Oui oui je sais. Je suis inexcusable.
Et je n'ai pas d'excuse non plus.
En fait oui, mais elle est plus ou moins valable.

Et ça fait quoi, au moins 8 mois que je n'ai pas publié?
C'est ridicule.

Mais bon passons.
Pour ceux qui me suivent encore depuis le début, merci d'être encore là. Vous êtes géniales.
Et pour les nouveaux lecteurs, bonne lecture!

Et surtout merci à Elbereth des Neiges, ma superbe beta, sans qui la lecture de ce texte serait impossible.

On se revoit à la fin de la page.
Je vous aime.

Résumé du dernier chapitre

Lors du dernier chapitre, c'était la dernière journée de notre chère Eänwen à la forteresse.
Elle a quitté Haldir en bons termes, et a dit au revoir pour quelques jours à son frère et au reste des Haradrims, jusqu'à leur prochaine rencontre dans quelques jours en Rohan.


Chapitre 15: Le temps d'une pause

Cela faisait déjà quelques heures que la petite compagnie, composée du Roi Théoden, son neveu Eomer, de Gamelin, du magicien Gandalf le Blanc, Aragorn, Legolas, Gimli et Eänwen, avait quitté la grande forteresse du Rohan. La brume du matin s'était évanouie, disparaissant dans l'air et le vent. Par occasions, quelques rayons du Soleil perçaient l'épaisse couche de nuages pour faire don de sa lumière et de sa chaleur aux cavaliers. L'herbe humide s'enfonçait sous les sabots des chevaux, laissant de légères traces de leur passage. Le vent soufflait contre eux, rendant ainsi la chevauchée longue et difficile.
Les conversations se faisaient rares parmi les voyageurs. En tête de colonne, Gandalf semblait une fois de plus profondément penseur et grave, réfléchissant sans doute à sa rencontre éminente avec son vieil ami Saroumane. Le Roi Théoden avait rejoint Eomer et Gamelin derrière et parlait à voix basse, discutant de guerre et de protocole. Aragorn s'était ainsi séparé du Maréchal de la Marche, et chevauchait à présent seul, jouant de temps en temps avec un bijou brillant accroché à son cou. Son regard s'embrouillait, à présent quelque part dans ses pensées, peut-être même ailleurs avec sa douce moitié. Legolas, qui n'avait pas échangé un seul mot avec quiconque depuis le début du voyage, braquait son regard sur l'horizon à la recherche d'ennemis ou de menaces. Il ne s'était pas relâché de toute la campagne, infatigable. Son homologue nain Gimli, assis derrière l'Elfe, se faisait plutôt grognon. Il n'avait toujours pas encaissé l'insulte du Sindar. De plus, il semblait inconfortable sur sa selle, les nains n'ayant pas de prédispositions très avantageuses pour chevaucher. Du moins, derrière sa barbe rousse, il adressa quelques sourires à la jeune Eänwen. Rahom semblait heureux : lui qui n'avait pas eu la chance de parcourir de grandes distances ces derniers jours, il était ravi. Son pas était léger et constant, savourant ainsi chaque foulée.

Le temps passait, et le Soleil déclinait dans le ciel. De peur de ne pas pouvoir se trouver un abri pour la nuit, Gandalf avait accéléré l'allure. Tous se cramponnaient à leur selle pour garder la vitesse imposée par le magicien, bien que personne n'ait pu les rejoindre, Gripoil et lui. Eänwen vit quelques fois Gimli perdre dangereusement l'équilibre, menaçant de se retrouver sur le sol en moins de deux. Mais il tint bon.

Ils traversèrent l'Isen, pénétrant ainsi dans la Trouée du Rohan, territoire de Saroumane. Mais ils ne rencontrèrent nulle résistance, même pas gobelin ou un orque solitaire pour se défouler. Alors, agréablement surpris, ils galopèrent encore quelque temps pour finalement s'arrêter aux abords d'une forêt dense :

« Nous allons passer la nuit ici, annonça Gandalf en descendant de son destrier. Le vent nous a trop ralentis pour continuer à la nuit tombée, et les chevaux sont fatigués.

