Updated 31/07/2013: Plusieurs changements dans le texte et la syntaxe. Merci à tous pour votre patience.
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Chapitre 2: Évasion

Thalion de Forlindon succomba à ses blessures plus tard dans la nuit, quelques heures à peine avant l'aube. En un ultime souffle, son âme s'envola doucement vers le ciel. Astaldo, soupirant de chagrin, porta sa main aux yeux de Thalion et les referma. Pour Eänwen, elle se leva et alla lui baiser le front, tel le la tradition d'Haradwaith. Pendant de longues minutes, qui parurent une éternité pour la jeune femme et son frère, ils pleurèrent. Enlacés dans les bras de l'un et l'autre, rien ne sembla atténuer leur chagrin. Une pierre s'enfonça dans le creux de leur torse, s'enlisant dans les profondeurs de leur âme. Thalion était partit et sa voix résonnait encore dans leurs têtes, et son visage était gravé dans leurs âmes, et son nom dans leurs cœurs. Ses dernières paroles étaient écrits dans leurs esprits, et rien n'allaient les empêcher de les réaliser. Astaldo prit la parole le premier.

« Nous devons partir sur-le-champ, décida-t-il, avant l'aube pour que personne ne nous voie.

- Et comment tu voudrais faire ça? Rien n'est encore planifié et tu voudrais partir maintenant?

- Va chercher la carte, tu vas voir. »

Elle se leva, se rendit jusqu'aux effets personnels de son père et en sortit un livre. Elle le feuilleta rapidement et s'arrêta à une carte. Ils la regardèrent quelques instants.

« Ça ne parait pas très très compliqué vu comme ça. Nous pourrions simplement prendre la route de Harad et la longer jusqu'à Edoras. Ça devrait nous prendre tout au plus trois ou quatres semaines à cheval.

- Ce que tu peux être idiot des fois », s'exaspéra Eänwen les yeux au ciel.

Elle ramena la carte vers elle.

« Nous, nous sommes ici, pointa-t-elle au sud de la carte. On ne peut voyager à travers tout le désert d'Haradwaith à cheval, ce serait du suicide. La route est dangereuse et comme nous voulons passer inaperçus, nous devons utiliser les routes le moins possible. Et même si nous réussissions, on ne pourrait pas passer inaperçue à la frontière du Mordor et du Gondor. D'après les notes de Père, la plaine qui sépare Minas Tirith et Minas Morgul est sous constante surveillance, alors adios l'incognito.

- Mais pourrions-nous pas prendre refuge à Minas Tirith? C'est une forteresse du … bon côté n'est-ce pas? »

Eänwen fut catégorique sur ce point.

« Minas Tirith est corrompue. Il y a de cela des années, la lignée de rois s'est éteinte et les Intendants du Gondor ont pris en charge le gouvernement du royaume, expliqua-t-elle. D'année en année, cette forteresse est tombée en décrépitude. Au moment où on se parle, c'est Denethor fils d'Ecthelion qui gouverne la cité. D'après ce qu'on dit, il est fier et trop sûr de lui et cela l'aurait mené dans de sombres desseins et est finalement sombré dans le désespoir. Il n'a plus confiance en personne, même envers les gens de sa famille et de sa propre race, tels les Hommes du Rohan avec qui il n'est plus en bon terme depuis quelques années. Alors si on a le malheur d'arriver devant sa porte et de demander auspice, nous qui venons de l'extrême Sud et avec nos oreilles pointues, je ne crois pas que cela va améliorer son humeur. »

Astaldo, les yeux gros comme deux œufs, l'a regarda d'un air admiratif.

« Et, comment sais-tu tout cela?

- Pendant que Monsieur se battait à l'extérieur pendant toutes ces années, sourit-elle, belliqueuse, je me suis renseignée sur l'histoire de la Terre du Milieu par Père et ses notes de voyages.

- Bon alors on oublie Minas Tirith… dit-il pour revenir à la conversation. Il ne nous reste pas grand choix. T'as une idée?

- Contourner le Mordor serait du suicide aussi et nous ralentirait encore plus. De toute manière, je ne crois pas que quelqu'un se soit assez fou pour contourner le Mordor par l'Est…

- Effectivement.

- Alors si nous ne pouvons pas prendre la route de l'Est, prenons celle de l'Ouest.

- L'Ouest? S'enquit Astaldo. Par la mer tu veux dire?

