Disclamer: Rien n'est à moi, sauf ce que vous savez déjà. Le reste appartient à J.R.R. Tolkien et Peter Jackson. Ne soyez pas surprit d'y retrouver certains passages.

Encore un chapitre tardif, et pour être honnête, qui n'avance pas grand chose dans l'histoire.
Il est plutôt comique, j'espère que vous aimerez.
Bon peu importe, je vous laisse à votre lecture!

-xxx-


Chapitre 14: Départ (plutôt nul comme titre non?)

Les premières lueurs du Soleil perçaient les meurtrières de la salle du trône de la forteresse encore endormie. Le jour venait de se lever de derrière l'horizon, mais tout semblait encore immobile à l'intérieur du bastion. Des corps endormis profitaient de leurs derniers instants de sommeil avant que la journée ne commence pour de bon. Quelques silhouettes emmitouflées sous les couvertures remuaient dans la lumière naissante, les dernières bribes de rêve s'évanouissant dans l'air. Dans un coin de la salle, une chevelure noire et en désordre se releva difficilement de son matelas. Prenant appui sur un bras, Eänwen s'étira de tout son long et bâilla grandement, son corps encore engourdi par le sommeil. Cependant, cédant à son esprit ensommeillé, elle se laissa lourdement tomber sur son oreiller dans un soupir de soulagement. Bien qu'Eänwen avait tout de même décidé de « dormir » dans le sens « humain » du terme, elle sentait encore un peu de fatigue dans son esprit et son corps.

C'était la journée de leur départ pour l'Isengard. La route ne serait pas longue, peut-être deux jours si on s'arrêtait pour la nuit. La jeune femme sortit un de ses livres et regarda attentivement une carte qu'elle étendit devant ses yeux. Elle estima que Gandalf allait les faire passer par les vastes plaines de l'Ouest Emnet, et non par la Vieille route du sud, qui serait trop visible par l'Ennemi. Ensuite, il passerait sûrement par la forêt de Fangorn tout en suivant l'Isen, qui les mènerait enfin jusqu'à la tour d'Orthanc. Eänwen ne pouvait attendre le lendemain, où elle rencontrerait enfin ce magicien, ce Saroumane. Un mélange de peur et d'excitation hantait son esprit. Elle redoutait le magicien, ce qu'il allait lui dire. Mais cette peur inspirait une attente n'attendant que d'être comblée…

Mais soudainement, un ronflement tonitruant la fit sursauter de son matelas. Se retournant vers sa droite, elle vit Kuilo endormi… En fait, un Kuilo qui semblait dormir malgré sa position dangereusement sujette à provoquer l'hilarité de quiconque le regardait. Il dormait comme un bébé, la bouche grande ouverte, un filet de bave pendant dangereusement, son visage à moitié écrasé dans son oreiller, semblant encore loin, très loin dans les vapes. Derrière lui, Eänwen vit Derek dans une position très semblable à celle de son compagnon, mais la bave en moins. Elle se rendit même très vite compte que tous semblaient encore endormis dans des positions des plus bizarres les unes que les autres, toujours dans le pays des rêves. La bataille de l'avant-veille les avait certainement épuisés…

Silencieusement, elle commença à se sortir de ses couvertures et regretta immédiatement la chaleur de celles-ci; il faisait un froid de canard dans le coin! Rapidement, elle emballa ses affaires et rangea son oreiller dans son sac, qu'elle balança nonchalamment sur son dos. D'un pas silencieux, elle évita les corps endormis et rejoignit la porte. Elle prit délicatement la grosse poignée et une fois la porte ouverte, elle se glissa derrière et la referma sans faire le moindre bruit.

À l'extérieur, Eänwen ajusta sa cape sur ses épaules; le vent frais annonçait une journée plutôt froide. Son souffle se condensait sous ses lèvres, malgré le mois des pluies tout juste naissant. De plus, quelques nuages sombres parsemaient l'horizon, présageant une journée menaçant d'être tous sous la pluie.

Et quoi de mieux que de voyager tout trempé? Soupira la jeune femme.

