Bonjour/bonsoir tout le monde.
Oui, encore une fois, beaucoup de retard. Beaucoup de ma faute, et un peu de ma beta ;) JE T'AIME pareil :)
Pour ma part, j'ai sous-estimé le travail et le temps que l'Université exige. Never again.
L'écoute du film The Hobbit m'a donné de l'inspiration (epicness en intraveineuse)et les temps libres des vacances de Noël m'ont permis d'enfin publier ce chapitre
Sinon, une autre raison pour mon retard est le fait que je suis entrain de retravailler les autres chapitres de cette fanfic. Tout ce qui se passe avant la bataille du Gouffre de Helm va y passer. Je les ai relu il y a quelques semaines, et tout cela m'a fait honte un peu.
Mais pas de panique, j'ai déjà pondu quelques pages pour le chapitre 17.
Merci encore pour les reviews. Désolée à celle que je n'ai pas répondu, j'apprécie beaucoup. Vous êtes géniales, merci encore à Loren Az, Sephora4, Choupii Chups, Cleo-btz, darkbutterbiscuit, keirabloom, Windy, Fuyuki, Chibi-kotori, Emichlo, Maniwiolavenela, Rawenal717, Melhann et LovelyCamille.
Et merci pour ma 100ième review, et tout cela grâce à vous et LovelyCamille! :)
Encore une fois, tout le tralala sur redonner ce qui est à César.
Merci à J.R.R. Tolkien et Peter Jackson pour ce qu'ils ont crée. Vous êtes géniaux.
Ne vous surprenez pas de trouver autant des extraits des films ou du livre.
Bonne lecture à tous et à toutes, on se revoit en bas de la page :)
Chapitre 16: Saroumane
Eänwen soupira une énième fois, attirant quelques regards souriants de ses compagnons. Ils sillonnaient la forêt sombre et dense depuis des heures, et le petit groupe ne semblait pas en voir la fin. Ils avaient quitté leur campement bien avant l'aube, et le soleil commençait à peine à faire sentir sa présence. Les troncs, larges et tordus, cachaient l'horizon, et le sol irrégulier et rocailleux rendait la traversée longue et ardue. La jeune femme sentit Rahom trébucher quelques fois sur les roches humides et ses sabots s'enfoncer dans la boue. Des ombres se défilaient aux angles des rochers et des arbres, se dissimulant des regards. Cette forêt n'avait rien de rassurant pour la pauvre Eänwen, qui la trouvait lugubre et inquiétante malgré la présence des valeureux guerriers qui l'accompagnaient.
Gandalf, en tête de colonne, menait la compagnie d'un pas assuré. Cependant, son silence laissait un doute inquiétant derrière lui sur ses compagnons. Eänwen doutait qu'il appréhendait ce qu'ils allaient trouver en Isengard. Théoden le suivait tout en gardant son regard vers les bois sombres qui l'entouraient. Nivacrin, sous lui, gardait sagement la cadence imposée par Gripoil. Aragorn suivait docilement, ainsi qu'Eomer et Gamelin. Legolas ne cessait de jeter des regards de droite et de gauche, et il aurait souvent voulu s'arrêter pour prêter l'oreille aux sons de la forêt si Gimli l'avait permis.
« Ce sont les arbres les plus étranges que j'ai jamais vus, s'émerveilla-t-il les yeux remplis d'admiration, et j'ai vu bien des chênes croitre du gland jusqu'à un âge très avancé. Je voudrais bien qu'il y eût le loisir de se promener parmi eux : ils ont des voix, et avec le temps, j'arriverais peut-être à comprendre leur pensée!
- Non, non! S'écria Gimli. Laissons-les tranquilles! Je la devine déjà, leur pensée : la haine de tous ceux qui marchent sur deux pattes; et leur discours parle d'écrasement et d'étranglement!
- Pas tous ceux qui vont sur deux pattes, dit Legolas d'une voix rassurante. Là, je crois que vous vous trompez. Ce sont les Orques qu'ils haïssent. Car ils ne sont pas d'ici, et ils savent peu de choses des Elfes et des Hommes. Bien loin sont les vallées où ils crûrent, et cela se passa à un temps dont nous ne savons que de peu de choses. Ceux que nous avons vus au Gouffre de Helm viennent des profondes combes de Fangorn, voilà d'où ils viennent, je pense, Gimli.
- Eh bien, c'est la forêt la plus dangereuse de la Terre du Milieu, répliqua Gimli. Je devrais leur être reconnaissant du rôle qu'ils ont joué, mais je ne les aime pas. Vous pouvez les trouver merveilleux, mais j'ai vu une plus grande merveille en ce pays.