- Nous n'avons pas vraiment le choix, confirma Eänwen. Il nous faudrait couper à travers la baie de Belfalas et accoster sur les rives du Gondor.»

Il eut un moment de silence inconfortable.

« C'est ça ton plan? Demanda Astaldo.

- Oui, répondit la jeune femme, sentant le malaise s'installer.

- Mais c'est de la pure folie! S'injuria-t-il.

- Nous n'avons pas le choix Astaldo! C'est notre seule issue.

- Traverser la Baie de Belfalas?! Au nombre que nous sommes, nous ne pouvons prétendre savoir comment faire naviguer un bateau de la flotte!

- Encore une fois, nous n'avons pas le choix! Insista Eänwen en montant le ton.

- Nous ne sommes pas des matelots Eänwen, mais de simples soldats! Nous savons nous battre sur terre; dompter le vent et les vagues sont des capacitiés que nous ne pouvons nous venter de posséder.

- C'est juste un peu moins suicidaire que de traverser le désert et cogner à la porte de Denethor à Minas Tirith, contra la jeune femme. Je suis certaine que nous pouvons y arriver.

- Peut-être pour naviguer, accorda son frère. Mais se défendre en mer, c'est une autre histoire.

- Nous avons juste pas à nous faire intercepter par un navire du Gondor ou elfique.

- Et que faire si on rencontre des pirates d'Umbar? Et les Corsaires?!

- Ils sont supposes être nos alliers, non?

- Ils vont se poser des questions…

- Nous dirons simplement que nous sommes en mission pour le roi, simplifia Eänwen.

- Plus facile à dire qu'à faire! Dit-il en roulant les yeux.

- Non mais fait juste imaginer, tenta Eänwen. Nous avons besoin de quoi, près de cinq jours pour traverser la baie de Belfalas?

- Oui.

- Restons en dehors des courants utilisés pour le commerce, loin de la côte où personne ne pourra pas nous voir, même avec une longue-vue. Cinq jours, c'est assez pour ammarer au Gondor.»

Astaldo garda le silence, son regard perdu dans le vide. Il ramena ses deux mains sur son visage, enclin à une grande réflexion.

« Avec un petit navire, continua Eänwen, juste assez grand pour accueillir les hommes de Père et nous-mêmes, le voyage se ferait plus rapidement et le bateau serait plus facile à conduire.»

L'Haradrim ramena son regard vers sa jeune soeur, un éclat illuminant ses yeux. Eänwen sut alors qu'elle avait visé dans le mile.

« Comme le Windalah, poursuivit-elle sur sa lancée. Il serait parfait.

- Il pourrait faire l'affaire…»

Elle regarda attentivement son frère, tentant s'y déceler un quelconque indice.

« Alors, tu envisages peut-être que ma solution est moins suicidaire que les autres? Dit Eänwen, satisfaite.

- Notre mission est suicidaire de toute façon, lâcha-t-il en souriant. Alors, d'une manière ou d'une autre, on risque d'y perdre quelques plumes. Bon, allons-y à ta manière. Quel est ton plan?»

Le visage de la jeune femme s'illumina soudainement, un sourire se dessinant sur ses lèvres et des étincelles s'illimant dans le fond de ses pupilles.


« Mais à quel port? Demanda Eänwen.

- Je dois avouer que mes connaissances s'arrêtent ici en ce domaine, répondit Astaldo en passant une main dans ses cheveux.

- Toi-même tu disais que les Hommes du Gondor n'étaient pas très accueillants envers les étrangers.

- Alors, nous devrons accoster dans un endroit désert, c'est-à-dire le plus possible vers l'Ouest du Gondor et continuer la route à cheval.

- Et ensuite, dit-il en devinant l'idée de sa sœur, on dirait qu'il y a une embouchure entre la montagne de Ras Morthil et Ered Nimrais. Nous pourrions couper à travers, prendre l'Est, longer la montagne pour nous diriger vers la Trouée du Rohan et descendre plein cap Sud-est pour arriver à Edoras.»

Eänwen hésita. À l'aide d'une plume, elle traça le chemin à prendre. Traverser le Baie de de Belfalas ne sera pas une tâche facile à accomplir. La mer n'a jamais été très généreuse et ses eaux sont très agités en ce temps-ci de l'année.

« La mer ne sera pas facile, ajouta la jeune femme.

- Je sais, accorda son frère. Mais nous n'avons pas vraiment le choix.

