Source : GRAVITATION
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Akitoshi Shindo, et tout le personnel médical.
Chapitre quinze : cartes sur table
Pairing : Tatsuha/Ryuichi, Yuki/Shuichi
Personnages : Tatsuha Uesugi (frère de Yuki Eiri), Sakuma Ryuichi (chanteur et ami de Shuichi), Uesugi Eiri (Yuki Eiri, écrivain, époux de Shuichi), Shuichi Shindo Uesugi (époux de Eiri) Akitoshi Shindo (frère de Shuichi), Ayaka Nakano (amie du couple, épouse de Hiroshi) + le personnel médical.
Chapitre quinze : cartes sur table.
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Ryuichi toqua à la porte de la chambre de Tatsuha et l'ouvrit, mais passa juste sa tête dans l'entrebâillement.
- Je peux entrer, y a pas d'autre ex caché sous le lit ?
- Baka !
Le chanteur entra complètement et referma la porte derrière lui.
- Oh toi, t'es pas en position de m'insulter ! répliqua-t-il en s'appuyant contre la porte.
- Et si tu venais t'asseoir, qu'on puisse parler.
Ryuichi baissa la tête et entortilla ses mains, comme embarrassé.
Tatsuha sentit son cœur se serrer et se mordit la lèvre. Il l'avait prévu, pourtant. Comme à chaque fois qu'il était blessé, Ryuichi s'était réfugié dans son monde, et Tatsuha se retrouvait face à un enfant fuyant le monde des adultes.
- Je vais me faire gronder, Tsu-chan, ils ont dû m'attendre longtemps, en bas…
- Arrête, tu sais bien que personne ne t'a appelé aux admissions.
- Ah oui ? fit-il en redressant vivement la tête. Oooh ! J'ai compris ! Quelqu'un veut jouer avec Ryui-chan ! Sugoï !
- Ryui-chan…
- Il faut le trouver, Na No Da ! décida-t-il en battant des mains. Vite Kumagoro, ça fait longtemps qu'on a pas joué !
- Ca suffit, Ryui-chan…
- Oooooh ! Tu es triste parce que tu peux pas jouer avec nous ? T'inquiète pas, Tsu-chan, on va jouer pour toi, Kuma-kun et moi !
- Ryui-chan…
- Et on va gagner, tu vas voir !
- Yamero ! s'écria-t-il un peu trop vivement.
Un cri immédiatement suivit par un « itaï » plaintif et douloureux, alors qu'il se pliait en deux contre ses oreillers.
Ryuichi se précipita vers lui.
- Tsu-chan…
- Ca va... murmura celui-ci en le repoussant involontairement.
Ryuichi se redressa et attrapa Kumagoro, qui n'avait que rarement quitté le lit de Tatsuha depuis qu'il l'y avait déposé, et le serra contre lui, les yeux brillants de larmes.
- Oh ! Kuma-kun, on a fait du mal à Tsu-chan…
- K'so, Ryui-chan… c'est ton attitude qui me fait mal… Reviens, onegaï… demanda-t-il alors que la douleur refluait. Reviens... il faut qu'on parle de tout ça…
Le regard bleu nuit de Ryuichi vacilla.
Il se redressa et posa Kumagoro sur la petite table, adossé contre le mur. Puis, il alla jusqu'à la fenêtre et s'assit sur le rebord, les yeux perdus à travers la vitre.
- Ecoute, Ryui-chan…
- Non, le coupa-t-il sans bouger. Tu veux qu'on parle de ce qui s'est passé, parfait. Mais tu vas d'abord m'écouter.
- D'accord, répondit-il, impressionné presque malgré lui face à cette autre personne qui lui parlait maintenant.
- Tu n'as aucun compte à me rendre, reprit Ryuichi, toujours sans bouger, je ne t'en ai jamais demandé. De toi-même, ces quatre dernières années, tu m'as parlé de tes aventures. Je ne t'ai jamais reproché d'en avoir, je te l'ai même demandé, en quelque sorte. J'ai toujours pris tout ce que tu me donnais, partagé entre deux espoirs : parfois, celui de parvenir à t'oublier, parfois avec celui que tu me reviendrais définitivement. Que tu avais enfin eu assez d'expériences pour te décider à vivre une vraie relation avec moi.
- Ryui-chan… tenta-t-il à nouveau.
- Tu ne m'as jamais reparlé de lui, depuis son départ, l'interrompiti-il encore. Pourtant, vous vous êtes revus et avez remis le couvert.
- Je comprends que mon silence à ce sujet te laisse perplexe, demo…
- Perplexe ? répéta-t-il en se tournant vers lui. J'ai l'air perplexe ?