Légèrement découragée, elle partit se trouver quelque chose à manger. Elle vit rapidement qu'on servait de la nourriture à la place centrale. La jeune femme alla se servir un bol fumant de soupe et un bout de pain. Elle mangea le tout avec appétit et continua son chemin à travers le bastion, bol en main.

Quand la jeune femme arriva à l'entrée principale, elle vit un rassemblement de personnes au seuil de la grande porte. Elle y vit Haldir et ses sublimes compagnons, peu étaient-ils malheureusement, qui lui faisaient dos. Leurs longues chevelures d'or luisaient sous le soleil levant et leurs voix portaient gracieusement au creux du vent. Ils étaient en train de dire au revoir aux autres qui les entouraient. Parmi eux, Eänwen reconnut Gimli, Aragorn et Legolas, ces deux derniers visiblement très touchés par le départ immédiat d'Haldir. À leur côté, la jeune femme vit le Roi Théoden et Gamelin; Eomer et Eowyn se tenant un peu plus à l'écart. Chacun d'entre eux avait une lueur de tristesse dans le regard; ce n'était pas normal de voir si peu d'Elfes repartirent ainsi au lendemain d'une bataille. Même que pour certains, c'était peut-être la dernière fois qu'ils voyaient des Galadhrims.

Eänwen, sans trop s'annoncer, s'approcha par-derrière et vint à la rencontre du seigneur.

- Alors, sire Haldir, vous partez déjà?

Esquissant d'un sourire, Haldir se retourna vers la jeune femme.

- Dame Eänwen, salua-t-il. Vous avez passé une bonne nuit?

- Oui, répondit-elle. Mais vous, comment se porte votre blessure?

- Il me faudra les soins particuliers des Elfes de la Lothlórien pour que je puisse être sur pieds à nouveau…

- Cela veut dire que vous nous quittez pour de bon? S'attrista la jeune femme.

- Malheureusement oui, confirma-t-il. Nous retournons dans nos terres où nous pourrons enfin nous reposer sans ennui immédiat, avant que les derniers bateaux ne quittent la Terre du Milieu.

- La présence des Elfes va terriblement manquer à tous.

- Notre temps est révolu. Mais celui des Hommes ne fera que commencer suite à notre départ. Si vous gagnez cette guerre, l'âge de la domination des Hommes sur Arda fleurira à jamais.

- Et sans aucun doute, nous réussirons.

Pendant un instant, les deux Elfes se fixèrent intensément, une même lueur brillant dans leurs yeux; un reflet de confiance, de détermination, de réussite.

- Pardonnez-moi ma réaction exagérée hier soir, s'excusa Eänwen.

- Il n'y a rien à pardonner, sourit-il. Mon attitude n'a pas été très reluisante non plus…

- Vous allez nous manquer, vous savez?

- D'ici notre départ vers la mer, vous serez toujours la bienvenue en Lothlórien, tout comme vos compagnons.

Eänwen esquissa d'un sourire attendri.

- Je ne vous dirai d'adieu seigneur Haldir, puisque nous nous reverrons d'ici la fin. C'est une promesse.

- Je vous ferai tenir votre promesse, sourit Haldir.

- Alors, un simple au revoir serait-il approprié?

- Bien entendu. Et d'ici notre prochaine rencontre, puissent les Valars vous protéger Dame Eänwen, dit-il en s'inclinant devant elle.

Il lui prit sa main, et délicatement, embrassa sa peau brunie.

- Vous de même, sire Haldir, vous de même…

Ainsi, les Elfes quittèrent la forteresse. Au seuil de la grande porte, Eänwen et les autres virent disparaître derrière le flanc de la montagne une quinzaine de silhouettes, droites et fières sur leur destrier. Ils partirent quelque part vers le nord, pour rejoindre leur terre natale, la Lothlórien. La route serait longue et silencieuse pour eux, lourdes-en émotions et réflexions. Sans pause, ils chevaucheraient jusqu'à chez eux, où sera comblé le trou qui s'était creusé dans leur cœur… La douleur du deuil était trop récente pour qu'ils puissent se permettre de rester plus longtemps en Rohan. Même qu'à leur départ, l'amertume et le chagrin se lisaient dans leurs yeux, soustrayant Eänwen à échapper quelques larmes.