- Combien de jours avais-tu dit pour arriver au Gondor? Demanda-t-elle.

- Quelques jours seront nécessaires pour compléter la traversée, répondit-il. Disons, cinq ou six jours en haute mer.

- Il faudra rester éloigner de la côte tu sais?»

Astaldo hocha la tête, pensif.

« On accostera à l'Ouest de la rivière Lefnui, décida-t-il, tout juste aux pieds des Druwaith Iaur, On les longera jusqu'à l'ouverture des Montagnes Blanches, puis on les suivra par le Nord.

- Il faudra trouver un endroit où traverser l'Adorn, fit-elle en inspectant la carte. Mais à partir de là, nous voyagerons de nuit.

- Pourquoi cela?

- Nous allons être plus près des régions habitées, comme l'Isengard ou le Westfold. Rester à découvert serait trop risqué.»

Astaldo lui donna raison.

« Ensuite, il nous restera à chevaucher jusqu'à Edoras, compléta-t-il.

- Que faire s'ils ne nous acceptent pas? S'inquiéta Eänwen, un doute planant dans son esprit.

- Nous poursuivrons notre chemin, passant de village en village jusqu'à tant que quelqu'un veule bien de nos services.

- Autre qu'Edoras, avons-nous d'autres possiblités?»

Son frère inspecta la carte de concert avec Eänwen.

« Peut-être les Elfes, proposa Astaldo. Mais prions les Valars pour que nous ayions pas à nous rendre jusque là. Le voyage serait trop long et fastidieux.

- Et seul les Valars savent ce qui pourraient nous attendre plus au Nord, dit-elle. L'Ennemi est peut-être plus avancé que nous le croyions. Le temps presse.

- C'est pour cela que nous devons faire vite », conclua-t-il.

La jeune femme s'attarda à son grand frère. Malgré ses traits durs et concentrés qu'il abordait à ce moment-là, Eänwen savait que quelques fois, il laissait transparaître un homme au cœur encore jeune. Physiquement, contrairement à son père qui avait toujours préféré les cheveux longs, Astaldo gardait ses cheveux noirs courts à la nuque. Il avait les yeux ténébreux de leur mère, traditionnels aux gens du Désert. Sa grandeur physique égalait sa grandeur d'âme, dépassant de deux têtes sa sœur cadette. Ce petit détail froissait particulièrement Eänwen, n'aimant pas que seul par la grandeur son frère avait un avantage sur elle durant les combats.

« Alors, comment comptes-tu partir? »Demanda Astaldo

Le regard de la jeune Elfe se voila, témoin de sa tristesse. Elle prit la main de son père entre ses doigts, les larmes lui venant encore aux yeux.

« Je ne veux pas le laisser ici, soupira-t-elle.

- Moi non plus, mais nous n'avons pas le choix, insista Astaldo. Souviens-toi que nous faisons cela selon les dernières volontés de Père; c'est ce qu'il veut que l'on fasse.

- Je ne sais pas si je vais avoir la force, couina-t-elle. Va falloir que tu m'aides, que tu m'épaules. »

Son grand frère soupira à son tour, et ramena le visage de sa sœur vers le sien. Il plongea ses yeux dans les siens; le seul endroit où il pouvait lire son âme.

« Je te fais le serment sur ma propre vie que jamais je te laisserai tomber, promit-il les yeux en larmes. Tu es ma sœur, la seule famille qui me reste en ce bas monde.»

Eänwen sourit, attendrie. Une dernière larme perla sur sa joue, jusqu'à temps que sa course fut arrêtée par Astaldo.

« Je sais que ça va être difficile, mais il ne faut plus pleurer, dit-il. La vie est trop courte; on ne sait jamais ce que les Valars peuvent nous réserver.

- Tu as raison.»

Il s'enlacèrent encore une fois, resistant aux larmes et à la peine qui dardèrent leur coeur. Ils se détachèrent après un instant.

« Nous pourrions partir bientôt, répondit-elle en jetant un coup d'œil dehors. Il doit rester trois heures avant l'aube. Nous avons le temps de réveiller discrètement les hommes de Père.

- Tous?

- Je me sentirais mal d'en laisser en arrière, confia-t-elle. De ne pas leur donner le choix de venir se battre pour la bonne cause, à la place d'être obligé de se battre pour Sauron…

- Eänwen, commença Astaldo, tu dois comprendre que même s'ils sont les hommes de Père, qui nous dit qu'ils seront vraiment loyaux envers nous? Thalion est mort et qui nous dit qu'ils voudront tous nous suivre dans cette quête presque suicidaire?

