de les en remercier.
- On y réfléchira ensemble. Qu'est-ce que tu…
La sonnerie du téléphone l'empêcha de terminer de poser sa question. Il décrocha et tendit le combiné à Tatsuha.
- Oui ? Salut Akit-chan. Oui, ça va, et non, tu ne me réveilles pas, ça fait un moment déjà. On a jamais le droit aux grasses mat à l'hôpital, tu sais bien. Et toi, et vous, ça s'est bien passé cette nuit ? T'as intérêt, requin ! Je m'en fou c'est moi qui aie gagné, t'avais qu'à pas être aussi présomptueux ! C'est ça, on y croit tous. Ca t'a jamais réussi de boire au réveil, Kito-chan… Tu ferais mieux de profiter de mon petit accident pour t'entraîner, dès qu'on se retrouve à Tokyo, j'te met la raclée du siècle ! Arrête, me fais pas rire, baka, ça fait mal… gémit-il en se crispant. Bon, et nos deux mariés ? Génial ! Vous ne devriez pas déjà être en route ? Carrément ? Oui, j'imagine. Dans ce cas… D'accord, je bouge pas d'ici, de toute façon… Je doute qu'on m'envoie faire des exams à l'heure du déjeuner. A tout à l'heure, Aki-chan, et mets-toi au lait froid. Teme ! je l'a retiens, celle-là, cafard ! Ja'ne !
- Alors ? demanda Ryuichi en reposant le combiné. Que se passe-t-il ?
Il avait parlé d'un ton neutre, mais il ne pouvait s'empêcher d'être un peu jaloux de la complicité qui unissait Tatsuha et Akitoshi. Même à travers une simple conversation téléphonique d'à peine cinq minutes, elle lui explosait à la figure.
Tatsuha prit le temps de boire un peu avant de lui répondre, il se fatiguait vite rien qu'à parler, et sa gorge s'asséchait aussi très rapidement..
- Nos deux mariés ont décidé de repousser leur vol, ils partiront plus tard dans la journée.
- Il y a eu un problème ?
- Pas vraiment. Ce matin, ils ont eu la surprise de voir la moitié des invités devant leur maison. Malgré le fait qu'ils se soient tous couchés tard, ils ont tenu à venir leur dire au revoir et bon voyage de noces. La maison ne pouvant pas contenir tout ce monde, ils ont tous regagné l'hôtel pour les derniers remerciements et au revoir.
- Ils doivent être tous migraineux, nauséeux ou complètement morts, ça doit être sympa comme spectacle. Et ils peuvent pas avoir un autre vol dans la matinée ? Il est à peine neuf heures !
- Je sais pas. Ils nous expliqueront tout à l'heure. Ils viennent vers 14h.
- Bien. De toute façon, ils n'ont jamais rien fait comme tout le monde, ce n'est pas maintenant qu'ils vont commencer…
- C'est bien vrai.
On frappa à la porte et le dénommé William leur servit le petit-déjeuner, et sortit sur un « bon appétit » qui les étonna.
Ryuichi aida Tatsuha a bien s'installer, et ils petit-déjeunèrent ensemble.
Un double petit-déjeuner, qui faisait partie de tous les arrangements qu'avait obtenu le Docteur Caroll pour eux.
Il avait été touché par ce couple dès le premier soir, et faisait tout depuis pour rendre cette épreuve moins douloureuse et difficile à passer.
Sachant surtout qu'avec ce genre de blessure, tout pouvait basculer d'un instant à l'autre…
A suivre
Lexique :
Baka : idiot
Honto ? Honto ni : Vraiment ? Vraiment.
Ja'ne/Mata ne : à plus
Teme : enfoiré
Notes : j'espère que vous avez aimé ce chapitre, la suite devrait arriver rapidement, comme c'est déjà prêt et que je dois juste retravailler un peu... mais comme mon emploi du temps va se resserer d'un coup d'ici deux jours, ca ne sera pas toujours le cas pour les suivants... merci en tout cas d'avoir suivi jusque là et j espere aux prochains chapitres... bises... Lysanea