- Non, tu as l'air… triste. Je…
- Je suis fatigué de tout ça, si tu veux tout savoir. Là, j'ai besoin de comprendre certaines choses. Mais si tu ne veux pas me donner de réponses, je ne t'en voudrai pas. Encore une fois, tu n'as aucun compte à me rendre.
- Je ne vois pas les choses comme toi, Ryui-chan. Nos sentiments l'un pour l'autre suffisent à pouvoir prétendre être mis au courant de certaines choses. Je n'ai jamais voulu te cacher quoi que ce soit, je ne t'ai jamais rien caché à part ça. Alors maintenant, je te dirai tout ce que tu veux savoir concernant ce secret qui n'en est plus un.
Ryuichi le regarda longuement, et Tatsuha ne dit rien, le laissant lire dans ses yeux combien il était sincère… et amoureux.
- Combien de temps ça a duré, quand est-ce que ça s'est vraiment terminé avec lui ?
- C'est compliqué…
- Qu'est-ce qui ne l'est pas, avec toi ?
C'était la première fois en quatre ans qu'il lui lançait une réplique aussi blessante. Tatsuha en resta sans voix.
Ryuichi dut fuir son regard pour ne pas se trahir, ignorant son expression et la douleur dans ses yeux. Il fixa son attention sur le défilé de blouses blanches qui traversaient les galeries en contrebas.
- Désolé de t'avoir interrompu. Continue.
Tatsuha reprit, peiné qu'il fut juste désolé de l'avoir coupé et non pas de l'avoir blessé avec sa phrase assassine.
- Le jour où Dan a quitté précipitamment le Japon, il a essayé sans succès de me joindre, alors il m'a laissé un message. J'ai pas répondu tout de suite. Quand Eiri et Shuichi se sont réconciliés, je lui ai envoyé un mail pour l'engueuler et le tenir informé que ses bêtises n'avaient pas eu de conséquences. Après, on s'est écrit régulièrement, jusqu'à ce qu'il repasse au Japon. Alors on s'est revus. C'était environ six mois après son départ.
- Continue, demanda-t-il en se tournant complètement vers lui.
- On s'est revus toutes les fois où il est venu au Japon. Mais on a arrêté d'être amants lorsqu'il a commencé à sortir avec Jennifer. Peu après, j'ai rencontré Sarah.
- Ton aventure avec Sarah remonte à plus d'un an. Tu n'as plus revu Dan, depuis ?
- On a cessé d'être amants il y a plus d'un an et demi, mais on s'est revus depuis, bien sûr, en amis. La dernière fois, c'était en janvier.
- Tu n'étais plus avec Sarah.
- Non. Non, répéta-t-il, légèrement irrité par le sous-entendu, mais Dan était toujours avec Jennifer, et ils venaient de se fiancer.
- Et si ça n'avait pas été le cas ?
- Je n'en sais rien, Ryui-chan ! Oui, on aurait probablement remis ça, si c'est ce que tu veux entendre ! Quelle importance ? Il n'est pas différent de mes autres aventures, si ce n'est qu'il est un véritable ami ! Il ne prétend pas l'être pour m'approcher, comme tant d'autres.
- Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ?
- Si tu m'avais posé la question, je t'aurais dit la vérité, parce qu'on s'est jurés de ne jamais se mentir. Tant que j'ai pu cacher la vérité, je l'ai fait. Je l'ai fait pour éviter tout ça, ces questions pleines de doutes, tes regards… Et parce que c'était Dan. Une fois, j'étais au téléphone avec toi et tu as cru qu'il y avait quelqu'un avec moi. Je t'avais alors répondu que je t'appellerai jamais si j'étais avec quelqu'un, que ce n'était pas correct envers toi. Et là, tu m'as dit « c'est pas très grave, du moment que ce n'est pas Dan. ». Tu t'en souviens ?
- Tu viens de rappeler qu'on s'est juré de ne jamais se mentir, alors je ne peux pas te dire que je ne vois pas de quoi tu parler. Bien sûr, que je m'en souviens.
- A chaque fois que j'ai voulu t'en parlé, j'ai pas osé. Le temps passait, rajoutant encore à mon appréhension. Pourtant, c'était comme une ombre qui planait au-dessus de notre relation, et je voulais m'en débarrasser. C'était pareil avec mon frère. La seule ombre, car je ne vous ai jamais rien caché qui vous concernait, l'un ou l'autre. Ryui-chan, je suis désolé, vraiment.
