Bonjour, bonsoir tout le monde!

Eh oui, un autre chapitre de fait! Et un de mes plus fastidieux et long de tout ce que j'ai écrit jusqu'à présente date : 30 pages… Tout ce que j'ai à dire, c'est un gros merci à ma superbe beta qui a tout corrigé pour moi! Merci

Merci à ceux qui m'ont laissé des reviews! J'espère vous revoir bientôt!

Mais j'ai une petite requête à vous qui lisez. En temps qu'auteur, c'est très flatteur quand qu'on voit que quelqu'un nous met en favorie/story alert/etc.
Mais le plus apprécié, et je crois que tous les « auteurs » vont se reconnaître là-dedans, sont les reviews. On aime ça, ça prend moins de 3 secondes à écrire et c'est le plus beau cadeau qu'on ne peut pas faire.
Alors, ne passez pas en voleur sans laisser un petit commentaire.
Merci je vous aime pareil!

Musique utilisée :

- Two Towers- Complete Recording : La fin du CD jouée en boucle!

- Robin Hood

- King Arthur


Chapitre 12: "Quelle que soit la fin"

Où sont le cheval et le cavalier? Où est le cor qui sonnait?
Où sont le heaume et le haubert, et les brillants cheveux flottants?
Où sont la main sur la corde de la harpe, et le grand feu rougeoyant?
Où sont le printemps et la moisson et le blé haut croissant?
Ils sont passés comme la pluie sur les montagnes, comme un vent dans les prairies.
Les jours sont descendus à l
'ouest, derrière les collines, dans l'ombre.
Qui recueillera la fumée du bois mort brûlant,
Ou verra les années fugitives de la Mer revenant?

Tout le monde était prêt, chacun était à son poste. Perchées en haut d'un rempart ou sur le long du Mur du Gouffre, toutes les forces disponibles étaient utilisées. Un silence inquiétant planait parmi les soldats, une atmosphère lourde et tendue écrasait les épaules de chacun. Au loin, on entendait les pas lourds des Uruk-Hai qui se rapprochaient par la plaine. Le ciel était totalement noir, et l'immobilité de l'air annonçait l'orage. Un éclair aveuglant roussit soudain les nuages. À tout moment, le ciel menaçait d'éclater. La foudre ramifiée frappa les collines à l'Est. Pendant un instant éblouissant, les guetteurs des murs virent tout l'espace qui les séparait des collines : il bouillonnait et fourmillait de formes noires, les unes larges et trapues, les autres grandes et sinistres, avec de hauts casques et des boucliers noirs. Brandissant la main blanche de Saroumane, l'armée d'Isengard était bel et bien impressionnante. Le champ devant For le Cor, qui était bordé de chaque côté par les parois rocheuses des Montagnes Blanches, était rempli d'Uruk-Hai sur toute la largeur. Un millier de petits points lumineux se rapprochaient dangereusement de la forteresse. Des cris bestiaux percèrent la nuit ténébreuse jusqu'aux oreilles des Hommes, faisant ainsi jaillir un éclat de terreur dans les yeux de certains soldats du Rohan. À chaque instant, des éclairs déchiraient les ténèbres, le tonnerre roulait dans la vallée. Une légère brume planait au-dessus du sol rocailleux et un vent sinistre soufflait dans le Gouffre, transportant une odeur amère et humide. Et puis une pluie cinglante se mit à tomber. Elle tomba, et tomba lourdement sur les épaules des Rohirrims, accentuant le désespoir dans l'atmosphère. L'orage éclata, les eaux déferlèrent contre les armures et la pierre. Mais les Hommes restèrent de glace, gardant leur position. Aucune émotion ne pouvait se lire sur leur visage impassible, patientant pour le moment fatidique où leur destiné serait sellée.

Eänwen ne bougea pas d'un cil elle et ses frères d'armes avaient déjà vu des combats plus désespérés que celui-ci. Rien de ne leur faisait peur. Alignés le long d'un rempart, les Haradrims se tenaient droits et fiers, un éclat de défi brillant dans leurs yeux. Aucun d'eux ne parlait, tous avaient le regard fixé sur la masse d'Uruk-Hai qui se rapprochait de For le Cor.
Le long du Mur de Gouffre, Eänwen entendit Aragorn s'exclamer longuement en elfique, prononçant certainement un discours d'avant guerre. Mais elle n'y comprit rien. Elle vit une forme noire, en occurrence Aragorn, se déplacer parmi les armures elfiques et les chevelures blondes des Elfes, mais la pluie l'empêchait d'en voir davantage.

Puis soudainement, l'armée de Saroumane arrêta son ascension à une centaine de mètres du mur. Les Uruk-Hai étaient tous armés jusqu'aux dents, tenant chacun une lance de longue portée et une épée à crochet à leur taille. Enduit de sueur et de formes blanchâtres, leur peau ténébreuse luisait à la lumière du feu de leur torche. De longs cheveux noirs bordaient leur visage aux traits forts et carrés et leurs yeux sillonnés de sang. Leurs dents, pointues telles celles d'un requin, claquaient et grinçaient sous les mouvements de mâchoires. De hauts casques ornaient leur tête, et une armure de métal rigide recouvrait la totalité de leur corps.

Dès que l'armée s'arrêta, ils commencèrent aussitôt à être plus agressifs : des cris de rage, de guerre, des respirations graves et profondes commencèrent à se faire entendre. Une aura de colère et d'agressivité émanait d'eux. Puis, munis de leur lance, ils commencèrent à cogner à l'unisson contre le sol rocailleux, créant un rythme qui s'accélérait au fur et à mesure. Bientôt, les dix mille Uruk-Hai faisaient de même, créant ainsi une cacophonie hostile et barbare, voire terrifiante. Un long son de cor se perdit à travers les cris et les rugissements et aussitôt, les archers de première ligne le long de la forteresse armèrent leur arc, prêts à tirer. L'atmosphère était tendue, chacun tenant fermement la corde de son arme. Les deux camps s'affrontèrent du regard, voulant intimider l'un l'autre. Le moment fatidique approchait, il était même très proche.

Mais un Homme tout prêt d'Eänwen sur le rempart céda sous la pression, et lâcha la corde de son arc sans le vouloir. Une seconde passa, et puis la flèche alla se planter directement dans le cou d'un Uruk-Hai en première ligne adverse.

Instantanément, ce fut le silence. Au loin, Eänwen entendit Aragorn prononcer un ordre elfique, mais comme tout à l'heure, elle n'y comprit rien. L'Uruk-Hai lâcha un dernier souffle de douleur et il rendit l'âme en s'écroulant au sol. La réaction fut immédiate chez l'ennemi; les grognements de fureurs redoublèrent et des cris de colère surgirent de leurs entrailles. Perché au milieu de la plaine, le chef ennemi leva son arme et lâcha un ultime rugissement bestial. Alors, l'armée de Saroumane se mit en marche et courut vers la forteresse, épée et bouclier brandis.

Son arc toujours bandé, Eänwen lâcha un ixième coup d'œil découragé vers l'archer fautif. Puis, elle tourna la tête vers sa gauche et échangea un ultime regard avec son frère Astaldo, qui lui rendit en un hochement de tête.

« Ça y est, la bataille commence »

Des trompettes d'airain retentirent. Le flot des ennemis déferla; une partie se porta contre le Mur du Gouffre, et une autre vers la chaussée et la rampe menant aux portes de Fort le Cor. Il y eut un éclair, et l'on put voir, blasonnée sur chaque casque et chaque bouclier, l'affreuse main blanche de l'Isengard. Quand les Uruk-Hai furent assez proches du Mur, ils furent accueillis en premier par une tempête de flèches venant des parapets. Tirant à volonté, les Elfes envoyèrent par centaines leurs ennemis dans les abimes. Puis, Eänwen entendit l'ordre de Gamelin qui ordonnait de tirer. Maintenant, à leur tour, du haut de la forteresse, les Rohirrims relâchèrent la corde de leur arc.

Mais les Uruk-Hai étaient trop nombreux; ils fléchirent, se débandèrent, mais ils rechargèrent encore. Et chaque fois, comme la marée montante, ils s'arrêtaient en un point plus élevé de la plaine. Rapidement, l'ennemi fut au pied du mur de pierre. Ils brandirent leurs arbalètes et tirèrent sur les archers en sommet des parapets. Puis une fois installés, les Uruk-Hai commencèrent à faire monter des échelles. Des dizaines de longues échelles se dressaient contre la paroi rocheuse, des formes noires s'y élançant comme si la mort était à leurs trousses. Au pied du Mur, les cadavres et les corps rompus s'empilaient comme galets dans la tempête; les effroyables monticules d'Hommes et d'Uruk-Hai s'élevaient toujours plus haut, mais aucun des deux camps ne se relâchait. La pluie tombait toujours, plus drue à présent, et glacée. Les gouttes dardaient les Hommes et les Uruk-Hai sans pitié, comme une pluie de flèches.

Une fois que l'ennemi eut monté sur le mur, les Elfes sortirent leur épée, luisant d'une faible lumière. Le regard impassible et concentré, aucune émotion n'était perceptible sur le visage des Eldar. Leurs épées volaient, tranchant l'air tel le vol d'un oiseau. Ils enchainèrent les coups précis, la mort à la main. Sans arrêt, les Uruk-Hai affluaient sur le Mur du Gouffre. Mais malgré le fait que certains des êtres immortels tombaient au combat, la défense tenait bon.

Eänwen, pendant ce temps, était toujours postée sur le parapet près de la porte d'entrée. Contrairement à ce qu'elle pensait un peu plus tôt, ses flèches atteignirent leur cible avec une plus grande célérité qu'elle le croyait. Elle s'améliorait de plus en plus, ses ennemis tombant les uns après les autres, basculant ainsi dans leur propre ombre. Les compatriotes de la jeune femme se débrouillaient très bien, mais les Uruk-Hai étaient beaucoup trop innombrables; on aurait dit que quand un ennemi tombait, dix autres se bousculaient pour prendre sa place. De plus, protégés par leurs boucliers, les Uruk-Hai commençaient à monter le long de la chaussée menant à la porte. Serrés les uns contre les autres sur plusieurs rangées, ils montaient lentement mais surement le chemin surélevé. La stratégie de Saroumane était magnifiquement ingénieuse, mais terriblement efficace : obliger les Hommes à combattre sur deux fronts, sur la chaussée et au Mur du Gouffre : ce qui rendait la tâche deux fois plus difficile à opérer. Mais Eänwen continuait de se battre, malgré la douleur qui commençait à l'élancer le long de son bras droit. Toutefois, elle rechargeait son arc à chaque fois et un ennemi de plus tombait. Il ne fallait absolument pas qu'ils arrivent à la porte d'entrée. S'ils étaient capables de les repousser, les Hommes auraient une chance de gagner cette bataille…

Et là, arriva la chose à la fois la plus grandiose et la plus terrifiante qu'Eänwen n'ait jamais vue. En premier, une énorme intonation brûla l'intérieur de ses oreilles, provoquant ainsi une vive douleur à ses tympans. Instinctivement, elle se pencha pour se protéger, mais en l'espace d'une fraction de seconde, un vent chaud souffla le long de son visage et le sol trembla sous ses pieds. Elle perdit légèrement l'équilibre, mais se rattrapa contre le muret de pierre. Puis, elle leva les yeux.
Une explosion.
Des énormes morceaux de pierre volèrent en éclat dans le ciel, soulevés par un éclat de feu et de fumée. Des Elfes et des Uruk-Hai furent éjectés dans les airs, finirent leur terrible course écrasés contre le sol rocailleux au milieu de la plaine, suivis de près par les morceaux de la muraille. Pendant un instant, plus personne ne bougea, subjugué par ce qu'il venait de se passer. Les combats cessèrent; tous les yeux étaient rivés vers l'explosion. À présent, une trouée béante avait été ouverte dans le Mur, puis les eaux de la Rivière du Gouffre se déversèrent en sifflant et en écumant sur les Uruk-Hai, mais ils tenaient bon. Une armée de formes sombres commença à entrer à flots dans la plaine derrière le mur.