- Dessellons les chevaux et allumons un feu, proposa Aragorn. Eänwen, voulez-vous m'aider à trouver du bois?

- Bien sûr », assura-t-elle en dessellant rapidement Rahom.

Trouver du bois sec fut une tâche ardue à cause de la journée humide qu'ils venaient de traverser. Mais grâce à l'aide de Gimli qui vint donner un coup de main, les trois compagnons revinrent les bras chargés de brindilles et de bois morts.

« Et voilà, dit Eänwen en s'essuyant les mains contre sa tunique, en voilà bien assez pour passer toute la nuit.

- Cela devrait être amplement pour nous garder bien au chaud, se réjouit Théoden.

- Il faudrait aussi nous trouver quelque chose à manger », s'enquit Gimli en posant sa main sur son ventre vide et criard.

Ils n'avaient malheureusement rien mangé de toute la journée.

« Je vais m'en charger, proposa Aragorn.

- Je viens avec vous, dit Legolas. À moins que vous ne vouliez venir vous-même, maître Gimli…

- Non, je vais plutôt rester ici et allumer le feu, répondit-il. Voyez-vous, le voyage a plutôt été éprouvant pour mes pauvres jambes. »

Legolas marmonna quelque chose dans sa barbe inexistante, inaudible aux oreilles du nain. Mais Eänwen crut entendre « paresseux » et « plaignard ». Définitivement, la relation entre ces deux êtres-là semblait être aussi instable que le comportement de Kuilo.
Sans un regard en arrière, Aragorn et Legolas leur tournèrent le dos et partirent chasser.
Pendant ce temps, Gimli enleva son casque et ramena ses cheveux roux vers l'arrière. Il attrapa deux morceaux de bois pas trop loin et alluma un feu. Avec l'aide d'Eänwen, ils réussirent à faire monter les flammes et à les maintenir assez hautes pour pouvoir potentiellement faire cuire quelque chose.

Le reste de la compagnie s'assit alors autour du feu et attendit. Le seigneur Eomer, près de son oncle, et Gamelin, parlait à voix basse. Étendu dans son coin, Gimli fumait sa longue pipe. La fumée dansait autour de lui, son parfum se répandant dans l'air. De temps en temps, il se penchait vers l'avant pour entretenir le feu. Gandalf était quant à lui silencieux et pensif, comme à son habitude depuis les derniers jours. La lumière des flammes éclaircissait son visage tendu et ridé. Penseur, il avait gardé ses yeux fermés et sa respiration lente. Un peu plus, et la jeune femme aurait pu parier qu'il dormait déjà.
Quant à Eänwen, elle s'éloigna rapidement du campement à la recherche d'une rivière pour faire sa toilette. Elle voulait se laver un peu avant que le Soleil se couche. Elle se déshabilla rapidement et s'introduit dans la rivière. L'eau fraiche réveilla ses muscles endoloris et tendus qui avaient tant travaillé ces derniers temps. Et puis, prenant son courage à deux mains, elle dénoua sa natte et plongea sa tête sous l'eau. Ses doigts frottèrent rigoureusement son cuir chevelu pendant quelques secondes et elle remonta aussitôt à la surface. Ses cheveux glacés dégoulinèrent dans son dos, déclenchant des frissons le long de son corps. Rapidement, elle les tordit et les ramena en chignon sur le dessus de sa tête. Sa peau rougie par l'eau glacée eut raison de son courage et elle sortit de l'eau avant d'attraper froid. La jeune femme sortit sa cape légère et essuya son corps avec. Elle s'assura que sa peau était parfaitement sèche et se rhabilla rapidement. Elle accrocha sa deuxième cape de voyage, la plus chaude évidemment, autour de son cou et repartit vers le campement.
Bonne nouvelle, le feu brûlait toujours. Ses compagnons n'avaient pas changé de position à son arrivée, même que peu ont levé les yeux. Sans se soucier de tout cela, elle étendit sa cape mouillée près du feu et s'étendit à côté, la tête bien reposée contre son sac. Elle resta étendue sur le sol, ses yeux braqués sur la voute céleste. Le Soleil avait à présent complètement disparu derrière l'horizon, laissant derrière lui un ciel sombre et étoilé. Les nuages s'étaient dissipés, tous disparus au loin. Des étoiles s'étendaient alors par milliers devant ses yeux, formant une immense toile d'araignée finement tissée. Son père lui avait déjà raconté il y a plusieurs années que de grands mages savaient lire les présages que les astres laissaient paraître dans le firmament par l'éclat d'une étoile, le vacillement d'une lumière, une flammèche fugueuse ou une bruine d'étincelles sur un fond ténébreux.
Qui sait ce qu'elles pouvaient bien raconter en ces temps si sombres; peut-être ce que Saroumane leur réservait? Ou le dénouement de la guerre?

