Source : GRAVITATION
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, song, suspense (un tout petit peu), euuuuuh… prise de tête ?
Disclamer aucun des personnages ne m'appartient sauf Akitoshi Shindo, et tout le personnel médical, Suzanne, Arnaud, et le bonze. Les paroles sont celles de Jenifer « Donne moi le temps » (je sais qu'elle l'a écrite pour son public, mais on peut tout imaginer, non ???)
Chapitre vingt-quatre : un premier souvenir.
Pairing : Tatsuha/Ryuichi, Akitoshi/Suzanne, Shuichi/Eiri
Personnages : Tatsuha Uesugi (frère de Yuki Eiri), Sakuma Ryuichi (chanteur et ami de Shuichi), Akitoshi Shindo (frère de Shuichi), Shuichi Shindo Uesugi, Eiri Uesugi, Suzanne, Arnaud (le psy) Hijiri (le bonze).
Notes de l'auteure : Ce chapitre est un peu dense, parce que j'ai repris pas mal de choses pour ceux qui n'ont pas lu ma fic "la menace du rival..." où se situe le début de la relation de Ryuichi et Tatsuha. Pour ceux qui l'ont lue, ca fera un petit rappel... Je vous remercierai jamais assez pour vos reviews et vos mails, vous avez été super patient-e-s avec moi et indulgent-e-s et si vous lisez ça, c'est que vous avez prévu de lire le chapitre donc merci de continuer malgré tout ce que j'ai fait endurer à tout le monde ces derniers chapitres… Cette fic vit ses dernières heures, (pas moi, j'espère !!!) plus que deux ou trois chapitres, et j'ai un petit pincement au cœur, mais bon… J'espère vous offrir le final pour Noêl (j'ai pas dit quelle année... héhé). Bisous à tous et bonne lecture !
Chapitre 24 :un premier souvenir.
Tatsuha relut la lettre pour la troisième fois de la journée.
Il avait été surpris lorsqu'il l'avait découverte. C'était Shuichi qui lui avait rappelé son existence. Depuis qu'il avait quitté l'hôpital, il n'avait pas vraiment fait attention à ses affaires, et il n'avait pas mis le nez dans son portefeuille, sauf pour prendre ses papiers pour les formalités liées à son séjour à l'hôpital. Son beau-frère lui avait demandé si par hasard il l'avait relu, cette fameuse lettre, et ce que ça lui avait fait, si ça ne l'avait pas aidé à se souvenir de quelque chose sur Ryuichi et lui… Devant son incompréhension, Shuichi lui avait dit qu'il gardait une certaine lettre dans son portefeuille comme un trésor. Alors Tatsuha l'avait cherchée et trouvée, cette feuille de papier si fragile, pliée et dépliée sans aucun doute de très nombreuses fois. Elle datait de presque quatre ans, c'était lui qui l'avait écrite à Ryuichi un mois après son départ pour reprendre sa carrière aux Etats-Unis .
… Tell'ment de gens veulent Tell'ment être aimés, pour se donner peuvent tout abandonner. (Il y a) Tellement d'erreurs qu'on pourrait s'éviter, si l'on savait juste un peu patienter Donne-moi le temps d'apprendre ce qu'il faut apprendre, donne-moi le temps d'avancer comme je le ressens. Y a pas d'amour au hasard, ou qui arrive trop tard. J'apprendrai le temps d'attendre. (Il y a) tellement de rêves qui se trouvent gâchés à vivre tout, juste pour s'évader. Est ce que nos peurs valent à ce point la peine, pour exiger aussi peu de nous même ? Donne-moi le temps d'apprendre ce qu'il faut apprendre, donne-moi le temps d'avancer comme je le ressens, y a pas d amour sans patience, d'histoire sans y croire, pas d'amour sans le vouloir, si je sais que tu m'attends. Donne-moi le temps d'apprendre ce qu'il faut apprendre, donne-moi le temps d'avancer comme je le ressens, y a pas d'amour au hasard, ni d'amour qu'on trouve trop tard ; sois patient, quand je me donne c'est vraiment. Tu auras le temps de prendre ce que tu veux prendre, tu auras le temps de nous faire avancer ensemble. Tant de gens se cherchent, se désirent, se suivent et se perdent. Donnons nous la peine de se découvrir, se connaître. Je ne laisserai pas l'amour au hasard, ni qu'il soit trop tard. Je prends le temps pour que tu m'attendes, le temps pour toi.