- À quoi faites-vous référence, maître Nain? S'enquit Eänwen
- Les voies des Hommes sont étranges, Dame Eänwen. Ils ont là une des merveilles du Monde Septentrional, et qu'en disent-ils? Des cavernes, disent-ils! Des cavernes! Des trous où se réfugier en temps de guerre, où emmagasiner du fourrage! Mon bon Legolas, sais-tu qu'un pèlerinage continu de Nains uniquement pour les contempler viendrait en Rohan, si l'existence en était connue? Oui, en vérité, ils paieraient de l'or pur pour un seul bref regard!
- Les Cavernes Scintillantes?
- Et moi, je donnerais de l'or pour en être dispensé, dit Legolas, et le double pour en sortir si j'y étais entré par mégarde!
- Moi de même! Avoua Eänwen. Pour rien au monde je n'irais sous terre!
- Vous n'avez pas vu; je vous pardonne donc votre raillerie, dit Gimli. Mais vous parlez étourdi. Legolas, trouvez-vous belles ces salles où votre Roi réside sous la colline dans la Forêt Noire et que les Nains contribuèrent à construire il y a bien longtemps? Ce ne sont que des taudis à côté des souterrains que j'ai vus ici : des salles incommensurables, emplies de la musique éternelle de l'eau tintant dans des fontaines, aussi belles que Kheledzâram à la clarté des étoiles. Et, lorsque les torches sont allumées et que les hommes déambulent sur les sols sablés, ah! Alors, Legolas, les gemmes, les cristaux et les veines de minerais précieux étincèlent dans les murs polis; et la lumière rayonne à travers les marbres plissés, semblables à des coquillages, translucides comme l'eau cristalline des montagnes! Il y a des colonnes blanches teintées d'un rose d'aurore. Des lacs immobiles les reflètent : un monde miroitant surgit de sombres mares couvertes de verre clair. Les salles se succèdent; une salle méandres mène toujours plus avant au cœur de la montagne. Des cavernes! Les souterrains du Gouffre de Helm!
- Eh bien, Gimli, dit l'Elfe, je vous souhaite, pour votre réconfort, la bonne fortune de rentrer sain et sauf de la guerre et de retourner les voir. Mais ne le racontez pas à tous les vôtres! Peut-être les Hommes de ce pays sont-ils sages en n'en parlant guère : une famille de Nains actifs, armés de marteaux et de ciseaux, pourrait abîmer plus qu'ils n'auraient voulu.
- Non, vous ne comprenez pas, répliqua Gimli. Aucun Nain ne resterait insensible à pareille beauté. Personne de la race du Durïn ne creuserait ces cavernes pour extraire des pierres ou du minerai, même si l'on y trouvait des diamants et de l'or. Nous créerions des lumières, des lampes semblables à celles qui brillaient autrefois à Khazad-dûm; et, nous y reposerons, admirant la beauté d'une telle pureté.
- Ohhhh Gimli, s'émerveilla Eänwen. C'est tellement beau…
- Vous m'émouvez, Gimli, dit Legolas. Je ne vous ai jamais entendu parler ainsi. Vous me faites presque regretter de n'avoir pas vu ces cavernes. Allons! Convenons de ceci : si nous revenons l'un et l'autre sains et saufs des périls de la guerre qui nous attendent, nous voyagerons quelque temps ensemble. Nous irons visiter Fangorn, puis j'irai avec vous visiter le Gouffre de Helm une fois de plus.
- Quelle bonne idée!
- Ce ne serait pas le chemin de retour que je choisirais, dit Gimli. Mais je supporterai Fangorn, si vous me promettez de revenir aux cavernes pour partager avec moi l'émerveillement qu'elles offrent.
- Vous avez ma promesse, dit Legolas. Mais, hélas! Il nous faut maintenant abandonner caverne et forêt pour quelque temps. À quelle distance sommes-nous de l'Isengard, Gandalf?
- À environ trois lieues d'ici, à vol de corbeaux de Saroumane. »
La lumière vint, grise et pâle, et ils ne virent pas le lever du soleil. L'air au-dessus d'eux était lourd de brouillard, et une odeur âcre enveloppait le sol. Ils allèrent lentement, mais peu après ils commencèrent à voir la couleur du ciel à travers les branches et le lourd feuillage au-dessus d'eux. Ils pouvaient y discerner aussi le long bras des montagnes qui s'élevaient sur leur gauche.
Après un ou deux miles, ils sortirent de la lourde forêt et débouchèrent à Nan Curunir, la Vallée du Magicien. C'était une vallée abritée, ouverte seulement vers le sud. Elle avait été jadis verte et belle, et l'Isen y coulait, déjà profond et abondant avant de rejoindre les plaines. Il était autrefois alimenté par de nombreuses sources et rivières parmi les collines lavées par les pluies, et dans tous ses environs s'était étendue une terre fertile et plaisante.
