Source : GRAVITATION
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, drame, songfic, POV (Ryuichi)
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Akitoshi Shindo, et tout le personnel médical (dont Suzanne, Mary, le Professeur Garrett, le Docteur Caroll) ; la chanson appartient à James Blunt, « Goodbye my lover »
Chapitre dix-neuf : Goodbye my lover
Pairing : Tatsuha/Ryuichi
Personnages : Tatsuha Uesugi (frère de Yuki Eiri), Sakuma Ryuichi (chanteur et ami de Shuichi), Akitoshi Shindo (frère de Shuichi)+ le personnel médical.
Notes de l'auteure : Ce chapitre est un peu bizarre, j'avoue, mais il s'est imposé à moi alors que j'écoutais la chanson dans le métro… Merci James !!! La chanson originale est en italique et centrée, la traduction française est intégrée au POV de Ryuichi, en italique. Ce qui suit la traduction en italique, ce sont les pensées de Ryuichi qui développe les paroles. J'espère m'être bien fait comprendre, et j'espère que ffnet ne va pas me tuer ma mise en page… Merci à tous pour vos reviews et vos mails, votre soutien, et j'espère que vous m'en voulez pas trop de les faire souffrir (comment ça encore ?) et que vous me faites confiance quant à l'issue de cette fic, qui se profile à l'horizon, derrière le brouillard… Bonne lecture !
Chapitre dix-neuf : Goodbye my lover
Ryuichi enfila une nouvelle blouse et de nouveaux gants avant d'entrer dans la chambre du service de réa où Tatsuha n'avait toujours pas repris connaissance. Dans moins d'une heure, s'il n'avait toujours pas donné de signes d'éveil, il allait être transféré dans un autre service où étaient hospitalisés les traumas et les comas, autrement dit, les patients longs séjours…
Ryuichi n'avait pas arrêté de lui parler, essayant de le faire sortir de son coma. Il lui racontait tout ce qui lui passait par la tête, et chantait aussi beaucoup, sachant combien cela comptait pour Tatsuha.
Il n'avait pas cessé de réfléchir non plus, repassant tous leurs souvenirs en boucle, tous leurs moments ensemble.
Plus les heures étaient passées, plus il l'avait senti partir, pourtant, il refusait d'abandonner. Il n'avait jamais placé sa foi dans un dieu ou une divinité quelconque, il ne croyait pas plus en l'Homme.
Au début par ignorance, il n'avait pas baigné dans la religion, enfant.
Puis par rejet, quand il avait perdu ses tuteurs.
Depuis son adolescence, il connaissait parfaitement bien les religions du monde et leurs histoires. Cela ne l'avait jamais touché. Pour lui, tout ça était affaire d'hommes. Bien sûr, il croyait qu'il y avait une force supérieure, il croyait au Destin dans une certaine mesure. Mais il gardait la certitude que les religions avaient été inventées par les hommes pour se rassurer, ni plus, ni moins.
Il lui arrivait d'avoir foi en certains hommes. Il savait qu'il existait des êtres capables de dépasser leur condition humaine, leur imperfection d'Homme pour approcher une perfection plus en accord avec ce qu'avait dû être l'être humain à ses débuts. Cela se manifestait de différentes façons.
Tatsuha était devenu l'une de ses personnes.
Ryuichi avait placé toute sa foi en lui, tout son amour, et c'était à lui que s'adressaient ses prières, c'était à lui qu'il demandait de revenir.
Il s'assit à ses côtés et lui prit la main, et commença à lui parler à l'oreille.
POV de Ryuichi.
" Did I disappoint you or let you down?
Devais-je te décevoir ou t'abandonner ?
Devais-je ignorer cet appel, ce désir et cet amour dans ton regard, quand nous n'étions qu'amis ? Ou y répondre comme je l'ai fait, mais t'abandonner ensuite en t'ôtant tout espoir ?
Should I be feeling guilty or let the judges frown?
Devrais-je me sentir coupable aujourd'hui d'avoir entretenu la flamme, ou laisser les juges me critiquer et me condamner sans m'en soucier ?
'Cause I saw the end before we'd begun,
Yes I saw you were blinded and I knew I had won.
Parce que j'ai vu la fin avant que nous ne commencions, oui, j'ai vu que tu étais aveuglé et j'ai su que j'avais gagné.
J'ai su que tu étais enfin à moi, qu'il n'y aurait plus de Dan ou qui que ce soit d'autre, je m'étais confortablement installé dans ton cœur, même si je ne savais pas pour combien de temps.
So I took what's mine by eternal right.
Took your soul out into the night.
Donc, j'ai pris ce qui était à moi de droit éternel, j'ai sorti ton âme des profondeurs de la nuit.