Sous ces derniers mots, juste avant sa signature, Ryuichi avait écrit « Si la patience s'apprend, j'apprendrai ce qu'est attendre. »
Tatsuha replia la lettre et la rangea en souriant tristement.
C'était vrai, seul Ryuichi pouvait lui inspirer de tels mots.
Comme il aurait voulu se souvenir de cette période…
Il ressentait à travers cette lettre toute l'émotion qu'il avait sûrement eu en l'écrivant. Mais il voulait la revivre, avec les souvenirs, les images, revoir le film de leur histoire dans sa tête, repasser chaque scène qui les avaient amenés à devenir si proches.
Shuichi lui avait raconté l'histoire de cette lettre, comment elle s'était retrouvée dans son portefeuille à lui alors qu'elle était adressée à Ryuichi. En fait, Tatsuha en avait fait une copie et avait envoyé l'originale au chanteur. Chacun de leur côté, sans le dire à l'autre, ils l'avaient pliée et rangée dans leur portefeuille, la ressortant de temps en temps lorsque cela devenait trop difficile d'être séparés et dans l'incertitude. Lorsqu'ils s'étaient revus quelques temps plus tard, Ryuichi avait sorti le premier la précieuse lettre, suivit par Tatsuha, et ils en avaient ri, émus autant qu'amusés. Ca ne leur ressemblait pas d'être aussi sentimental, ni de se laisser aller à une telle sensiblerie… Ils avaient décidé de se les échanger : Tatsuha avait récupéré l'originale annotée par Ryuichi, et Ryuichi la copie…
Tatsuha avait aussi appris qu'au début de leur histoire, lorsqu'ils s'étaient avoué leurs sentiments, il avait pris la décision de ne pas vivre cet amour, dont il avait pourtant tellement rêvé, parce qu'il ne se sentait pas près pour une telle relation. Et que Ryuichi, le comprenant parfaitement, lui avait dit de vivre ses propres expériences, de grandir, et que si après tout ça il l'aimait toujours, de revenir vers lui. Le chanteur avait bien insisté sur le fait qu'il ne l'attendait pas volontairement, que c'était juste une conséquence logique de son amour pour lui. Tant qu'il l'aimerait, il serait prêt à le voir revenir vers lui. La vie et le temps seuls avaient les réponses, en fait… Mais malgré ces décisions, cette volonté d'affirmer à l'autre sa totale liberté, Tatsuha avait quand même écrit cette lettre, et Ryuichi, la note qui l'accompagnait, qui disaient tout le contraire, ou presque…
Ils s'étaient attendus et aimés à distance, durant près de quatre ans, sans jamais se dire à haute voix leurs promesses, mais les renouvelant par l'étreinte de leurs corps chaque fois qu'ils s'étaient vus…
Tatsuha était surpris par le fait d'avoir pu supporter une telle situation si longtemps. Sakuma Ryuichi l'aimait enfin, et pourtant, ils n'étaient pas ensemble… Au début, il avait eu du mal à imaginer pouvoir tout reprendre à zéro avec lui, alors qu'il lui manquait tant de données sur ce qui s'était passé durant ces quatre ans entre eux… Progressivement, en y réfléchissant, cela lui apparaissait faisable. Parce qu'après tout, ils n'étaient pas obligé de faire pareil, de recommencer et vivre exactement ce qu'ils avaient vécu, de traverser les mêmes choses. Ils pouvaient juste être ensemble à nouveau, puisqu'ils s'aimaient. Comme si ils venaient seulement de décider d'être ensemble. Tatsuha était prêt à le faire, à prendre sur lui concernant ce trou qu'il y avait dans son passé. Ce n'était pas insurmontable, s'il était aidé. Mais tout dépendait de Ryuichi. Il n'était pas sûr qu'il le souhaitait vraiment… Et depuis quelques heures, son incertitude était encore plus grande…
Ce matin, il avait eu sa séance avec Arnaud, le psychothérapeute qui l'aidait à retrouver ses souvenirs manquants. Ca avait été la séance la plus difficile depuis sa sortie de l'hôpital. Non seulement, avec ce qu'il avait découvert, il doutait encore plus qu'avant de pouvoir reprendre une histoire avec Ryuichi. Mais en plus, il n'était lui-même plus sûr de vouloir tout retrouver. Après tout, qu'est-ce que cela lui apporterait, de se souvenir ? N'allait-il pas souffrir davantage en récupérant les souvenirs d'une histoire à laquelle Ryuichi voulait, apparemment, mettre un terme ? Il devait être plus facile de renoncer à une chose dont on avait plus le souvenir… Alors pourquoi avait-il si mal en y songeant ? Son cœur semblait se broyer dans sa poitrine à la simple idée de ne pas avoir une nouvelle chance avec Ryuichi. Car il l'aimait. Oh ! oui, pour ça, même sans souvenirs, il pouvait l'affirmer et le crier haut et fort. Le sentiment diffus et confus qu'il avait eu à son réveil, dix jours plus tôt, s'était précisé. S'il ne savait pas comment il en était arrivé à éprouver un sentiment aussi fort, il le ressentait néanmoins dans chaque fibre de son corps. Son amour pour Ryuichi battait au même rythme que son cœur.