Cependant, il n'en était clairement plus ainsi. Sous les murs de l'Isengard, il y avait encore des champs cultivés par les esclaves de Saroumane; mais la majeure partie de la vallée était devenue un désert d'herbes folles et d'épines. Des ronces rampaient sur le sol ou, grimpant sur les buissons et les talus, ménageaient des abris touffus où logeaient de petites bêtes sauvages. Nul arbre ne poussait là; mais parmi les herbes luxuriantes pouvaient encore se voir les souches brûlées et taillées à la hache d'anciens bosquets. C'était un pays désolé, à présent silencieux, excepté le bruit de l'eau rapide parmi les pierres. Des fumées et des vapeurs dérivaient en mornes nuages ou se tapissaient dans les creux.
De l'autre côté d'un boisée, on pouvait voir par-dessus les arbres une haute tour sombre. De la fumée s'en échappait, et le tout semblait calme. Impavide, Gandalf poursuivit son chemin dans la brume, et ils le suivirent à une soudaine inondation : de grandes mares d'eau s'étendaient près de la route, emplissant les creux, et des ruisseaux coulaient parmi les pierres.
Gandalf s'arrêta enfin et les appela du geste; ils approchèrent et virent que, plus loin, les brumes s'étaient dissipées et qu'un pâle soleil brillait. Midi était passé. Ils étaient arrivés aux portes de l'Isengard.
Mais celles-ci gisaient arrachées et tordues sur le sol. Et partout de la pierre, fendue ou brisée en innombrables fragments déchiquetés, était répandue de tous côtés ou entassée en monceaux croulants. La grande arche restait debout, mais elle ouvrait à présent sur un vide sans voûte : le tunnel était dénudé et de part et d'autre dans les murs semblables à des falaises s'ouvraient de grandes fissures et brèches; les tours étaient réduites en poussière. Si la Grande Mer s'était soulevée de colère et précipitée en tempête sur les collines, elle n'aurait pas infligé ruine plus grande.
Au-delà, le cercle était rempli d'eau fumante : chaudron bouillonnant dans lequel se soulevaient et flottaient des épaves de madriers et d'espars, de coffres, de barriques et d'apparaux brisés. Des colonnes tordues et penchées dressaient leurs fûts ébréchés au-dessus de l'inondation, mais toutes les routes étaient noyées. Toujours sombre et haute, non atteinte par la tempête, se dressait la tour d'Orthanc. Des eaux pâles clapotaient à son pied. Toute la compagnie fut surprise et silencieuse à ce spectacle inattendu. Le pouvoir du dangereux Saroumane était défait, mais personne ne put identifier la cause immédiate à ce revers.
Tout à coup, Eänwen et Legolas se retournèrent vers leur gauche, les sens à l'affut. Aragorn remarqua leur air contrarié.
« Qu'entendez-vous? Demanda-t-il.
- Si inattendu que cela puisse sembler, je crois entendre des rires, dit Eänwen. Mais je ne reconnais pas les voix…
- Moi, je crois que si, se permit Legolas avec un sourire. »
Tous se tournèrent vers lui, surpris.
En fait presque tous. Gandalf, de son côté, esquissa un subtil sourire que personne ne vit.
« De qui s'agit-il? Demanda Gimli insistant.
- Vous allez voir, répliqua-t-il mystérieux. Si je ne me trompe pas et que mon intuition me donne raison, je préfère vous garder la surprise. »
Puis, Gandalf mena la compagnie dans un bois sur leur gauche. Les arbres, semblables à ceux qu'ils avaient vus plus tôt dans la journée, couvraient à présent leur chemin. Au fur et à mesure qu'ils avançaient dans les bois sombres, tous purent alors entendre les voix rieuses et joyeuses. Après quelques minutes, les voix lointaines devinrent de plus en plus claires et définies. Ils débouchèrent alors sur une autre partie du grand cercle de pierre et parmi les débris, ils aperçurent deux petites formes humanoïdes confortablement étendues au Soleil, une légère fumée odorante s'échappant de leurs narines.
« Mais qui est-ce? » demanda Eänwen à haute voix.
Tout près d'une voûte d'entrée et de portes abattues du cercle de pierre, deux petits personnages étaient étendus sur des décombres rocailleux. Autour d'eux était éparpillée de la nourriture en abondance, des boîtes de bois, des bouteilles, des bols et des tonneaux vides, comme s'ils venaient de faire un bon repas après lequel ils se reposaient de leurs peines. D'une main, ils tenaient chacun une pinte de bière bien remplie, et de l'autre une pipe fumante d'un doux parfum.