Dans toutes les têtes des Hommes, la panique s'installa.
Jamais personne n'avait réussi à pénétrer dans la forteresse…
Jamais For-le-Cor n'avait failli au combat…

Et puis du même coup, un bélier apparut à l'entrée principale de la forteresse.
Eänwen redoubla d'ardeur pour faire tomber les Uruk-Hai qui tenaient le poteau de bois et de métal. Mais rapidement, plusieurs Hommes autour d'elle disparurent pour aller bloquer la porte en bas. La jeune femme lança soudainement un regard à son frère qui rangeait son arc autour de son torse.

- Mais que fais-tu? demanda-t-elle.

- Je vais aller aider les Rohirrims en bas, quelques hommes en plus ne feront pas de tort, dit-il en désignant ses frères d'armes derrière lui.

- Et moi, je suis censée faire quoi?

- Je ne sais pas… Continue d'abattre les Uruk-Hai, tu ne te débrouilles pas si mal que ça.

- Ouais c'est ça…

- Non non je te jure! Et je ne veux pas te voir ailleurs qu'ici… tu pourrais te faire mal.

Sur ce, il lui lança un clin d'œil et se retourna vers les escaliers, suivit de près par les autres Haradrims. Eänwen leva les yeux vers le ciel, découragée. Elle se positionna contre la barbacane et prit une flèche dans son carquois personnel. Elle banda son arc et tira. La flèche vola et alla se planter directement dans l'épaule d'un ennemi. Mais rapidement, l'Uruk-Hai blessé fut basculé dans le vide par un de ses paires qui prit immédiatement sa place. Elle prépara à tirer encore, mais elle se rendit vit compte qu'il ne lui restait plus de flèches dans son carquois. La jeune femme regarda alors dans le baril sur le long du mur qui servait à en entreposer pour les archers, mais il ne restait que trois lamentables flèches. Elle prit les trois dernières et les mit dans le carquois sur son dos.

Eänwen leva les yeux vers le ciel et remarqua alors qu'il se nettoyait rapidement. Le tonnerre grondait au loin, l'orage à présent éloigné. Les éclairs scintillaient encore parmi les montagnes reculées du Sud et un nouveau vent perçant soufflait du Nord. Les nuages déchiquetés étaient entraînés; les étoiles commençaient à se montrer et, au-dessus des collines bordant la Combe, la Lune voguait vers l'Ouest, jetant une faible lueur jaune dans la brume de l'orage. Mais la lumière n'apportait pas grand espoir aux Cavaliers de la Marche. Le nombre d'ennemis qu'ils avaient en face d'eux semblaient s'être accru plutôt que d'avoir diminué, et il en montait toujours de la vallée par la brèche du Mur. La situation devenait de plus en plus critique.

Mais alors, un drôle de sentiment parcourut le corps de la jeune femme, oppressant ainsi sa cage thoracique; un frisson à en faire dresser les cheveux sur la tête. Elle s'arrêta pendant un instant, immobile au milieu de la plate-forme. Les Rohirrims autour d'elle continuaient d'attaquer, sans pour autant lui prêter attention. Les flèches volaient, les pierres tombaient lourdement sur les têtes des Uruk-Hai. Elle entendit la porte grincer sous les coups de bélier, le bois crier sous l'effort. C'est alors que son pressentiment accentua de plus de plus la crainte dans son cœur. Son instinct lui dicta alors qu'elle n'avait pas plus rien à faire ici.
Non.
Que quelque chose d'autre, ailleurs, demandait son intervention.
Ailleurs… oui, ailleurs dans la forteresse.
Alors sans réfléchir, elle rangea son arc autour de son torse. Elle se débarrassa des quelques mèches de cheveux qui lui tombaient sur le visage et expira un bon coup.

Direction : Mur du Gouffre.


Eänwen déboucha dans un couloir désert du bastion. Elle venait tout juste de quitter le brouhaha de la bataille, tentant de se trouver un chemin vers le Mur de Gouffre sans trop se faire voir. Descendant escaliers en colimaçons et couloirs interminables, elle finit par arriver à l'ultime porte qui la mènerait au champ de bataille. Elle se mit à courir, le feu des torches ondulant sous son passage. Elle dépassa les nombreuses portes de bois, chacune se succédant à grande vitesse. L'écho de son souffle rebondissait sur les parois de pierre, le bruit de ses pas se perdant dans l'agitation de l'extérieur.

Le souffle court, elle arriva au bout du couloir. Elle ralentit le pas devant la lourde porte de bois et s'appuya dessus pendant quelques instants pour reprendre son souffle. De l'autre côté de la porte, elle entendit la cacophonie de la bataille : l'entrechoquement des épées, les cris rauques des Uruk-Hai, le bruit caractéristique des arcs elfiques, etc. Puis, elle prit sa décision. C'était peut-être l'idée la plus suicidaire qu'elle avait eue des dernières heures, mais quelque chose en elle l'incitait à suivre les indications de son instinct. De toute manière, son intuition ne l'avait que très rarement poussée à l'erreur; preuve qu'elle était toujours vivante à ce jour. Alors, elle mit sa main sur l'anse de métal de la porte et tira de toutes ses forces. La porte de bois était particulièrement lourde, mais au bout de quelques secondes qui parurent interminables pour la jeune femme, un rayon de Lune apparut soudainement dans l'ouverture de la porte. Eänwen y mit tout son poids et quand l'espace fut assez grand, elle s'y glissa rapidement et la porte se referma lourdement derrière elle. La jeune femme les yeux du sol et fut immédiatement frappée d'horreur.

Devant elle, partout tout le long du Mur, il y avait des amonts de corps froids et ensanglantés. Des Uruk-Hai, des Elfes et quelques Hommes morts gisaient là, sur le sol du Mur du Gouffre. Leurs yeux, éteints de toute vie, étaient immobiles et fixaient le vide. Leurs âmes s'étaient envolées, laissant derrière eux leurs enveloppes corporelles mutilées. Une forte odeur de sang flottait dans l'air, provoquant chez Eänwen un léger haut-le-cœur. Mis à part cela, la poussière de l'explosion venait de retomber, recouvrant ainsi légèrement les corps sans vie. Une fois l'effet du macabre spectacle passé, Eänwen aperçut enfin le reste de l'environnement qui l'entourait. Elle faisait dos au bastion, la façade de pierre s'élevant à une hauteur vertigineuse au-dessus d'elle. Au loin, elle put voir dans les hauteurs les archers attaquer avec pugnacité et honneur. À sa droite, un escalier sculpté à même la roche de la montagne montait le long de la façade Est du bastion, pour finalement se terminer à une plate-forme par laquelle on pouvait avoir accès à l'intérieur de la forteresse.

Mais l'attention d'Eänwen revint rapidement à la plaine du Gouffre. Grâce à l'explosion de Mur, la plaine derrière le Mur du Gouffre commençait à se remplir d'Uruk-Hai. Mais les Elfes, qui s'étaient réunis au sommet de la colline, vinrent à leur rencontre. Les deux camps courraient à présent l'un vers l'autre, armes brandies. Les armures dorées des Elfes luisaient à la lumière de la Lune. Menés par Aragorn, ils courraient vers le massacre, sans peur. Le long du Mur du Gouffre, elle vit d'autres Elfes en armures combattant l'invasion massive des Uruk-Hai. Elle aperçut même dans la foulée le Seigneur Haldir, avec lequel elle avait eu une altercation un peu plus tôt dans la nuit. Il se semblait bien s'en tirer. La brèche laissait rentrer un flot continu d'Uruk, grands et féroces. Les armes s'entrechoquaient; d'un côté, on luttait avec toute l'énergie du désespoir, mais même cela ne suffisait pas. Les forces étaient trop inégales. Elle vit Aragorn se relever un peu plus loin, Gimli sauter dans le tas d'Uruk. Les Elfes chargèrent, pourfendant. Mais leur immortalité ne servait plus à rien; ils avaient beau être d'excellents guerriers, à vingt contre un, ils étaient en position de faiblesse. Et pour la première fois depuis des années, la race elfique, la plus noble et la plus sage de la Terre du Milieu, paya un lourd tribut.

Brusquement, son pressentiment lui revint. Ça y est, elle y était. La jeune femme était à présent sûre : elle était au bon endroit. Tapie dans l'ombre, elle sortit ses deux longs poignards et se mit en position de défense. Devant elle, des Uruk-Hai venaient de monter sur le Mur à l'aide d'une échelle, mais ils ne l'avaient pas encore vu. Elle en fit rapidement le décompte. Quatre. Un jeu d'enfant. Avec l'effet de surprise, ils seraient tous morts avant de prononcer « Saroumane ».