Ca lui faisait parfois plus mal que sa blessure qui cicatrisait doucement…
Arnaud lui avait conseillé de se concentrer sur ce souvenir qu'il avait récupéré pour essayer d'en remonter le fil. Tatsuha devait tenter de comprendre ce qui avait pu amener Ryuichi à vouloir le quitter. Mais il avait l'impression de foncer dans un mur chaque fois qu'il essayait. Une partie de son esprit restait fermée et inaccessible.
Pourtant, il avait très vite progressé, avec l'aide d'Arnaud et de sa propre expérience de moine bouddhiste. Il maîtrisait les techniques les plus complexes de médiation et savait ouvrir son esprit jusqu'à un niveau rarement atteint par les disciples les plus jeunes. Même s'il rencontrait des difficultés dans sa situation actuelle…
Eiri avait fait appel à un bonze qui officiait dans l'un des nombreux centres bouddhistes de Toronto dès la sortie de Tatsuha, qui l'aidait dans son processus de guérison. Le moine et le psychothérapeute travaillaient ensemble avec Tatsuha pour l'accompagner au mieux. Ils avaient tous les deux conclu que l'esprit du jeune homme était sûrement verrouillé par une sorte de traumatisme et refusait ainsi de s'ouvrir. L'état de Tatsuha ne l'aidait pas à dépasser ça. Mais ils travaillaient tous pour ce que soit possible.
D'après Arnaud, le problème venait certainement du fait qu'il…
- Tat-chan ?
Le jeune homme, qui, habituellement, ne se laissait jamais surprendre, sursauta avant de se retourner. Akitoshi marcha jusqu'à lui, un sourire aux lèvres. Il portait un jean délavé vert-de-gris, un t-shirt du même vert que ses yeux rieurs, ce qui les faisait ressortir. Tatsuha lui sourit, tout en se disant une nouvelle fois que son ami était vraiment un mec canon…
- Salut, Kito-chan.
- Salut, toi ! fit-il en lui ébouriffant les cheveux. Dis, j'ai rêvé ou je t'ai bien fait sursauté ?
- Ca va…
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu t'es levé du mauvais pied ? T'as l'air fatigué, en plus…
- Les quarante-cinq minutes avec Arnaud ont été assez éprouvantes, si tu veux tout savoir. Ca date de ce matin, et j'y pense encore. Toute la journée, j'ai fait appel à mes ultimes ressources, j'ai fait venir Hijiri qui a passé une heure à méditer avec moi, et j'ai l'impression que ça n'a servi à rien. C'est comme quand j'étais jeune bouddhiste, que je commençais juste mon apprentissage. Faire abstraction de tout ça me semble insurmontable. Faire le vide dans ma tête me prend des heures là où auparavant je n'avais besoin que de quelques minutes. T'as raison, je suis crevé, vidé…
Tatsuha eut un léger vertige, Akitoshi le retint par le bras et l'aida à s'asseoir sur l'un des bancs du jardin.
- Oula, mon grand, faut pas forcer comme ça… Attends-moi deux minutes, je vais te chercher à boire.
Il disparut et revint avec une bouteille d'eau glacée. Il servit un verre à Tatsuha et alla même jusqu'à lui passer la bouteille sur le front.