Je t'ai fait mien, cœur, corps et âme.
It may be over but it won't stop there,
I am here for you if you'd only care.
C'est peut-être terminé, aujourd'hui, mais ça ne s'arrêtera pas là, Tsu-chan. Je suis là pour toi, si tu t'en souciais simplement.
You touched my heart you touched my soul.
You changed my life and all my goals.
And love is blind and that I knew when,
My heart was blinded by you.
Et l'amour est aveugle, et cela je l'ai su quand tu as aveuglé mon propre cœur, en le noyant de cet amour que nous partageons depuis.
I've kissed your lips and held your head.
Shared your dreams and shared your bed
I know you well, I know your smell.
I've been addicted to you
Je te connais bien, je connais ton odeur, j'ai été intoxiqué par toi, je suis dépendant de toi.
Et pourtant, va-t-il falloir que je te dise au revoir ?
Goodbye my over, goodbye my friend.
You have been the one.
You have been the one for me
Au revoir mon amour(eux), au revoir mon amant, au revoir mon ami
Tu as été le seul, personne n'a compté comme toi dans ma vie. Tu as été la seule personne importante pour moi.
I am a dreamer but when I wake,
You can't break my spirit - it's my dreams you take.
Je suis un rêveur, mais quand je me réveille, tu ne peux pas briser mon esprit – c'est mon rêve que tu prends.
Ce rêve, mes rêves, je te les offre, fais-en ce que tu veux.
And as you move on, remember me,
Remember us and all we used to be
Et tandis que tu avances, perdu quelque part entre les deux mondes, souviens-toi de moi, souviens-toi de nous et de tout ce que nous avions l'habitude d'être, et puises-y la force de revenir vers nous
I've seen you cry, I've seen you smile.
I've watched you sleeping for a while.
Tu as mis ton âme à nue devant moi et tu m'as ouvert ton cœur, j'y ai lu ton passé, tes blessures, tes espoirs et tes rêves.
I'd be the father of your child
I'd spend a lifetime with you.
Je pourrai être le père de tes enfants, je pourrai passer l'existence entière avec toi
I know your fears and you know mine.
We've had our doubts but now we're fine,
Je sais tes peurs, tu sais les miennes, nous avions nos doutes mais maintenant nous allons bien.
Oui, nous allons bien, parce que tu vas t'en sortir, Tsu-chan. Tu ne peux pas me faire ça. La vie, elle le peut, elle n'a aucun scrupule et aucun respect pour les sacrifices qu'elle exige et que nous lui offrons. Mais toi, mon cœur, tu es plus fort… J'ai confiance en toi, je n'ai pas la foi, je ne crois en rien d'autre qu'en toi…
And I love you, I swear that's true.
I cannot live without you.
Et je t'aime, je jure que c'est vrai, je ne peux pas vivre sans toi.
Je veux bien te dire adieu, si je dois te quitter, si c'est le prix à payer pour que tu reviennes. Mais toi, tu ne peux pas m'abandonner, j'ai besoin de te savoir en vie. Alors, s'il le faut, je veux bien renoncer à toi si c'est la condition pour que la Mort renonce de son côté à te prendre.
Qu'il en soit ainsi, s'il le faut, je te dirai au revoir.
Goodbye my lover
Goodbye my friend.
You have been the one.
You have been the one for me
Au revoir mon amoureux, au revoir mon amant, au revoir mon ami. Tu as été le seul, personne n'a compté comme toi dans ma vie. Tu as été la seule personne importante pour moi.
And I still hold your hand in mine.
In mine when I'm asleep.
Et je continue de serrer ta main dans la mienne, oui, dans la mienne, même quand je suis endormi
J'ai besoin de te toucher, de te sentir, de savoir qu'il y a encore la vie sous mes doigts, que je suis capable de te ramener. Même si je ne sais plus ce que je suis sans toi, que je dérive et que mon âme se perd à te chercher, à rechercher sa sœur, sa jumelle. Elle l'a retrouvera et ensemble, elles retrouveront le chemin du retour.
And I will bear my soul in time,
When I'm kneeling at your feet.
Et je découvrirai mon âme à temps, quand je m'agenouillerai à tes pieds.
Ce jour arrivera, où je me mettrai à genoux devant toi pour te dire combien je t'aime. Et selon ce qu'exigera encore la vie de nous, je te demanderai de vivre à mes côtés, ou alors je te dirai au revoir…
Goodbye my friend.
You have been the one.
You have been the one for me
Au revoir mon amoureux, au revoir mon amant, au revoir mon ami
Tu as été le seul, oui, tu as été le seul a compté pour moi.
I'm so hollow, baby, I'm so hollow.