« Elle est bonne!
- Oh oui!
- Indéniablement de la Comté. »
L'autre acquiesça, bienheureux. Celui-là s'appelait Peregrïn Touque. Ses deux pieds pendant dans le vide, il profitait pleinement de l'air frais et de la fumée qui lui chatouillait les narines. Il portait un pantalon court vert foncé où deux bretelles brunes remontaient jusqu'à ses épaules. Il arborait une chemise de couleur beige et un long foulard pendait autour de son cou, descendant jusqu'à sa taille. Ses cheveux roux frisés brillaient au soleil, et ses yeux verts exprimaient la joie et le rire.
À ses côtés, son ami Meriadoc Brandebouc était étendu sur le dos, satisfait de son festin. Il portait sous son gilet jaune une chemise beige et un pantalon court brun. Ses cheveux châtains ondulés cachaient ses yeux clairs remplis de malice, mais son sourire trahissait souvent ses intentions enfantines et farceuses. De sa main droite, il porta sa pipe à sa bouche et en inspira une longue bouffée.
« Des feuilles de Langoulet… affirma ce dernier, n'en croyant pas ses narines.
- Mmm, répondit simplement Pippin en hochant de la tête.
- J'ai l'impression d'être retourné au Dragon vert.
- Mmm, dit-il en mâchouillant de la nourriture. Dragon vert! Une pinte de bière à la main, posant mes pieds sur un banc après une dure journée de labeur.
- Sauf que tu ne sais pas ce qu'est une dure journée de labeur. »
Pippin acquiesça humblement, comme s'ils discutaient du sujet le plus sérieux qu'il soit. Mais bientôt, Pippin se remit à rire, de la fumée s'évacuant par ses lèvres. Bien évidemment, très peu souvent ces deux amis-là restaient sérieux. Le rire et la bonne humeur faisaient partie intégrante des valeurs du peuple des Semi-Hommes; et le dernier des Touque et l'aîné des Brandebouc représentaient à la perfection cet aspect de la race.
Soudainement, le rire du jeune Peregrïn fut réduit au silence par ce qu'il croyait être une apparition. Soudainement, il aperçut Gandalf se dévoiler complètement de sous le dessous du couvert des arbres sombres. Quelques secondes après, les deux Hobbits virent des étrangers suivre le Magicien Blanc; un Homme imposant à la barbe châtain et aux cheveux de la même couleur le suivait. Près de lui chevauchait un Homme d'un âge plus respectable, mais qui laissait transmettre par son regard une certaine dévotion et une force mentale que peu pouvaient se vanter de posséder. Le prochain était un jeune Homme plus jeune qui abordait un regard sombre et mystérieux, le tout encadré par un visage allongé et aux cheveux blonds.
Mais pour ce qui suivait, ils reconnurent enfin leurs compagnons Aragorn, Legolas et Gimli, à qui ils avaient tellement manqué.
« Hahaha! » S'esclaffa de bonheur Pippin les deux bras dans les airs.
Merry à sa gauche se leva, haut et fier.
« Mes Seigneurs, s'écria-t-il en pointant le champ de bataille derrière lui, bienvenue en Isengard!
- Oh, jeunes coquins! Une belle chasse dans laquelle vous nous avez entraînés… »
Aragorn souriait face à la réaction de Gimli, mais il était soulagé et heureux de voir ses compagnons sains et saufs.
« … et on vous retrouve à festoyer… et à fumer!
- Nous sommes assis sur le champ de la victoire, expliqua Pippin entre deux bouchées, et savourant quelques réconforts bien gagnés. Le porc salé, est particulièrement savoureux. »
Merry exhala un peu de fumée tout en mâchouillant ledit mets, malicieux.
« Le porc salé…? Saliva Gimli, le regard rêveur.
- Ah, les Hobbits… soupira Gandalf. »
Pendant ce temps, Eänwen, qui était restée caché derrière Legolas et Gimli, s'écarta de l'ombre et détailla les deux Hobbits plus en détail. Ce fut la première fois qu'Eänwen posa son regard sur de telles gens. Ces créatures, qui auraient pu à peine passer en dessous du flanc d'un cheval de taille moyenne, étaient nu-pieds, un épais duvet en parcourant le dessus. Leurs regards exprimaient à la fois la joie et la sincérité, de plus d'avoir un air innocent qui planait sur leurs visages. Une aura les enveloppait, et Eänwen eut tout de suite le coup de foudre pour ces semi-hommes qui semblaient très charmants à côtoyer.
« Auriez-vous quelque chose d'autre de plus pertinent à faire que de vous gorger comme s'il n'y avait plus de lendemain? Taquina Aragorn.