Tranquillement, Eänwen se mit à voguer dans ses interprétations et suppositions, sans faire attention au temps qui passait ou à ce qui l'entourait. Les minutes s'écoulèrent comme l'eau voyage dans un ruisseau, sans que rien ne vienne déranger sa tranquillité. Un hibou hulula au loin, cri plaintif au creux de la nuit sombre. Un vent frais souffla; les feuilles se crispèrent, les flammes se plièrent légèrement sous sa volonté. Eänwen réajusta sa cape autour de son corps et se tourna vers sa droite, couchée face au feu. Son souffle se condensait sous ses lèvres lorsqu'elle respirait, mais la chaleur qui émanait du feu la réchauffait.

« Toujours pas de nouvelle d'Aragorn et de Legolas? Demanda-t-elle à l'aveuglette.

- Non, répondit Gandalf.

- À croire qu'ils ont voulu tout garder pour eux! Beugla Gimli mécontent.

- Je suis certain du contraire, affirma Gamelin.

- Ils ne devraient plus tarder, reprit le magicien blanc.

- Devrions-nous partir à leur recherche? S'enquit Eänwen, légèrement inquiète.

- Partir à la recherche de qui? » Demanda soudainement une voix derrière la jeune femme.

Le cœur d'Eänwen manqua un battement. Bleue de peur, elle sauta de son siège, prise par surprise. Elle fit volte de face, le regard effrayé et une main sur la garde de son arme. Mais tout ce qu'elle vit, ce fut deux visages rieurs qui la regardaient avec étonnement. Aragorn, secouant la tête d'exaspération, portait un cadavre de chevreuil sur ses épaules. Quant à Legolas, il tenait deux lapins, un dans chaque main. Un léger sourire effleura ses lèvres, tout aussi amusé que son compagnon.

Eänwen, furieuse, allait leur répliquer sa manière de penser, mais Gimli la devança.

« ENFIN! S'exclama-t-il furieux en se relevant de son siège. Il était temps! J'ai tellement faim que mon estomac est en train de s'auto digérer!

- Si vous êtes si impatient, commenta Legolas, pourquoi n'êtes-vous pas venus nous prêter main-forte? »

Gimli se renfrogna, furieux de se faire clouer le bec par un Elfe. Pendant le temps où Legolas savoura sa victoire, Aragorn commença à préparer le repas. Lorsque tout le monde eut quelque chose à se mettre sous la dent et les estomacs assoupis de leur faim, les conversations reprirent.

« Merci Aragorn, remercia Eänwen le ventre remplit, c'était délicieux.

- Un vrai repas de roi, ironisa Théoden.

- … considérant les circonstances, compléta Eomer avec un sourire. Ce n'est pas tous les jours que nous avons droit à un tel copieux repas en plein air.

- Moi, je serai content avec n'importe quoi, affirma Gimli en se prenant une deuxième portion. Je n'en pouvais plus de ce foutu lembas!

