- A.C.T.E P.R.E.M.I.E.R -

Scène 2 - Sa nonchalance, sa kryptonite.

Ils se liguaient pour le faire chier. Tous sur lui, charognards à courir après les quelques morceaux de viande qu'il semait sur son chemin.

Rodolphus était parti rejoindre sa fiancée. D'un mouvement vague, son frère embrasse du regard la salle commune; à cette heure-là, il n'y avait plus qu'un ou deux courageux pour finir leurs devoirs – peut-être quelques insomniaques tentant une dernière partie d'échecs.

Soupirant, Rabastan fait venir à lui d'un coup de baguette une plume, un bout de parchemin ainsi qu'un pot d'encre : il avait à faire. Et sa parole que, cette fois-ci, son nouveau plan ne quitterait pas sa poche. On ne l'y reprendrait plus, à négliger ce genre de choses !

Une heure, trois parchemins froissés, deux pots d'encre et cinq plumes brisées de dépit plus tard, il tient enfin sa toute nouvelle trich... Tactique. Aucun titre pour distinguer son œuvre d'un vulgaire gribouillis, et des codes connus de lui-seul. Bien. Il n'avait plus qu'à leur balancer ça à la figure demain et ils se démerderaient. Dans son esprit, quelques obscures machinations se profilaient déjà pour mettre hors-jeu son principal rival : Amos Diggory. Remonter sensiblement le potentiel de l'équipe vert-et-argent... Rabastan voulait bien. Les porter au niveau de professionnels en devenir ? Il n'était pas Salazar, non plus. Si cela ne tenait qu'à lui, il y a déjà bien longtemps qu'il aurait été ranger son balais pour contempler la déchéance des serpentards – depuis les gradins. Mais Dolohov s'en était mêlé, et subir le courroux du capitaine ? Très peu pour lui. Peut être un peu nonchalant sur les bords, mais loin d'être kamikaze. De plus, Bellatrix ne manquerait pas de l'humilier publiquement, si jamais il faillissait à sa tâche.

Il tenait à sa pseudo-réputation.

Le prochain match de quidditch; l'amnésie de Rowle -allez savoir pourquoi, il faisait une fixette dessus- la dangereuse folie de Bellatrix, les escaliers à moitié-détruits, la situation politique du pays, la bêtise du directeur, l'étrange regard de Dumbledore...

Bref. Les prochains jours s'annonçaient mouvementés.

Un rapide coup d'oeil vers la pendule lui apprend qu'il est bientôt une heure du matin. Grimaçant, il se redresse dans son fauteuil de cuir, ramasse ses affaires et disparaît dans les escaliers en direction du dortoir.

Tout pris qu'il est dans sa léthargie, il ne remarque pas ce petit bout jauni qui s'échappe de ses bras pour aller se poser sous un meuble.

. P & V .

Le lendemain, Rabastan se lève avec difficultés pour aller se traîner jusqu'à la salle de bain – il n'était définitivement pas du matin. Sa tignasse désordonnée, son air hagard et sa barbe naissante dressent un tableau de lui peu glorieux... Mais ce sont définitivement ces ignobles cernes violacées qui viennent achever cette œuvre pour le moins... Reluisante. Il préfère ne pas s'y attarder, murmurant dans une grimace un sort de glamour. Un coup de peigne pour discipliner ses cheveux, cet air brumeux toujours sur le visage, il enfile rapidement une chemise et un jean – de marque sorcière, cela va sans dire.- avant de partir à la recherche de son uniforme. Il l'avait bien jeté dans un coin de la pièce cette nuit... Voilà. Toute froissée, à côté de l'armoire.

« - Lestranges.

- Black. »

Les cheveux de Bellatrix Black avaient-ils toujours eu cet aspect savamment désordonné ? La réponse était non; au contraire, ils étaient résolument lisses au saut du lit. Trop banal pour sa grandiose personne, sûrement. Elle en aurait presque l'air abordable, flottant dans sa nuisette de soie et de dentelles. Presque douce, presque féminine.

« - Dis-moi où tu as planqué mon grimoire. Immédiatement, lance-t-elle soudain en l'acculant contre un mur. »

La sensation caractéristique d'un morceau de bois s'enfonçant dans le cou – Rabastan la ressentait si souvent, ces derniers temps. A croire que la plupart des élèves de cette école voulaient sa peau, pour des raisons qui n'avaient de cesse de lui échapper. Mordred, on lui mettait tout sur le dos ! Alors face à ces démonstrations de folie meurtrière, il ne pouvait qu'hausser aussi dignement que possible un sourcil, répondant d'un ton qu'il espérait neutre :

« - Mais de quoi parles-tu ? »

Et inévitablement, son interlocuteur s'énervait. Et lui lançait un sort, parfois. Et à voir les yeux injectés de sang de sa chère future belle-soeur, il y avait de fortes chances qu'il finisse une fois de plus à l'infirmerie, avec un bras en moins, ou encore un poignard dans le dos.