- Merci, Kito-chan.
- Ca va mieux ? demanda-t-il en dégageant les mèches brunes collées sur son front.
- Oui. Excuse-moi, c'est aussi ce traître de soleil qui tape sans en avoir l'air.
- Sans compter que tu te prends bien la tête, de ton côté… Dis-moi, qu'est-ce qui s'est passé, ce matin ? Tu veux me raconter ?
- En fait, j'ai besoin que tu m'éclaires sur quelque chose, et il faut donc que je te parle d'un truc en rapport avec ce matin. T'as un peu de temps, là ?
Akitoshi regarda sa montre, puis s'assit à ses côtés.
- C'est moi qui vais chercher Ryuichi à l'aéroport, mais je pars que dans vingt minutes. Si t'es aussi bref qu'à ton habitude, ça devrait suffire, non ?
- Mouais, grogna Tatsuha. Au pire des cas, on finira plus tard.
- Sans problème. Dis-moi tout.
- En fait, hier, je vous ai menti à tous.
- Comment ça, tu nous as menti ? Non seulement, les bouddhistes sont censées ne jamais mentir, mais encore toi, tu ne sais pas le faire…
- D'accord, je n'ai pas vraiment menti, disons que j'ai caché une partie de la vérité.
- Ca, tu sais faire, oui. Ca concerne quoi, au juste ?
- Ma mémoire.
- Naaaannnnn, jure ? Baka, je me doute bien que ça concerne ta mémoire, mais encore ?
- Ca aurait pu être autre chose… Bref, vous m'avez demandé si ça avançait, mon travail avec Arnaud. Je ne vous l'ai pas dit, mais hier matin, déjà, j'ai commencé à me souvenir de quelque chose à propos de Ryuichi et moi. Ferme la bouche, Kito-chan, on dirait un poisson ventouse.
- Excuse-moi, dit-il en s'exécutant. Mon Dieu ! Ca doit être vraiment sérieux pour que tu n'aies rien dit !
- Je crois que ça l'est, soupira le jeune homme. Ce matin, ça s'est précisé, et j'ai besoin de tes lumières pour m'éclairer.
- J'espère pouvoir t'aider, Tat-chan, je ferai tout pour ça, tu le sais. Je t'écoute.
Tatsuha se resservit un verre d'eau et but longuement, les yeux fermés. Akitoshi attendit patiemment que son ami se décide à parler, ce qui ne tarda pas. Il rouvrit les yeux et plongea son regard dans le sien.
- J'ai commencé à me souvenir de l'agression et de mon hospitalisation. Jusque là, je n'avais que des images un peu floues, surtout avec toi et Mika.
- Et pourtant, Ryuichi ne t'a que rarement quitté.
- Je crois que c'est pour ça que mes souvenirs sont aussi incertains sur cette période, il y était trop présent, et je bloque dès qu'il s'agit de lui. Mais hier et ce matin, j'ai eu le souvenir d'une conversation que j'ai eu avec Ryuichi, et je pense que c'était la dernière. Il venait d'apprendre que j'avais revu Dan, et on s'expliquait. Votre arrivée nous a interrompu.
- Effectivement, se souvint Akitoshi, c'est la dernière discussion que tu as eu seul à seul avec Ryuichi, peu avant ton coma.
- Oui, et il était en train de me quitter.
- Non, Tat-chan, tu as mal interprété ses propos.
- Je me souviens de ses mots, Kito-chan. Il a dit qu'il était fatigué de notre relation, et qu'on devait arrêter de se voiler la face. C'est pas le prélude à un cyclone nommé Rupture, ça ?
- Tu nous as tout raconté, à Eiri, Ayaka et moi, pendant que Shuichi et Ryuichi allaient chercher des cafés et discuter de leur côté. Ca me semblait totalement absurde à ce moment-là, et plus encore aujourd'hui. Tat-chan, il s'est passé tant de choses, depuis. Il n'a malheureusement pas eu le temps de t'expliquer ce qu'il voulait dire vraiment, ce jour-là, même pour lui, c'était confus. Notre arrivée vous a interrompu alors qu'il y avait encore des choses à dire, et que Ryuichi ne t'avait fait part que de ses impressions. Ce qui en a provoqué d'autres, chez toi.
