Titre : grandir, c'est dire je t'aime

Source : GRAVITATION

Auteur(e) : Lysanea

Genre : yaoi, romance

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Akitoshi Shindo, Dan (je suis fière de ma créature héhé), le Docteur Caroll, Suzanne, William, Myllie, Christine…

Chapitre quatorze : la menace… du rival ?

Pairing : Tatsuha/Ryuichi

Personnages : Tatsuha Uesugi (frère de Yuki Eiri), Sakuma Ryuichi (chanteur et ami de Shuichi), Akitoshi Shindo (frère de Shuichi) + le personnel médical + Dan.

Notes : pour celles et ceux qui ont eu lu ma précédente fic, « la menace du rival, le malentendu » ce chapitre est en lien direct (donc forcément ceux qui l'ont pas lu vont être un peu largué mais y a un moyen tout simple d'y remédier… mais non je fais pas de pub, c'est juste logique ! ) et le titre de ce chapitre est un clin d'œil évident à cette même fic… j'hésitais entre « la menace… du rival ? » et « le retour du rival ? » mais je crois avoir fait le bon choix… Quant à ceux qui s'inquiètent de ne pas avoir vu notre Ryuichi en mode gamin depuis un moment, ne vous en faites pas, il n'est pas resté à Détroit ;-) vous savez bien qu'avec Ryuichi, Kumagoro n'est jamais loin… bonne lecture et merci à tous pour vos reviews et mails ! bises Lysanea


Chapitre quatorze : la menace… du rival ?

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- Allez, mon cœur, c'est pas si terrible…

- C'est immangeable, t'as qu'à avaler, toi !

- Je te promets d'y goûter à mon tour, mais c'est à toi de commencer…

- Nan, toi d'abord !

Christine, l'infirmière du service, rougit violemment en entendant cette conversation et décida de repasser plus tard. Monsieur Uesugi était avec son fiancé, et elle n'était pas sûre de savoir de quoi ils parlaient, même si c'était l'heure du déjeuner.

Les deux fiancés en question, ayant entendu les pas près de la porte et l'hésitation de la personne qui souhaitait visiblement entrer, se regardèrent avant d'exploser littéralement de rire. Tatsuha se crispa sous la douleur et finit par réussir à se calmer.

- Tu penses qu'elle a vraiment cru que… non, c'est trop drôle, quel esprit tordu… murmura-t-il en essuyant ses yeux noyés de larmes.

- Franchement, quand tu retires notre dialogue de son contexte, tu peux tout imaginer, et ça en premier.

- Sauf que je fais pas tant de manières pour le ça en question.

- Encore une chose qu'ils ignorent nous concernant, et qu'ils n'ont pas à savoir, Na No Da !.

- Mais ils ne sont pas sans ignorer la valeur nutritive de notre semence. Elle est sûrement plus nourrissante que ce truc infâme. Non, mais regarde, ça ressemble à rien ! Si tu m'aimes vraiment, tu peux pas me demander un truc pareil !

Ryuichi jeta de nouveau un œil sur l'assiette dans laquelle reposait une drôle de mixture, et y abandonna la fourchette avant de sourire à son amant, renonçant à le torturer davantage.

- Je reconnais qu'il faut un certain courage et beaucoup d'imagination pour manger ce truc. C'est promis, mon amour, dès qu'on rentre, je te ferai de bons petits plats pour te faire oublier le traumatisme alimentaire que tu auras subi ici.

Le visage du jeune homme s'illumina.

- Je t'aime, mon Ryui-chan.

- Moi aussi, répondit-il avant de l'embrasser avec une émouvante douceur.

On frappa à la porte, interrompant leur tendre échange.

Ils s'écartèrent et se tournèrent vers la porte, où se tenait William.

- Monsieur Sakuma, on vous demande au service des admissions et sorties.

- Très bien, je descend, merci.