« - Tu sais très bien de quoi je parle, stupide chose. Rends-moi ce putain de livre. »

Assister à son courroux était une chose; la voir paniquée en était une autre. Qu'y avait-il de si remarquable dans son livre pour que sa main tremble autant ? Trouver un ou deux manuels de magie noire avancée était plutôt fréquent chez les serpentards – elle était la première à laisser ses lectures traîner un peu partout. Non vraiment...

Ah si.

Un sourire narquois prend esquisse sur les lèvres de Rabastan. Typiquement serpentard, une fois n'est pas coutume.

« - Je ne vois pas de quoi tu parles, Black... Quoique. Peut-être bien. toujours souriant, il joue sur ses silences, mettant les nerfs de sa camarade à rude épreuve. Il pouvait bien se le permettre. J'ai bien dû tomber sur un grimoire des plus intéressants l'autre soir... Ses lectures sont décidément passionnantes. »

Il jouait au bluff; mais voir Bellatrix se crisper soudainement lui apporte un écho inespéré. Excellent. Sans se départir de sa mine triomphante, il enchaîne : « Oui... Cela me revient. Quelques bribes... Vraiment peu. Et impossible de me souvenir d'où je l'ai laissé. Et cette baguette sur ma tempe n'est pas pour aider à ma réflexion... »

Il la sent bien hésiter – sûrement un sort de torture au bout des lèvres. Mais elle cède finalement, et se recule de quelques pas, affichant un rictus haineux. Triomphant, Rabastan replace correctement sa robe de sorcier et lance un regard faussement hésitant vers la sang-pur.

« - Hmmm... Un peu de paix m'aiderait sûrement à réfléchir. »

Il tourne les talons, testant sa feinte – et à l'angle du couloir, se retourne pour se rendre compte que Bellatrix à bel et bien rebroussé chemin. Les pièces maîtresses d'un nouveau jeu se mettent en place; il pourra bien la faire chanter deux ou trois mois avec son obscur bouquin. Le tout étant de se retrouver réellement en sa possession. Qu'elle s'aperçoive de sa supercherie signerait son arrêt de mort.

Nonobstant, le nouveau pouvoir qu'il avait sur sa future belle-soeur le grisait; et il n'était pas prêt de le céder.

. P & V .

Tiens, Snape qui lui réserve une place à côté de lui – tant mieux. Il avait beau être bon en potions, il était loin d'atteindre le niveau d'excellence de son camarade sang-mêlé. La préparation d'aujourd'hui est à réaliser en duo... Mais bien vite, le cadet Lestranges se rend compte que quelque chose cloche chez son camarade de tablée. Ses mains tremblent; il se tient parfois l'avant-bras gauche. Son souffle se fait laborieux, une douloureuse concentration s'inscrit dans ses traits. S'il ne savait pas Severus si insoumis, il aurait pu jurer qu'il avait prit sa marque. Rabastan se gifle mentalement à cette idée. Absurde. Lui avait encore son libre-arbitre, le plein-choix : aucune vieille famille conservatrice pour venir lui imposer ses opinions. Lui-même aurait détesté sa condition, si il n'avait pas été en phase avec la plupart des idées de son futur-camp : une guerre se profilait, le plus idiot des gryffondor l'aurait deviné.

« - Laisse, je vais le faire. »

Mieux vaut retirer ces ingrédients des mains de Snape avant qu'il les laisse malencontreusement tomber dans leur potion : et là où Rabastan attend une réplique cynique et cinglante, il n'y trouve qu'un vague grognement mécontent. Etrange. Il le connaissait plus revêche.

Il se décide donc à prendre en charge la potion; en vain. L'autre serpentard avait sa fierté, et ne comptait pas ainsi rester sur la touche – surtout qu'il était l'un des seuls à pouvoir se targuer d'avoir réussit chacune des potions proposées depuis le début de l'année sans aucunes fausses notes. Alors, Snape se décide brusquement à jeter la dose prescrite de racines de saule cogneur en poudre dans la potion, juste histoire de s'occuper un minimum... Deux étapes plus tôt que prévu. Et trop tard, il se rend compte de son erreur.

Instinct de conservation typiquement serpentard – il se jette sous la table pour se protéger de l'explosion. Quant à Rabastan ?

Eh bien...

. P & V .