- Arnaud et Hijiri pensent que ça pourrait être l'origine de mon blocage. Parce que le dernier souvenir de Ryuichi et moi a été un moment d'angoisse et d'incertitude concernant notre histoire.
- Vraiment ? Mais c'est génial, Tat-chan !
Tatsuha regarda son ami fixement durant un court instant.
- Génial ? Génial ? répéta-t-il. Mais… t'as entendu ce que je t'ai dit ?
- Mais oui, et c'est bien ça que je trouve génial ! Nous avons la solution à ton blocage : tu dois parler à Ryuichi !
- Non.
Le sourire d'Akitoshi disparut en même temps que son enthousiasme retombait.
- Comment ça, non ?
- Non, Ryuichi ne doit pas être mis au courant de ça.
- Mais…
- S'il te plaît, Aki-chan…
Le jeune homme leva l'index.
- Donne-moi une bonne raison, une seule bonne raison, Tat-chan, et je me plie à ta volonté.
- Il veut me quitter.
- C'est pas vrai, mais t'écoute quand on te parle ? Je te le répète, il était un peu perdu, et depuis il s'est passé plein de choses. Tu ferais mieux de discuter avec lui avant de tirer des conclusions.
- Je sais ce que je ressens par rapport à tout ça. Laisse-le me quitter, ne rends pas les choses plus difficiles. Quelles que soient les raisons évoquées, le résultat final est le même. Je préfère qu'il ne sache pas que j'ai un souvenir. Surtout celui-là.
- Je crois que tu te trompes lourdement, Tat-chan. Tu ressens des choses, mais tes sentiments sont faussés par ton angoisse. Je sais ce que j'ai vu, depuis ton agression. Ryuichi n'a rien d'un homme qui veut en quitter un autre, mais au contraire, il a tout de celui qui se sacrifie ou renonce à se battre pour celui qu'il aime.
- Peu importe, soupira Tatsuha. Je te l'ai dit, le résultat est le même. S'il renonce, c'est qu'il n'a plus envie de faire des efforts, et c'est assez éloquent pour moi.
- Mais j'hallucine… Tu peux pas t'imaginer deux secondes combien il est épuisé, Tat-chan ? K'so, te rends-tu seulement compte de ce qu'il accumule depuis un mois, tout ce qu'il a vécu et enduré depuis ton agression ? Par deux fois, il a cru te perdre. L'espoir, l'attente, les doutes, plein de questions imbriquées dans les sentiments, il a porté tout ça sans se plaindre, nous laissant à peine l'aider et le soutenir pour partager ce poids. Je me demande comment il a tenu. Je trouve ça horrible que tu aies ce genre d'attitude le concernant, et face à lui, c'est pire… Franchement, s'il avait voulu te quitter, il l'aurait fait depuis longtemps. Il n'est pas maso au point d'aimer souffrir de cette façon. Et crois-moi, il souffre.
Tatsuha resta encore un moment sans voix, interdit par l'éclat de son ami, d'ordinaire si calme et maître de lui. S'il faisait un effort pour cacher sa colère, elle n'en restait pas moins perceptible. Il posa sa main sur le bras de son ami.
- Je suis désolé, Kito-chan. Je ne me rends pas bien compte de tout ce qui s'est passé, autour de moi. Pour que ça te mette dans un état pareil, ce doit être sérieux. Je… je parlerai à Ryuichi, promis, même si ça ne m'enchante pas. Et même si je n'ai pas d'espoir quant à l'issue.
- J'en ai assez pour deux. Et je m'excuse aussi d'avoir été un peu sec, répondit Akitoshi avec un grand sourire. Je suis heureux que ça t'ait fait réagir, en tout cas.
- C'est suffisamment rare pour ça !
- C'est vrai, mais là, je t'avoue que ça couve depuis un moment. Chaque fois que Ryuichi a eu un geste vers toi, même sans le repousser, tu es resté sur la défensive. Je trouve ça idiot, et j'espère vraiment que tu vas y réfléchir et lui parler. Tu sais, j'ai toujours cette image dans la tête, celle de vous deux enlacés dans ton lit, la veille de son départ pour New Yorkla semaine dernière. La manière dont son bras t'entourait, la manière dont tu t'abandonnais contre lui… Je ne vous avais pas vu les traits si détendus et le visage si paisible depuis des semaines !
