Auteur : Hermi-kô

Traductrice : Hermi-kô


L'écharpe


Mamori Anezaki était bonne pour planifier. Elle savait en avance que Sena oublierait son bento, que Monta égratignerait son genou et qu'Hiruma aurait besoin de munitions avant la fin de la première période. Elle était la mère poule, planifier tout pour plaire aux différents membres de l'équipe : Musashi avait besoin d'une coupe de cheveux ? Eh bien, Mamori pouvait en demander une au coiffeur et Hiruma réglerait la note. Kurita avait besoin d'un autre assortiment de choux à la crème ? Elle testerait avec joie les pâtisseries tandis qu'Hiruma s'occupera de l'achat. Si elle n'était pas le cerveau derrière chacune des ficelles, elle était tout de même celle qui s'occupait des blessés après leur pacte avec le diable en sortant son kit de premier secours.

Bien que sa vie soit planifiée du soir au matin avec l'école, le football américain et ses sorties entre amies, il y avait toujours une énigme ou deux qui apparaissaient dans sa vie de temps à autre. La plus troublante et bienvenue était survenue durant Noël dernier et elle se souvenait toujours de l'évènement avec un sourire absent.


L'autre jour en Novembre, elle vit que la plupart de ses camarades au club portaient des gants de laine, des bonnets et de chaudes écharpes. Tous mais un en fait : Le démon blond. Il était en uniforme tous les soirs, allant et venant sans le moindre gramme de vêtement supplémentaire pour repousser les températures glaciales. Mamori elle-même portait une écharpe autour du cou et voyait la négligence d'Hiruma comme une mauvaise habitude. Elle devait s'occuper de lui comme personne ne le ferait –ou même n'oserait.

Voyant Noël comme un moyen de complaire aux besoins urgents pour l'année à venir des uns et des autres, Mamori décida de faire une écharpe pour Hiruma. Elle devait se décider sur un coloris et avait de toute façon seulement le temps de s'y pencher la nuit. Elle ne parla pas de son projet à ses amies ou à sa famille, craignant qu'elle ne reçoive des regards désapprobateurs et des réprimandes d'eux alors qu'elle était décidée et que rien ne pourrait la faire échouer. Elle en était toujours aux préparatifs lorsqu'un soir tard elle s'éveilla d'une sieste rapide sur ses notes pour trouver devant ses yeux ensommeillés une pelote de laine rouge et blanche.

Surprise, elle se frotta les yeux et vérifia que la pelote était toujours là. Elle l'étudia un moment, se demandant qui était venu la déposer là. Elle se rappela avoir demandé à sa mère où trouver du fil et ce genre de choses mais sa gentille maman n'oserait jamais s'aventurer dans cette cour de diableries et de virilité. Mamori haussa les épaules et mit la pelote dans son sac. Sur le chemin du retour, elle fit un détour par le combini pour acheter une paire d'aiguilles à tricoter et un livre intitulé : « Tricoter pour les nuls »*.

Elle passa la moitié de la nuit à essayer de démarrer car c'était un tout nouveau monde qui s'ouvrait à elle. Mais à l'aube elle avait fini la première rangée et s'était entraînée aux points les plus basiques. Heureusement, puisqu'on était samedi, elle put dormir avant l'entrainement de l'équipe –il y avait bien une course d'échauffement à 5h mais elle avait le droit de la louper pour une raison inconnue. Quand elle se réveilla, la vision de son écharpe à peine débutée, qui ne ressemblait nullement à une écharpe par ailleurs, lui donna une brusque bouffée d'énergie et elle fit trois rangées supplémentaires avant de quitter la maison.


Mamori était très lente pour tricoter mais elle s'y faisait jour après jour, s'entraînant jusqu'aux premières lueurs du jour et s'endormant les aiguilles à la main et le sourire aux lèvres. Elle ne donna aucune raison quant à sa fatigue qui empirait et fut ravie de voir qu'Hiruma poussait l'équipe au maximum de temps à autre, gardant les joueurs et leurs inquiétudes loin d'elle. Elle n'apporta jamais son écharpe inachevée au club mais y pensa souvent alors qu'elle faisait des choses pour le capitaine démoniaque. Son travail était toujours impeccable et personne n'aurait cru qu'elle s'adonnait au tricot dans son temps libre alors qu'elle n'avait toujours eu que des F en classes d'art plastique depuis la maternelle.