Les voir ainsi anéantis réveilla d'anciennes tristesses à la jeune Elfe. Les larmes qu'elle versa n'étaient pas seulement destinées aux disparus du Pays d'Or, mais à la perte qu'elle avait vécue, quelques semaines auparavant. Il lui manquait, sa présence, son odeur, sa voix, son âme… Tout lui manquait.

Sous peine de s'étrangler dans ses sanglots si elle parlait à quiconque, elle se retourna vivement et revint à l'intérieur de la forteresse. Eänwen se fraya un chemin à travers les gens, bousculant légèrement ceux qui étaient sur sa voie. Solitaire, elle se déplaça à l'ombre des regards et se faufila à travers la foule naissante.

Mais avant qu'elle ait pu rejoindre l'écurie, la jeune femme sentit quelqu'un la retenir par le bras. Elle se retourna, et vit son frère, Astaldo. Il alla lui dire quelque chose, mais son sourire se décomposa quand il vit que des larmes coulaient sur son visage.

- Hey, qu'est-ce qui se passe?

D'une petite voix, Eänwen lui répondit difficilement.

- Les Elfes sont partis…

Astaldo eut une mine confuse,

- Tu pleures pour… ça? On va les revoir, faut pas s'inquiéter!

Les sourcils froncés, elle releva sa tête et lui lança un regard incrédule, une grimace d'incompréhension sur son visage.

- Non!

- Mais, c'est ce que tu viens de me dire!

Eänwen secoua la tête, replongeant son visage contre la poitrine de son frère.

- Ils étaient seulement une quinzaine à partir, alors qu'ils étaient deux cents à leur arrivée… expliqua-t-elle.

- Oui, ça je comprends, dit-il. Mais ce que je ne saisis pas, c'est que ça t'affecte autant!

- Ils avaient l'air si tristes, si détruits…

- C'est ça qui t'as rendue dans cet état?

- Pas exactement… répondit-elle. C'est que, ça m'a fait repenser à…

Sa voix flancha sous la pression. Ses respirations devinrent difficiles et elle eut des hoquets sous l'intensité de ses émotions. Quand il vit que la situation dégénérait, Astaldo se décolla d'elle et se mit à son niveau, ses mains sur les épaules de sa sœur.

- Qu'est-ce qui s'est passé? À quoi ça te faisait penser? S'alarma-t-il.

Eänwen hésita. Elle planta ses yeux larmoyants dans les siens, ternis par le chagrin et la douleur.

- À père…

La jeune femme baissa les yeux et les cacha derrière ses mains. Astaldo l'attira vers elle et la calla contre sa poitrine, ses bras protecteurs autour d'elle.

- Oh… fit-il simplement.

Il ferma les yeux et serra sa sœur contre lui.

- Ça va aller… C'est très difficile pour tout le monde…

D'une main délicate, il sécha ses larmes du bout des doigts.

- Je sais, lâcha-t-elle.

- Essaie de te ressaisir. Vous partez dans moins d'une heure...

Et il murmura à son oreille :

- Et, faudrait pas que ton beau blond se trouve une autre excuse pour te mener la vie dure s'il te voit ainsi, non? Sourit-il.

Astaldo avait toujours le don de faire de l'humour dans les moments les plus émotionnels, malheureusement pour la jeune femme.
Eänwen releva la tête, offusquée. Et puis d'un même mouvement, elle se détacha de lui et le frappa maladroitement à la poitrine.

- Mais pour qui j'me prends, monsieur le grand frère?

- Justement!

- Tu vas me laisser tranquille un jour avec ça?

- Peut-être que oui, peut-être que non…

- Ce que tu peux être insupportable des fois!

Sous les rires d'Astaldo, sa petite sœur continua de lui assener des coups de poing inoffensifs. Et comme réponse, il l'empoigna solidement par la tête, la calla sous son bras, et grâce à sa main, il lui administra quelques frottements rigoureux sur le dessus de sa tête.