- Tu as raison, concéda-t-elle. Nous ne pouvons faire confiance à tout le monde. Crois-tu connaître assez ces hommes pour savoir en qui mettre notre confiance?

- Bien sûr, j'ai grandi avec eux.

- Alors, fait une sélection des dix soldats que tu considères les plus loyaux, forts, braves et assez courageux pour nous suivre dans ce périple.

- Bien.

- Il faut faire vite. Nous sommes les seuls à savoir que Père est décédé et à partir du matin, les soigneurs vont venir voir son état et nous devrons être loin à ce moment-là. Dès qu'ils vont voir que nous avons disparu avec un bateau et une dizaine de soldats, les commandants ne vont pas être très contents.

- Compris.

- Pendant ce temps, je vais aller préparer nos affaires. Ce ne sera pas une partie de plaisir. »

Sur ce, elle sortit, laissant son frère à sa sélection.


Le vent de la mer s'était levé depuis le début de la nuit, claquant au passage les portes de tissu des tentes. La Lune couchée depuis près d'une heure, elle laissait derrière elle les ténèbres et la noirceur. Rien ne pouvait éclairer les voyageurs égarés à présent, mais c'était parfait pour Eänwen et Astaldo pour amorcer leur plan d'évasion.

Le jeune homme, avec l'aide des dix soldats qu'il avait spécialement choisis, avait terminé d'embarquer les provisions et tout le matériel nécessaire au voyage.

Pendant ce temps, sa sœur était restée dans la tente de son père, priant au côté du corps pour que ce dernier repose en paix. Murmurant doucement, elle chantait une douce berceuse qu'il avait l'habitude de lui chanter quand elle était plus jeune.

Une larme roula sur sa joue. Sa respiration chancela, luttant contre la crise de larmes.

« Je vais être forte pour toi père, murmura-t-elle. Rien au monde ne pourra m'arrêter et m'empêcher d'atteindre mes buts, comme tu me l'as si bien montré. Repose en paix Thalion de Forlindon, que ton âme repose en paix. »

Elle redéposa un ultime baiser sur le front de son père, réalisant que ce serait la dernière fois qu'elle le verrait et se releva.

Astaldo fit éruption dans la tente juste à ce moment. Eänwen essuya rapidement la larme de sa joue droite.

« Nous sommes prêts à partir, murmura Astaldo. Les chevaux sont embarqués, ainsi que les provisions et les armes.

- Bien.

- Toi, est-ce que tu as tout ce qu'il te faut?

- Oui, dit-elle en pointant le sac en bandoulière qu'elle traînait sur son épaule. J'y ai mis le journal de voyage de Père, ses notes, une carte de la Terre du Milieu et une gourde d'eau. Le reste de mes effets personnels sont déjà sur le bateau.

- Parfait. Alors, on y va?

- Oui… murmura tristement Eänwen en lançant un dernier regard à son père. »

Astaldo l'a pris doucement par l'épaule et l'a traîna tranquillement vers la sortie.

Il faisait encore noir, mais on pouvait commencer à voir les premières lueurs du Soleil qui se levait à l'Est, par le désert.

« Nous devons faire vite, dit Astaldo. Le vent est dans la bonne direction, mais dans une heure, nous allons être visibles par la mer. »

Ils se dirigèrent d'un pas rapide vers le port. À l'extrémité de ce dernier, le Windalah les attendait, prêt à amarrer et à partir vers l'océan.

C'était un bateau classique du peuple des Haradrims : un navire fait en longueur, caractérisé par ses hautes voiles triangulaires tenues par trois mats. De chaque côté de l'embarcation, de longues rames de bois, servant aux hommes à trancher les vagues lors des temps moins venteux, étaient sagement rangées. D'habitude, de telles rames étaient utilisées durant les longs voyages à travers les mers inconnues qui longent la Terre du Milieu.

Cependant aujourd'hui, la température était de leur côté. Nul besoin des rames puisque la Baie de Belfalas n'était pas réputée pour son manque vent, mais pour ses dangereuses tempêtes. Mais, ce n'était pas le plus gros problème d'Eänwen et d'Astaldo; le problème étant de partir au plus vite sans se faire voir par les autres soldats. Cruels, ils n'auraient aucune pitié à canarder leur navire.