- Non Aragorn! Supplia Gimli, le regard pressant. Si vous n'y voyez pas d'inconvénients, j'aimerais bien rejoindre ces messieurs voyez-vous…
- Non Gimli, s'exaspéra Legolas en gardant un bras sur Gimli. Nous avons une mission à accomplir. »
Eomer, qui avait gardé le silence jusqu'ici, se retourna vers les deux Hobbits.
« Êtes-vous seuls? Demanda-t-il.
- Nous sommes sous les ordres de Sylvebarbe qui vient tout juste de reprendre les rênes de l'Isengard, s'écria Merry.
- Sylvebarbe? S'enquit Legolas.
- Le chef des Ents, éclaircit Pippin, le gardien de la forêt de Fangorn.
- Menez-nous à lui, ordonna Gandalf. Je dois m'entretenir avec lui au plus vite. Meriadoc, vous embarquerez avec Eomer, et Peregrïn avec Aragorn. »
Sans oublier de ramasser le plus de nourriture et d'herbe à pipe qu'ils pouvaient se permettre de transporter, les deux Hobbits descendirent des décombres et se dirigèrent vers les cavaliers. Tout en s'approchant, ils aperçurent Eänwen qui était dissimulée à l'ombre de Legolas et Gimli. Ils ne purent alors détacher leurs yeux de la demoiselle jusqu'à ce qu'Aragorn leur donnât un coup de coude à chacun. Mais quelques fois sur le chemin, ils se risquèrent à jeter des regards discrets à l'arrière de la file pour détailler la jeune femme mystérieuse. Ses cheveux noirs étaient rejetés à l'arrière de sa nuque, le tout attaché en une lourde tresse qui se balançait de droite à gauche dans son dos. La couleur grise de ses yeux se démarquait parmi ses traits discrets et la peau brunie de son visage. Une lourde cape foncée couvrait ses vêtements, mais ils purent apercevoir un sac en bandoulière qui pendait sur son flanc.
Ils ne purent deviner son origine ou d'où elle venait, mais ils ne manquèrent pas de remarquer ses deux oreilles pointues, dignes de la race des Elfes, qui les laissèrent perplexes.
Gandalf, avec l'aide des deux Hobbits, trouva une entrée praticable pour les chevaux, et ces derniers se retrouvèrent bientôt avec de l'eau jusqu'au flanc. Eänwen, à l'arrière de la file, eut un titillement au cœur face à ce qui accueillait la compagnie dans ce cercle de pierre. Des corps de gobelins démembrés flottaient à la surface de l'eau pendant qu'une odeur désagréable lui chatouillait les narines, son cœur au bord des lèvres. Mais ce qui lui fit le plus d'effet était ce qui se trouvait devant la compagnie. Face à eux, la tour d'Orthanc, vierge et sombre, s'imposait dans toute sa grandeur parmi les débris submergés, intouchable. Oui, le pouvoir de Saroumane était défait, mais une défense d'apparence infranchissable se dressait maintenant devant eux. Tout en étant prisonnier de sa propre tour, Saroumane pourrait toujours se replier sur lui-même et tout refaire dans la sécurité de sa demeure.
Eänwen pensa alors qu'il fallait faire quelque chose, au plus vite. Surtout de ne pas le laisser là, seul dans sa tour. Les risques de récidive étaient trop grands. Les scénarios se bousculèrent alors dans son esprit, plus affreux les uns que les autres; il ne faudrait surtout pas qu'un massacre se répète de la main du magicien déchu, ou de n'importe lequel de ses alliés.
Mais avant qu'elle n'ait pu faire quoi que ce soit, un drôle de personnage vint vers eux. Il était encore plutôt loin, mais considérant sa taille, il était difficile de ne pas l'apercevoir. C'était évidemment un Ent : une ancienne race dont les êtres avaient l'aspect d'immenses arbres, mais pourvu de parole et de jambes. Près de quatorze pieds de haut, celui qui s'approchait vers eux semblait plus imposant que les autres qui se rassemblaient plus loin derrière lui. Deux longs bras et jambes encadraient son corps d'écorces et de mousses, en plus d'une interminable barbe de feuillage et de brindilles qui pendait à son menton. Au milieu de son visage, il arborait un grand nez fourchu et deux yeux d'un brun doré qui semblaient préoccupés.
La race des Ents était probablement la plus ancienne de toutes celles qui frôlaient encore le sol de la Terre du Milieu. Il s'agissait d'un pouvoir qui parcourait les plaines et les forêts bien avant que les Elfes ne chantent ou que les Hommes ne prennent leur premier souffle. Il parcourait les forêts au temps jadis, quand la montagne était jeune sous la lune et bien avant que l'Anneau ne fût forgé, ou le mal ourdi.