- Moi-même, je n'avais pas aussi bien dormi depuis longtemps. J'ai compris, à ce moment-là, combien j'avais besoin de lui. Si jamais nous ne nous retrouvons pas…
Akitoshi l'interrompit en posant fermement sa main sur son bras.
- Vous vous retrouverez, Tat-chan, assura-t-il en plantant son regard vert dans le sien. Et si vous devez vous séparer, que ce soit au moins pour de bonnes raisons, et pas sur un malentendu. Ok ?
- Ok.
- Bien, conclu-t-il avant de regarder sa montre. Il est l'heure pour moi d'aller chercher ton prince charmant, Blanche-Neige.
- Nani ? Tu m'as appelé comment, là ?
Akitoshi pouffa en se levant.
- C'est un truc entre Ryuichi et moi. Quand tu étais dans le coma, il m'a dit une fois qu'il avait imaginé qu'un seul baiser pourrait te réveiller. Ca nous a amené à te comparer à Blanche-Neige.
- Sympa. Je sais pas comment je dois le prendre...
- Oublie, c'est tout ! Tu veux rester encore ici ou… ?
- Non, je vais rentrer avec toi. Suzanne ne va plus tarder pour changer mon pansement, je dois me faire beau.
- Ca veut dire quoi, ça ? demanda Akitoshi en aidant Tatsuha à se lever.
- Mais… rien du tout ! se défendit-il en prenant le chemin de la maison, appuyé sur son ami.
- Fais attention, Tat-chan ! Avoir des doutes sur la continuité de ta relation avec ton petit copain ne te donne pas le droit de draguer ma petite copine, c'est clair ?
- Ta petite copine ? Ca y est, c'est officiel ?
- Baka…
- Attends, j'ai peut-être des problèmes avec mon homme, ça ne m'empêche pas pour autant de m'inquiéter pour toi…
- C'est marrant que tu dises « m'inquiéter ». T'aurais juste pu dire que ça ne t'empêchait pas de penser à moi, par exemple.
- Non, je m'inquiète vraiment pour toi, Aki-chan.
- Mais pourquoi ?
Ils étaient rentrés par la cuisine. Akitoshi rangea la bouteille alors que Tatsuha s'asseyait sur un tabouret près du bar.
- Fais pas l'innocent, dit-il alors qu'Akitoshi s'adossait au frigidaire, face à lui. T'as beau dire qu'avec Suzanne, c'est une simple aventure sans lendemain, il se trouve qu'il y en a de plus en plus, de ces lendemains qui ne devraient pas exister…
- T'as qu'à guérir plus vite ! répliqua l'aîné en lui balançant un torchon.
- Ca va être de ma faute, maintenant ! T'abuses un peu, tu crois pas ?
- Beaucoup, même. Sue et moi, on est adultes, on a pris nos responsabilités et choisis de prendre ce risque aussi. Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi.
- En plus de connaître ce genre de situation, je te connais assez, toi, pour savoir que tu es déjà en train de laisser quelques plumes.
- Je le sais bien. Mais c'est trop tard pour faire marche arrière, de toute façon. Je… Merde, Tat-chan, je suis en train de sérieusement tombé amoureux d'elle !
- Ah ? Je croyais que c'était déjà le cas.
- Tu sais quoi ? Je t'emmerde !
- A défaut, je préférerais que tu m'enc…
- Urusaï ! le coupa-t-il en lui jetant un nouveau torchon. Hentaï, va !
- C'est quoi, ce raffut ? intervint Shuichi en entrant dans la cuisine, suivit d'Eiri et de Suzanne.
- Tiens, Sue, on t'a pas entendu sonner… remarqua Tatsuha en faisant la bise à la jeune infirmière. On était en train de parler de toi, en plus.
- Ah oui ? Je n'ai pas sonné, en fait, j'ai rencontré Eiri sur la route, on est venus ensemble, expliqua-t-elle. Ca va ?
Elle s'avança jusqu'à Akitoshi qui l'entoura de ses bras.
- Maintenant, encore mieux, répondit-il en l'embrassant dans le cou.
- Que disiez-vous sur moi ?
- Je vais te raconter, pendant que tu me fais mon pansement.
- Tat-chan… le menaça Akitoshi avec un regard entendu.