I'm so, I'm so, I'm so hollow.
Je suis si vide, mon cœur, je suis si vide. Je suis tellement, tellement, tellement vide.
Vide de te voir dans cet état, de sentir ton cœur battre si faiblement. C'est toi, ta joie de vivre, ton amour, l'air que tu respires qui donnent un sens à mon existence. Tu es quelque part en train de te demander si tu dois revenir ou pas. J'espère que tu m'entends hurler avec tout mon amour qui noie mon cœur et mon âme, que mes paroles t'atteignent, bien que les mots n'auront jamais assez de force pour t'exprimer à quel point mon cœur saigne et combien j'ai besoin que tu vives. Ecoute, je pose ta main si froide sur mon cœur, écoute ses battements. Suis-les, suis cet appel et reviens, mon amour. Laisse-toi guider, c'est ici qu'est ta place, même si je dois te quitter pour que tu la retrouves. Tu dois vivre, Tatsuha, mon Tsu-chan, vivre… »
Fin du POV
- Monsieur Sakuma ?
Ryuichi sursauta et se tourna vers la porte. Une infirmière qu'il avait appris à connaître lui sourit.
- Oui, Mary ?
- Vous avez un appel de l'étranger, je vais vous faire la transmission depuis le poste de soin sur ce poste-là, en face. De ce couloir, vous pourrez garder un œil sur votre ami.
- Merci beaucoup.
Il sortit après avoir embrassé le front de Tatsuha, ôta ses gants et sa blouse qu'il jeta dans la poubelle prévue à cet effet. Puis, il décrocha le combiné, sachant qu'à l'autre bout du fil il y avait soit le père, soit le frère de Tatsuha.
Mika avait fait croire à Ryuichi qu'elle avait prévenu Eiri, mais avait fini par avouer que ce n'était pas le cas, la veille, sous la pression du chanteur qui s'étonnait de ne pas encore le voir au chevet de son frère.
Ryuichi avait depuis essayé de joindre Eiri désespérément, mais sans succès.
- Allô ?
- Allô, Ryuichi ?
A son grand soulagement, ce n'était pas le père, avec qui il aurait eu un peu de mal à parler, mais c'était bien Eiri. Il avait enfin eu l'un de la dizaine de messages qu'il lui avait laissé.
- Ohayo, Eiri. Je suis content de t'avoir enfin.
- On a eu beaucoup de mal à faire passer les appels. Le réceptionniste m'a dit que tu avais appelé plusieurs fois, que se passe-t-il ? Je suppose que c'est Tatsuha ?
- Oui, il y a eu un problème.
- Quel en est la gravité ?
- Il est dans le coma, Eiri.
- Ne quitte pas un instant. Tenshi, s'il te plaît, fit-il en s'adressant visiblement à Shuichi, appelle l'aéroport d'un autre poste pour savoir quand est le prochain vol pour Toronto. Ryuichi ? Comment est-ce arrivé ?
Son ton ferme et assuré ne trompa pas le chanteur, il avait lui-même dû tellement y avoir recours ces derniers temps…
- Sa blessure s'est infectée mais de manière interne, il n'y a eu aucun signe à part ses crises où il vomissait du sang. Des analyses étaient en cours au labo quand c'est arrivé et ça a confirmé le diagnostic. Malheureusement, son cerveau avait déjà manqué de pas mal d'oxygène.
- Pourquoi personne ne m'a parlé de ces crises ? Quelle est la situation, d'après les médecins ? Son coma est-il profond ?
- Ils ont finalement réussi à isoler la bactérie responsable de son infection et ont pu commencer le traitement, avant-hier. Les premiers résultats devraient être visibles incessamment sous peu. D'ici une heure environ, s'il n'a pas manifesté d'autres signes, le Professeur Garret, qui s'occupe du service, le fera admettre aux longs séjours.
- Attends un instant, Shui-chan est revenu. Le prochain vol n'est que demain, nous serons là en fin de matinée, reprit-il après un silence. Quand Tat-chan est-il tombé dans le coma ?
- Ca fait huit jours, maintenant.
- Quoi ? C'est une plaisanterie ? Et c'est maintenant que tu m'appelles ? Tu m'avais promis, Ryuichi !
- C'est à ta sœur qu'il faut t'en prendre, moi, j'ai toujours tenu mes promesses. C'est Mika qui devait te prévenir, mais elle ne voulait pas te mettre au courant. Elle m'avait dit t'avoir prévenu, mais je trouvais étrange que tu ne sois pas déjà là. Alors, elle m'a avoué qu'elle ne t'avait rien dit, et j'ai immédiatement pris le téléphone.
- Elle va m'entendre.