- HEY!

- Ça t'apprendra à contredire l'autorité! S'exclama-t-il entre deux rires.

- Non mais… AOUCH! Ça fait mal! Protesta-t-elle.

- Hein?

- ÇA FAIT MAL!

- Quoi? Qu'ai-je entendu? Demanda-t-il, innocent comme un enfant.

- Arrête! Exigea la jeune elfe.

- Arrête… quoi?

- Pourrais-tu arrêter s'il te plait? AOUCH!

- Mais encore?

- Pourrais-tu arrêter s'il te plait, mon grand frère d'amour que j'adore à la folie? Récita-t-elle les dents serrées.

- … à la folie? S'enquit-il.

Il arrêta sa torture, tout en gardant sa sœur sous l'emprise de son étau. Il s'abaissa à son oreille, le regard moqueur.

- … à la folie? C'est encore plus que Legolas alors?

Frustrée et à bout de nerfs, Eänwen jura fortement, se dégagea de sa domination et se planta devant lui, les poings serrés. Astaldo, avec une bonne tête de plus qu'elle, la surplomba de tout son long malgré la bonne volonté de sa jeune sœur à vouloir prendre de l'extension verticale.

- Comment oses-tu? Demanda-t-elle.

- Et dire que ça commençait à sentir le brûlé… dit-il avec un sourire suffisant, ses doigts à ses narines.

La bouche grande ouverte, offusquée, Eänwen brandit son doigt vers son frère, menaçante.

- Toi… tu, tu… tu vas le regretter!

- Les promesses, les promesses!

- T'es irrécupérable!

- Pourquoi ai-je une sensation de déjà vu? Dit-il d'un air faussement pensif.

Eänwen finit par croiser les bras, le regard sceptique. Chacun de leur côté, ils s'affrontèrent du regard.

- T'as fini tes conneries? Demanda-t-elle.

- T'as fini tes enfantillages? Demanda-t-il du tac au tac, le sourire aux lèvres.

Elle secoua la tête, découragée. Astaldo, moqueur, imita son mouvement.

- On va continuer comme ça très longtemps?

- Mais, c'est toi qui as commencé! Protesta-telle.

Astaldo releva le sourcil, pas convaincu.

- Mouin… on va dire.

- Merci.

Un léger silence s'installa.
Mais pas pour très longtemps. Ils échangèrent un sourire et la dispute fut déjà passée : c'est comme cela entre frère et sœur.

- Alors, soyons sérieux. Tu pars quand là?

- Je ne sais pas, répondit-elle, faudrait demander à Gandalf.

- Pas très longtemps d'après moi. Les gens recommencent à s'assembler devant la grande porte.

- Ah oui? Déjà? S'enquit Eänwen en jetant un coup d'œil derrière elle.

- L'aube est levée depuis quelques heures; je crois que le temps est venu, dit-il le regard perdu quelque part dans la vallée. Tu vas faire attention à toi, hein?

Il ramena son regard vers elle. La jeune femme remarqua bien qu'il était inquiet, mais n'insista pas.

- Je vais aller rassembler mes affaires. Tu me joins à l'entrée tout à l'heure?

- Bien sûr…

Eänwen se retourna et partit pour les écuries où Rahom l'attendait.
Astaldo suivit sa jeune sœur des yeux, jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière une porte. Il esquissa d'un sourire, et fit parcourir son regard sur la foule qui commençait à s'assembler devant lui en contrebas. Il y erra pendant un moment, cherchant des visages qu'il connaissait. Il en reconnut quelques-uns, dont le roi Théoden et Gandalf.
Cela faisait près de trois semaines qu'ils s'étaient embarqués dans cette aventure à l'aveuglette, suivant sa jeune sœur sans trop poser de questions. L'idée semblait folle, mais avait donné de bons résultats. Cependant, le jeune commandant ne se sentait pas tout à fait à sa place. Les gens continuaient à les considérer comme des étrangers, même des espions pour les plus coriaces. Astaldo leur accordait qu'il devait être bizarre pour certains de voir une dizaine de voyageurs ayant pour pays natal l'Haradwaith, une province ennemie, venir cogner à leur porte en l'honneur d'accomplir les derniers vœux d'un mourant.
Ouais, un peu louche.