Quand la compagnie fut à son niveau, plusieurs d'entre eux ne purent retenir une exclamation mêlée d'admiration et de crainte. Même Eänwen, qui avait déjà côtoyé des oliphants plus tôt dans sa vie, laissa échapper un « wow » d'émerveillement.
« Jeunes Maîtres Hobbits, salua Sylbebarbe de sa voix creuse. Et Maître Gandalf, je suis ravi de vous voir.
- Moi de même, mon vieil ami, sourit le magicien.
- Houm! Vous devez être Aragorn, fils d'Arathorn, fit Sylvebarbe en pointant le rôdeur du doigt. Les jeunes Maîtres Hobbits m'ont beaucoup parlé de vous, tout comme Legolas Vertefeuille et Gimli, fils de Glóin, qui se trouvent juste à vos côtés je suppose.
Les trois compagnons s'inclinèrent respectueusement en guise de salutation. Le Vieil Ent les regarda longuement d'un œil scrutateur. Il se tourna en dernier vers Legolas.
« Ainsi, vous avez parcouru tout le chemin depuis la Forêt Noire, mon bon Elfe? C'était autrefois une très grande forêt!
- Ce l'est encore, dit Legolas. Mais pas assez pour que nous qui y demeurons nous nous fatiguions jamais de voir de nouveaux arbres. Je serais extrêmement heureux de voyager dans la Forêt de Fangorn. J'en ai à peine franchi les lisières, et je ne désirais pas m'en retourner. »
Les yeux de Sylvebarbe brillèrent de plaisir.
« J'espère que votre désir se réalisera avant que les collines ne soient beaucoup plus âgées.
- Je viendrai, si j'en ai la bonne fortune, espéra Legolas. J'ai convenu avec mon ami que, si tout va bien, nous visiterions Fangorn ensemble, avec votre permission bien sûr.
- Tout Elfe qui viendra avec vous sera le bienvenu.
- L'ami dont je parle n'est pas un Elfe, dit Legolas. Je parlais de Gimli fils de Glóin, que voici à mes côtés. »
Gimli s'inclina profondément, et la hache s'échappa de sa ceinture et résonna sur le sol.
« Houm, hm! Ah ça, dit Sylvebarbe, lui jetant un regard noir. Un Nain et un porteur de hache! J'ai de la bienveillance pour les Elfes; mais vous me demandez beaucoup. Voilà une étrange amitié!
- Elle peut sembler étrange, insista Legolas, mais tant que Gimli vivra, je n'irai pas seul à Fangorn. Sa hache n'est pas destinée aux arbres, mais aux cous d'Orques et serviteurs de Sauron.
- Hou! Allons donc! Voilà qui est mieux! Enfin… les choses suivront leur cours; et il n'y a aucun besoin de se presser à leur rencontre. Peu importe, je vous crois sage et posé, maître Elfe, et votre jugement juste! Vous serez admis en ces lieux en tout temps, et votre ami sera le bienvenu aussi.
- Merci », dit Legolas en s'inclina.
Sylvebarbe se retourna alors légèrement vers le reste du groupe.
« Mais je dois avouer que ma connaissance s'arrête là. À qui ai-je l'honneur?
- Je suis Théoden, fils de Thengel et roi du Rohan, se présenta-t-il. À mes côtés, mon neveu Eomer, Maréchal de la Marche, et mon plus proche conseiller Gamelin, capitaine de la Garde.
- Très bien, très bien. Les murmures du vent et des arbres m'ont apporté les nouvelles de votre triomphe au Gouffre de Helm. Que la victoire vous accompagne sur le reste de votre chemin. »
Les trois Rohirrims s'inclinèrent à leur tour, et il resta alors seulement Eänwen à l'arrière du groupe. Sylbebarbe se pencha légèrement, tentant en vain de reconnaître les traits de l'Elfe.
« Qu'avons-nous là… dit-il. Quel est votre nom, jeune Dame?
- Je me nomme Eänwen, fille de Thalion, monseigneur.»
Les yeux de l'Ent s'agrandirent de surprise.
« Je ne croyais pas rencontrer jamais la progéniture de ce cher Thalion, se réjouit Sylbebarbe. Quel bon vent vous amène si loin de votre pays natal, ici en ces terres assombries par les ténèbres et attristées par le deuil?
- Mon frère et moi-même sommes venus accomplir la dernière volonté de notre père, qui nous a été livrée lors de son dernier souffle. »
Le visage de l'Ent se contracta, affligé par la douloureuse nouvelle.