- Ca partait d'un bon sentiment, Eiri. Elle voulait que tu profites au maximum de ton bonheur, au cas où…
- Ce n'est pas à elle de décider. Que pense la Docteur Caroll, a-t-il bon espoir ?
- Ce n'est pas le Docteur Caroll qui s'occupe de lui, mais le Professeur Garret. Ils parlent de son cas ensemble, mais le Professeur Garett est plus compétent dans ce domaine. Ce n'est pas seulement le Chef de service, c'est aussi un grand neurochirurgien. Il nous a dit ce matin que son état s'était stabilisé, son organisme a réussi à combattre définitivement l'infection grâce au traitement. et qu'il pouvait sombrer pour de bon dans le coma ou se réveiller au terme de cette échéance. C'est réellement quitte ou double, Eiri, mais c'est à Tatsuha de décider s'il veut revenir ou non. Nous avons tout fait pour l'en convaincre.
- Je n'en doute pas. Comment est-ce que vous allez, tous ? Toi, Mika ?
- On se serre les coudes, on se relaie à son chevet, on veille les uns sur les autres. Ca va, dans une certaine mesure.
- Mon père a-t-il été mis au courant ?
- Non, Mika a peur du choc que cette nouvelle peut lui causer.
- Sage décision, pour le coup. Pour demain, ne vous embêtez pas à venir nous chercher, on prendra un taxi à notre arrivée, d'accord ? Ryuichi, t'es toujours là ?
Ryuichi était là, mais bouche bée, croyant rêver… Mary était entrée vérifier quelque chose parmi tous les branchements horribles qui entouraient Tatsuha. Et là, alors qu'Eiri lui parlait, Ryuichi l'avait vu pencher son oreille vers la bouche de Tatsuha et sourire… avant de voir la main de Tatsuha se lever légèrement.
- Attends, Eiri, ne bouge pas…
Il posa le combiné et alla taper contre la vitre. Ses larmes coulèrent d'elles-mêmes lorsque non pas une mais deux paires d'yeux se tournèrent vers la source du bruit. Il se perdit quelques instants dans le regard sombre de l'homme qu'il aimait plus que tout au monde, avant de reprendre le combiné du téléphone.
- Eiri, Tatsuha a bougé et ouvert les yeux, je vais voir ce qu'il en est. Je te rappelle dès que j'en sais un peu plus. Ne prends pas l'avion, attends mon appel, d'accord ?
Il y eut un long soupir de soulagement à l'autre bout du fil.
- Rappelle-moi rapidement pour me donner des détails, je compte sur toi.
- Promis. Merci, Eiri.
- De rien. Prends soin de lui. Mata ne.
- Mata ne, répéta-t-il en raccrochant précipitamment.
Il enfila une nouvelle blouse mais Mary, qui était sortie, l'arrêta.
- Je suis désolée, Monsieur Sakuma, mais il faut attendre que le Docteur Raillet ou le Professeur Garrett l'ait vu avant de pouvoir entrer à nouveau.
- Mais pourquoi ? demanda-t-il avec une adorable moue d'enfant qui failli faire craquer la jeune femme.
- Il est de nouveau conscient, mais seuls les Docteurs peuvent déterminer dans quel état il est réellement, quelles sont les séquelles de son coma s'il y en a, quel est son niveau de conscience, et tout plein de choses qui ne vous parleront pas à vous. Vous comprenez, n'est-ce pas ?
- Oui, mais c'est dur de le voir enfin conscient et de ne pas pouvoir lui parler ni l'approcher.
- Je n'en aurai pas pour longtemps, Monsieur Sakuma, fit-on soudain derrière eux. Vous avez de la chance, je n'étais pas loin.
Ils se retournèrent pour faire face au Docteur Raillet.
- Docteur, laissez-moi venir avec vous, je ne vous gênerais pas, promis…
- Je ne vais nul part pour le moment, Monsieur Sakuma, j'attends mes confrères. Ah, les voilà !
En effet, le Professeur Garrett, le Docteur Caroll suivis de Suzanne et d'Akitoshi, arrivèrent à leur hauteur.
- Alors Eric, demanda le professeur Garrett, qu'est-ce qui se passe ? Monsieur Uesugi a fini sa sieste ?
- Apparemment. Je vous attendais pour demander à Mary des précisions.
Tous les regards se tournèrent vers la jeune femme.
- J'étais entrée vérifier les branchements et recharger sa perfusion, lorsque je l'ai senti bouger. Je me suis penchée vers lui, et il a murmuré plusieurs fois avant que je ne parvienne à saisir le sens de ses paroles. J'ai fini par comprendre « qui a éteint la musique ? ».
