Le médecin légiste avait eu à la fois tord et raison, certes, la chose qui s'en était prise à Monsieur Patherson était une créature surnaturelle, l'hypothèse qu'elle soit mi-humaine, mi-animale restait à confirmer. Je décidai donc de me rendre sur les lieux du meurtre pour essayer de trouver de nouveaux indices. Après m'être perdue dans le centre-ville pendant presque une demi-heure, j'arrivai enfin devant l'immeuble concerné. C'était donc ici qu'avait eu lieu les deux enlèvements et le meurtre. D'après ce que j'avais pu lire dans la presse, les deux personnes enlevées étaient le fils de Patherson ainsi que leur voisin d'à côté. Coïncidence ? Je n'en avais pas l'impression. Je me garai, coupai le contact et me mis à attendre qu'un des résidents s'approche de l'entrée pour m'ouvrir la porte. Cependant, n'ayant jamais été d'une nature très patiente, je ne pus tenir plus de cinq minutes assise au volant et sortis donc de la voiture en marchant à grands pas vers l'entrée de l'immeuble. J'aurais pu essayer de rentrer par la fenêtre, comme je le faisais avant, mais je n'avais jamais aimé ça et en plus, je portais une jupe, ce qui n'était pas très pratique pour escalader jusqu'au deuxième étage. Je regardai autour de moi, vérifiai qu'il n'y avait personne, puis sortis une pince à chignon de mes cheveux dans l'espoir qu'elle parvienne à décrocheter la serrure. Malheureusement, ça ne marchait pas aussi bien que je l'avais imaginé.

- Vous avez un souci, Mademoiselle… ? demanda quelqu'un derrière moi.

Je me relevai et pris un air gêné (alors que je ne l'étais pas du tout).

- J'ai perdu mes clefs, mentis-je.

L'homme haussa légèrement les sourcils et se contenta d'ouvrir en me tenant la porte. J'entrai à mon tour, remerciant le Ciel car il ne s'était pas rendu compte qu'il ne me connaissait même pas. C'est alors qu'il se retourna et me toisa d'un air suspicieux.

- Vous habitez bien ici, au moins ? demanda-t-il.

Sa question laissa passer un léger frisson à travers mon corps, mais je réussis à répondre d'un ton plutôt crédible :

- Evidemment, pour qui me prenez-vous ?

Il haussa les épaules et entra dans l'ascenseur sans poser plus de questions.

« Bon, je crois que je vais prendre les escaliers alors… » pensai-je.

Pour les besoins de l'enquête, la porte d'entrée de l'appartement n'était heureusement pas verrouillée. Je passai sous la bande de sécurité mise par les policiers et entrai dans l'appartement. A première vue, rien n'avait été bougé dans l'appartement depuis l'attaque. Tout avait été renversé et il restait de nombreuses tâches de sang, non seulement sur le sol, mais aussi sur les murs. J'avançai jusqu'à la porte fenêtre qui donnait sur le balcon, me postant devant l'endroit où le corps de Patherson avait été retrouvé. Je m'accroupis et examinai le sol. La moquette avait été sacrément ravagée par l'attaque. Je distinguai de multiples tâches de sang et des traces de griffes, ce qui confirmait que la griffe retrouvée sur le cadavre avait appartenu à la chose qui l'avait agressé. Peut-être que Patherson avait un ennemi pas vraiment humain qui avait eu une soudaine envie de se venger, mais dans ce cas, pourquoi aurait-il enlevé son fils et son voisin ? Je ne pus m'empêcher de froncer les sourcils avant d'aller fouiller dans la chambre du père. On aurait dit que tout été disposé comme si ça avait été une chambre d'hôtel. Rien ne dépassait ni ne personnalisait la chambre, ce qui signifiait que je n'avais pas le moindre indice pour le moment. Il n'y avait aucune trace de sang ni de passage de la créature, les volets étaient restés ouverts et le lit n'avait pas été défait. M. Patherson n'était donc pas couché lorsque la créature était entrée, puisque l'agression s'était produite peu avant minuit. C'était le seul élément ''intéressant'' que je pouvais tirer en visitant cette chambre. Levant les yeux au ciel, j'en sortis et entrai dans celle du fils. C'était une chambre typique d'adolescent. Ici, les volets étaient fermés et les draps n'étaient pas en place. En m'approchant un peu plus, je remarquai qu'ils avaient été tirés du lit, comme si l'on s'était accroché à eux. Le fils de Patherson devait certainement être en train de dormir lorsque la créature s'est aventurée dans sa chambre pour l'enlever, l'adolescent s'était alors réveillé et avait tenté de résister en attrapant ses couvertures. J'étais debout au milieu de la pièce depuis un moment, perdue dans mes pensées, rejouant chaque détail dans ma tête en imaginant la scène, lorsqu'un bruit me sortit de ma rêverie. Je me figeai sur place, attentive à chaque son. Je distinguai de légers frottements sur la moquette, dans la pièce à côté de la chambre, le salon. A coup sûr, quelqu'un ou quelque chose s'était introduit dans l'appartement. Ca ne pouvait pas être pour l'enquête, car ce quelqu'un était seul. Lentement, j'attrapai mon arme que je gardais toujours glissée dans ma botte et retournai vers la porte de la chambre qui était entrouverte. Au moins, je ne finirais pas en prison pour violation de domicile, c'était déjà ça, mais si la créature était revenue, j'étais dans de beaux draps…

Je respirai profondément et ouvrai d'un geste très lent la porte, juste assez pour que je puisse me glisser hors de la chambre. Malheureusement pour moi, elle ne fut pas aussi discrète qu'elle aurait du l'être et s'ouvrit dans un grincement aigu. Je grimaçai et sortis le plus furtivement possible, au cas-où la chose aurait envie de faire une petite promenade dans mon coin. Mon arme à la main, pointée devant moi, je reculai à pas lents dans le couloir de l'appartement, face au salon et donc à la chambre du père. L'intrus était certainement toujours dans la pièce principale et, s'il surgissait dans le couloir, il serait face à moi, c'était l'avantage. Cependant, si je m'étais trompée et qu'il était dans la chambre ou la salle de bain, derrière moi, j'étais morte. Je m'apprêtais à entrer dans la chambre de Patherson lorsque je rencontrai quelque chose. Instantanément, je me retournai, reculai d'un pas, pointai mon arme devant moi et fixai ce qui était entré en collision avec mon dos avec des yeux écarquillés. C'était lui. Il se tenait devant moi, exactement dans la même position, son arme pointée sur ma poitrine, ses yeux rivés sur moi. J'eus une sorte de soupir ou de rire, je ne sais moi-même ce que c'était. Etait-ce un soulagement ou une sorte de malédiction de tomber sur lui ? Il fut le premier de nous deux à abaisser son arme, et je fis de même quelques secondes plus tard. Un léger sourire naquit sur mes lèvres.

- Hé, tout va bien ? dit une voix que je connaissais depuis le fond du couloir.

Il hocha la tête sans détourner son regard du mien. Je fis un pas vers lui et murmurai :

- Dean, ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas vu…