L'aide-soignant sortit sans un mot de plus, comme à son habitude. Ryuichi embrassa encore Tatsuha avant de se lever.

- Ce doit être pour les formalités de ta sortie dont nous a parlé de Docteur Caroll tout à l'heure. Je fais au plus vite. As-tu besoin de quelque chose avant que je parte ?

Le jeune homme agrippa son t-shirt et l'attira vers lui pour l'embrasser.

- Maintenant, tu peux y aller.

- Bien. A mon retour, ton assiette doit être vide.

- Bah non, faut bien que je t'en garde un peu !

- Oh ! comme c'est gentil à toi, mon cœur… mais non merci ! Je me passerai sans problème de ta délicate attention. A tout de suite.

Le chanteur sourit et referma la porte sur un clin d'œil.

Tatsuha s'enfonça un peu plus dans son lit en repoussant définitivement la table maudite, sur laquelle le défiait l'affreuse chose qu'ils avaient osé appeler repas.

Il était vraiment pressé de retrouver la bonne cuisine de Ryuichi.

D'être avec lui, simplement.

Comme il l'aimait…

C'était encore plus fort depuis qu'ils s'étaient retrouvés, à Détroit, alors qu'il croyait déjà ne pas pouvoir aimer davantage, que le degré au-dessus n'existait pas, ne pouvait exister.

De nouveaux coups à la porte le tirèrent de ses pensées.

- Déjà de retour, mon cœur…

Sa voix mourut et son sourire se figea lorsqu'il vit la silhouette de Dan se découper dans l'encadrement de la porte.

Celui-ci la referma et s'avança vers lui, un magnifique sourire étirant ses lèvres.

- Je n'ai jamais eu droit à ces petits noms doux, moi.

- Qu'est-ce que tu fais ici, Dan ?

- Si je vais bien ? Ma foi, oui, plutôt bien, je te remercie.

- Arrête un peu ce jeu stupide et réponds-moi. Qu'est-ce que tu fiches ici ?

Dan prit une chaise et s'assit près de lui.

- Je suis venu te voir, c'est pas évident ? On a pas vraiment eu l'occasion de se voir et de discuter, hier. Ryuichi est pire qu'un cerbère, tu es mieux gardé que le collier de Bouddha à une certaine époque. Heureusement que le personnel médical ne fait pas de vérifications d'appels.

- C'est toi qui… Tu n'aurais pas dû faire ça, Dan.

- Il ne m'a pas laissé le choix ! J'avais envie de te voir et de te parler un peu, seul à seul, sans avoir à faire attention à ce que je dis. Je ne vais pas rester longtemps, promis. Ca me fait vraiment plaisir de te revoir, tu sais, dit-il en posant sa main sur son bras. Comment te sens-tu ?

Tatsuha se radoucit et lui sourit.

- Ca va, merci, j'ai eu beaucoup de chance.

- J'ai été très surpris de te voir dans ce fauteuil, ça a été super difficile de faire comme si ça ne me touchait pas plus que ça.

- Tu joues très bien la comédie, je te rassure. J'aurais même pu y croire et m'en vexer, si je ne savais pas si bien lire en toi. J'ai vu dans ton regard que tu t'inquiétais vraiment.

- C'est normal. Mais toi aussi, tu as bien joué la surprise, Tatsu-chan. Je suppose que rien n'a changé, personne n'est au courant, pour nous deux ?

- Non.

- Et personne ne s'est douté que ce n'était pas la première fois qu'on se revoyait depuis mon départ précipité, il y a quatre ans ?

- Non, et tant mieux.

- Ca te gêne encore tant que ça, Tatsu-chan ?

- Je n'ai jamais rien caché ni à mon frère, ni à Ryuichi, qui les concernaient. Je déteste ça.

- Donc, tu vas le leur dire.