Akitoshi et Ryuichi éclatèrent de rire, et c'était bien évidemment dû à la fatigue nerveuse de ces derniers jours horribles d'attente et d'incertitude.
Les trois médecins sourirent et attendirent un peu qu'ils se calment avant de reprendre.
- Il a donc parlé dans sa langue natale au départ, puis en anglais, c'est ça ? demanda le Professeur Garrett.
- Oui, Professeur, je crois bien que c'est ça. J'entendais ses mots mais je ne les comprenais pas jusqu'à ce que qu'il parle en anglais.
- Bien. Suzanne, vous connaissez bien Monsieur Uesugi, allez donc lui poser quelques questions selon l'examen de base. Nous allons vous rejoindre dans un moment.
- Bien, Professeur.
Elle sourit à ses amis avant de se rendre auprès de Tatsuha.
Un autre infirmier était avec lui depuis un moment.
- Qu'en pensez-vous, James, Antoine ? demanda le Professeur Garrett.
- A première vue, s'il a été capable de reprendre une autre langue et de faire ce lien, il est sur la bonne voie. A-t-il dit autre chose, Mary ?
- Il m'a demandé où il était, qui j'étais. Je lui ai dit qu'il avait eu un accident et qu'il était à l'hôpital, que je m'appelais Mary et que je faisais partie du personnel qui s'occupait de lui. Je lui ai dit qu'il ne devait pas s'agiter et que les médecins allaient venir lui parler et répondre à ses questions.
- Parfait. Messieurs, je vais vous demander encore un moment de patience. Chers confrères, allons voir notre patient de plus près. Mary, vous pouvez vous occuper des autres patients, à présent.
Akitoshi s'approcha de Ryuichi et posa sa main sur son épaule, alors que les médecins, équipés, entraient à leur tour s'occuper de Tatsuha.
- Tu as fini par nous le ramener, lui dit le jeune homme. Merci, Ryuichi.
- Je ne suis pas sûr d'avoir tout le mérite, on a tous fait en sorte qu'il revienne. Nos mots et nos espoirs, nos sentiments ont fini par l'atteindre.
- Dieu soit loué. Sacré Tat-chan ! Il n'y a que lui pour poser ce genre de question en sortant d'un coma de plus d'une semaine !
- Ca veut au moins dire qu'il nous a entendu. Tu ne l'as pas insulté au moins ?
- Baka !
- Hey, j'te permets pas ! protesta Ryuichi en lui ébouriffant les cheveux affectueusement.
- Mais arrête, tu vas me décoiffer !
- Quoi, t'as un rendez-vous galant ? Comme si Suzanne t'avait pas vu au réveil !
- Bah non, je fais en sorte de me lever avant !
- C'est clair que ta tignasse quand tu te réveilles, c'est un vrai tue l'amour, Na No Da !
- Tu ferais mieux d'aller te refaire une beauté au lieu de parler dans le vent ! Je voudrai pas que Tat-chan replonge dans le coma en voyant ta tête !
- Oh celle-là, tu vas me la payer chère, Aki-kun ! T'as jamais connu la vengeance de Kumagoro encore, planque tes fesses, sale gamin !
- Pourquoi, c'est un lapin gay ?
Pour la deuxième fois en moins de vingt minutes, ils se laissèrent aller à une bonne séance d'abdos par le rire.
Ils s'étaient inévitablement rapprochés durant cette semaine à veiller et s'inquiéter pour Tatsuha. Mais c'était un peu étrange pour Akitoshi, qui s'était lié non pas au chanteur ni à Ryuichi en mode Kumagoro, mais à l'homme, l'aimant, l'amant. Il reconnaissait le Ryuichi dont lui parlait Tatsuha, mais pas vraiment celui évoqué par les autres. Ou si rarement, lorsque, par exemple, il parlait avec son lapin, Kumagoro. Durant ces moments-là, Akitoshi ne l'avait pas trouvé ridicule du tout, mais terriblement attendrissant…
Suzanne vint les rejoindre, et quelque chose dans son expression les dérangea.
- Qu'y a-t-il ? demanda Akitoshi.
- Rien de surprenant, nous nous y attendions tous. Il est cohérent, mais n'a pas su répondre à certaines questions.
- Il a perdu la mémoire ?
- Une partie, oui. Mais il n'y a rien de définitif, rassurez-vous.
- A quelles questions n'a-t-il pas su répondre, Suzanne ?
- Il ne sait pas comment il est arrivé ici, pourquoi il est au Canada. Le dernier souvenir qu'il a, c'est un dîner au restaurant avec Mika et leur père.
- Mika ! s'exclama Ryuichi. Il faut que je l'appelle. Excusez-moi, je reviens.
Le chanteur disparut derrière les portes battantes du service.