Mais bon, dans les réflexions du jeune homme, il était clair qu'ils n'étaient pas encore bienvenus parmi le peuple du Rohan. Et il n'osait même pas encore imaginer la réaction des Gondoriens, et surtout de leur intendant, face à cet « affront » du Roi Théoden de les avoir laissés voguer librement sur leurs terres.

Cependant, quelque chose lui fit croire qu'il n'avait encore rien vu.


Cape vêtue, Eänwen franchit le seuil de l'écurie. La bride de Rahom à la main, la jeune femme respira un bon coup l'air frais de la montagne, contrastant grandement avec l'air enfermé et humide de l'écurie. Son éternel sac à bandoulière était sagement rangé dans la fonte accrochée à la selle de son destrier, prêt au départ. Chaperon abaissé, ses cheveux de jais étaient tendrement tressés, découvrant son visage basané et ses yeux de tempête. Quelques mèches rebelles pendaient de chaque côté de son visage, témoins de sa désinvolture. Sous sa lourde cape d'ébène, par ses ouvertures le souffle du vent laissait entrevoir sa tunique pourpre, finement ficelée de lignes dorées et d'ombres. Ses deux poignards, attachés à sa ceinture de cuir, pendaient sur chaque côté de sa fine taille qui mouvait gracieusement aux mouvements de ses hanches. Contre le sol de pierre, ses hautes bottes de voyage, claquant au rythme de ses pas, frémissaient à l'idée de repartir à l'aventure par les grandes plaines verdoyantes du Rohan.

Se frayant un chemin parmi la foule qui se rassemblait devant la porte, elle réussit à percer vers le milieu où le Roi Théoden parlait à son peuple d'Edoras, et leur promettait d'être bientôt de retour. La jeune Elfe passa derrière et se mit à l'écart des autres, attendant patiemment le départ.
Rapidement, elle vit Gandalf s'approcher bâton à la main, accompagné par un cheval blanc qui le suivait derrière. Ses traits étaient tirés, la fatigue se lisait sur les fines rides aux coins de ses yeux. Les sourcils froncés, quelques lignes se formaient sur son front, témoins de son état pensif. Eänwen jugea que le chemin que le magicien avait emprunté pour retrouver le Seigneur Eomer à travers les vastes plaines du Rohan avait dû être long et fastidieux pour le vieil homme.
Cependant, malgré les apparences, quelque chose lui dit qu'il en savait plus de ce qu'il voulait bien avouer…
Se sentant observé, il releva les yeux vers Eänwen, ses deux pupilles céruléennes se dilatant avec un léger sourire.

- Aahhh, bon matin Dame Eänwen, salua le magicien.

- Bonjour.

- Alors, comment vous sentez-vous?

- Nerveuse je dois dire.

Eänwen baissa les yeux.

- Pourquoi cela? S'enquit-il.

- L'idée de rencontrer Saroumane fait partie d'une de mes sources d'inquiétude, avoua-t-elle, mais ce sera aussi la première fois que je voyage sans mon frère ou mes compagnons d'armes… Et j'ai l'impression que mon frère est de mon avis; il est inquiet.

Gandalf esquissa d'un nouveau sourire, et posa une main paternelle sur l'épaule de la jeune femme.

- Il est normal d'être anxieux à l'aube d'un nouveau départ, mais nous n'allons pas en guerre, mais plutôt à un pourparler… avec un ennemi plutôt coriace et têtu, rajouta-t-il d'une voix complice.

- Je comprends… mais tout de même, tout peut arriver au moment où l'on s'y attend le moins.

- Oui effectivement, nul n'a d'emprise sur son destin ou sur celui qui l'accompagne. Cependant, la sagesse et la prudence sont primordiales lorsque nous avons le pouvoir d'en modifier son chemin.

- Que de sagesse, Incánus, dit-elle dans son langage natif.