- J'ai eu envie de le faire, chaque fois qu'on s'est revu. Et puis, je passais à autre chose. Je me rends compte que je n'y ai plus vraiment pensé depuis un moment. Jusqu'à ce que tu débarques, hier. Kuso, qu'est-ce qui t'a pris de venir ici ?

Dan se laissa aller en arrière, et ce ne fut que lorsqu'il sentit la chaleur quitter son bras que Tatsuha en déduisit que Dan y avait laissé sa main jusque là.

Il y avait eu un temps où un simple effleurement de Dan suffisait à l'électriser…

Cela lui semblait si loin…

- Je suis venu pour la même raison que celle que j'ai donné à tout le monde hier, lui répondait Dan. J'étais à Alberta, chez la mère de Jen, c'était l'occasion de passer.

- Tu veux me faire croire que c'est une coïncidence ?

- Je ne l'ai jamais prétendu. Des occasions, ça se créées. J'ai tout fait pour que nous puissions y aller cette semaine et pas une autre, afin d'avoir le prétexte pour ce petit détour avant de rentrer à Chelsea. Dès que j'ai appris le mariage de Shuichi, j'ai décidé de tout mettre en œuvre pour y assister. Je ne l'aurais loupé pour rien au monde. Mais Jen n'aurait pas compris que je débarque au milieu d'un mariage auquel je n'avais pas été invité, auquel je n'étais pas attendu, après avoir traversé l'Atlantique.

- Elle ne sait donc pas tout, elle non plus. Et tu oses me faire la leçon...

- Non, elle ne sait pas tout, mais j'ai l'intention d'y remédier bientôt. Elle sait que mon passé n'est pas rose, mais elle veut des détails sur les zones d'ombres qu'il comporte. Ce que je comprends totalement. On ne se mariera pas tant qu'elle n'aura pas toutes ses réponses, ça c'est sûr !

- Vous vous êtes vraiment bien trouvés. Je suis content pour toi, Dan, tu as l'air comblé. Je te souhaite beaucoup de bonheur avec elle, et Ryan.

- Merci, Tatsu-chan, répondit-il en se penchant vers lui pour poser sa main sur la sienne. C'est aussi un peu grâce à toi qu je l'ai rencontrée, tu as ta part de responsabilité.

- Ah oui ? Tu ne me l'as jamais présenté comme ça.

- Tu te souviens, quand j'étais passé à Nagasaki pour le Festival d la Chanson. Deux jours avant mon départ, on avait été s'éclater comme d'hab en boîte. On suivait notre accord : on drague à fond et si on doit repartir aux bras de quelqu'un d'autre, on se rappelle plus tard dans la journée qui suit. Sinon, on rentrait finir la nuit ensemble.

- Oui, je me souviens très bien de notre accord, on l'a assez mis en œuvre pour ça. Je vois pas le rapport, mais continue.

- Cette nuit-là, on est revenu bredouille, ce qui arrivait rarement, voir jamais. Je t'ai dit que ça m'allait, comme ça, que ça ne me dérangeait pas que tu sois le seul. Et là, tu m'as cassé, tu m'as tué, tu m'as achevé.

Tatsuha grimaça.

- Je t'a juste dit que… que… d'accord, j'ai pas été cool, j'avoue.

- C'est clair ! Tu m'as dit que si c'était Ryuichi qui te disait ça, tu sauterais au plafond, mais que moi, ça t'intéressais pas vraiment. J'ai mis ton manque de délicatesse sur le probable taux d'alcool qu'il y avait dans ton sang. Mais si la forme n'y était pas, le fond, lui était véridique, tu le pensais vraiment.

- Ton ego a pris un coup, encore une fois. Ca me rappelle quelque chose.