« Vous m'en voyiez grandement désolée, s'attrista-t-il. Un bon compagnon cet homme fut durant toute sa vie. Je ne l'ai rencontré que très peu de fois, mais je garde le souvenir de votre père comme un homme généreux de son temps et juste.
- Merci.
- Quand cette tragédie s'est-elle produite?
- Il peine quelques semaines, répondit-elle le visage fermé.
- Vous m'en voyez encore plus désolé. La douleur est encore fraiche, et le deuil à peine naissant. Que toute la bonne volonté de la race des Ents vous accompagne dans vos périples et desseins.
- Merci encore une fois. »
Sur ces derniers mots, le visage stoïque, elle s'inclina devant l'être d'écorce et de mousse. Legolas, qui était à ses côtés, remarqua quelque chose d'étrange. Les autres ne virent rien, puisque Sylvebarbe avait déjà recommencé à discuter gravement avec Gandalf à propos de Saroumane.
Dans les reflets de l'eau, Legolas aperçut rapidement le visage d'Eänwen détruit par le chagrin. Les yeux fermés et se mordant la lèvre inférieure, elle combattait ses émotions afin de retenir les larmes qui lui perlaient aux yeux. L'instant fut très court, puisque rapidement, elle relâcha un profond soupir et releva la tête, le visage aussi fermé qu'avant. Mais ses yeux rougis la trahissaient, et le chagrin était visible sur ses traits.
Le cœur de l'Elfe se contracta, et il regretta immédiatement sa décision de lui avoir permis de venir rencontrer Saroumane. Les émotions instables qui dirigeaient à présent sa façon d'agir et de se comporter étaient trop compromettantes, au risque de nuire aux négociations.
Comme le lui avait appris Gimli, c'était pareil que lorsqu'on jouait aux cartes; il fallait toujours laisser ses émotions dans le couloir. Toujours.
Cependant, il était à présent trop tard pour faire demi-tour. De toute façon, Eänwen n'en aurait rien fait de ce qu'il pensait; elle resterait, peu importait son opinion.
Ils avancèrent dans l'eau et les débris, jusqu'à être à une vingtaine de mètres de la tour. Elle s'élevait haut dans le ciel, sombre tache sur la voûte bleue.
« Que faisons-nous maintenant? demanda Eänwen.
- Peut-être forcer la porte? Proposa Pippin.
- Beaucoup trop risqué, Maître Touque, gronda Gandalf. Il faut se montrer prudent; même vaincu, Saroumane est dangereux.
- Alors, réglons-lui son compte et qu'on en finisse, beugla Gimli derrière Legolas.
- Non! Trancha le magicien. Il nous le faut vivant, il faut qu'il parle. »
Et là sans que personne ne s'y attende, une voix sortie de nulle part, glacée et creuse comme une caverne, leur parla :
« Vous avez mené bien des guerres et tué nombre d'Hommes, Roi Théoden, mais vous avez tout de même fait la paix ensuite. »
Un mouvement attira le regard d'Eänwen sur le haut de la tour. Et elle le vit.
Saroumane, le chef déchu des cinq magiciens, apparut au bord du sommet de sa tour. Il portait une robe blanche, qui avait visiblement vécu des jours plus glorieux, à longues manches évasées et une longue barbe noire mêlée de gris lui parcourait les joues. Ses longs cheveux poivre et sel étaient placés vers l'arrière, laissant son grand front dégagé. D'une main libre, ses doigts frêles et étrangement articulés maniaient un long bâton de métal, ce dernier orné d'une sphère sombre et cristalline. En un sens, Eänwen trouva qu'il ressemblait subtilement à Gandalf. Mais ce qui le différenciait de son compagnon était ses yeux. Ornés d'épais sourcils, ceux de Saroumane étaient noirs et profonds, tels les abysses les plus ténébreux des plus profonds océans.
Il donnait froid dans le dos; et sa voix qui emplissait tout l'espace malgré la distance qui les séparait inquiétait Eänwen au plus haut point. Elle résonna en échos autour d'eux et emplit son esprit.
« Ne pouvons-nous tenir conseil comme nous l'avons fait jadis, mon vieil ami? Reprit-il sous un ton de bienveillance. Ne pouvons-nous faire la paix, vous et moi? »
Théoden, silencieux et pensif, était à l'avant du groupe.
« Nous ferons la paix… commença-t-il.
Mais le silence perdura, comme si Théoden était dans un autre moment de réflexion. Le cœur d'Eänwen fit un bon dans sa poitrine, ne pouvant concevoir comment l'idée de faire la paix avec ce corbeau de malheur ait pu traverser la tête du roi. Même Aragorn, tout aussi pris au dépourvu que la jeune femme, se retourna vers le roi, confus.