Elle attendit quelques secondes, le temps qu'ils se mettent tous dos à elle, puis elle fonça. Le pas feutré et ses armes levés, elle sauta sur le dos du premier Uruk-Hai et lui trancha la gorge d'un coup sec. Il s'effondra sur le sol, mort. Avant qu'un deuxième se rende compte que son compagnon était mort, il se retrouva avec un long poignard dans le dos, la pointe de l'arme sortit par le ventre. Eänwen ressortit sa lame ensanglantée d'un coup vif et profita de l'étonnement de son ennemi pour ramener son poignard gauche devant lui et lui trancha aussi la gorge. Le sang noir apparut de la mince fente de son cou et jaillit vivement de la plaie, disparaissant et apparaissant au rythme de son cœur agonisant. Il finirait par mourir au bout de son sang, mais Eänwen avait d'autres chats à fouetter que d'abréger les souffrances de chacune de ses victimes.
Tout cela avait pris trois secondes et quart, et personne n'avait eu le temps de faire quoi que ce soit. Mais maintenant, l'effet de surprise était passé. Eänwen se retrouva avec les deux derniers Uruk-Hai sur les bras qui l'attendaient, armes levées. Mais la jeune femme avait d'autres tours dans son sac. Vive, elle s'arrangea pour affronter un ennemi à la fois. En moins de quatre mouvements, le troisième Uruk-Hai s'effondra sous la lame fine et agile d'Eänwen, le cou tranché. Mais le quatrième allait être plus difficile. Il était plus grand que ses paires, dépassant au moins de deux têtes la jeune femme. Ses yeux, exorbités de sang (Reuuh xS), la fixaient d'un air mauvais. Il avait la peau noircie, et une main blanchâtre ornait son front. Il avait un nez aplati et ses dents ressemblaient à de larges épines. Il dégageait une odeur forte et acre, déclenchant une grimace de dégoût sur le visage de la jeune femme. Mais avant que le combat ne soit engagé, l'Uruk-Hai devant elle fit quelque chose dont elle ne s'en entendait pas; il lui parla.

- Alors, dit-il en langue commune de la Terre du Milieu, c'est toi… Eänwen.

La jeune femme perdit d'un seul coup toute sa concentration. Les deux bras lui tombèrent, complètement abasourdie. Les Uruk-Hai savent parler?
Et en plus, il connaissait son nom. Cela n'inaugurait rien de bon. Alors, elle décida de ne rien dire, toujours en position de défense.
Du côté du soldat de Saroumane, il décida de continuer.

- Ah… je vois que j'ai visé juste, poursuivit-il devant le mutisme de la jeune femme. Je dois dire qu'il est difficile de se tromper quand on te voit. Peau brunit, physique et armure des Haradrims, yeux gris, oreilles pointues… en plus de te trouver sur un champ de bataille, ce qui est plutôt rare pour une femme. Disons que c'est difficile de ne pas te voir. Mais pourtant, tu es exactement le portrait qu'on m'a fait de toi.

- De qui parlez-vous?

- Saroumane bien sûr…

- Qu'est-ce que cette ignoble magicien à affaire avec moi?

- Les nouvelles vont vite, dame Eänwen. L'annonce de votre disparition en Haradwaith n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd.

- Vous avez beaucoup trop de vocabulaire pour un simple Uruk-Hai, dit la jeune femme. Que me voulez-vous?

Il eut un sourire mauvais.

- Je me nomme Lurtashn, et je suis le commandant de cette armée. Donc je suis très proche du Seigneur Saroumane et de ses plans. Il a eu vent par les officiers haradrims de la disparition soudaine des deux jeunes progénitures du célèbre Thalion.

La manière dont il avait de prononcer le nom de son défunt père eut l'effet d'un coup de poignard au cœur d'Eänwen.

- On a su par après que votre disparition coïncidait avec celle d'une dizaine d'autres soldats haradrims, poursuivit-il. Saroumane sut alors que ce n'était point une coïncidence. Il n'aimait pas Thalion et il le cherchait depuis des années. Le Magicien Blanc savait qu'il avait des soupçons contre lui, mais la nouvelle de sa mort fut… certainement libératrice pour mon seigneur. Mais alors, il voulut vous retrouver, vous et vos camardes.

- Pourquoi?

- Parce qu'il savait que Thalion vous avait confié des informations essentielles qui pourraient compromettre la mission de Saroumane et du Seigneur des Ténèbres. Heureusement, il a fini par vous retracer dans le col de la Baie de Belfalas. Il a même essayé de vous arrêter pendant votre traversée des Montagnes Blanches…

- Le chemin des Morts… murmura-t-elle pour elle-même. C'était donc de vous qu'elle venait cette chaleur insoutenable!

- Oui, c'était Saroumane, confirma-t-il. Mais vous vous êtes montrés plus coriaces qu'il le croyait. Alors un peu plus tard, il vous a envoyé les Ouargues pour compromettre votre mission vers le Gouffre de Helm. Il a presque réussi.

- Il a presque tué le Seigneur Aragorn !

- Mais malheureusement, Aragorn a survécu à ce que j'ai vu. Mais une des cibles cette journée-là, c'était vous. Même encore une fois, il a cru que vous étiez tombée dans l'ombre.

- Et non! ironisa-t-elle. Je suis encore sur pieds comme vous pouvez le voir! Qu'est-ce qu'il va vouloir me faire maintenant, cet ignoble sorcier? Il va déchaîner les éléments naturels contre moi ?

- Non, répondit-il calmement. Il m'a envoyé, moi, pour te tuer.

Du même coup, un sourire mauvais apparut sur ses lèvres noircies et il dégaina sa longue épée fourchue.
Un léger sentiment de crainte envahit le corps d'Eänwen, mais rapidement, elle reprit contenance et se remit en position de combat.

- Allez, amène-toi gros tas! dit-elle sur un ton de défi. Montre-moi ce que tu sais faire, avant que j'exécute sur toi ce que j'ai fait subir à tes camarades !

- Avec plaisir, fillette.

Et il fonça. Il leva son arme haute dans les airs et l'abattit en direction de la jeune femme. Mais Eänwen, rapide comme l'éclair, évita la longue épée en se déplaçant vers sa gauche et d'un revers de poignard, entailla le bras de son adversaire. Il eut un mouvement de recul, mais il se reprit rapidement et attaqua de nouveau, sans relâche.
Eänwen para tous les coups de l'Uruk-Hai. Quelques fois même, elle tenta quelques attaques frontales, mais sans succès; elle avait affaire avec un combattant de haut calibre. Décidément, elle n'avait vraiment pas de chance ces temps-ci.
Mais la chance lui sourit quand une idée lui vint à l'esprit. Eänwen savait que les Uruk-Hai avaient des coups puissants et forts, mais ils avaient la réputation d'être peu rapides. Alors, se fiant à cette idée, elle se forgea une stratégie dans sa tête.

- Alors, tête de mule, dit-elle en continuant de se battre. Toujours prêt à mourir?

- Dans tes rêves, fillette!

C'est ce que tu crois…

Brusquement, elle feinta de porter un coup vers sa droite. Comme elle l'espérait, l'Uruk-Hai mordit à l'hameçon. Rapide, elle changea de direction à la dernière seconde et alla vers sa gauche. Elle sauta contre le muret, comme si elle marchait sur le mur, et se retrouva rapidement derrière son adversaire. Désemparé, l'Uruk-Hai se retourna vers elle et para le coup de lame de la jeune femme.
Mais, malheureusement pour lui, il négligea de protéger son côté gauche.
Alors, Eänwen n'eut simplement qu'à lever son poignard droit et de lui trancher la tête d'un coup sec.

La tête du chef Uruk-Hai, son visage figé par la douleur, roula sur le sol froid. Son corps s'effondra près de là et ne bougea plus, mort. Sans aucun dégoût, elle prit la tête de l'Uruk-Hai par les cheveux et la leva haut dans les airs, en signe de triomphe. Elle attira quelques regards interloqués des Uruk-Hai au pied du mur. Et là, une idée lui traversa l'esprit. La jeune femme prit un élan et lança la tête du chef des Uruk-Hai dans la foule devant elle. Elle vit la tête rebondir sur quelques Uruk-Hai avant d'atterrir sur le sol terreux. Un cercle finit par se former autour du crâne de leur chef, tous surpris. Leur chef était mort. La nouvelle voyagerait à travers les soldats comme une poignée de poudre lancée au vent. La jeune femme savait pertinemment que ce genre de chose ferait tomber le moral des soldats de Saroumane. C'était comme quand Aragorn était faussement tombé au combat il y a de cela quelques jours; le moral des troupes n'avait jamais été aussi bas.

Eänwen regarda le tout quelques instants, satisfaite de son œuvre.

- Tiens Saroumane, murmura-t-elle pour elle-même en levant les yeux vers le ciel. Voilà ce qui t'attend quand tu te frottes directement à la famille de Thalion.

Puis, elle continua son ascension sur le Mur du Gouffre, combattant les autres Uruk-Hai sur son chemin.


À présent, tout semblait facile pour Eänwen. C'était comme si une nouvelle énergie l'habitait. Elle combattait avec légèreté et facilité, ses ennemis s'écroulant rapidement sous sa lame. Ses coups étaient lestes et puissants. Elle fauchait les Uruk-Hai avec célérité, son arme tranchant l'air comme l'aile d'un oiseau. Elle n'écoutait rien de ce qu'il l'entourait. Elle contournait ses alliés elfes et frappait autant qu'elle le pouvait.
La jeune femme se sentait littéralement invincible.
Même quand qu'elle avait le temps, elle faisait basculer les échelles de bois fortifiés de Saroumane dans le vide. Mais les Uruk-Hai affluaient de plus en plus par la plaine et Eänwen doutait, que même malgré tout son bon vouloir, ils arrivent à tous les arrêter. L'armée de Saroumane était clairement en surnombre par rapport à l'armée des Elfes. Même si certains Uruk-Hai tombaient au combat, il y en avait toujours pour les remplacer.

Et puis brusquement, comme si elle sortait d'une transe, elle remarqua que le chemin de ronde du Mur commençait à se vider d'Elfes. Comme au ralenti, elle vit que ceux-ci se repliaient vers le bastion. Mais que se passait-il?

Et c'est là qu'elle vit Aragorn, toujours aux prises avec des ennemis, crier à tue-tête. Au début, elle ne comprit pas un seul mot de ce qu'il criait. Mais quand elle tendit enfin l'oreille, elle comprit enfin :

- Repliez-vous! Repliez-vous !

Ne voulant pas se le faire dire deux fois, elle changea de direction, tout en combattant férocement les ennemis qui étaient sur son chemin. Elle arriva à l'escalier qui descendait vers la plaine, mais dès qu'elle mit le pied sur la première marche, quelque chose l'empêcha d'avancer plus.

Encore ce foutu pressentiment!
Et cette fois, c'était encore plus fort qu'auparavant. La sensation envahit son corps en entier, paralysant ainsi tout mouvement. Ce sentiment d'urgence la grugeait de l'intérieur, son cerveau lui envoyant des alertes constantes. Son rythme cardiaque s'accélérait, ses sens au qui-vive. Puis, elle sentit un courant frais parcourir son dos. Rapidement, elle se retourna, ses poignards dégainés. Du premier coup d'œil, elle ne vit rien. Puis après un moment, la vérité éclata sous ses yeux.
Elle le vit.

Dos à elle, la jeune femme fut témoin d'un Elfe qui fut blessé par une épée ennemie. Il sembla se torde de douleur pendant un instant, puis il répliqua contre son adversaire qui s'effondra sous l'épée elfique. Mais ce n'était pas n'importe quel Elfe. C'était Haldir. Il ne semblait pas tout à faire saisir ce qu'il venait de se passer il restait planté sur place, cherchant quelque chose des yeux.
Mais, dos à lui, il ne vit pas l'affreuse silhouette d'un Uruk-Hai qui élevait dangereusement son arme au-dessus de sa tête, prêt à le tuer.