Il l'étranglerait bien; oh oui. Imbécile trop fier. A force d'y passer, il connaîtrait par cœur chaque fissure de ce putain de plafond. Le plafond de l'infirmerie. Dans la pièce d'à côté, Mlle Jones peste contre lui, un chapelet d'insultes plutôt développé : apparemment, il lui coûtait une bonne dose de temps et de potions. Rabastan grimace en sentant une pique de douleur sur son flanc droit – ah oui, l'explosion. Apparemment, les racines de saule cogneur en poudre ajoutées trop tôt conféraient un effet corrosif à la potion... Et il s'était prit cette vérité en pleine gueule. Un jour, il y resterait.

« - Oh, salut ! »

La dernière personne qu'il aurait aimé entendre. Même amnésique, il le poursuivait encore. Thorfinn Rowle. Si le ton presque amical avec lequel l'avait interpellé sa Némésis l'avait troublé, il n'en montre rien, gardant sa face impassible... A demi-tordue dans un rictus de douleur. Il s'était bien dit qu'il y avait bien un moment que le serdaigle n'avait pas croisé sa route. Tout était la faute de Snape. Cet incompétent aurait pu se passer d'intervention. Imbécile de sang-mêlé.

« - Rowle, répond Rabastan dans un soupir las. Lui aussi aurait sa peau, tiens.

- Pourquoi ce ton si froid avec moi ? J'avais pensé que nous étions plutôt proches... M'enfin, après tout ce n'est qu'une impression. »

Touchant de naïveté. Idiot. Mais il ne se sent plus la force de tirer sur l'ambulance; pas aujourd'hui. Et voilà que l'infirmière revient vers eux – l'assassinant du regard au passage. Aucun doute que si elle avait pu directement le déclarer mort et le foutre à la morgue pour faire de la place, elle l'aurait fait. En revanche, vu comment elle couve sa Némésis du regard... Le pauvre -vient-il vraiment de le plaindre?- resterait sans aucun doute enfermé en ces murs pour un moment encore.

Bien fait pour lui. La prochaine fois, il y réfléchirait à deux fois avant de devenir amnésique.

… Voilà qu'il délirait. Crackity lui administrerait-elle quelques substances illégales ? Elle en serait bien capable, de jouer sur les effets secondaires de certaines potions pour « avoir la paix ». Tsk.

« - … Juste... Laisse tomber en fait. »

Il préfère lui tourner le dos, silencieusement. C'était mieux comme ça. Mais il oubliait à qui il avait affaire; à un emmerdeur en puissance.

« - Hey, tu dors ?

- Lestrannnnges. C'est bien comme ça que tu t'appelles d'ailleurs ?

- …. Hey.

- Youhou !

- Allez, réponds ! »

Il lui foutrait bien son poing dans sa gueule, tiens – mais non, il n'y céderait pas, à cette impulsion. L'infirmière avait toujours tendance à traîner dans les parages. Cette fois, il ne s'y ferait pas prendre.

« - … Non mais moi je pense que ça vaudrait mieux que nous ré-apprenions à nous connaître. Tu vois ? Ce serait dommage de gâcher notre belle amitié pour une broutille : quoi que, j'ai quand même faillit y passer. Mais nos liens sont plus forts que ça, non ? »

… A la réflexion, un petit sort de silence ne ferait de mal à personne. Mais Jones devait sûrement s'être fait une joie de lui retirer sa baguette. Tant pis. Il survivrait.

« - Amis ? »

… Ou pas.

. P & V .

Les qualités d'un serpentard étaient loin de résider dans la bravoure et le courage; c'est un fait. Un serpent ne s'amusait pas à défendre une cause perdue. Et celle de Rowle l'était depuis longtemps... Alors il avait fuit ses babillages incessants. Il pourrait toujours se foutre de sa gueule avec ça une fois que sa Némésis aurait recouvré sa mémoire; mais pour le moment, il préférait encore se barrer. Il pouvait se targuer d'être plutôt patient... Et comme souvent, ce foutu serdaigle finissait par briser lentement mais sûrement toutes ses barrières de self-control. Bon – son flanc le lançait encore douloureusement, mais il avait connu pire. Chez les Lestranges, on ne s'embarrassait pas de prévention inutiles avant de sévir.

Dans sa fuite éperdue, il avait trouvé le temps de récupérer sa baguette. Rowle avait essayé de le suivre. Il l'avait stupéfixé, pour la forme. Voilà qui le dissuaderait de venir les lui briser pour quelques temps. Un problème en moins.