- Quel genre de nourriture avez-vous sous terre alors, maître Nain? Demanda Eänwen.

- Nous faisons du commerce avec les Hommes, donc un peu de tout : de la viande, quelques fruits et légumes, et bien sûr du pain. »

Eänwen eut alors une idée.

« Un jour, il va falloir que vous me fassiez visiter votre humble demeure, sourit-elle. Je n'ai jamais visité de cité souterraine.

- Oui! Quelle bonne idée!

- Où est-elle située?

- Au Mont Solitaire, répondit-il fièrement, le royaume sous la Montagne.

- Juste au nord-est de la Forêt Noire, rajouta Legolas.

- J'ai une idée! Après la guerre, je vous inviterai tous chez moi pour vous faire visiter mon monde souterrain!

- Il me tarde d'enfin visiter l'intérieur de la Montagne Solitaire, déclara Aragorn.

- Il s'agit en effet d'un endroit très impressionnant, acquiesça Gandalf. Intéressant et plus représentatif de l'art des Nains que nous n'avons pu le constater en Moria.

- Vous y êtes déjà allé Gandalf? Demanda Eänwen.

- Oui, répondit-il. Cependant, ce fut il y a quelques années lorsque Smaug le dragon hantait toujours les flancs de la montagne et la cité de Dale. J'ignore si des modifications ont été effectuées ou non.

- Vous allez voir demoiselle Eänwen, c'est l'une des cités les plus grandioses de toute la Terre du Milieu! certifia Gimli.

- Je n'en doute aucunement, consentit la jeune femme. »

Une lueur anima les yeux du Nain, puis un sourire franc et sincère anima ses lèvres.

« Et vous, Dame Eänwen, dit le Roi Théoden, racontez-nous comment est l'Haradwaith.

- Oui, bonne idée! S'enthousiasma le Nain. »

Tous les regards se retournèrent vers elle, pendus à ses lèvres. Mais la jeune femme semblait loin d'être aussi enthousiaste que les autres autour d'elle. Son cœur s'assombrit en un clin d'œil, telle la flamme d'une chandelle soufflée par le vent.

« Je ne sais pas si vous comprendriez, avertit Eänwen, cela ne ressemble à rien à ce que vous avez vu par le passé…

- Essayez toujours », lança Aragorn.

Eänwen échangea un regard avec le rôdeur, où une légère lueur de défi planait. Ils se sourirent légèrement et elle commença, malgré la pierre qui creusait son estomac.

« L'Haradwaith est séparée en deux grandes régions, expliqua-t-elle. La première, celle que vous connaissez peut-être le plus, est le Proche-Harad. C'est là d'où nous venons, mes frères et moi. Il s'agit d'une immense lande désertique, plus grande que les territoires des Hommes rassemblés. Un territoire hostile où les collines sablonneuses serpentent à travers le désert et où le Soleil est cuisant et sans pitié. Cependant, les nuits y sont fraiches et dangereuses en raison des animaux qui grondent à l'ombre de la lune. Quant au peuple, les Haradrims sont très différents des gens d'ici; une tout autre culture... »

Eänwen prit une pause, ses yeux sombrant dans les flammes.

« Pour ce que j'ai vu à ce jour, le courage et la loyauté légendaire de la race des Hommes surpassent les dires et les murmures que le vent du désert nous apporte sur son aile. Leur puissance dort encore d'un sommeil profond, attendant son heure qui viendra sous peu. Mais aujourd'hui, ils sont libres de leur choix et de vivre la manière dont ils l'entendent. Les villages sont remplis de vie et d'amour, et le goût de vivre est une valeur que tous chérissent, même en ces temps sombres de notre Âge. Le partage et le courage coulent dans vos veines, valeureux guerriers. Vous vous battrez jusqu'à la fin, même pour une cause où la défaite est presque assurée. À tout votre honneur, cavaliers de l'Ouest, la fierté des Hommes n'est pas seulement en son peuple, mais aussi en son cœur. »

Elle passa une main dans ses cheveux encore humides, enlevant une mèche de son visage.