Et c'est là que le cœur d'Eänwen bondit en dehors de sa poitrine.
C'était donc ça… Son instinct l'avait fait venir jusqu'ici, risquant ainsi sa vie, pour finalement sauver… Haldir?
Peu importait à présent. Le Seigneur Galadhrim lui revaudrait ça, un jour ou l'autre.

Sans attendre plus longtemps, elle rangea ses poignards et sortit son arc. Elle empoigna rapidement une des dernières flèches dans son carquois et visa. Elle devait faire vite et ne pas se tromper, sinon, ce serait Haldir qui hériterait de sa flèche.
Le temps pressait. Si elle avait pu croiser les doigts, elle l'aurait fait de bonne grâce!
Une seule occasion, une seule chance.
Elle s'assura une dernière fois de la position de sa cible et dans un ultime soupir, elle débanda son arc.


Haldir sentait le sang chaud s'échapper de sa blessure. Son flanc gauche lui faisait littéralement souffrir le martyr. Il resta là, immobile. Sa cape rouge et son armure luisante semblaient soudainement peser une tonne sur ses épaules. Il sentait la sueur qui perlait sur son visage, le sang séché sur ses mains craquer sous ses jointures. Ses longs cheveux blonds, autrefois impeccables et lisses, étaient à présent entremêlés et lourds de sueur et d'eau. Le souffle court, ses traits ronds et graves exprimaient l'incompréhension totale. Il vit avec horreur ses hommes éparpillés au peu partout autour de lui, agonisant de douleur. Pendant un instant, tout lui sembla flou, ses sens embrouillés par la douleur. Il allait mourir.
Puis, il vit dans la mêlée quelqu'un pointer un arc vers lui. Ce n'était vraisemblablement pas un Uruk-Hai, vu sa petite taille, mais ce n'était certainement pas un Elfe de son armée. La personne avait une longue chevelure noire de jais ramenée en tresse. La silhouette semblait porter une armure foncée, une longue cape noire claquant un vent derrière. Il plissa légèrement les yeux pour tenter de voir de qui il pouvait s'agir, mais il ne put en voir davantage puisqu'il vit la flèche de l'arme en question arriver à toute vitesse dans son champ de vision. Son cœur manqua un battement. « Ça y est, je vais mourir », fut ces dernières pensées.

En fait, c'est ce qu'il croyait jusqu'à ce qu'il sentit le vent de la flèche passer tout près de lui. Haldir n'avait même pas eu le temps de se déplacer un peu sur le côté que la flèche le manqua de peu, passant à quelques centimètres au-dessus de son épaule droite. Au début, le Galadhrim pensa que l'archer avait manqué son coup, qu'il avait raté sa cible.

Mais alors, il sentit une lourde masse s'effondrer derrière lui. Il se retourna vivement et se rendit compte qu'un corps d'Uruk-Hai gisait derrière lui, une flèche dans la tête. Il tourna alors son regard devant lui et vit une jeune femme courir vers lui, une lueur dans les yeux.

- Eänwen? dit-il, médusé.

- Qu'est-ce qu'il y a, blondasse? Surpris de me voir?

Haldir ne répondit pas, bouche bée de l'apparition soudaine de l'Haradrim. C'était… elle qui venait de le sauver d'une mort certaine?

- Je vais prendre ça pour un oui, compléta Eänwen en mettant son arc autour de son torse. Mais ce n'est pas que je voudrais vous presser, mais je crois qu'il est temps pour nous de partir.

- Vous… euh, oui sûrement.

- Est-ce que vous êtes capable de marcher?

- Je crois que oui.

- Il le faudrait parce qu'on va bientôt avoir de la compagnie.

Le Galadhrim essaya de se lever, mais la douleur à son flanc gauche explosa tel un éclair le long de sa colonne. Sans dire mot, Eänwen le prit rapidement par les épaules et le mena aux escaliers. Ils descendirent le plus rapidement qu'ils pouvaient, les Uruk-Hai sur les talons. Arrivée au bas de l'escalier de pierre, l'eau glaciale de la rivière submergea les chevilles de la jeune femme, mais c'était le cadet de ses soucis. Du coin de l'œil, Eänwen aperçut le Seigneur Aragorn, non loin de là.

- Aragorn! cria-t-elle. Seigneur Aragorn! Par ici !

Le Rôdeur se retourna à l'appel de son nom et quand il vit Eänwen en difficulté avec Haldir, il se précipita vers eux. Ses cheveux noirs, mouillés par la pluie et l'effort, encadraient son dur visage. De la sueur perlait sur son visage, ses yeux exprimant soudainement de la crainte. Ses mains ensanglantées rangèrent son épée dans son fourreau et les portèrent aux épaules d'Haldir, comme pour soutenir son vieil ami.

- Que s'est-il passé? Il est blessé? demanda-t-il, ses qualités de guérisseurs refaisant surface.

- Au flanc, répondit-elle rapidement. Mais il faut le sortir de là rapidement. Aidez-moi, il est un tantinet trop lourd pour ma force.

- Parfait. Pendant que je le transporte, couvrez-nous, ordonna-t-il en passant complètement son bras sous les épaules de son ami.

Chose dite, chose faite. La jeune femme dégaina ses longs poignards et resta aux côtés d'Aragorn. Haldir était toujours conscient, son visage crispé par la douleur. Il boitait légèrement de la jambe gauche, mais il conservait un bon rythme, grâce à Eänwen qui enlevait tout obstacle devant eux. Elle put en même temps offrir au rôdeur et au Galadhrim un petit spectacle de toute la splendeur de son talent. Elle était tout aussi confiante que tout à l'heure, ses ennemis s'écroulant sous les coups de sa lame. Elle bougeait toujours avec célérité et grâce, mais elle était habitée à présent d'une nouvelle force, d'un nouvel espoir. Une lueur farouche brillait dans ses yeux gris.
Eänwen accrocha deux autres Elfes qu'elle croisa sur son chemin, à qui elle pointa Aragorn qui tenait leur chef Haldir. Ils remplacèrent aussitôt le rôdeur qui par la suite, se joignit à la jeune femme pour couvrir les trois Elfes. Les deux soldats elfiques allèrent un peu plus vite, soulevant presque Haldir du sol, et ils traversèrent la plaine beaucoup plus rapidement.

Une fois arrivé à l'escalier qui longeait la façade Est du bastion, les choses se compliquèrent légèrement. Haldir avait beaucoup de difficultés à gravir les marches une par une, grimaçant à chaque effort que ses jambes devaient effectuer. Alors, prenant son courage entre ses mains, un des deux Elfes prit son chef sur son dos et monta les marches. Certes, le poids d'un Elfe n'était pas très encombrant, mais avec une armure et une cape mouillée, la lourdeur commençait à se faire ressentir dans le dos du soldat Elfe. Mais il ne flancha pas. Certes, il était plus lent que les autres, mais d'autres archers tiraient du haut de la plate-forme pour les aider à s'échapper des Uruk-Hai qui les pourchassaient. Parce qu'ils étaient, littéralement, sur leurs talons.

Une fois rendu en haut des escaliers, Eänwen put enfin respirer librement. Elle s'appuya pendant quelques instants contre la paroi de pierre, reprenant son souffle. Gravir un escalier à toute vitesse sur toute la hauteur du bastion, c'est long longtemps! Le visage rougit par l'effort, son cœur palpitait toujours. Du coin de l'œil, elle vit Aragorn arriver, frais comme une rose.

Veinard!

- Est-ce que ça va? demanda-t-il.

- Oui… ouf, c'était long comme escalade.

- Prenez votre temps. Les archers vont retenir les Uruk-Hai durant un moment. Mais il faudra bientôt se réfugier dans le bastion.

- Très bien, fit Eänwen avec un geste de la main. Est-ce qu'Haldir va bien?

Comme pour répondre à sa question, la Galadhrim passa à côté d'elle, toujours soutenu pas les deux Elfes. Péniblement, il leva la tête, plongea ses yeux dans les siens. Il lui adressa un regard franc, un léger sourire planant sur les lèvres.

- Merci… Dame Eänwen. Vous m'avez sauvé la vie.

- Mais de rien, blondasse, dit-elle en s'accotant contre le mur les bras croisés. Ce sera toujours un plaisir, cher ami.

- Ami? dit-il le regard interloqué.

- Ami, confirma-t-elle en lui tendant la main.

Haldir regarda la main de la jeune femme, hésitant. Puis, faiblement, il serra la main tendue d'Eänwen, un sourire franc aux lèvres.

- Il me fera toujours un plaisir de vous servir, Dame du désert.

- J'espère bien! Vous m'en devez toute une bonne en tout cas, dit-elle en clignant de l'œil.

- Pfff… dit-il en secouant la tête. Vous serez toujours la même à ce que je peux voir.

- Oui, et je ne changerais pas pour le moins du monde. Allez, fit-elle en s'adressant aux deux autres Elfes. Amenez notre blessé en lieu sûr avant qu'il ne se casse un ongle. Nous, les pros, il nous reste de travail à faire.

- Ouais c'est ça… fit-il en se laissant porter vers l'entrée de la forteresse.

Aragorn et Eänwen regardèrent le Seigneur Haldir disparaître derrière l'ombre de la porte, puis ils se retournèrent l'un vers l'autre.

- Vous êtes définitivement pleine de surprises dame Eänwen.

- Je sais, on me le dit souvent, ironisa-t-elle.

- Non, je suis sérieux, dit-il avec franchise. Après votre débat avec notre Galadhrim un peu plus tôt dans la soirée, je ne vous croyais pas capable de faire ce que vous venez d'accomplir.

- Eänwen baissa les yeux, un sourire gêné aux lèvres.

- C'était très… mature de votre part, compléta Aragorn.

- Bon c'est assez, coupa Eänwen. Je crois qu'une trêve des compliments devrait être établie dès maintenant. Vous m'en voyez gênée Seigneur Aragorn.

- Mais…

- Chut! De toute manière, nous devons y aller. Je ne crois pas que ces Elfes vont tenir très longtemps avec tous ces Uruk-Hai qui affluent par ces escaliers. Allons-y.

- Oui, se résigna-t-il. Le temps presse, allons-y.

Côte à côte, ils marchèrent rapidement jusqu'à la porte de bois qui menait à l'intérieur du bastion. Aragorn l'ouvrit aisément et laissa passer Eänwen devant lui. Même pendant les situations dangereuses, il conservait sa galanterie!

- Merci, dit simplement la jeune femme en passant devant lui.

- De rien.