Elle ne pouvait pas finir l'écharpe avec la pelote de laine qu'elle avait reçue le mois précédent. Mais à chaque fois qu'elle était sur le point d'en avoir besoin d'une autre, elle la trouvait dans la salle du club, toujours dans les endroits les plus inattendus : Au-dessus du distributeur à savon dans la salle de douches, dans un boite vide (mais propre) de grains de café, en haut d'une pile de serviettes, ou même dans son propre sac niché entre ses bouquins de classe. Hiruma n'haussait jamais un sourcil à ses découvertes lorsqu'il était là sur son ordinateur. Elle essaya bien de mener son enquête mais elle n'arrivait pas à prendre le coupable la main dans le sac. Suzuna avait été suspectée mais comme elle faisait toujours en sorte que son emploi du temps s'accorde avec celui de Sena, et elle n'était jamais toute seule au club pour le faire. Mamori haussa les épaules à cette constatation et décida de ne plus se poser de question, même lorsqu'elle tendant la main pour prendre le dernier chou à la crème elle trouva la pelote qu'il lui manquait.


Trois jours avant Noël l'écharpe était finie. Elle était toute rouge d'un côté et toute blanche de l'autre, avec le kanji pour Hiruma crocheté avec grande difficulté à chaque bout. Elle était si contente qu'elle dansa dans sa chambre avec l'écharpe sur l'épaule, inconsciente que sa mère, ayant entendu le brouhaha, s'en soit allée chez les Kobayakawa car croyant que c'était pour Sena comme d'habitude. Mamori regarda l'heure et réalisa qu'elle n'avait pas le temps de l'emballer, aussi partit-elle en trombe pour Deimon et oubliant sa propre écharpe au passage.

Lorsqu'elle arriva au lycée, elle avait caché l'écharpe dans son sac et elle entreprit de faire son travail de manager tandis que tout le monde parlait avec animation du match à venir. Elle n'arrêta pas de jeter des coups d'œil à Hiruma, qui était sur son ordi, inconscient de son cadeau ou du moins c'était ce qu'il semblait. Quand Suzuna lui proposa de venir à une fête de Noël avec ses camarades de classe une fois l'entrainement fini, Mamori déclina l'invitation avec le sourire. Les garçons essayèrent de savoir quels étaient ses plans pour la soirée, surtout Monta, mais elle ne donna que des réponses évasives et ils comprirent bien vite qu'elle souhaitait être seule.

Aussi s'éloignèrent-ils dans la nuit en traînant un receveur perplexe par son short, Sena regardant pendant ce temps sa Mamo-nee san avec un sourire timide. C'était la tradition pour elle de cuisiner une partie du repas de Noël avec Kobayakawa-san, aussi interpella-t-elle le running-back alors qu'il s'en allait : « J'irai voir ta maman plus tard, rentre bien ! » Enfin seule avec Hiruma, elle sauta sur ses pieds et fit style d'aller faire du café alors qu'en fait elle allait discrètement récupérer l'écharpe dans son sac. La portant à bout de bras, elle s'approcha d'Hiruma sur la pointe des pieds. Elle était sur le point de la lui mettre autour du cou lorsqu'il se tourna et attrapa Mamori par les poignets. Etant si près de lui, la manager pouvait bien voir ses traits démoniaques alors que son sourire s'élargissait.

« Qu'est-ce que tu comptais faire, putain d'manager ? »

« Euh… »

Elle s'arrêta de parler lorsqu'Hiruma la fit s'asseoir sur ses genoux et, tout en lui tenant les poignets d'une main, lui mit l'écharpe autour du cou.

« Tu es bien plus chaude qu'une fichue écharpe, Anezaki. »

Mamori, rouge pivoine, se débattit pour se libérer mais n'y parvint pas.

« C'est à toi ! » S'écria Mamori, embarrassée d'avoir l'écharpe autour du cou comme un collier de chien.

« Tu as foutument raison : mon écharpe, ma manager. »


Note : Je sais, c'est d'un cliché, la fille amoureuse qui fait une écharpe. Mais comme ça vient d'un bon sentiment, je me suis dit qu'il fallait que j'écrive le périple de Mamori et comment dire… c'est en quelque sorte un autre aboutissement à ma fic « Les Chaussettes de Noël » et j'ai d'ailleurs eu l'idée en même temps. Si jamais quelqu'un sait tricoter, je vous en supplie, faites cet écharpe et vendez-la moi ‼ A part ça, j'ai écrit cet OS pour le dixième jour du Calendrier de l'Avent 2012 de la communauté HirumaxMamori sur DeviantArt et ma bêta-lectrice dans la langue de Shakespeare en a été la géniale Honey-Bee89. Bonne lecture !

*Hermi-kô***