« C'est bien tout le contraire d'où nous venons, assura-t-elle. Oh oui, très différent… »

La jeune femme eut un rire nerveux, qui selon Legolas cachait quelque chose de plus profond qu'une simple gêne ou embarras. Elle ne regardait personne, son regard voilé ne s'attardant sur rien en particulier.

« Notre peuple vit pour tuer et servir, rien d'autre, affirma Eänwen en appuyant sur chaque mot. Peut-être qu'en apparence, ils vous feront peur, ou sembleront menaçants. Mais au fin fond de leur cœur, il n'y a rien qui ressemble à du courage ou de la fierté. Non, seule l'envie de tuer y est encrée, telle la mâchoire d'un ouargue sur sa victime. Ils tuent pour le plaisir, et non pour défendre leur patrie ou leur famille. Il n'y a rien de glorieux dans le peuple des Haradrims, seule la survie par la soumission importe. »

Eänwen prit une courte pause, un léger sourire revenant à ses lèvres.

« Heureusement, nous ne sommes pas tous ainsi, comme vous pouvez le voir avec mes compagnons. Et moi-même, je l'espère. D'autres sont ainsi aussi, mais la majorité est malheureusement terrorisée par l'idée de contredire les chefs. Avant de quitter le pays, nous voyagions avec un groupe militaire nomade, parcourant la côte Est à la recherche d'eau et de nourriture. Mon peuple respecte la loi du plus fort. Voilà pourquoi il n'y a jamais eu d'amitié, ou même de neutralité avec le Gondor : l'Haradwaith est depuis des lustres rallié à Sauron et à son empire…

- Votre père s'y était installé à l'époque, en Proche-Harad? »

À la mention de son père, une peine trop peu guérie refit surface.

« Oui, il y a plus d'une centaine d'années, précisa-t-elle avec nostalgie. Il y est resté à cause de ma mère, une simple humaine. Grâce à elle, il y demeura pour le reste de sa vie. Il aurait pu déraper à cause de son deuil d'amour lorsque ma mère est décédée, mais nous étions là pour l'épauler. Il était, littéralement, tombé en amour avec le désert et son peuple.

- Son peuple? Demanda Legolas.

- Oui, son peuple. Je n'ai jamais été d'accord sur ce point avec lui. Il était prêt à laisser une deuxième chance à n'importe qui. Il pensait même que tous avaient un bon côté, profondément enfoui dans leur cœur malgré tout ce qu'ils auraient pu commettre.

- Et vous? Demanda Eomer. À quel point aimez-vous votre propre peuple?

- J'aimerais être fière des gens de mon pays ou de combattre pour ma patrie comme vous. Le courage des Hommes du Gondor, la sagesse des Elfes, la loyauté des Rohirrims… mais ces qualités me sont cachées du mien. Ils vivent au jour le jour, sans se demander si demain sera un jour heureux et libre, sans guerre et combat… »

La jeune femme s'arrêta finalement dans son récit, le cœur lourd de souvenirs. Elle se sentait mal, comme si une pierre s'engouffrait profondément dans son âme, tel un océan sans fond.

« Si vous n'y voyez pas d'inconvénients, je… je vais aller me changer les idées. »

Sur ce, Eänwen se releva en silence et s'éloigna du campement. Aucun murmure n'accompagna son départ; seuls le respect et la tristesse la suivirent dans les ténèbres de cette nuit sans Lune.
Elle alla rejoindre Rahom, son fidèle destrier, et se mit à chanter une berceuse. Sa main se balada dans sa crinière ténébreuse, sa tête accotée contre la sienne. Elle ferma les yeux, et se laissa bercer par le rythme de la respiration du cheval. Sa voix vogua par les souffles du vent; la mélodie voyageant à travers la vallée endormie.
Son chant se transforma bientôt en murmure, et puis en soupir que seuls Rahom et elle pouvaient entendre. La berceuse s'éternisa, pour ensuite se terminer dans le silence. Une larme coula le long de sa joue, seul témoin de la solitude et la tristesse qu'elle ressentait au plus profond de son cœur.

