Les gouttes de pluie ruisselaient sur le pare-brise alors que j'étais arrêtée à un feu rouge, regardant devant moi de l'air le plus désespéré du monde. Cela ferait bientôt dix heures que je roulais pour me rendre dans cette ville où il ne faisait que pleuvoir tout au long de la journée. J'avais roulé depuis le Kentucky et arrivais enfin à Boston, dans le Massachussetts. Je m'arrêtai sur le parking d'un des motels de la ville et sortis de sa voiture. J'entrai à la réception et demandai une chambre.
- Vous n'avez pas l'air en très grande forme, ma jolie, dit le réceptionniste face à mon regard déprimé.
- J'ai demandé une chambre, pas une consultation d'un réceptionniste-psychologue, rétorquai-je en tendant la main pour qu'il me donne la clef de la chambre.
Il se contenta de lever les yeux au ciel et me remit la clef sans un commentaire de plus.
- Merci… soupirai-je d'un ton exaspéré en sortant de la réception.
Je repassai à ma voiture pour prendre mon sac ainsi que mon revolver dans le coffre. Une fois dans la chambre, je jetai son sac sur son lit, gardant en main mon ordinateur que j'ouvris en m'affalant sur un fauteuil. Je relus attentivement les différents articles concernant l'affaire sur laquelle je comptais travailler. Un meurtre, deux disparitions… Tout ça dans le même immeuble, et sans aucune trace… Sauf sur le corps de la victime, bien sûr, qui avait été violemment lacéré à coups de griffes.
« Un loup-garou peut-être ? » avais-je d'abord pensé. C'était peu probable, puisque la victime était apparemment morte à cause d'une trop grande perte de sang, chose qui ne se serait certainement pas produite avec un loup-garou. Mais alors, quelle créature s'en était prise à ces personnes ?
Je refermai mon ordinateur et le laissai sur la table basse devant moi. Je sortis mon tailleur de mon sac (autrement-dit la seule chose correctement repassée et pliée dans toutes mes affaires) et le déposai soigneusement sur le dossier du fauteuil, histoire de paraître crédible le lendemain lorsque je me présenterais à la morgue en présentant une fausse plaque du FBI. C'était ça, ma plus grande hantise, me retrouver au poste pour avoir montré une fausse plaque. Ca n'était encore jamais arrivé, enfin, pas depuis que je travaillais seule, du moins.
Je soupirai et allumai la télévision en m'asseyant sur le lit. C'était une de ces émissions assez fréquentes sur le surnaturel, le genre de chose qui ne racontait qu'à moitié la vérité. Je me déshabillai, mis mon vieux T-shirt pour dormir, et me glissai dans mon lit. Je ne réussis à supporter l'émission que pendant cinq grosses minutes, puis j'éteignis la télévision d'un air exaspéré en lançant la télécommande sur le fauteuil le plus proche.
Je tournai la tête vers la table de chevet où était posé mon téléphone après quelques minutes dans le silence. « Ca fait dix ans que je suis obligée d'écouter cette chanson pour m'endormir… Je n'en sortirai jamais… » pensai-je. Cependant, je me résolus à appuyer sur Play et à l'écouter en m'endormant.
- Bonjour, agent Parker du FBI. Je viens pour voir le corps du dénommé Richard Patherson.
La secrétaire du service mortuaire de l'hôpital soupira et se mit à marmonner :
- Le docteur Benson va vous recevoir, si vous voulez bien l'attendre un petit moment.
Sur ce, elle désigna une chaise un peu plus loin tandis que je lançais :
- Merci, mais je préfère rester debout, dis-je avec un sourire exagéré.
Je m'éloignai vers le coin pour attendre en montrant bien à la secrétaire que je n'avais pas l'intention de m'asseoir. Je ne supportais pas les personnes qui se forçaient à donner une information, comme venait de le faire la fille du secrétariat.
C'est alors qu'un homme plutôt trapu et dans la force de l'âge s'avança dans le couloir, un dossier à la main, en s'exclamant à ma vue :
- Agent Parker, c'est ça ? On m'a prévenu que vous veniez d'arriver. Puis-je voir votre plaque ? demanda-t-il en s'arrêtant devant moi.
Je sortis ma fausse plaque de la poche de mon tailleur, non sans une légère appréhension à l'idée que le médecin se rende compte que c'était une fausse. Heureusement, ce dernier fit un grand sourire et s'élança dans la morgue en m'invitant à le suivre.
- Alors… commençai-je, légèrement perturbée par cette histoire de plaque avant de reprendre ses esprits, c'est vous qui avez pratiqué l'autopsie sur le corps de Richard Patherson, c'est bien ça ?
- Oui, en effet, c'est bien moi, répondit le docteur, qui avait repris son sérieux.
- J'ai lu dans le rapport de police qu'il avait été… lacéré à coups de griffes et qu'il s'était ensuite vidé de son sang ?
- Tout à fait juste, mademoiselle, fit-il en ouvrant le tiroir où reposait le corps. Le seul problème, c'est que je n'arrive pas à identifier la chose capable d'avoir fait ça à ce brave monsieur, voyez-vous.
- La chose ? Qu'est-ce que vous voulez dire, que ce n'était pas un animal sauvage, comme l'ont supposé les policiers ?
- Est-ce que vous pensez vraiment qu'un animal sauvage aurait été capable de sauter sur le balcon d'un appartement situé au deuxième étage d'un immeuble pour ensuite infliger ça à M. Patherson ? rétorqua le médecin en enlevant le drap qui recouvrait le corps.
Le pauvre M. Patherson avait en effet été bien griffé, et bien profondément, en plus de ça, car ses plaies avaient été recousues mais on pouvait voir qu'elles étaient importantes.
- Non, en effet, répondis-je, je ne pense pas qu'un animal sauvage se serait amusé à le faire. Mais d'après les blessures, remarquai-je en me penchant un peu plus vers le corps, celui qui a fait ça ne peut pas être humain…
Le visage du médecin légiste s'illumina face à mon observation.
- C'est exact, tout à fait exact ! s'exclama-t-il avec un grand sourire. Et en voici la preuve, la preuve que l'assassin est une créature mi-homme, mi-animal !
Sur ce, il attrapa un sachet à côté du cadavre et le dégaina devant mon nez. Je ne pus m'empêcher de loucher en observant ce qu'il contenait. C'était une griffe, de la même couleur que les ongles humains, mais qui mesurait une bonne dizaine de centimètres.
- Et vous avez trouvé ça… ? commençai-je.
- Dans une des plaies de ce garçon ! termina le médecin, tout excité. Je pense que nous avons affaire à un nouveau genre de spécimen, quelque chose encore inconnu de la science, une sorte d'hybride entre les humains et l'espèce animale…
- …Je pense que vous vous emballez un peu trop, le coupai-je.
Il ne réagit pas pendant quelques instants puis réalisa :
- Mais vous êtes du FBI, vous devez être au courant de tout ça, n'est-ce pas ? fit-il avec un sourire de gamin.
Je secouai la tête et m'excusai :
- Je pense que vous avez trop d'imagination docteur. Très bien, merci pour vos informations qui seront très utiles à l'enquête.
- Vous ne pouvez pas en parler, je comprends, répliqua-t-il en hochant doucement la tête. Merci de m'avoir écouté Mademoiselle.
Je tentai de cacher mon air étonné mais esquissai quand même un léger sourire en regardant le médecin. Je quittai la morgue, lui serrai la main et lançai avant de sortir du bâtiment un faux-sourire à la secrétaire.
Une chose était sure à présent, j'allais rester un petit moment à Boston.