- Quoi, tu me fais pas confiance ?
Akitoshi fit un grand sourire.
- Si, puisque je vais chercher Ryuichi. Tu ne me laisseras pas partir comme ça, sachant que je peux être très vicelard de mon côté, si j'ai le moindre doute…
- T'es vraiment un enfoîré…
- Il a surtout trop traîné avec toi, remarqua Shuichi en défendant son frère. Aller, on y va, nous, vous reprendrez les hostilités plus tard. Je ne veux pas faire attendre Ryuichi.
Les frères Shindo partirent donc chercher leur ami à l'aéroport, tandis qu'Eiri aidait Suzanne a changé le pansement de Tatsuha.
Ceci fait, la jeune infirmière s'installa dans le salon avec son ordinateur pour travailler en attendant le retour d'Akitoshi, et Eiri vint la rejoindre peu après pour travailler lui aussi à son roman. Ils s'interrompaient parfois pour échanger quelques mots.
Ils avaient laissé Tatsuha dans sa chambre, aussi, ne le voyant pas reparaître après près d'une heure, Eiri décida d'aller voir si tout allait bien. Suzanne en profita pour investir la salle de bains et monter se changer dans la chambre d'Akitoshi.
Eiri, un peu inquiet, alla donc frapper à la porte de la chambre de son petit frère, doucement, puis entra et finit par sourire, soulagé. Tatsuha était assis par terre, en pleine méditation.
L'écrivain allait faire demi-tour lorsque la voix de son frère l'arrêta.
- Reste, murmura celui-ci. J'ai fini
Eiri s'avança et l'aida à se relever avant de s'asseoir sur le lit avec lui.
- Tu angoisses, otouto ?
- Non, je suis juste très impatient de le revoir. Il m'a vraiment manqué.
- Tu sais qu'il vous est arrivé de ne pas vous voir pendant des mois, tous les deux…
- A ce qu'il parait, oui. Le Temple a du m'être d'un grand secours, parce que j'ai des soucis avec Dame patience.
- Je confirme.
- Ca va… Dis, je vois que tu t'es changé. Vous sortez, ce soir ?
- Oui, avec Akito et Suzanne. On vous laisse en amoureux, Ryuichi et toi.
- Génial ! Il va pouvoir me larguer sans témoins ! répondit Tatsuha, sarcastique.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire, encore ? Tu crois toujours qu'il veut rompre ?
Tatsuha soupira.
- Je ne sais plus vraiment, onii-chan. Comme je l'ai révélé à Akito un peu plus tôt, le seul souvenir que j'ai, c'est cette fameuse discussion que j'ai eue avec Ryuichi à l'hôpital, quand il me disait être fatigué de notre relation.
- Tu as donc fin par te souvenir de quelque chose, c'est bien.
- Pour ce que ça m'apporte…
- Le fameux jour de notre départ, qui est aussi celui de ta dernière discussion et de ton coma, nous avons parlé avec Ryuichi pendant le trajet jusqu'à l'aéroport. Il a convenu qu'il y avait des points à éclaircir, et que sa fatigue physique et mentale ne l'aidait pas. Il était déjà très inquiet et éprouvé, il t'avait veillé trois nuits, tu peux le comprendre…
- Je sais.
- La situation ne lui a pas permis de revenir sur cette discussion pour la terminer, malheureusement. Mais il nous a dit que tu avais interprété ses propos et traduit son angoisse comme une volonté de mettre un terme à votre relation, alors que ce n'était pas forcément le cas, d'après lui.
Tatsuha laissa échapper un petit rire.
- Laisse-moi apprécier le « pas forcément » s'il te plaît. Tu penses donc, toi aussi, que je me trompe ?
- Je ne sais pas, Tat-chan. Les sentiments que te porte Ryuichi sont profonds, il faudrait être aveugle pour ne pas le voir, et encore. C'est à lui que tu dois parler pour obtenir tes réponses.
- Décidément, tout le monde veut m'envoyer à l'échafaud.
- Baka… fit-il en lui donnant une tape à l'arrière du crâne.
- Itaï ! gémit-il en se frottant la tête. Pourquoi t'as fait ça ? Je souffre pas assez d'après toi ?
Un moteur se fit entendre, Eiri se leva et alla jeter un œil par la fenêtre, sous le regard toujours outré de son frère.