Elle sentit une présence s'approcher derrière elle, mais sut immédiatement de qui il s'agissait. Un sourire timide apparut sur son visage.

« C'est la deuxième fois que vous me surprenez à chanter, jeune Prince, dit-elle sans se retourner.

- J'en suis désolé; je ne voulais pas vous effrayer, s'excusa Legolas gêné.

- Non, vous ne m'avez pas effrayée, rassura-t-elle en se retournant. Sans vouloir paraître présomptueuse, il en faut plus pour m'effrayer voyez-vous.

- Je n'en doute pas…

- Alors, puis-je vous demander pourquoi vous m'avez suivie, loin de la chaleur et de la lumière du feu?

- Pour être honnête, je… je m'inquiétais pour vous. »

Eänwen parut légèrement surprise.

« Vous vous inquiétiez? Demanda-t-elle avec un léger sourire. Pour quelle raison?

- N'y voyez pas une quelconque insulte, mais cet endroit n'est pas sécuritaire. Il est préférable de rester groupé, ou du moins de ne pas s'éloigner seul. Spécialement pour vous; vous plus que n'importe lequel d'entre nous.

La jeune femme le regarda, un scepticisme planant dans les yeux.

« Raison de plus, continua Legolas, votre frère ne nous le pardonnerait pas si quelque chose vous arrivait. »

Eänwen eut un rire léger, imaginant Astaldo courant derrière la Communauté armé de son épée, tout en les injuriant des pires noms de la langue commune de la Terre du Milieu.

« Merci de votre attention, mais la solitude me convient bien en ce moment, confia-t-elle en s'asseyant sur l'herbe.

- Puis-je savoir ce qui vous tracasse à ce point? Demanda-t-il en s'asseyant à son tour. Vous ne ressemblez plus à la Dame que j'ai connue au Gouffre de Helm, ou même la première fois que je vous ai rencontrée à Edoras. Où est-elle? Qu'en avez-vous fait?

- Je ne sais pas... répondit-elle, lasse.

- Alors, pourquoi étiez-vous si nostalgique tout à l'heure d'un pays si lointain et que vous n'aimez point?

- Je suis encore en deuil, prince Legolas, et n'importe quel souvenir de ce satané pays me fait penser à mon père! »

Son ton de voix était rempli d'amertume, de tristesse et de colère, clouant le bec de Legolas sur le champ.

« Mon cœur est et restera à jamais au Sud! Continua-t-elle les larmes aux yeux. Au moment où nous parlons, il y est probablement enterré ou éparpillé aux quatre vents, mais il y restera pour toujours.

- Pourquoi bon?

- Pour ne jamais être blessée comme je le suis à présent. À quoi bon s'attacher à quelqu'un qui risque de mourir, surtout en ces temps de guerre…»

Son regard dévia dans l'ombre, et une autre larme s'écoula le long de sa joue. Honteuse de se montrer si vulnérable, Eänwen arrêta sa course rapidement d'un revers de la main.
Essayant de la réconforter, Legolas prit une de ses mains dans la sienne.
Surprise, le cœur de la jeune Elfe manqua un battement au contact de la peau douche et fraiche du prince. Il appliqua une légère pression, et caressa de son pouce le dessus de sa main. Et puis, elle sentit à peine son autre main faire dévier son visage vers lui, mais elle fit attention de garder son regard bien bas.

« … rien n'est sans espoir. » cita-t-il simplement. »

Eänwen releva la tête, ses yeux cherchant des réponses.

« C'est vous-même qui m'avez dit cela il y a moins de cinq lunes! Et regardez-vous aujourd'hui; vous incarnez la tristesse en personne.

- Que voulez-vous que je fasse? Demanda-t-elle quelque peu irritée.