D'un pas rapide et léger, les deux Elfes parcoururent la totalité du port, laissant derrière eux et pour la dernière fois, leur pays d'enfance. Cela ne rendait pas pour le moins nostalgique Eänwen. Elle n'avait jamais apprécié le désert chaud et rigoureux. La jeune femme avait apprit à aimer, par les livres de son père, les arbres luxuriants de la Forêt Noire et la mer tranquille des Havres Gris.

Avant cette nuit où son père lui avait dévoilé ses origines, elle n'avait jamais su pourquoi elle se sentait si interpellée par le simple geste de lire ces descriptions des livres qu'elle avait lu.

Mais maintenant, elle savait tout et voulait aller à tout prix voir ses lieux, coûte que coûte.

« Nous sommes prêts à partir commandant, murmura un des soldats nommé Garfath.

- Tout le monde est à bord?

- Oui commandant, répondit Garfath.

- Bien, dit Astaldo tout en tenant Eänwen par les épaules. Alors, levez l'ancre et partons d'ici au plus vite.

- À vos ordres. »

Il se retourna vers ses compagnons qui s'étaient attroupés autour d'eux durant la courte conversation.

« Allons vous avez entendu les ordres? Et que ça saute! »

Sur ce, chacun partit vers sa tâche qui s'était vu attribuer.

Quand Astaldo et Eänwen furent seuls, cette dernière se retourna vers son frère.

« Commandant? Demanda Eänwen d'un ton perplexe. Depuis quand?

- Depuis tout à l'heure, quand tu étais encore dans la tente. Et je te le dis tout de suite, c'était leur idée, pas la mienne!

- Pourquoi ça?

- Ils pensent que puisque je suis le fils aîné de Thalion, cette tâche me revient de droit.

- Et tu ne t'es pas interposé plus qu'il le fallait hein?! Demanda la jeune femme d'un sourire.

- Non non, sourit-il. J'ai trouvé l'idée plutôt bonne à vrai dire… »

Eänwen ne répondit pas, se contenta de se détacher de l'étreinte de son frère et de s'accoter sur le rebord du navire. Silencieusement, les hommes relâchèrent les grandes voiles et le vent s'engouffra dans chacune d'elles. Tranquillement, le bateau prit de la vitesse et s'éloigna du port. Aucun feu ne fut allumé à bord, de peur de sonner l'alarme.

Un des hommes, qui avait le pied marin plus que les autres, avait prit la barre. À ses côtés, Astaldo se tenait debout, les bras derrière le dos. En fait, il s'était mis là à cause que les mouvements prononcés du bateau étaient moins présents ici que sur le pont. Le pauvre avait déjà des maux de ventre.

« Alors commandant, demanda le soldat, par où allons-nous? »

Astaldo ne répondit pas tout de suite. Il jeta un coup d'œil vers sa sœur qui n'était pas loin et qui avait entendu la question. Elle lui sourit.

« Commandant?

- Vers le Nord, répondit-il hesitant.

- Où au Nord mon capitaine?

- À tribord, coupa Eänwen qui était toujours accotée sur le rebord du bateau. Nous allons au Gondor Derek, pays des Hommes.»

Le soldat regarda la jeune femme puis son commandant, se demandant si cela était bien exact.

« Oui, soupira Astaldo d'un sourire, au Gondor Derek.

- Bien commandant, se contenta-il de dire avec un sourire, réalisant bien quel l'embarras dans lequel il avait mit Astaldo.»

Ce dernier adressa un regard à sa jeune sœur, lui adressant un merci sur le bout des lèvres que personne ne put entendre sauf elle. Cette dernière lui adressa un signe de tête pour qu'il vienne la rejoindre.

Astaldo descendit les marches et se glissa à côté d'elle, qui était maintenant assise sur le rebord du bateau. Ils regardèrent ensemble la côte s'éloigner, à l'affût d'un mouvement incongru ou d'une attaque imminente.

Mais rien ne vînt. Le petit port s'éloigna graduellement à l'horizon, ne laissant bientôt que de l'eau à perte de vue.

Eänwen resta là quelques instants, scrutant l'horizon. Les rayons du soleil étaient maintenant bien présents et le navire visible. Mais la côte était déjà loin, loin derrière eux. Jamais elle n'allait remettre les pieds dans cette province de la Terre du Milieu. Un autre destin l'attendait de l'autre côté de ces vagues, au Gondor.


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