- Moi aussi, Tsu-chan, répondit-il en s'avançant jusqu'au lit où il s'assit. Je suis désolé que ça se passe comme ça. Je me rends compte à quel point je suis fatigué de cette situation, fatigué de notre relation. J'avais vraiment l'espoir, depuis quelques jours, qu'on finirait par être et vivre ensemble, même si on en a pas parlé directement. On a ressenti, tous les deux, que cette cois-ci était différente, qu'il y avait quelque chose de plus fort entre nous. J'ai cru que ça suffirait à tenir le coup. Mais là, je craque, j'en peux plus, je t'aime si fort que je n'arrive plus à accepter tout ça… Il faut qu'on arrête de se voiler la face.
Des coups sur la porte firent sursauter Tatsuha, interrompant le cauchemar dans lequel il s'enfonçait. Ryuichi était-il en train de le quitter ? Essayait-il de lui faire comprendre qu'il baissait les bras face à la complexité de leur relation ? La vérité sur son lien avec Dan avait-elle été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase ?
Il en était là dans ses réflexions lorsque le trio infernal fit son entrée : son frère et ses deux beaux-frères.
Ayaka était là aussi, et cela lui fit vraiment plaisir, elle était comme une petite soeur pour lui.
- Salut ! lança gaiement Akitoshi, imité par les deux autres, alors que la jeune femme alla même jusqu'à l'embrasser.
- Ah ! quand même, vous en avez mis du temps ! répondit-il en guise de salut.
Ryuichi et lui avaient immédiatement changé d'expression à leur entrée, mais ils avaient face à eux les personnes qui les connaissaient le mieux au monde, et ce changement ne leur échappa pas.
- Est-ce que tout va bien ? demanda Eiri en faisant aller son regard de l'un à l'autre.
- On est un peu fatigués, mais ça va ! Et vous ? Enfin prêts à décoller ?
- On a hâte… C'est là qu'on remarque qu'on a été sous pression, ce dernier mois, même sans s'en être rendu compte ni l'avoir ressenti au quotidien. Et toi, comment s'est passé ta nuit ? On a fait circuler mon portable avec le message de Ryuichi dans toute la salle, tout le monde voulait savoir si ton retour s'était bien passé.
La veille, après sa crise, Tatsuha avait fait promettre à Ryuichi de ne rien dire de son état à son frère. Le chanteur avait donc envoyé un message à Shuichi pour les assurer qu'ils étaient bien rentrés et que tout allait bien.
- C'est sûr que mon absence a dû se faire sentir, crâna-t-il. Sérieusement, j'ai bien dormi, forcément, avec mon Ryui-chan à mes côtés, répondit-il en serrant la main de Ryuichi très fort. Partez tranquilles, on s'occupe bien de moi !
- Tu fais bien de le leur dire, intervint Akitoshi en s'asseyant, ils avaient bien l'intention d'annuler leur voyage, si ton état de santé était préoccupant.
- Vous n'avez pas à vous en faire, je suis sur la voie de la guérison.
- On a vu le Docteur Caroll, c'est aussi ce qu'il pense. Tu le confirmes, Ryuichi ? demanda Eiri en s'asseyant à son tour.
- Oui, répondit-il tout de suite, sachant que la moindre hésitation les trahirait. Et je suis là pour l'y aider.
- Effectivement, et je te remercie encore de prendre soin de mon frère.
- C'est un plaisir, sauf quand il faut le convaincre de manger.
- On peut pas trop lui en vouloir, de ce côté ! remarqua Shuichi. Et toi, Ryui-chan, comment tu te sens ? T'as l'air fatigué, non ?
- Je le suis, mais je vais pouvoir me reposer, ce soir. J'ai un super lit de camp, maintenant !
- Je vois ça. Ils sont vraiment cool, ici. En attendant de te vautrer dedans, ça te dit qu'on se prenne un café ?
- Bonne idée, oui !
- C'est parti ! On vous en ramène, ou autre chose ? proposa Shuichi, la main sur la poignée.
- S'il te plaît, accepta Eiri.
- Non, merci, déclinèrent les plus jeunes.
- A tout de suite.
Ryuichi déposa un baiser sur le front de Tatsuha et sortit à la suite de Shuichi. Ayaka prit sa place sur le lit.
- Qu'est-ce qui se passe ? demandèrent Eiri et Akitoshi en même temps, avant de se jeter un regard étonné, mais rapide.
- Bah rien ! sourit Tatsuha. Bon d'accord, capitula-t-il devant leurs regards insistants et menaçants. Je crois… Je crois que Ryui-chan est en train de me quitter…
- Impossible ! laissa échapper Ayaka.