- Arrête, ça m'a fait vraiment mal. Je me suis rendu compte que je tenais vraiment à toi, que j'étais en train de m'attacher à toi dangereusement. J'ai revu un peu notre passé, et j'ai remarqué que je sautais sur le premier prétexte pour revenir au Japon et te voir. On a tout fait à l'envers, tous les deux. On a été amants avant d'être amis. Pour toi, je n'étais que ça, un ami avec lequel tu couchais à l'occas'. Pour moi aussi, au début. Mais toi, tu aimais Ryuichi, tu avais une frontière. Pas moi. Cette nuit-là, j'ai compris que mes sentiments étaient en train de changer, et que je fonçais droit dans un mur. J'ai commencé à me remettre en question. Ce qui m'attendait à Londres n'allait rien arranger. Quelques jours à peine après mon retour, j'ai commencé à plonger.

- Comment ça, à plonger ? Tu m'as jamais parlé de ça !

- Je t'ai dit que j'avais eu un passage à vide.

- Qui correspondait à la séparation de Whisper et à la tentative de suicide de Saburo, oui, pas à une prise de conscience me concernant… Ca fait une sacré différence, quand même !

- Na t'attribues pas un si grand rôle, Tatsu-chan ! Ca a été un ensemble. J'ai jamais connu d'échec, je te l'ai toujours dit, et là, depuis le vent que j'avais pris par Shuichi, tout allait de travers,. Moi, qui me remettait en question, le groupe, qui partait dans tous les sens, Saburo, qui renonçait à se battre et voulait en finir au plus vite avec sa vie, les concerts qui s'annulaient les uns après les autres, les médias qui nous harcelaient ou nous descendaient, la prod' qui faisait tout pour sauver sa peau en écrasant tout le monde sur son passage… Pour la première fois de ma vie, je perdais vraiment le contrôle. J'ai craqué, je dormais plus, je mangeais plus, je ressemblais à rien. La drogue devenait une tentation trop forte, alors j'ai fui Londres. Une amie de ma mère m'a emmené consulter pour des problèmes somatiques dans un centre où j'ai rencontré Jen. Tu connais la suite.

- K'so, je me doutais pas de tout ça. Je suis désolé, Dan, j'aurais vraiment aimé pouvoir t'aider, si seulement j'avais su. Tes mails ne laissaient rien voir de ton état. uand je pense à cette période.. Mais t'es vraiment un abruti, Dan ! On est amis, oui ou merde ? T'aurais pas pu m'en parler ?

- C'est très bien comme ça, j'ai pris la meilleure décision. Tu aurais été capable de me sortir de ma dépression et de mon gouffre et je serai tombé définitivement amoureux de toi. Non, merci ! J'ai assez donné avec les frères Uesugi ! C'est du passé, tout ça, j'aime Jennifer, comme c'est pas permis ! J'ai l'impression d'être quelqu'un d'autre avec elle, vraiment. Un mal pour un bien, en quelque sorte.

- Mouais. Il ne me reste qu'à te renouveller mes vœux de bonheur.

- Oui, et à te pointer à notre mariage ! S'il te plaît, fais ça pour moi. J'ai invité presque tout NG, hier. Shuichi et Eiri m'ont promis d'être là, Fujisaki, Hiroshi, Tohma, Sakano et K aussi, sans compter Marya, Suzuki, Arashi et tous les autres. Je sais que beaucoup ne pourront pas venir, mais je serais vraiment dégoûté si toi t'es pas là. T'as aucune excuse pour refuser, maintenant.

- Ca dépend. Ryuichi pourra venir ?

- C'est tellement évident que j'ai même pas pensé à le préciser

- J'en parlerai avec lui, et s'il est d'accord, nous viendrons.

- Je compte sur toi pour le convaincre, tu as un peu moins d'un an pour ça. Bien, je vais y aller. Il a dû avoir fini de faire la queue au service des admissions et s'être fait gentiment rembarré. Il ne va pas tarder à remonter et je ne veux pas te causer de problèmes. J'ai vu ses regards sur moi, hier, dès que je m'approchais un peu trop de toi. Mieux vaut qu'il ne me trouve pas ici.