Mais avant même que la jeune femme ait pu traverser le pan de la porte au complet, un jeune soldat l'a bouscula. Gêné, le jeune garçon s'arrêta net et releva les yeux. Il devait avoir à peine une dizaine d'années. Son jeune visage était taché de poussières et de crasse, quelques taches de rousseur parsemant ses joues. Ses cheveux bruns étaient en bataille, quelques mèches rebelles frisées ressortant aux extrémités de son casque. Il semblait quelque peu perdu, mais ses yeux reflétaient une lueur brillante. Une certaine excitation était palpable par les traits de son visage, comme s'il cherchait quelque chose.

- Woah woah ! On se calme jeune homme, dit Eänwen en se baissant légèrement. Pourquoi es-tu si pressé?

- Je suis en mission pour le roi Théoden et de son conseiller Gamelin, ma Dame, répondit-il machinalement.

- Et en quoi consiste ta mission, jeune écuyer?

- Je dois trouver le Seigneur Aragorn, ma Dame. Il est demandé impérativement à la porte principale, sous ordre du roi Théoden.

Eänwen, toujours appuyée contre ses genoux, échangea un regard avec Aragorn qui était juste à côté d'elle. Il lui rendit un léger sourire, les bras croisés.

- Et… tu sais qui est le Seigneur Aragorn n'est-ce pas? demanda Eänwen au jeune garçon, qui n'avait vraisemblablement pas reconnu le rôdeur.

- Euh… On m'a simplement dit de le retrouver dans la bataille, gente Dame… qu'il n'est pas si difficile de le retrouver parmi les soldats. Il est grand et fort, maniant l'épée avec légèreté et assurance.

- Je vais m'assurer de lui faire le message, courageux jeune homme, dit Eänwen en se relevant. Il aura le message avant même que tu le penses.

- Vous êtes sûr ? demanda-t-il. Je ne voudrais pas manquer à mon devoir envers le roi vous savez…

- Ne t'inquiète pas, intervint Aragorn qui parla pour la première fois depuis le début de l'échange. Je suis l'homme que tu cherches.

- Vous êtes le seigneur Aragorn? demanda le jeune garçon les yeux brillants.

Un sourire béat s'étira sur ses petites lèvres, comme si il venait de rencontrer son plus grand héros.

- Oui, c'est bien moi. Maintenant, preux écuyer, aurais-tu la bienveillance de nous reconduire jusqu'au roi ?

- Oui, mon commandant! fit-il en une mimique maladroite d'un salut militaire.

Il se retourna vivement et partit à la course à l'intérieur de la forteresse. Pendant une seconde, Eänwen et Aragorn échangèrent un regard rieur et se mirent à la poursuite d'u jeune garçon qui avait déjà prit un peu d'avance sur eux.

En quelques minutes, ils franchirent les interminables couloirs et débouchèrent finalement à l'air frais de la nuit. Cependant, l'ambiance était chaotique. Les soldats courraient partout, les bousculant quelques fois au passage. Visiblement, la situation ne s'était guère améliorée ici. On criait des ordres à la volée à chaque instant, des dizaines de corps sans vie étaient empilés sur les rebords des chemins de ronde, le nombre de blessés augmentait plus vite à mesure que la Lune descendait dans le ciel. Si la cadence se maintenait, le nombre de soldats défendant la forteresse s'amenuiserait aux trois quarts d'ici la fin de la nuit.
Si ce n'était pas déjà fait…

Après s'être frayés un chemin dans la foule, ils arrivèrent à la porte d'entrée principale. Eänwen s'arrêta net, subjuguée par ce qu'elle vit. L'état de la porte était pitoyable. Tout la bas du battant de bois était déformé par un énorme trou qui faisait menacer la porte d'éclater à chaque instant. Mais par un quelconque miracle, elle tenait toujours en place. Une vingtaine d'Hommes étaient assemblés pour empêcher la marée noire d'Uruk-Hai d'entrer dans la forteresse. Épées, lances et torches brandies, les soldats se lançaient aveuglément dans la bouche de l'ennemi. Cependant, Eänwen ressentait l'acharnement et le courage des Hommes partout autour d'elle. Elle lisait dans leurs yeux la détermination et le désir de vaincre, autant qu'elle savait que chacun de ses hommes pourrait mourir dix fois chacun pour son pays. Si le désespoir était présent chez ces mêmes Hommes un peu plus tôt dans la journée, rien n'en laissait croire ainsi à présent.
Puis soudainement, elle sentit une main sur son épaule la tirer de ses pensées.

Elle se retourna, puis elle vit que c'était Astaldo. Il se tenait là, les bras croisés, une lueur malveillante brillant dans ses yeux. Il lui lançait un regard réprobateur et Eänwen se sentit soudainement comme une petite fille qui venait de se faire prendre en flagrant délit. Derrière son frère, tous les Haradrims étaient là, affichant le même air.

- Que fais-tu ici? demanda-t-il.

- De quoi « qu'est-ce que tu fais ici »? répliqua-t-elle.

- Ne t'avais-je pas dit de rester sur les parapets en haut?

« Oups! »

- Ah oui! Euh, je… tenta-t-elle.

- Oublie ça. Retournes-y, je ne veux pas que tu t'exposes ainsi une autre fois. Seuls les Valar savent où tu as été pendant tout ce temps… rajouta-t-il pour lui-même.

Sans demander son reste, Eänwen se dirigea vers les escaliers menant aux parapets, mais elle se retourna vivement. Elle se remémora que dans la foulée des évènements, elle avait perdu de vue Aragorn. La jeune femme aperçut ses frères d'armes qui combattaient férocement l'ennemi, le roi Théoden appuyé contre un mur, visiblement blessé. Mais elle retrouva Aragorn au loin, tout près du mur gauche. Il était en train de s'échapper rapidement en direction de la poterne en compagnie de Gimli. Puis, une marée d'Hommes se déversa vers la porte d'entrée, contrant l'invasion ennemie.
La poterne? Qu'allaient-ils faire là-bas? Cette porte menait à une ouverture cachée à l'extérieur de la forteresse. Mais cette porte menait à un chemin longeant la muraille du bastion, puis ensuite un large trou séparait cette voie de la chaussée remplie d'Uruk-Hai. Eänwen devina facilement le plan d'Aragorn, mais le Nain ne pourrait simplement pas sauter toute cette distance.
C'était, physiquement et théoriquement, impossible.

Mais bon, Aragorn savait sûrement ce qu'il faisait. La jeune femme haussa les épaules, et monta les escaliers quatre à quatre. Arrivée en haut, elle attrapa son arc, remplit son carquois avec de nouvelles flèches et se percha contre le mur juste au-dessus de la chaussée. En bas, elle vit Aragorn et Gimli déjà sur la chaussée, défendant la porte d'entrée en repoussant tous les ennemis qui osaient s'approcher. L'Homme et le Nain bougeaient avec célérité et puissance, tout s'écroulant sous le revers de leur lame.

Concentrée, Eänwen tirait le plus de flèches que son bras lui permettait. Certes, elle ne tirait pas aussi loin qu'un Elfe, mais elle atteignait au moins ses cibles. C'était une bonne manière d'aider au minimum Aragorn et Gimli qui avaient les bras pleins d'Uruk-Hai. Au loin, elle entendit les Hommes installer les madriers contre la porte en bas, mais c'était évidemment peine perdue.

Puis, un grand bruit la fit sursauter. Plus loin à sa droite, elle vit s'abattre sur les remparts de la façade centrale de la muraille des grappins de métal. Mais qu'est-ce qu'était cette machination? Ces grappins étaient munis de cordes à son extrémité par laquelle était attachée une grande échelle. Péniblement, elle vit les Uruk-Hai dans la plaine tirer sur le mécanisme, et trop rapidement pour la jeune femme, les immenses échelles montèrent dans le ciel, pour finalement venir s'abattre contre la muraille. Ce n'était pas les petites échelles qu'Eänwen avait eu le loisir de pousser dans le vide le long du Mur du Gouffre.
Non.
Elles, c'était des échelles de métal lourd et de plus grandes envergures, s'élevant ainsi sur toute la hauteur du bastion. On ne pouvait simplement pas repousser cet autre vague d'Uruk-Hai qui montait sans cesse le long des échelles.

Puis, lui arrachant un sursaut, Legolas arriva à toute vitesse juste à côté d'elle. Arc bandé, il semblait viser quelque chose dans la plaine. Mais avant qu'Eänwen puisse lui demander, sa flèche partit au vol et trancha net une des cordes qui était attachée à une échelle. Perdant son équilibre, l'échelle remplit d'Uruk-Hai revint par en arrière et s'abattit sur le sol dans un bruit sinistre, écrasant sous son poids plusieurs ennemis.

Eänwen ne put s'empêcher une remarque envers Legolas.

- Frimeur… dit-elle avec un sourire.

L'Elfe en question se retourna, surpris de la voir. Visiblement, il ne l'avait pas vue.

- Frimeur? Je ne crois pas saisir le sens de ce mot en de telles circonstances Dame Eänwen.

Il ne semblait pas offusqué pour le moins du monde, mais une étrange lueur brillait dans ses yeux. Pour toute réponse, Eänwen tira rapidement la langue comme une enfant, ce qui arracha un sourire à Legolas.

- Voilà toute une réplique, fit-il en bandant son arc comme si de rien n'était.

- Je sais, on me le dit souvent, ironisa-t-elle.

La jeune femme arma son arc et le débanda tout aussitôt, un Uruk-Hai plus bas s'écroulant dans l'ombre.

- Vous vous êtes amélioré, remarqua l'Elfe en débandant le sien.

- J'ai eu un bon professeur, dit-elle en lui adressant un clin d'œil. Ce n'est pas n'importe qui qui a l'occasion de recevoir l'enseignement du plus talentueux archer du toute la Terre du Milieu.

- N'exagérez rien Dame Eänwen…

- Pourtant, l'information ne vient pas de moi ! fit-elle innocemment.

Legolas ne rajouta rien. Son regard reflétait à présent l'inquiétude et la confusion. Il se pencha contre le muret et attarda son regard sur la chaussé, juste en fasse de la porte.

- Mais… ce sont Aragorn et Gimli en bas? Ils sont en très mauvaise posture!

- Vous croyez?

- Je crois que le moment est pour nous de les sortir de là. Vite, donnez-moi la corde sur le baril là, à votre gauche.

Eänwen s'exécuta et tendit le rouleau de corde. Legolas le prit et appuya un de ses pieds sur le haut du muret pour se mettre plus en hauteur.

- Aragorn! cria-t-il.

Le Rôdeur se retourna à la voix de Legolas, mais son intention fut rapidement détournée par un Uruk-Hai qui s'approchait dangereusement de lui. Pendant ce temps, du haut du mur, l'Elfe lança un bout de la corde le long de la muraille et elle s'écrasa au sol. Aragorn abattit son dernier ennemi et saisit rapidement Gimli par le bras. Il le prit plus fermement, attrapa la corde de son bras gauche et se lança dans le vide. Prêtant main-forte à Legolas, Eänwen se rangea derrière l'Elfe et tira avec lui de toutes ses forces. Bientôt, deux autres soldats vinrent les aider. Une fois l'Homme et le Nain tirés en haut du rempart, ils les remercièrent rapidement, contents d'être de nouveau réunis.