Akitoshi se tourna vers Suzanne. Il s'autorisa à replacer une mèche de cheveux derrière son oreille, s'attardant un instant sur sa joue en une discrète caresse.
- Qu'est-ce que tu hésites à nous dire, Sue ?
La jeune femme soutint son regard, puis soupira.
- Je ne sais pas comment dire ça à Ryuichi, pourtant il va bien falloir. Tatsuha m'a demandé pourquoi Sakuma Ryuichi des Nittle Grasper était là et qui était avec lui, parlant de toi.
- Hein ? Mais… Mon Dieu, ça veut dire qu'il ne se souvient pas de ces cinq dernières années ?
- Je n'ai pas l'impression, et ça peut remonter plus loin. Il faudrait que Mika nous en dise plus, si elle voit de quel dîner en famille il s'agit dans son dernier souvenir.
Ryuichi revint à ce moment-là.
- Mika est en route.
- Bien, on va avoir besoin d'elle.
- Pourquoi, Aki-kun ?
Suzanne et lui échangèrent un rapide regard.
- Il semblerait que le dernier souvenir de Tatsuha remonte à un dîner en famille, il y a entre cinq ans et plus, répondit-il.
Ryuichi blêmit.
Il s'avança jusqu'à la vitre et y posa sa main, puis son front. Tatsuha tourna son visage vers lui et sourit, puis reporta son attention vers le Docteur Raillet qui lui posait des questions.
- Il ne se souvient pas de moi…
- Il se demande pourquoi Sakuma Ryuichi des Nitle Grasper est ici.
- C'est tout ce que je suis pour lui, c'est tout ce dont il se souvient ? Il ne se souvient pas de tout ce qu'on a vécu et traversé ? Il ne se souvient pas… il… Kuso…
Akitoshi posa sa main sur son épaule.
- Ryuichi, rien n'est définitif, tu sais.
- Et si ça le devient ? répliqua-t-il en lui faisant face. Ca va le devenir, certainement.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- J'ai promis que si Tatsuha revenait, je renoncerai à lui, si c'était la condition. Il est revenu, et il m a oublié. C'est clair, non ?
- Ryuichi, vous ne devriez pas tirer des conclusions si hâtives.
- C'est toi qui me dit ça, Suzanne ? Ne m'as-tu pas parlé un jour des signes qu'il fallait savoir reconnaître ? C'en est pas un, d'après toi ?
- Non, Ryuichi. Parce que c'est très courant, ce genre de déficience de la mémoire, après un coma si profond. Si Tatsuha ne retrouve pas la mémoire, ou ne retrouve que des souvenirs partiels mais aucun vous concernant, d'accord, j'y verrai un signe. Vous devriez en faire autant.
- Quitte à parier sur l'avenir, autant que ce soit de cette façon, Suzanne a raison, Ryuichi.
Le chanteur soupira et se tourna de nouveau pour regarder son amant à travers la vitre.
Il était si heureux de le voir s'animer, de le voir vivant.
Une part de lui avait envie de s'enfuir, de rejoindre Kumagoro au fond de son lit et ne plus en sortir, jamais, ne plus rien ressentir, réduire son monde à la chaleur imaginaire de son lapin rose.
Et une autre part, la plus forte, voulait entrer dans cette pièce, repousser tous ces gens qui s'affairaient autour de lui, arracher tous ces fils qui l'entouraient et le serrer fort contre lui, fort, tellement fort…
Sentir à nouveau son souffle chaud dans son cou, sa peau brûlante contre la sienne, sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration, son cœur battre à l'intérieur, sa voix aux intonations tendres ou provocatrices au creux de son oreille…
Une voix, en lui, lui assurait que son esprit l'avait peut-être oublié, mais que son corps, au contact du sien, pouvait se souvenir de chacune de leurs étreintes, de chaque effleurement, de la moindre caresse…
Le Professeur Garrett sortit de la chambre et l'arracha à ses pensées.
- Et bien, et bien, Monsieur Sakuma, Monsieur Shindo, vous avez fait du bon travail ! leur dit-il en serrant leurs mains. Je vous félicite autant que je vais bientôt féliciter mon équipe. Monsieur Uesugi est de nouveau parmi nous, et en assez bonne voie de guérison. Bien sûr, un gros travail commence à peine, mais le plus difficile est derrière. Nous allons procéder à quelques examens pour nous assurer qu'il n'y a plus matière à s'inquiéter. Je vais m'assurer qu'il est encore possible de programmer une IRM aujourd'hui, ce sera déjà ça de fait. Le reste peut attendre demain.
- Qu'en est-il de ce reste, justement ?
Le Professeur Garrett prit son stylo et se mit à écrire sur son dossier tout en répondant.