- T'as foutu une grosse pagaille entre Shuichi et Eiri, y a quatre ans, et pour rien en plus, alors comprends-le.

- Mais je le comprend parfaitement. C'est pour ça que je me sauve, je suis le pro des malentendus, j'y peux rien. En plus, on a vraiment été amants. Il ne doit pas avoir oublié comme on s'entendait bien. J'avais déjà surpris certains de ses regards, à l'époque.

- Tu m'en avais parlé, une fois, mais je ne t'avais pas cru. Ca me semblait irréel qu'il puisse s'intéresser à moi de cette façon.

- Comme quoi… Bien, dit-il en se levant, j'y vais. Ca m'a vraiment fait plaisir de passer un peu de temps avec toi. T'as intérêt à guérir vite et bien. J'y pense, heureusement qu'elle ne s'en est pas pris à tes bijoux de famille, ça aurait été un beau gâchis.

- Baka ! Faut toujours qu'on se quitte sur une de tes remarques idiotes.

- Comme ça, je suis sûr qu'on se reverra pour relever le niveau. Tu me tiens au courant pour ta présence à mon mariage, je compte sur toi.

- Dès que j'en ai parlé à Ryui-chan, je t'envois notre réponse.

- Ca marche. A bientôt, Tatsu-chan.

Il se pencha vers lui et posa ses lèvres à moitié sur sa bouche et à moitié sur sa joue, tendrement, rapidement. De sa main, il replaça une de ses mèches brunes derrière son oreille en une caresse affectueuse, avant de se détourner.

Ces derniers gestes déplurent fortement à Ryuichi, debout derrière la porte de la chambre de son amant, témoin de son échange avec son ex dans sa quasi totalité.

Il était en fait remonté demander à Tatsuha ses papiers, au cas où… Il avait alors entendu la voix de Dan, et s'était figé, le poing prêt à frapper à la porte, et s'était reculé contre le mur. En appui sur celui-ci, il entendait parfaitement la conversation sans avoir l'air d'écouter. Plusieurs fois, il avait protesté contre la faible épaisseur des murs, qui permettait toutes les indiscrétions, mais cette fois-là, il bénit les responsables, qui que ce fut.

A plusieurs reprises, il avait voulu intervenir dans la conversation, mais s'était retenu. Lorsqu'il avait entendu Dan se lever, il s'était avancé. Et face à ses derniers gestes, il n'hésita plus : il n'était pas Eiri (1).

Il entra au moment où Dan faisait face à la porte et les deux hommes se retrouvèrent face à face.(2)

Le regard de Ryuichi aurait pu tuer un homme, mais Dan lui renvoya tellement de douceur qu'il éteignit le feu qui couvait en lui.

Sa raison reprit le dessus sur ses sentiments : oui, il y avait un sens à tout ce dont il avait été témoin, et il allait bientôt le connaître, si il leur en donnait le temps.

- Je ne vous dérange pas ? murmura-t-il d'un ton apparemment neutre.

- Bonjour, Ryuichi. Je m'en allais, justement.

Ryuichi s'avança jusqu'au lit de Tatsuha et s'assit sur le rebord en fixant toujours Dan, qui avait suivit sa progression. Il n'avait pas regardé Tatsuha une seule fois depuis qu'il était revenu. Le lit aurait été innocuppé qu'il ne se serait pas comporté différemment.

La tension commençait à êtr eeprceptible.

- Dan est venu me dire au revoir, expliqua le jeune blessé en posant sa main sur celle du cahtneur, qui ne broncha pas.

- C'est gentil.

- C'est normal, entre amis. Bon, et bien j'y vais. Prends soin de Tatsu-chan, Ryuichi.

- Je ne t'ai pas attendu pour ça.

- C'est très bien, alors. Tu veux bien m'accompagner à l'ascenseur ? lui demanda-t-il.