Mais les réjouissances furent de courte durée. On se faisait de plus en plus tasser le long du rempart et les Uruk-Hai arrivaient en masse le long du chemin de ronde. Ils ne pourraient pas les retenir très très longtemps.
Puis après, on entendit le fatidique « Repliez-vous! Battez en retraite! » qui sonna le glas de tout espoir, et résonna dans la forteresse. La porte d'entrée était à présent complètement défoncée et des centaines d'Uruk-Hai entrèrent dans la forteresse. La marée noire envahit le sol de pierre et tua tout sur son passage. Ils étaient brutaux et hostiles, enlevant toute vie telle des animaux sauvages respirant la cruauté.

Les maigres troupes d'Hommes qui restaient se regroupèrent dans la grande salle. Eänwen rentra en compagnie d'Aragorn, de Gimli et de Legolas, mais sentit son cœur se serrer quand elle vit qu'il n'y avait pas un seul autre Haradrim. Dans un son sinistre, elle entendit la porte se refermer brusquement derrière elle et l'entrée fut barricadée. Ce son se répéta comme un éternel écho dans sa tête et sa vue fut soudainement brouillée. La jeune femme se retira sur le côté d'un mur et s'appuya dessus, essayant vainement de se réfugier de toute atteinte. Elle tendit sa main vers ses yeux et se rendit compte qu'elle pleurait. Ses forces l'abandonnèrent et elle tomba sur ses genoux, impuissante. Elle eut l'impression de perdre une partie d'elle-même et que son père mourait encore une fois. Où étaient-ils donc tous passés? Mosta, Kuilo, Derek, et les autres…
Astaldo…
Soudainement, les larmes redoublèrent en puissance et la jeune femme sanglota dans un coin, à l'ombre des regards. Elle ne voulait pas que quelqu'un la voie dans un tel état d'impuissance et de vulnérabilité. Ils étaient morts… morts! Elle les imagina piétinés, renversés et poignardés de tous côtés sous la cruauté de ces Uruk-Hai. Leurs corps bafoués et mutilés de maintes manières, sous la main cruelle de l'armée de Saroumane. Elle imagina leurs yeux se voiler, le crépuscule condamné à ne jamais revoir le jour se lever. Leurs regards vaciller et pour finalement garder une image de mort et de désolation. Et le coup de poignard fut encore plus douloureux quand la jeune femme se rendit compte qu'elle ne les reverrait jamais…

Eänwen ramena ses genoux contre son menton et se cacha sous l'abri de ses bras. La jeune femme n'entendait plus rien, seul le bruit de ses propres sanglots éclatait en écho dans sa tête. Elle sentait le sol de pierre froid sous elle, des bourdonnements dans ses oreilles. Elle pleura silencieusement, le désespoir l'envahissant peu à peu. Finalement, la mort faisait plus peur qu'elle le pensait. Même si finalement, elle préférait mourir ici qu'en Haradwaith, la fin de sa propre vie l'effrayait grandement. Son cœur se resserra quand elle pensa soudainement qu'elle allait mourir seule et abandonnée, loin de tous ceux qu'elle aimait.

Puis, elle sentit une odeur nouvellement familière près d'elle. Mais trop honteuse de son état, elle ne bougea pas d'un cil.

- Que vous met-il dans un tel état? fit une voix douce.

La jeune femme resta muette, incapable d'articuler deux mots sans que sa gorge se tordre dans un sanglot.

- C'est votre frère? Et vos camardes, n'est-ce pas?

- Sans oser révéler son visage, elle hocha la tête.

- Vous savez, continua-t-il, j'ai quelque chose à vous raconter. Une expérience à moi qui s'est déroulée très récemment même.

Legolas, car c'était bien lui, la prit par les épaules. Puis, d'une main, il la força délicatement à relever son visage. Les yeux de la jeune femme, autrefois farouches et animés, étaient ternis d'une grande tristesse. Rougis par les larmes, ils n'avaient plus la même brillance qu'autrefois. Son sourire espiègle avait disparu, laissant place à une fine ligne tremblante. La jeune femme évita le regard de Legolas, trop honteuse.

L'Elfe mit ses mains sur chaque côté de la mâchoire de la jeune femme et essuya d'une main délicate les larmes qui perlaient le long de ses joues.

- Vous savez, reprit-il, je suis un éternel pessimiste. Mais très récemment, j'ai rencontré une personne remplie de sagesse et de bonté qui m'a fait réaliser à quel point j'étais un imbécile.

- Legolas, non s'il vous…

- Non non, laissez-moi terminer, la coupa-t-il. Comme je le disais, cette personne m'a fait réaliser à quel point j'étais un imbécile. Sur le coup, je n'ai rien compris de ce qu'elle disait. Pendant son discours, je l'ai regardé d'un air interloqué, comme si elle venait de sortir d'une maison de fous. Mais par la suite, j'ai repensé à ce qu'elle m'a dit et cela m'a fait réaliser une chose suite à une dispute avec un ami cher à mon cœur.

Eänwen bifurqua encore le regard, sombrant dans le vide. Mais Legolas l'a ramena à la réalité en empoignant délicatement son menton. Il planta son regard dans le sien.

- Savez-vous ce que cette personne m'a dit cette journée-là?

La jeune femme ne dit rien, le regard morne.

- Elle m'a dit d'une voix emplie de sagesse : « Comme vous le dites, peut-être que rien n'est éternel Seigneur Legolas. Mais je peux vous assurer que rien n'est sans espoir… »

Eänwen rit nerveusement. Il parlait d'elle-même évidemment.

- Alors, je vous dis ceci aujourd'hui chère Dame : rien n'est sans espoir. Vos camarades et votre frère sont peut-être dans une autre pièce dans un racoin de la forteresse où les Uruk-Hai ne pourront les trouver. Vous le savez vous-même, il y a quelques accès au bastion un peu partout dans la forteresse. Plusieurs couloirs et pièces arpentent ces murs et il y a de bonnes chances qu'ils soient tirés d'affaire.

Elle ne dit toujours rien.

- En tout cas, si ils sont aussi farouches et intelligents que vous l'êtes Dame Eänwen, je n'ai aucun doute qu'ils soient sains et saufs.

Eänwen afficha un air sceptique, mais un léger sourire anima ses lèvres.

- On dit que les heures les plus sombres sont celles qui précèdent l'aube, cita Legolas. Ne perdez pas espoir.

- Vous avez peut-être raison, dit-elle d'une voix enrouée, peu convaincue.

- J'ai toujours raison, dit-il en se relevant sur ses deux jambes.

Il tendit une main à la jeune femme pour l'aider à se relever.

- On dirait que je m'entends à nouveau, fit-elle en acceptant la main tendue. Normalement, c'est moi qui sors ce genre de réplique.

- Votre compagnie m'influence trop, je crois.

- Faites attention, ma compagnie peut devenir dangereuse, dit-elle avec le plus grand sérieux.

Legolas se détourna, faisant face à la salle.

- Je crois que je pourrais m'habituer… Dit-il en un murmure pour lui-même.

Eänwen n'entendit rien, tellement la voix de l'Elfe était basse. Elle voulut lui demander ce qu'il avait dit, mais un bruit sourd vint l'interrompre.

Tel un puissant tonnerre, la porte de bois branla sous les nouveaux coups des Uruk-Hai. Cela faisait quelques dizaines de minutes qu'on n'entendait rien de l'autre côté de la porte. Eänwen avait deviné que l'ennemi préparait un plan pour envahir le reste du bastion, pour donner le coup de grâce à la race des Hommes. Mais à présent, on pouvait distinctement entendre leur présence. Apparemment, vu aux coups répétés contre la porte, Eänwen devina qu'ils utilisaient un bélier pour détruire la porte de bois. Les autres Hommes dans la salle semblaient avoir eu la même réflexion que la jeune femme, puisqu'à présent, plusieurs d'entre eux étaient en train de consolider la porte. Même que Legolas lui avait gentiment faussé compagnie pour aider les siens. Ils utilisaient tous les objets à leur disposition : chaises, tables, poutres, coffre… tout pour bloquer la montée des Uruk-Hai.

L'aube était proche, mais les rayons du Soleil n'avaient pas encore percé l'horizon. Pour l'instant, Eänwen ne sentait aucune lumière percer les ténèbres pour rejoindre son cœur. Autour d'elle, tout était encore gris et triste. Le petit discours de Legolas avait eu son effet de la mettre sur ses deux jambes, mais une lourde léthargie gagnait son cœur à chaque instant.

- La forteresse est prise, déclara Théoden. Tout est fini.

- Vous avez dit que la forteresse ne tomberait pas tant qu'il y aurait des hommes pour la défendre! Il y en a encore, et de nombreux sont morts en la défendant! S'insurgea Aragorn à l'adresse de Théoden.

Eänwen imaginait les scènes qui devaient se dérouler un peu plus bas et plus profond dans les montagnes. Les femmes serrant leurs enfants tout contre elles, les cheveux blonds se mélangeant, les larmes qui coulaient. Même s'ils s'en sortaient, toutes auraient perdu un compagnon, un père, un frère ou un ami. Elle pensa à Eowyn qui devait brûler de ne pas pouvoir se battre.

- N'y a-t-il pas un autre moyen pour les femmes et les enfants pour sortir de ces cavernes? Y a-t-il une autre issue, s'agaça-t-il devant Gamelin, qui hésitait en regardant le roi; un roi perdu on ne savait trop où.

Un coup de bélier fit sursauter Eänwen. Le bois était à présent fendu à plusieurs endroits.

- Il y a un passage dans les cavernes qui mène aux montagnes. Mais ils n'iront pas loin, les Uruk-Hai sont trop nombreux.

- Faites dire aux femmes et aux enfants de passer dans les montagnes, et barricadez l'entrée!

- Autant de morts… Mais que peuvent les Hommes face à tant de haine? Coupa Théoden d'une voix sombre.

- Venez avec moi, proposa le Rôdeur. Venez à leur rencontre.

- Pour la mort et la gloire?

- Pour le Rohan. Pour votre peuple.

À ce moment, tel un fantôme revenu de l'au-delà, Eänwen vit le véritable descendant de Nùmenor rejaillir du passé. Grand, toute fatigue avait disparu de son visage, il se tenait haut, les yeux bleus brillant d'un éclat nouveau. Tout l'ancien courage, l'ancienne prestance des rois se retrouvèrent dans son maintien. C'était un nouvel homme qui se tenait là, droit et fier. L'effet était si saisissant qu'elle en demeura coite.

- Le Soleil se lève, fit remarquer Gimli.