- Ils arrivent, annonça-t-il avant de revenir vers lui. Il faut que tu arêtes de jouer les victimes, otouto. Fais donc taire la partie égoïste qu'on a héritée de notre père et mets-toi à la place de Ryuichi, ça te rendra plus indulgent. Tu dois garder plusieurs choses en tête, lorsque tu parleras avec lui. Premièrement, tout ce qu'il a enduré et subi comme épreuves et comme pression. Deuxièmement, l'idée plus qu'égocentrique qu'il a d'être peut-être à l'origine de tout ce qui t'arrive, que quelqu'un ou quelque chose veut l'atteindre lui à travers toi. Alors sois patient, avec lui, et prends le temps d'expliquer tout ce qu'il y a à expliquer. D'accord ?
Tatsuha hocha simplement la tête en souriant à son frère.
- Vous avez la soirée et une bonne partie de la nuit en tête à tête, mais si jamais ça n'allait pas, que tu veux qu'on revienne, tu me bipes, je comprendrai.
- Merci, onii-chan.
Eiri lui ébouriffa les cheveux, puis lui tendit son bras.
- On va accueillir ta moitié ?
Tatsuha le prit et se leva.
- Tu pourrais éviter de me décoiffer dans ses moments-là, râla-t-il en passant sa main dans ses cheveux.
- Ca te donne un air rebelle tout à fait irrésistible.
- Mais bien sûr…
Ils arrivèrent dans le salon au moment même où Shuichi, Akitoshi et Ryuichi y entraient. Le temps se figea un moment, puis Ryuichi courut se pendre au bras de Tatsuha, veillant quand même à ne pas le blesser. Eiri s'écarta un peu, mais pas trop, au cas où son frère aurait besoin de soutien, d'être rattrapé…
- Tu m'as tellement manqué, Tat-chan ! disait Ryuichi. Comment ça va, mieux, hein, dis ?
- Ca va, Ryui-chan, tu m'as manqué aussi. Comment tu vas ?
- On a plein de choses à te raconter, Kuma-kun et moi !
- On va avoir le temps, puisqu'à ce qu'il paraît, on a la soirée rien qu'à nous.
- Haï ! confirma le chanteur en battant des mains. Et je vais te préparer un super dîner, comme avant !
Shuichi sourit, ne doutant plus que ces deux-là allaient bientôt se retrouver.
- Faut qu'on monte se changer, Aki-chan, dit-il.
- Allons-y. Où est Suzanne ?
- Elle est montée se préparer.
- Je vois pas de meilleur moment pour faire pareil A t'à l'heure ! s'écria-t-il avant de s'élancer dans les escaliers.
Shuichi le regarda disparaître avec un sourire avant de se tourner vers son mari.
- Tu viens aussi, Eiri-chan ?
- Je te rejoins dans un moment.
Eiri lui fit expliqua par son simple regard, qu'il savait qu'il fallait les laisser, mais qu'il devait avant parler à son frère. Shuichi comprit et se rapprocha encore de lui. Il mit sa main autour de sa nuque pour lui faire pencher la tête et se mit sur la pointe des pieds.
- D'accord… mais dépêche-toi, murmura-t-il contre ses lèvres avant de l'embrasser.
Après un dernier regard, il prit le même chemin que son frère et monta dans sa chambre.
- Moi, je vais ranger mes affaires, décida Ryuichi. Tu viens, Tat-chan, j'ai pleiiiiiiiiiiiiiiiiin.de choses à te montrer !
- J'arrive, va me préparer tout ça.
- Ok ! Mais dépêche-toi, sinon je reviens te chercher ! Allez, Kuma-kun, on fait la course !
Il détala avec son lapin, laissant de nouveau les frères Uesugi seuls.
Eiri se tourna vers son frère.
- J'ai confiance en toi, je sais que tu es pleinement conscient que c'est l'avenir de ta relation avec lui qui est en train de se jouer. Bon courage, mon grand, conclut-il en embrassant son front.
Tatsuha grimaça, puis, appuyé sur sa béquille, rejoignit Ryuichi dans sa chambre…
A suivre…
Merci d'avoir lu ce chapitre assez dense, j'avoue… Ca ne vous a pas découragé au moins ? A très bientôt pour la suite. Lysa.