Tatsuha jeta un regard inquiet à Dan, qui le rassura d'un sourire. Ryuichi se leva après une courte hésitation.

- Allons-y.

- C'est sympa. A bientôt, Tatsu-chan. Ja'ne !

- Ja'ne, rentre bien et passe le bonjour à Jen !

Tatsuha les regarda sortir avec inquiétude.

Ryuichi ne l'avait pas regardé une seule fois, pas un geste, pas un coup d'œil…

Il soupira en se rallongeant.

A force de retenir son souffle, il avait accentué la pression sur sa blessure, et ça le brûlait maintenant.

Mais il s'inquiétait plus de ce qui se passait hors de sa chambre.

Justement, à l'extérieur, les deux chanteurs se dirigeaient vers l'ascenseur d'un pas lent.

- Qu'est-ce que tu me veux ?

- Je veux éviter les malentendus que je fini toujours par créer, malgré moi. Je ne sais pas quand tu es arrivé, ce que tu as entendu ni vu, mais je veux juste que les choses soient claires.

- Dis ce que tu as à dire et va-t-en.

Dan ne se formalisa pas du ton sec de Ryuichi. La dernière chose qu'il voulait, c'était causer du tort à Tatsuha. Il décida donc de jouer carte sur table avec le chanteur.

- Tatsuha est un ami, je me sens proche de lui. Mais cela va plus loin, je l'aime, vraiment, et tu as dû le sentir d'une manière ou d'une autre. Je suis incapable de te dire quel est cette amour que je ressens pour lui, mais il est là. Pourtant, j'aime Jennifer et je suis heureux de la vie que j'ai et que je construis avec elle. Ce que je ressens pour lui n'a rien à voir avoir ce qui me lie à elle ou ce qui vous lie tous les deux. Je peux te le jurer. La meilleure preuve que je peux te donner, c'est que ça ne me fait rien que ce sentiment ne soit pas réciproque.

- Qui es-tu réellement venu voir, Dan, en prétextant ce mariage ?

- Je ne sais pas, je n'ai pas la réponse. J'ai été heureux de revoir Shuichi, de lui parler, de retrouver si vite cette complicité qu'on avait, comme si on s'était quitté la veille. J'ai été très amoureux de lui et j'ai aussi souffert de ce qui s'est passé, il y a quatre ans. J'ai aussi été heureux de retrouver Tatsuha, même si tu ne m'as pas laissé l'occasion de lui parler seul à seul, et de toute façon la situation ne s'y prêtait pas. Je devais venir à ce mariage. Je devais les revoir, je devais le voir aujourd'hui, c'est tout ce que je peux affirmer.

- Est-ce que ça veut dire que chaque fois que tu en ressentiras le besoin, tu débarqueras dans notre vie ? Je ne suis pas prêt d'accepter ça, Dan.

- Si tu le lui demandes, je sais qu'il coupera les ponts avec moi, définitivement, et je respecterai votre décision. Mais je te demande de ne pas faire ça. Je ne demande rien d'autre que son amitié, Ryuichi, elle me suffit. Je ne débarquerai jamais à l'improviste dans votre vie. Comme tout le monde, je demanderai à vous revoir lorsque j'en aurai envie. Et si vous refusez, je n'insisterai pas. Je ne suis pas ton ennemi, reprit-il alors que l'ascenseur s'ouvrait, je ne suis pas ton rival, mon but n'est pas de séduire Tatsuha. Il faudra bien que tu me crois, parce que si tu en doutes et que tu crains pour ta relation avec Tatsuha, c'est que tu ne vois pas l'amour qu'il te porte, et je trouve ça dommage. Le même type d'amour que celui qui unit Shuichi et Eiri vous lie, alors soit à la hauteur. Si c'est pas toi, ce sera un autre, mais cet autre ne sera sûrement pas moi. Et pas forcement mieux pour Tatsuha. A bientôt, Ryuichi. Passe le bonjour à Kumagoro ! Ja'ne.