- Vous êtes si profondément enfoncée dans les ténèbres, Dame Eänwen, que vous n'y voyez plus la lumière. Vous devez remonter à la surface. Aragorn ne vous laissera pas affronter Saroumane avec une telle attitude, et je suis de la même opinion; il vous réduirait en pièces sans le moindre effort.

- Mais je dois le confronter!

- Alors, prouvez-moi que vous en êtes capable! Rétorqua-t-il. Saroumane s'attaque aux faibles, et vous êtes une cible parfaite à l'instant! Déchirée et réduite en miettes par la tristesse et le deuil; voilà ce que vous êtes, et je n'ai pas besoin d'être un magicien pour le deviner. »

Eänwen garda le silence, impressionnée par le discours de Legolas. Après un moment, elle se prononça :

« Vous avez raison », déclara-t-elle.

Legolas eut un léger sourire satisfait.

« Oui, vous avez raison, répéta-t-elle comme pour se convaincre elle-même. Merci beaucoup, maître Legolas.

- Bien sûr que j'ai raison, consentit-il en se relevant de l'herbe humide. Je suis l'interprétation même de la vérité et de la sagesse.

- Pfff, douta-t-elle en acceptant la main tendue de l'Elfe. Vous commencez vraiment à me faire penser à moi-même.

- Votre compagnie m'influence encore une fois.

- Une fois de trop, compléta-t-elle. Je vais finir par voir une étrange réflexion de moi-même si vous continuez ainsi.

- Étrange?

- Mais quoi, vous me voyez vraiment avec des cheveux blonds et les yeux bleus? Avec une tête en plus?

- Pas vraiment non, avoua-t-il le sourire aux lèvres. »

La jeune femme sourit à son tour. Et puis soudainement, Eänwen réalisa que sa main était toujours prisonnière de celle de l'Elfe. Legolas le réalisa lui aussi, mais ne tenta pas de s'en dégager pour autant. Néanmoins, depuis peu, une nouvelle chaleur lui prit son cœur. Une sensation inconnue, mais pour autant très agréable.

« Alors, quel est le plan pour demain? Demanda-t-elle.

- Je crois que Gandalf veut se rendre en Isengard tôt en matinée, répondit-il. Et ensuite, retourner le plus vite possible vers Edoras.

- Il va falloir faire vite alors, constata-t-elle.

- Personne ne sait ce qui nous attend en Isengard. Et nous n'avons toujours pas retrouvé Merry ou Pippin.

- Les deux Hobbits?

- Oui. Il ne me tarde de les revoir…

- Je suis certaine qu'ils vont croiser notre route, un jour ou l'autre, rassura-t-elle. De plus, si Gandalf le dit, cela devrait s'avérer vrai.

- Probablement, oui. »

Soudainement, son visage s'éclaircit encore plus.

« Et j'ai tellement hâte de les rencontrer! S'enthousiasma-t-elle.

- Pourquoi cela?

- Je n'ai jamais rencontré de Hobbits par le passé, ou même entendu parler de cette race. Cela va s'avérer très intéressant. »

Sans avertissement, Legolas éclata de rire, prenant Eänwen par surprise.

« Ai-je dit quelque chose de drôle?

- Non non, répondit-il entre deux rires, pas du tout.

- Alors, de quoi s'agit-il?

- Disons que si vous vous attendez à ce que votre rencontre avec les deux Hobbits soit intéressante; je crois que vous allez être servie.

- Que voulez-vous dire? Intéressant dans quel genre?

- N'insistez pas. Il est mieux que vous fassiez votre propre opinion par vous-même; il est plutôt difficile de les décrire… à leur juste valeur. »

Avec un dernier regard faussement exaspéré à Legolas, elle se demanda définitivement à quoi s'attendre. La journée du lendemain s'annonçait définitivement pleine de rebondissements.


Merci d'avoir pris le temps de me lire.
Si le coeur vous en dit, laissez une petite review derrière.
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