Gandalf tiqua légèrement, intrigué. Il fut surpris, car une éternité le séparait de la dernière fois où il avait entendu son nom prononcé dans le langage du désert. Un accent, à la fois doux et sec, qui inspirait tout le mystère et le charme sensuel de l'Haradwaith. Un lointain souvenir, émergeant tel un brouillard à l'aube d'un matin de printemps. La dernière fois qu'on l'avait appelé ainsi, ce n'était par nul autre que Thalion lui-même.

- Cela faisait longtemps qu'on ne m'avait pas appelé de ce nom… dit-il simplement.

- Était-ce déplacé? S'enquit Eänwen.

- Pas du tout. C'est comme un vieux souvenir qui refait surface, inattendu, mais tout aussi agréable.

Appuyé sur son bâton, il rit quelque peu dans sa barbe, avant de ramener son regard vers le Roi Théoden.

- « Espion du Nord », n'est-ce pas ce que vous voulez dire? Demanda-t-il pour la taquiner.

- Pas du tout! S'excusa-t-elle. Les gens de mon pays, qui ne vous connaisse seulement par réputation, vous nomment effectivement ainsi. Mais je préfère vous appeler Gandalf, ou bien Mithrandir. Leurs significations sont beaucoup moins péjoratives!

- Effectivement, mais cela ne m'importe peu.

- Vous êtes conscient que si je voulais vous faire du mal, je m'y prendrais autrement que par vous traiter de ce nom, pas vrai?

- Tout juste.

Tout d'un coup, Eänwen sentit Rahom tirer sur sa bride, tentant de se rapprocher le plus possible du cheval du magicien blanc.

- Rahom, qu'est-ce que tu fais? Arrête de tirer!

- Mais que fait-il celui-là?

Rahom tirait encore, mais Eänwen le ramena à l'ordre et il vint se placer à ses côtés, mais ses yeux toujours posés sur le grand cheval blanc.

- Je crois qu'il veut se rapprocher de votre cheval, avança la jeune Elfe, quelque chose l'attire. Ce n'est pas dans son habitude…

Mais Eänwen s'arrêta dans sa phrase, analysant pour la première fois le grand cheval blanc qui accompagnait Gandalf.

- Mais, serait-ce… un, un Meara?

- Oui. Je vous présente Gripoil chef des Mearas, descendant direct de Felaròf, cheval d'Eorl le Jeune.

Le Gripoil en question, comprenant le langage humain, la salua d'un hochement de tête. Il était magnifique. Ses deux grands yeux noirs l'observaient tranquillement, cachés sous quelques mèches de sa longue crinière d'ivoire. Elle semblait douce et soyeuse, tout comme sa robe blanche comme la neige de Caradhras, qui brillait malgré le ciel ennuagé. Il était grand, les muscles de ses jambes roulant sur son corps élancé et gracieux.
Tout pour dire, Rahom avait de quoi être jaloux.

Il est splendide…

- C'est bien vrai, dit Gandalf. Et il en est un de ceux qui pourraient avoir été mis bas au matin du monde. Les chevaux des Neuf ne peuvent rivaliser avec lui; infatigable, rapide comme le vent. Le jour, sa robe luit comme l'argent; et la nuit, elle est comme l'ombre, et il passe inaperçu. Léger est son pas. Jamais auparavant un Homme ne l'avait monté; mais je l'ai pris et dompté.

- Je crois chacune de vos paroles, Gandalf. Il me tarde de le voir s'envoler sur le vent des hautes plaines.

Il ne répondit rien, se contentant de caresser tranquillement l'encolure de son destrier. Un sourire à peine perceptible se formait sur ses lèvres. Il était à présent quelque part dans leur propre monde, à lui et Gripoil. Un lien unique unissait ces deux êtres, comme s'ils étaient faits l'un pour l'autre. L'un bougeait selon les mouvements de l'autre, tels deux éléments opposés dans leur nature et leur forme, mais qui pour autant s'attirait. L'âge des souvenirs passés se lisait dans leurs regards, telle une boule de cristal où tous les souvenirs des mondes sont gardés tel le plus précieux des trésors; rares, uniques, inestimables.