Par les meurtrières, une pâle lueur jaillit, éternel prédécesseur du lever du Soleil. Eänwen y aperçut un bout de ciel bleu clair, annonçant l'éclat d'une belle journée. La jeune femme rit à cette pensée, qui sembla ironique vu la situation dans laquelle elle se trouvait. Mais elle se sentait soudainement sereine; elle préférait mourir en pleine lumière plutôt que dans une ombre rampante et épaisse. Elle jeta un coup d'œil rapide à Aragorn, qui sembla rempli d'un nouvel espoir.

- Oui, dit Théoden d'une voix assurée. Le Cor de Helm mes amis, va retentir dans le gouffre, une dernière fois!

- Oui! S'exclama le Nain en brandissant sa hache.

- Voici l'heure de tirer l'épée ensemble, ajouta le roi en posant sa main sur l'épaule d'Aragorn. Faisons de cette fin une épopée digne d'être chantée, s'il reste quiconque pour chanter nos exploits par la suite.

Pour Eänwen, elle vit dans cette scène l'alliance entre la grandeur et le courage des Hommes. Le Gondor et le Rohan affrontant la mort fièrement côte à côte, sans peur ni regret. Le véritable roi du pays du Sud s'était enfin réveillé, sortant de l'ombre pour enfin prendre la place qui lui était réservée depuis longtemps. Elle vit Gimli monter les escaliers menant au Cor de Helm. Il s'était chargé de souffler dans l'énorme instrument de guerre, pour lancer un message à l'ennemi : « Nous ne sommes pas morts, et notre vie ne vous sera acquise que très chèrement ».

Pendant ce temps, on avait fait venir des écuries des chevaux pour les gens réunis dans la salle. Eänwen y avait retrouvé dans la foulée son fidèle Rahom. Elle était si contente de le retrouver, lui, son seul repère familier dans toutes ces ténèbres dans lesquelles elle marchait à présent. Puis, le moment venu, ils se mirent tous en selle. En tout, ils représentaient près d'une cinquantaine de cavaliers. Rahom piaffa, semblable à sa maitresse que l'attente rendait irritable. Tout près d'elle, Legolas siégeait seul sur sa selle. En avant, Théoden et Aragorn menaient la cortège de cavaliers.

- Cruauté réveille-toi, rugit Théoden. Qu'importe le courroux, qu'importe la ruine et que l'aube soit rouge!

Le cor retentit dans toute la forteresse, dans tout le Gouffre; puissant, il fit trembler toutes les pierres, du plus haut de la montagne jusque dans les cavernes scintillantes, faisant naître le doute chez leur ennemi. Eänwen entendit un tambour, son cœur battant au rythme du nouvel espoir qui circulait dans ses veines. La jeune femme dégaina un de ses longs poignards, sa lame brillant à la lumière du Soleil. Jamais elle n'avait vécu un moment pareil. Elle respirait la liberté et la force des Hommes, se sentant soudainement inspirée par leur courage. Sous ses doigts, elle sentit Rahom se crisper plusieurs fois, excité par l'atmosphère. Pendant un instant, elle crut véritablement qu'ils allaient s'en sortir. Puis, un vent de courage et d'espoir souffla quand la porte de bois céda en concert avec le crépuscule du puissant cor. Théoden leva son épée et s'écria :

- Pour Eorlingas!

Puis, ils chargèrent; ils se jetèrent sur leurs ennemis. À l'extérieur, l'air était frais et clair, mais à leurs pieds, le sol était jonché d'Uruk-Hai menaçant. Ils descendirent des portes en un grondement, franchirent la chaussée à fond de train et passèrent à travers les rangs de l'Isengard comme un vent de tempête dans l'herbe. Le vent claquait sur les étendards du cheval blanc sur fond vert; le Rohan dans toute sa gloire, dans toute sa grandeur. Être à cheval leur conférait un avantage certain. Sans peur, les chevaux de la première ligne foncèrent dans les Uruk-Hai, les bousculant violemment contre le sol. Puis, sans aucune pitié, les chevaux des lignes arrières piétinèrent les corps éparpillés sur le sol. Une deuxième fois, Eänwen entendit le Cor de Helm résonner dans la forteresse, son chant faisant battre les cœurs et le mince espoir qu'il leur restait. Du Gouffre revinrent les échos, coup après coup, comme si quelque puissant héraut se tenait sur chaque falaise, sur chaque colline. Mais sur les murs les hommes levaient la tête, écoutant avec étonnement; car les échos ne mouraient pas. Les sonneries de cor continuaient à retentir parmi les collines; plus proches et plus puissantes à présent, elles se répondaient l'une à l'autre, férocement et sans obstacle.

Le roi et ses compagnons poursuivirent leur course. Capitaines et champions tombaient ou fuyaient devant eux. Ni Uruk-Hai ni autres créatures ne leur résistaient. Les ennemis présentaient le dos aux épées et aux lances des Cavaliers, et leur face à la vallée. Ils poussaient des cris et des gémissements, car la peur et un grand étonnement les avaient envahis avec le lever du jour.

C'est ainsi que le Roi Théoden descendit de la Porte de Helm et se fraya le chemin jusqu'au grand Fossé. Là, la compagnie fit halte. La lumière devint brillante alentour. Des rayons de Soleil flamboyaient au-dessus des collines de L'est et miroitaient sur leurs lances. Mais ils restaient silencieux en selle, contemplant d'en dessus la Combe du Gouffre.

Puis, tout alla très rapidement.

Eänwen, tenant sa bride de la main gauche, frappait tout ce qu'elle pouvait grâce à son long poignard. Rahom, aucunement effrayé, bousculait et piétinait tout sur son passage, tels les pires vents d'une tempête de sable. La jeune femme vit que peu de temps après, d'autres cavaliers sortirent de la forteresse sur le dos de leurs chevaux pour leur venir en aide.
Mais encore une fois, ils étaient trop peu nombreux.

Et puis, elle entendit une voix proche crier « Regardez! ». L'Homme près d'elle, au visage fatigué et salit par le sang et la terre, avait un sourire fendu jusqu'aux oreilles. Suivant son regard, Eänwen vit en haut de la plus haute colline du flanc de la montagne un cavalier blanc. Nimbé dans une lumière dorée, elle y reconnut le magicien Gandalf qu'elle avait rencontré à Edoras, sa cape liliale volant derrière lui. Le cheval se cabra; son hennissement se répercutant partout dans la vallée. Progressivement, tous les combats s'arrêtèrent tellement que les Uruk-Hai et les Hommes étaient subjugués par cette soudaine apparition. Le regard toujours fixé sur ce miracle, Eänwen n'en perdit pas un moment. Derrière Gandalf, elle vit un Homme le rejoindre : « Eomer » d'après ce que Théoden avait dit près d'elle. Puis, toute une ligne de cavaliers se joignit derrière les deux hommes, prêts au combat.
Et puis, dans un ultime cri lointain, vibrant et retentissant, les renforts s'élancèrent dans la pente abrupte de la montagne. Menés par le Magicien Blanc, des centaines, peut-être même un millier de cavaliers dévalèrent vers la forteresse. Ils galopaient au rythme de leur cœur; au rythme de la liberté, du courage des Hommes. Les sabots se répercutant contre la pierre, la vitesse enivrante accroissant leur volonté de vaincre. Eänwen sentit soudainement la crainte augmenter dangereusement chez leur ennemi, mais l'espoir grandissait dans son cœur.
Peut-être n'allait-elle pas mourir finalement.

Voyant le danger arriver, les Uruk-Hai se détournèrent quelque peu des Rohirrims déjà présents et se tournèrent vers la marée de cavaliers. Armés de leurs dangereuses lances crochues, ils se mirent en position, arme levée et prête à solidement enfourcher le premier Homme venu.
Cependant, une mauvaise surprise les attendait.
Tel le plus beau des miracles, la magie de la Nature opéra. Au sommet de la colline, la décente des cavaliers coïncida avec la naissance du Soleil levant, étincelant dans sa lumière dorée. Les Uruk-Hai furent aussitôt aveuglés, déconcertés et confus.
Ensuite, ce fut l'impact. Le bien et le mal; la lumière et l'ombre se fondirent en une immense masse chaotique. L'équilibre fut soudain débalancé. Le Cavalier Blanc était sur les ennemis, et la terreur de cette venue répandit sur eux la folie. Tous tombèrent face contre terre. Les Uruk-Hai chancelèrent, hurlèrent, et jetèrent épée et lance. Les Rohirrims prirent rapidement le dessus sur l'armée de Saroumane, maintenant surclassée en nombre. En moins de quelques heures, ils avaient mis leurs ennemis en débandade. Contre toutes les attentes, les Hommes remportèrent cette bataille, jugée à première vue vouée à l'échec. Cette victoire, pour le moins inattendue, s'écrira dans les pages d'histoire pour encore des centaines d'années à venir. Aucune des personnes présentes n'oubliera ce jour où le premier véritable pas vers l'ultime victoire fut franchi.
Mais cela, ils ne le savaient pas encore à ce jour.
Pendant ce temps, on savourait le moment. Les cris de victoires jaillirent, les éclats de rire revinrent; ivres de bonheur. Leurs regards redevinrent éclatants, animés d'une seconde vie. Leurs cœurs battaient à nouveau au rythme de la vie, et non à celui de la crainte et de la mort. Aujourd'hui, demain et encore pendant longtemps, seraient des jours de fêtes et de célébration.

Mais pas pour Eänwen. La jeune femme n'avait toujours pas retrouvé Astaldo et ses frères d'armes dans la foulée. Pendant que les autres autour d'elle célébraient en chassant les Uruk-Hai vers l'extérieur du Gouffre, Eänwen voyait toujours gris. Malgré toutes les belles paroles que Legolas lui avait dites un peu plus tôt, rien n'était lumineux ou joyeux pour elle à ce moment. Dans la tête de la jeune Haradrim, c'était le début d'une longue et dure période de deuil. Mais bien que les sombres pensées qui l'envahissaient, elle continuait à se battre du haut de son cheval. Le regard morne, elle s'acharna sur ses derniers ennemis en y déversant toute l'amertume et la rage qui siégeaient dans son cœur.

Cependant, après un moment, elle vit les derniers survivants de l'armée de Saroumane prendre leurs jambes à leur cou et fuirent vers le Nord. La jeune femme rangea son poignard et empoigna solidement la bride sous ses doigts. Sous elle, Rahom se mit à galoper dans la direction que les derniers Uruk-Hai avaient prise et il suivit la masse des autres cavaliers qui allait dans le même sens. Eänwen se fraya un chemin parmi les premières rangées et eut la grande surprise de retrouver en face d'elle, à la place d'une grande vallée herbeuse, une immense forêt luxuriante et sombre qui s'étendait à perte de vue.

- Restez hors de la forêt! ordonna Eomer. N'approchez pas des arbres!

- Mais qu'est-ce que cette sorcellerie? chuchota Eänwen pour elle-même.