D'un pas lent, il rejoint les cachots. Le prochain match de quidditch n'était plus que dans deux jours. D'ici là, il devait à tout prix trouver un moyen d'écarter Diggory. Sa démarche est laborieuse, mais ses réflexions, elles, s'enchaînent. Il pourrait toujours utiliser sa gentillesse et son altruisme contre lui; il serait facile de le tromper. Juste qu'il tombe malade, l'histoire de quelques jours. Quelque chose d'indétectable... Il devait bien posséder quelques produits du genre dans sa malle.

Sans se soucier de tous les groupes d'étudiants se dirigeant vers la Grande Salle pour le repas du soir -avait-il vraiment passé toute la journée à l'infirmerie?-, il passe son chemin, jusqu'à enfin se présenter devant le petit bout de mur dissimulant la salle commune des serpentards.

« - Impardonnable. »

Rabastan monte tranquillement les escaliers menant à son dortoir, se récitant déjà mentalement toute la liste de sorts de verrouillage à annuler; ici, on avait tendance à prendre particulièrement soin de ses affaires. S'il pouvait laisser traîner un vulgaire plan de tricherie, ses biens les plus précieux ne quittaient jamais sa malle.

Quelques coups de baguette et incantations plus tard, il accède enfin à tous ses trésors... Acquis de manière plus ou moins légale. Sa valise étant à multiples compartiments, il se saisit directement d'un petit bout de parchemin ensorcelé pour répertorier l'intégralité de son contenu. Quelques poisons, deux trois artéfacts de magie noire, des dizaines de grimoires... Ah. Il trouverait peut-être son bonheur dans ce bouquin-là. Vingt façons de mettre son ennemi hors d'état de nuire en toute impunité – de Trévor Marckley. Un des seuls sang-mêlés, à avoir son estime, soit-dit en passant. Ses écrits relevaient du génie ! Se saisissant précautionneusement du grimoire, il verrouille à nouveau sa boîte de Pandore personnelle à l'aide de quelques sorts complexes et la repousse d'un coup de pied sous son lit. Bien. Il avait deux jours pour éplucher cette édition rare et recherchée -mais surtout longue. Et pour en trouver un sort ou une potion qui ferait l'affaire.

Pas gagné.

« - Tiens Lestranges, justement je te cherchait !

- Quoi encore ?, répond le concerné sur un ton passablement ennuyé. Ils se liguaient pour le faire chier.

- Pour le match... Dolohov adopte un air à la fois conspirateur et moqueur. Que fait-on ? Je te rappelle que tu es censé nous mener à la victoire, Rabastan.

- Ouais ouais... L'est dans ma chambre. Ce soir, entraînement. Cela te suffit, Anthonin ? »

Dolohov n'attend qu'un faux pas de sa part pour aller danser sur sa tombe. Ne lui reste plus qu'à remonter pour retourner chercher son plan... Où l'avait-il mit, déjà ? Sûrement dans le tas de paperasse sur son lit. Oui. Ou en-dessous... Peut-être sur le côté ? Dans l'armoire. Dans sa malle. Dans la poche de sa robe... De son jean.

Merde.

Bon. Rabastan avait heureusement prit la précaution de lancer un sort de traçage sur son parchemin. Pointe Plan de Rabastan Lestranges. Il espérait juste que sa dernière machination reposait simplement sous un meuble. Ou dans un couloir, abandonné... Peine perdue. Sa baguette semble savoir ce qu'elle faisait, en le conduisant devant le portrait de la Grosse Dame. Enfer et Damnation. Pourquoi lui ?

Ses yeux passent rapidement de la baguette du cadet Lestranges à l'épais grimoire qu'il tient sous le coude. Il ne lui faut pas plus pour comprendre. Pour une fois que ces stupides gryffons faisaient preuve de perspicacité, tiens.

« - On cherche quelque chose, Lestranges ? »

Il aura fallut que le sort choisisse Sirius Black, l'amoureux des moldus par excellence, le traître, le fugueur, le parjure. Aucun doute qu'il se ferait une joie d'aller le dénoncer pour ce sale bouquin; qui n'était d'ailleurs même pas à lui. Bellatrix l'entendrait, tiens. Il pouvait tout simplement jouer au délateur, comme il savait si bien faire. Mais ce petit bout jauni entre les pages du grimoire le dissuade de mettre en marche son idée. Comment, par Salazar, son plan avait-il atterrit ici ?


Oh oh oh. Il a vraiment une vie de merde Rabastan... Le pauvre. \ô

Prochain épisode: Fallait bien qu'il se démerde pour reprendre ce foutu grimoire. Mettre Diggory hors-course, rassembler Black et Rowle; en prendre un pour taper sur l'autre.

Scalandre, le moustique de vos nuits. ~