- Très drôle, tu joues hyper bien la comédie, mais ça ne prends pas avec… Kuso, Tat-chan, tu ne plaisantes pas, là ?
- Non, Aki-chan, pourtant j'aimerai vraiment que ce ne soit qu'une mauvaise blague.
- Explique-nous, demanda Eiri en se rapprochant du lit.
- Tu ne vas pas être content, Onii-chan, mais puisque c'est apparemment l'heure de jouer cartes sur table…
- Je vais peut-être vous laisser, dans ce cas… commença Akitoshi.
- Moi aussi.
- Non, Ayaka-chan, Kito-chan, je vais peut-être avoir besoin de soutien. Restez, s'il te plaît.
- Bon…
Ils se rassirent et Tatsuha commença son récit.
Pendant ce temps-là, Ryuichi faisait de même devant la machine à café.
- Et bien, je crois qu'on est arrivé au bon moment, lui dit Shuichi une fois son récit terminé.
- Nan'de ?
- Parce que tu es fatigué, ton esprit est fatigué, c'est un peu confus, là-haut, expliqua-t-il en pointant son index sur son front.
Ryuichi hocha simplement la tête et le silence s'installa.
Il finit par se tourner vers son ami, qui terminait son café tranquillement.
- C'est tout ? Tu ne me dis rien, pas de sermons ni de leçons ?
- Tu as eu ta dose, non ? Que veux-tu que je te dise, à part de te reposer, parce que fatigué, tu ne vois pas les choses assez clairement. Les réponses, tu les as, ici, précisément, répondit-il en posant la main sur son cœur. Quand ton cœur et ta raison sont en accord, et peu importe qui a suivit l'autre, c'est que ta décision est bonne.
- Demo…ils ne sont pas toujours en accord, Shui-chan.
Shuichi commanda deux autres cafés en souriant.
- Non, c'est vrai, parfois tu dois faire un choix. Si tu te retrouves devant une telle situation, pense à cette phrase : « les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. » et interroge-toi : que veux-tu, Ryui-chan, durer ou vivre ? Ecoute ton cœur et ta conscience, tu n'auras de comptes à rendre qu'à toi-même.
- Arigato, Shui-chan.
- Mais de rien ! répondit-il en récupérant les cafés dans la machine. Je te dois d'être devenu chanteur, c'est le moins que je puisse faire ! Aller, on y retourne, on a bien eu le temps de faire tous les distributeurs de l'hôpital pour en trouver un en fonction !
- C'est sûr… acquiesça-t-il alors qu'ils regagnaient la chambre de Tatsuha.
Ils frappèrent et Ryuichi ouvrit la porte à Shuichi qui tenait les deux gobelets fumants. Il en tendit un à Eiri avant de s'asseoir près de lui, alors quAyaka laissait Ryuichi reprendre sa place sur le lit, à côté de Tatsuha.
Il lui sourit en lui prenant la main, puis se mit à questionner tous les autres sur ce qui s'était passé depuis leur départ.
Tatsuha participa à la discussion, mais malgré la main de Ryuichi qui tenait la sienne, il ne parvenait pas à être rassuré.
Les mots de Ryuichi lui revenaient sans cesse à l'esprit, résonnant cruellement dans sa tête. En particulier ces deux phrases : "Je suis fatigué de notre relation" et "il faut qu'on arrête de se voiler la face".
Une petite heure plus tard, Eiri et Shuichi se levèrent : il était temps pour eux de partir.
Eiri proposa à Ryuichi de les conduire à l'aéroport, laissant Akitoshi veiller sur Tatsuha aux côtés d'Ayaka. Le chanteur reconnut que ça lui ferait du bien et accepta, après avoir consulté son amant, qui demanda s'il était bien prudent de prendre le volant dans son état de fatigue. Ryuichi le rassura et lui promit d'être vigilant.
Après les dernières embrassades et recommandations, les tout jeunes mariés le quittèrent sur la promesse de coups de téléphone réguliers.
Après un dernier baiser à son amant, Ryuichi les suivit, ravi finalement de pouvoir souffler un peu et prendre l'air, et en éprouva une légère culpabilité pour cela.
Mais pressentant qu'il allait avoir droit à une énième discussion avec Eiri, il jugea que c'était une bonne contrepartie…
A suivre.
Lexique :
Arigato : merci
Baka : idiot
Demo : mais
Itaï : aïe
Kuso : merde
Nan'de : pourquoi
Onegaï : s'il te plaît
Onii-chan : grand frère
Sugoï : génial, super
Yamero : stop, arrête.
Merci et au prochain chapitre, j'espère...