Vêtu de rouge et de vert, le Roi Théoden et Eomer s'approchèrent. Derrière eux, Eänwen aperçut un peu plus loin Aragorn, Gimli et Legolas sortirent de l'écurie. Le neveu du Roi sembla offrir à la jeune femme son plus sceptique regard.

- Roi Théoden, le salua Eänwen d'une révérence, ignorant totalement la présence d'Eomer.

D'un signe de tête, le chef des Rohirrims la salua à son tour, et se retourna vers Gandalf.

- Maître Gandalf, nous sommes prêts à vous suivre vers l'Isengard.

- Alors, qu'il en soit ainsi, trancha Gandalf. Nous partons sur-le-champ.

Nivacrin, le cheval du Roi, fut rapidement sellé et ils purent enfin quitter le Gouffre de Helm. Rassemblés sur le bas de la grande porte, Gandalf et Théoden ouvraient la marche, suivie de très près par Eomer et Aragorn, monté sur Brego. À sa grande surprise, Eänwen vit apparaître à ses côtés Legolas et Gimli… assis sur le même cheval.

- Quelle curieuse scène m'offrez-vous là… sourit Eänwen.

Les deux compagnons se retournèrent d'un même mouvement vers la jeune femme.

- Ne croyez pas que ce soit un choix qui me soit convoité, rétorqua Legolas. Il fallait bien que quelqu'un le transporte. Ce n'est pas de ma faute si ses courtes jambes ne sont pas capables de rejoindre les étriers…

- Foutaises, protesta Gimli, ils étaient seulement mal ajustés!

- Seul un poulain aurait pu vous aller, et encore, il n'aurait pas été capable de vous soutenir sur son dos par votre poids, lança-t-il avec un sourire goguenard.

Derrière lui, le Nain semblait scandalisé. De son côté, Eänwen était pliée en deux sur Rahom, soumise à fou rire incontrôlable.

- Comment osez-vous? S'indigna Gimli. Vous les Elfes, vous n'avez aucun savoir-vivre quand il est question d'interagir avec d'autres gens qui ne sont pas, supposément, de votre niveau!

Legolas se retourna sur lui-même, faisant face à son homologue Nain.

- Jamais, un Nain ne sera au même niveau…

- Chut… intima calmement Aragorn en se retournant de sur son cheval.

D'un geste de la main, il les imposa au silence.
Bientôt, la compagnie atteignit le sommet d'une haute colline, l'Est s'offrant à eux. Ils se mirent en ligne, embrassant l'horizon. Plus loin en contrebas, une plaine vide de vie s'étendait jusqu'aux abords du royaume. Quelques ruisseaux et rivières serpentaient parmi les arbres visibles, pendant qu'un vent froid fouettait les hautes herbes. Faisant ombre aux hautes montagnes bordant le royaume de Sauron, la Montagne du Destin, tel un éternel soleil couchant, brûlait à l'horizon parmi ses nuages et ses ténèbres. Le tonnerre roulait dans la vallée, de faibles lueurs lointaines roussissant les sombres nuages.

Gandalf prit la parole.

- Le courroux de Sauron sera terrible. Son châtiment, immédiat. La bataille du Gouffre de Helm est terminée, celle pour la Terre du Milieu ne fait que commencer.

Il eut un léger sourire.

- Tous nos espoirs sont désormais liés à deux jeunes Hobbits… quelque part dans les régions désertes.

Mais Eänwen n'avait rien compris, ou du moins écouté, de ce que Gandalf disait. Son regard était fixé vers le Mordor. Puis, son estomac s'était noué, son esprit victime d'une certaine inquiétude.
La fameuse Montagne du Destin, mère de l'Anneau Unique, se dressait fièrement dans les ténèbres, tel un roi sur son trône. Quelque part parmi les nuages, éclairés momentanément par la lumière d'un éclair, Eänwen crut apercevoir la silhouette d'une haute tour, avec en son sommet un grand brasier brûlant en puissance. L'Oeil.

Et ils croyaient pouvoir s'attaquer à ça?

Elle avala difficilement, son regard inquiet.


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