- Une batterie de test tous plus ennuyeux les uns que les autres, mais nécessaires : nous allons tester toutes ses fonctions vitales, nous assurer que son corps répond convenablement à tous les ordres donnés par son cerveau, que celui-ci les donne correctement, qu'il reçoit les informations de l'organisme, bref, remettre la machine en route ! Un premier examen révèle qu'il a ses réflexes, il réagit aux divers stimuli, il n'a aucun problème de sensibilité. Mais il est couché. Va-t-il tenir debout ? Combien de temps ? Ses sens ont-ils perdus de leur acuité ?
- Et pour sa mémoire ? demanda Akitoshi.
Le Professeur sourit en rangeant son stylo.
- Et bien, nous allons devoir de nouveau travailler ensemble. Pour la stimuler, il nous faudra votre aide, bien sûr, même s'il ne se souvient pas de vous ou de choses dont vous lui parlerez. Le Docteur Caroll a été très gentil avec vous, Monsieur Sakuma, en vous permettant de rester auprès de votre compagnon lorsqu'il était dans son service. Savez-vous pourquoi il a fait toutes ces entorses au règlement hospitalier ?
- Non, j'ai pensé qu'il avait été touché par notre histoire.
- Qui ne le serait pas ? Mais il était aussi intéressé par l'idée qu'en remerciement, vous accepteriez de donner une sorte de petit concert pour les patients de l'hôpital.
Naturellement, Ryuichi et Akitoshi se tournèrent vers Suzanne.
- Je n'étais pas au courant, il ne m'en a pas parlé.
- J'aurais préféré qu'il soit gentil et que moi, en remerciement, je lui demande ce qu'il voulait et qu'à ce moment là il me fasse cette demande, que j'aurais bien évidement acceptée. Mais ce n'est pas le propos. Je ne vois pas le rapport avec Tatsuha et son amnésie.
- Les chansons ont une part importante dans votre relation, Monsieur Sakuma. Vous lui en avez écrites beaucoup, elles racontent votre histoire. Ne me regardez pas ainsi, c'est Ariane, l'infirmière qui assiste mes confrères, qui nous a expliqué tout ceci. D'après elle, les entendre à nouveau pourrait dissiper le voile qui recouvre les souvenirs de Monsieur Uesugi.
- C'est une excellente idée ! s'enthousiasma Akitoshi. Qu'est-ce que t'en dis, Ryuichi ?
- D'accord, mais je veux Tohma avec moi, et toi aussi, Aki-kun.
- Quoi ? Mais… Je ne connais pas les morceaux !
- Quand aura lieu le concert ? demanda Ryuichi en se tournant vers le Professeur Garrett.
- Je vais garder Monsieur Uesugi encore deux jours dans mon service, puis nous le reconduirons en médecine interne. Disons à la fin de la semaine, c'est toujours plus calme.
- Voila voila, tu as quatre jours pour te mettre à niveau, et vu ton talent, c'est largement suffisant ! conclut Ryuichi en faisant face à Akitoshi. En plus, Eiri et Shuichi seront rentrés. Tu peux faire ça pour Tsu-chan, non ?
- Bien sûr… soupira-t-il.
- Sugoï ! laissa-t-il échapper, se laissant gagner par l'enthousiasme et l'espoir. On va bien s'éclater, Na No Da ! Un concert, plein de glaces et de crêpes, des pancakes et du Nutella !
- Euh… Ryuichi, on est dans un hôpital… lui rappela Akitoshi.
- Et bien ce jour-là, tous ceux qui viendront à ce concert oublieront qu'ils sont à l'hôpital ! Et Tatsuha, lui, se souviendra que derrière le chanteur de génie, il y a l'amant de génie et…
- Ca va, ca va ! l'interrompit Akitoshi en mettant sa main sur sa bouche. On a compris, pas besoin de détails…
- Mais euh… protesta le chanteur en se dégageant. Pas gentil, Aki-kun, tu vas voir, Kumagoro va s'occuper de toi !
- Ah oui, ton fameux lapin gay…
- Haaaaaaaaaaannnn lalalalaaaaaa ! Je vais lui dire, il va pas être content ! Ooooooh ! si j'étais toi, Aki-kun, je mettrai une armure avant de rentrer ce soir ! Si tu rentres…
- Une armure avec une ceinture de chasteté en option ? Pourquoi ça, hein, il a fini sa réserve de carottes ?
Ryuichi se mordait les doigts en ouvrant de grands yeux brillants, visiblement scandalisé par les provocations d'Akitoshi, qui semblait en avoir un paquet en tête, prêtes à l'emploi.