L'ascenseur se referma sur ses derniers mots, sans que Ryuichi ait pu dire quoi que ce soit de plus. De toute façon, il n'avait rien à lui dire à lui.

Par contre, quelqu'un d'autre allait avoir droit à une petite discussion avec lui…

Il soupira en reprenant le chemin de la chambre de Tatsuha.

Sa patience avait des limites, il en avait assez de toutes ces leçons et de tous ces sermons qu'on lui faisait depuis trois jours.

Ils prétextaient tous que c'était pour le bien de Tatsuha, le jugeaient-ils donc si incapable de prendre les bonnes décisions et de le rendre heureux ? Jouait-il tellement bien l'enfant qu'on en oubliait qu'il avait 37 ans, et qu'il n'avait pas traversé toute sa vie en chantant et en dansant avec Kumagoro ?

Chaque fois qu'il avait aimé et avait été aimé, il avait blessé et perdu, il avait fait souffrir et avait souffert. Bien sûr, en amour, cela lui avait permis de se rendre compte que ce n'était pas la bonne personne, c'était visiblement le prix à payer pour tous. Mais ça avait commencé pour lui dès son plus jeune âge, ses parents n'étaient apparemment pas les bons… Et quand il les avait enfin trouvés, ces tuteurs qui avaient été de vrais parents digne de ce nom pour lui, il avait fallu qu'il les perde très, trop rapidement… (3)

Il avait peur, vraiment peur, car une terrible impression de familiarité et de déjà vu/déjà vécu noyait son cœur et menaçait de le submerger : n'était-il pas en train de revivre la même chose avec Tatsuha ? Il avait mis tellement longtemps avant de le trouver, lui, le bon, son âme sœur. Allait-il le perdre comme il avait perdu ses tuteurs, après quelques années de bonheur bien top courtes ? Etait-ce là le sens de son agression ? Qu'il devait se préparer à l'éventualité de le perdre ?

Comment, dans ce cas, pourrait-il jamais tenir sa promesse et le serment qu'il avait renouvelé cette nuit de vivre avec lui un jour, de faire que bientôt rien ne pourra plus jamais les séparer ?

Arrivé devant la porte de la chambre de Tatsuha, il s'assit sur le banc de sièges en face et soupira encore, la tête dans ses mains.

A ce rythme, il n'allait pas tenir…

Passer d'une certitude à son exact opposé rajoutait encore à son état de fatigue morale, déjà grand suite à trois nuits de veille totalisant à peine six heures de sommeil, ses cogitations incessantes et toutes les prises de tête qu'on lui avait fait…

Il était peut-être un dieu sur scène, mais là, il se sentait perdre le contrôle de sa vie et de son avenir, il n'était même plus sûr de ce qu'il ressentait.

Il avait envie de prendre Kumagoro dans ses bras et se recroqueviller avec lui quelque part loin de tout ça, oublier pour un temps ce monde si compliqué…

Il en avait envie, oui, mais…

Son regard se porta sur la porte de la chambre.

Il n'était plus seul, désormais : derrière cette porte, il y avait l'homme qu'il aimait et qui l'aimait, blessé et inquiet, qui l'attendait.

Il se leva.

C'était la seule chose qui devait compter.

Le reste pouvait, le reste devait attendre…

A suivre…


.Lexique :

Baka : idiot

Ja'ne/ mata ne : à plus, salut, bye...

Kuso/K'so : merde

Notes : (1) Allusion au passage dans « la menace du rival » où Yuki Eiri surprend Dan en pleine tentative de séduction sur Shuichi et prend la fuite plutôt que de l affronter.

(2) là, je vois bien la musique de Kill Bill !!!

(3) ce passé créé de toute pièce est également une partie de « la menace du rival ».

Merci d'avoir lu jusque là ! J'espère vous retrouver au prochain et aux prochains chapitres... Bises... Lysanea