La terre avait radicalement changé. Là où auparavant s'étendait la vallée verdoyante dont les pentes herbeuses léchaient les collines, apparaissait à présent une forêt. De grands arbres, dépouillés et silencieux, se dressaient en rangées innombrables avec leurs branches emmêlées les unes aux autres et leur tête charnue; leurs racines tordues disparaissaient dans la terre brunâtre. En dessous d'eux s'étendait une obscurité sans fin, ténébreuse et rampante. Telle une fumée noire poussée par un vent, les Uruk Hai s'enfuirent. Ils passèrent en gémissant dans l'ombre des arbres en attente; et de cette ombre, nul ne ressortit plus.


À présent, le moment était venu de nettoyer le Gouffre; une tâche ardue certes, mais que plusieurs firent avec le sourire. La race des Hommes était encore sauve, alors tout allait pour le mieux dans le cœur des Rohirrims. Ils avaient réussi l'impossible, et cela, personne ne pourrait leur enlever l'exploit.
Le décompte des morts fut sinistre. On compta que plus de la moitié des combattants rohirrims avaient péri durant la nuit. Des fosses furent creusées; des tertres furent élevés en mémoire au courage et à la vaillance de ceux qui s'étaient éteints dans cette nuit noire. Pour les Uruk-Hai, on assembla des monticules et on brûla leur corps au grand jour.
Mais le plus triste fut pour les Elfes. Très peu avait survécu. Pour les centaines qui avaient franchi la porte le soir précédent, seulement une vingtaine put repartir. Les Elfes qui s'étaient éteints furent ensevelis sous le Soleil de midi dans un tertre commun au pied des Montagnes Blanches. Le Roi Théoden leur fit un grand hommage, sa voix sombre et chancelante sous l'émotion. Il y avait quelque chose à la fois d'illogique et révoltant de voir ces êtres immortels étendus là, le corps transpercé ou tailladé, mais qui gardait tout de même une immuable beauté. On grava dans la pierre quelques mots d'adieu et on écrit la date de la mort, pour que ce jour reste gravé dans les mémoires; le jour de la Dernière Alliance entre les Elfes et les Hommes, victorieuse fut-elle.

À présent, Eänwen se promenait dans le bastion. On n'avait pas encore tout à fait débarrassé l'intérieur de la forteresse; seules la vallée, la chaussée et la grande cour derrière le Mur avaient été dénudées des morts. Le regard morne, elle cherchait sans espoir les corps de ses amis parmi les centaines qui gisaient sur le sol, amoncelés. La pierre était teinte de sang, que la pluie n'arrivait pas à laver, et que des dizaines d'années n'arriveraient pas à effacer, témoignage de la souffrance et de la ténacité des Hommes. Tant de violence, tant de haine. Elle vit de leurs yeux éteints un vide un profond néant dénudé de toute vie. Aucune lumière n'y brillait, leurs expressions figées dans une éternelle géhenne. La mort avait soudainement un goût très amer aux yeux de la jeune femme. Mais pour elle, la pauvre n'avait guère une meilleure mine. De grands cernes s'étiraient sous ses yeux ternis et sa lèvre inférieure était fendue. Sa lourde tresse noire s'effilochait dans son dos et plusieurs mèches rebelles pendaient devant son visage. La terre et le sang parsemaient sa peau basanée, ses muscles douloureux répondant avec difficulté à chaque pas qu'elle faisait. Son armure était déchirée et fendue à plusieurs endroits, ses bottes tâchées de poussières par la foulée de ses pas. L'expression « L'habit de fait pas le moine » n'était pas de mise cette fois-ci. L'allure d'Eänwen représentait bel et bien son état d'âme : rompu et en loques.

Découragée, Eänwen se laissa glisser le long d'un mur à l'ombre du Soleil et s'appuya sur ses genoux, la tête entre les mains. Presque plus aucun espoir ne l'habitait à présent… Elle attendait avec appréhension le moment où Legolas viendrait la voir et lui annoncerait qu'ils avaient retrouvé les corps de son frère et de ses amis. Elle se répéta la scène des dizaines de fois dans sa tête, à chaque fois de plus en plus ténébreuse. Toujours cachée derrière ses bras, elle essuya une ixième larme qui perlait sur le rebord de ses yeux gris et relâcha un profond soupir, lourd d'amertume et de tristesse.

Puis, comme sortie d'une transe, elle entendit une voix familière; lointaine, mais à la fois tout à fait reconnaissable. La jeune femme releva la tête et Le vit au loin. Il était dos à elle, parlant tout bonnement avec d'autres personnes; mais elle ne les vit pas. Toute son attention était portée vers Lui, comme si son corps luisait d'une douce lumière et que tout autour était profondément caché par un brouillard. Sa voix, Son rire, Ses cheveux, Son habit… Lui.
Oui… Eänwen en était sûre. C'était son frère.

Un sourire béat s'étira sur les lèvres de la jeune femme, son cœur explosa dans sa poitrine. Un peu trop brusquement, elle se releva et courut jusqu'à lui. Tel un enfant, elle cria d'une voix aiguë et cristalline :

- ASTALDOOOOOO!

Ce dernier eut tout juste le temps de se retourner pour attraper sa jeune sœur qui lui sautait dans les bras. Il les referma autour de son dos, enfouissant son visage dans son cou.

- Eänwen… fit-il en un souffle, soulagé.

Il l'a déposa délicatement sur le sol et l'a regarda dans les yeux.

- Chère sœur, je suis tellement content de…

Il fut soudainement interrompu par le regard démoniaque que la jeune Elfe lui envoyait. Il ne vit pas le coup venir. La main d'Eänwen vint s'aplatir durement contre la joue gauche du jeune homme, retentissant comme un coup de fouet contre les murs de pierre. Surpris, Astaldo porta une main à sa mâchoire endolorie, le regard rempli d'incompréhension. Eänwen était toujours là, un doigt pointé vers lui, une main sur sa hanche droite; telle une mère qui gronde son fils.

- Mais… Qu'est-ce que…

- Ne me refait plus jamais ça! Fit-elle en insistant sur chaque syllabe.

- Mais… de quoi tu parles?

Eänwen fit mine de ne pas l'avoir entendu. Elle bifurqua son regard vers ses confrères qui se trouvaient derrière lui.

- Et vous non plus! Vous m'avez foutu une de ses frousses!

- Tu sais très bien qu'on ne t'abandonnerait pas comme ça, dit Derek en s'avançant d'un pas.

- On ne voudrait pas te laisser toute seule dans cet endroit de malheur! Fit Kuilo, un sourire moqueur sur les lèvres.

- Tu nous pensais vraiment morts? Demanda Mosta plus sérieusement.

Eänwen leva les deux bras dans les airs.

- Cela fait depuis l'aube que je suis à votre recherche! J'ai eu le temps de désespérer des centaines de fois avant de vous retrouver!

- On n'était pas si loin que ça.

- Où étiez-vous cachés? Vous n'étiez même pas dans la salle principale… je croyais vous y retrouver, mais…

Le reste de sa phrase s'évanouit dans les sanglots qui émergeaient de sa gorge, les souvenirs douloureux de ce matin refaisant surface dans sa mémoire. Elle sentit Astaldo venir l'a prendre par les épaules.

- Nous étions cachés dans l'infirmerie avec d'autres Hommes et Elfes. Nous l'avons défendu de toutes nos forces jusqu'à l'avènement de l'aube. Ça n'a pas été une tâche facile.

- Kuilo a failli se faire décapiter… deux fois! Fit remarquer Astaldo à l'oreille de sa jeune sœur.

- Même pas vrai! Protesta Kuilo.

- Je suis persuadée que oui!

- Pfff!

- Fait pas ton innocent Kuilo! fit Mosta. Le plus important de tout, c'est qu'on soit tous en vie.

- Ce fut une dure nuit… pour nous tous je crois, ajouta Eänwen.

- Oui… nous devons nous considérer chanceux d'être encore tous là, dit Astaldo.

- Ce n'est pas de la chance! Dit Kuilo. C'est que nous sommes trop forts!

- Ouais, c'est ça… fit Eänwen en levant les yeux au ciel, découragée.

- Vous savez quoi? Dit Astaldo. Soyons logiques : cela tient presque du miracle que nous avons survécu jusqu'ici.

- Du miracle? Demanda Mosta.

- Je crois plus que quelqu'un veille sur nous, là-haut, continua Astaldo en pointant vers le ciel.

- Là-haut? Qu'est-ce que tu veux dire? Demanda un autre.

- Je ne sais pas… dit Astaldo. Un pressentiment que j'ai. Tu sais, c'est pratiquement impossible…

Le reste de la phrase se perdit dans les pensées d'Eänwen, n'écoutant la conversation que d'une oreille distraite.

Pressentiment… Le mot se répercuta dans sa tête à plusieurs reprises, telle une lumière émergeant des ténèbres.
C'était bien un pressentiment qui avait forcé Eänwen à quitter son poste, non? À combattre Lurtashn et à finalement, sauver Haldir. Mais qu'est-ce… Quelque chose… ou quelqu'un l'avait poussé à faire tout cela.

- Là-haut? Tu veux parler de ton… entendit-elle.

C'était Kuilo qui s'était arrêté un beau milieu de sa phrase, soudainement mal à l'aise. Eänwen planta son regard dans le sien, puis fit le tour de ses compagnons. Tous pensaient la même chose. Elle finit par son frère, qui lui lança une œillade bien fraternelle et souriant. La jeune femme se sentait de plus en plus légère, mais en même temps, un curieux sentiment l'envahit; comme s'il manquait quelque chose au puzzle. Elle porta distraitement une main à la broche en forme de serpent qui ornait sa cape et commença à en tracer les contours. Elle leva les yeux vers le ciel. Quelques nuages moutonnés parsemaient la coupole bleue, les rayons du Soleil les traversant de sa douce lumière dorée.

- Père? murmura-t-elle pour elle-même.


Je sais! Une fin trop kitch, dégueu et peu élégante… mais bon, faut faire avec. J'étais écœurée de travailler sur ce chapitre, j'avais hâte d'en commencer un autre. Ah je suis contente d'avoir terminé cette partie…
Après c'est Saroumane non ? Visite en Isengard qui promet !

ET AUSSI, j'ai respecté la volonté d'une de mes revieweuses (ça s'écrit comment cette chose ?) en laissant Haldir en vie. Elle m'avait sortit comme raison que les Elfes de la Lorien n'étaient même pas supposés être présent à la Bataille de For-le Cor… donc, pourquoi le tuer ?
Alors, disons tous un gros merci à : Alihosty ! (main d'applaudissement)
Et franchement, je trouve que c'était une bonne idée… ça donne d'autres idées de scénarios ! :P

Alors, merci d'avoir lu ce chapitre.
N'oubliez pas le petit bouton juste en dessous ici, histoire qu'il ne se sente pas trop délaissé !