- Ouuuuuuuuuuuuuulala ! Tu vas pas vivre vieux, Na No Da ! Continue et tu verras pas le soleil se lever, demain !
- Vous avez fini de chahuter, intervint Suzanne en souriant presque avec tendresse. Désolée, Professeur, ils ont eu une semaine difficile.
- C'est amusant. Le médecin en moi s'interroge sur ces manifestations de multiples personnalités, l'homme s'attendrit et s'émerveille devant ces capacités. Je pourrai rester longtemps à les observer. Mais je dois vous laisser, le devoir m'appelle. Je dois m'occuper de programmer les examens de Monsieur Uesugi. Je vous laisse vous occuper des détails pour le concert, avec le Docteur Caroll.
- Merci, Docteur, fit un Ryuichi redevenu sérieux. Y a-t-il quelque chose que je dois faire ou non, par rapport à Tatsuha ? Si je peux déjà la voir… ?
- Vous pouvez le voir, si vous le souhaitez, mais ne lui parlez pas trop de choses dont il n'a pas le souvenir, cela pourrait le perturber. Suzanne pourra vous expliquer les nuances à respecter dans vos propos, elle a l'habitude d'accompagner les familles des patients victimes de comas et de leurs conséquences.
- Dans ce cas, à bientôt, Professeur.
- Bonne soirée à vous, je repasserai peut-être plus tard, si on m'en laisse l'opportunité.
Il leur serra la main et s'éloigna.
Suzanne se planta alors devant eux.
- Messieurs, que diriez-vous d'aller manger un morceau ? Il va y avoir pas mal d'agitation ici, nous devrions laisser tout le monde travailler. Une fois que Tatsuha sera bien installé, que tout le monde l'aura vu, nous lui ferons une petite visite, s'il ne dort pas. Comme ça, j'en profiterai pour vous expliquer un peu comment agir avec lui pour ne pas le perturber.
- Ca me va, répondit Akitoshi. Tu as fini ton service ?
- Oui, depuis une demi-heure.
- C'est gentil d'être resté, lui dit Ryuichi. Allons-y, c'est moi qui régale !
- Je vais me changer, je vous rejoins devant l'hôpital dans cinq minutes.
- De toute façon on doit attendre Mika, elle ne devrait plus tarder. Et je dois appeler Eiri.
Ils quittèrent le service de réanimation sur un dernier regard vers Tatsuha. Il sourit à Ryuichi, à Suzanne aussi, mais le sourire qu'il adressa à Akitoshi était accompagné d'un regard étonné, interrogateur.
A l'entrée, ils se séparèrent. Akitoshi alla tenter d'appeler le Pérou, Ryuichi attendit Mika et Suzanne alla se changer.
Une demi-heure plus tard, ils se retrouvèrent tous les quatre attablés dans un excellent restaurant, abordant ce même sujet qui les occupait depuis des jours : Tatsuha.
Ce dernier, allongé dans son lit d'hôpital, commençait à s'endormir en se demandant dans quel rêve étrange il se débattait.
Un rêve où son idole était présente à ses côtés à l'autre bout de la planète, avec un regard si inquiet et bouleversé pour lui…
Où un jeune homme qu'il n'avait jamais vu auparavant lui semblait si familier et tout aussi inquiet que Sakuma Ryuichi…
Un rêve où il était à l'hôpital mais où sa sœur était à peine venue l'embrasser avant de disparaître, sans protester lorsqu'on lui avait demander de sortir…
Il était plus ou moins seul, blessé assez gravement, apparemment, à une journée d'avion de là où il vivait pour une raison inconnue, entouré de personnes qui ne devraient pas être là…
Malgré tous ces points obscurs et ces éléments si étranges, un seul sentiment dominait : il se sentait en sécurité…
Ainsi, il s'endormit sans craindre de faire des cauchemars…
Effectivement, il n'en fit aucun.
Et il eut la certitude, à son réveil, que c'était en grande partie grâce à la présence bienveillante qu'il avait senti près de lui, une présence qui ne l'avait jamais quitté, il en était intimement convaincu, même s'il n'en restait aucune à son réveil...
A suivre
Lexique :
Baka : idiot
Kuso : merde
Sugoï : génial, super !
Notes de l'auteure : Voila voila, j'espère que ce chapitre vous a plu aussi. Je ne sais pas pourquoi, mais pour celui-là plus que pour les autres, j'aimerai avoir plein plein plein d'avis ! Par mail ou directement ici, c'est vous qui voyez, comme d'hab' ! Je ne fais jamais ça, mais j'ai un sentiment tellement bizarre en relisant ce que j'ai écrit, j'ai presque besoin de savoir si c'est partagé…. Bisous à tous et à bientôt pour la suite ! Lysanea