Heureusement pour eux, le Roi Théoden reprit d'une toute autre manière.
« Oui nous ferons la paix! Rugit-il. Lorsque vous répondrez de l'embrasement de l'Ouestfolde et des enfants qui gisent sans vie! Nous ferons la paix, lorsque les vies des soldats, dont les corps furent dépecés devant les portes de Fort le Cor alors qu'ils étaient morts, seront vengées! Lorsque vous pendrez à un gibet pour le plaisir de vos propres corbeaux. Là, nous serons en paix. »
La tension monta d'un cran. Le regard de Saroumane se durcit comme de la pierre.
« Des gibets et des corbeaux, vieux radoteur! Cracha-t-il. Que voulez-vous, Gandalf le Gris? Laissez-moi deviner… La clé d'Orthanc? Ou peut-être même les clés de Barad-dûr avec les couronnes des sept Rois et les baguettes des cinq Magiciens? »
C'en était assez pour Eänwen; elle éclata.
« Qui êtes-vous pour juger?! Cria-t-elle. Vous avez tout pris au peuple du Rohan, jusqu'au dernier grain de blé! Les maisons et villages; brûlés! Les champs et provisions; détruits! Mais c'est loin d'être le pire de vos méfaits! Les maisons peuvent être rebâties, et les récoltes peuvent repousser d'une terre saine! Mais, rien au monde ne va pouvoir guérir la douleur des vies perdues, les familles endeuillées et les cicatrices de la guerre qui ont marqué nos cœurs à jamais! Vous avez permis à votre vile armée de tout saccager sur son passage, tuant des centaines de personnes tout en violant les femmes et en massacrant des enfants sous les yeux de leurs mères impuissantes! »
Saroumane, qui n'avait pas apporté grande attention à la jeune femme jusqu'à présent, afficha un sourire condescendant sur ses lèvres.
« Et bien, et bien, qu'avons-nous là? Une jeune femme farouche qui croit être capable d'accomplir un vrai miracle en ces terres...
- Vous ne me connaissez pas… ragea-t-elle. »
Le magicien s'esclaffa.
« Ah oui, vous croyez? Ne sous-estimez pas mon pouvoir, Eänwen fille de Thalion!
- Seul le nom ne fait pas la personne! Rétorqua la jeune femme.
- Peut-être pas vous, mais le nom de votre père évoque beaucoup de mauvais souvenirs à mon esprit…
- Je vous interdis de parler de lui, ne fut-ce qu'un seul mot! S'insurgea-t-elle.
- Un lâche! Lâcha-t-il. Un véritable lâche qui a fui vers le sud!
- Jamais! Cria-t-elle. Il avait quitté pour mieux revenir, mais voilà, il est mort! »
Ses yeux piquaient, mais la colère qui bouillonnait en son intérieur balaya ses émotions d'un revers de la main.
« Mais me voilà, reprit Eänwen, si peu que ma présence puisse faire différence en ce bas monde. Et je suis ici, accompagnée par mes frères, pour accomplir le devoir qu'il a toujours voulu accomplir en ces terres. »
Saroumane s'appuya sur son bâton, un sourire malveillant aux lèvres.
« En plus d'être malavisée, votre naïveté m'attendrit à un tel point que je ne me reconnais plus moi-même. À croire que mon inquiétude envers votre venue soit en fin de compte non fondée! Une écervelée comme vous, il y en a déjà plusieurs en ces terres et aucun n'a réussi à changer le cours de la conquête du Seigneur des Ténèbres. »
Avant qu'Eänwen n'ait pu répliquer quoi que ce soit, Aragorn se pencha vers elle :
« Dame Eänwen, n'embarquez pas dans son jeu; il utilise le pouvoir de sa voix pour vous faire douter! »
Mais elle était déjà dans sa lancée.
« Rien n'est encore joué, corbeau, cracha-t-elle. Votre défaite au Gouffre de Helm n'était qu'un aperçu de ce que les peuples unis de la Terre du Milieu peut accomplir!
- De la chance, répliqua le magicien, voilà ce qui est arrivé. Votre victoire n'est due qu'à un débalancement dans le cours des choses. Mais la balance penche déjà en notre faveur…
- DE LA CHANCE?! S'injuria la jeune femme, rouge de colère. Vous croyez que c'est par la chance qu'une poignée d'Homme ait pu résister aux dix milles Orques qui ont franchi les limites du Gouffre de Helm? Que c'est par la chance qu'une centaine d'archers de la Lorien nous ait rejoints, et qu'une dizaine ait survécu malgré le massacre de vos troupes? Que le Seigneur Haldir ait survécu en plus? Que Gandalf soit descendu de la grande colline accompagné du Maréchal Eomer et de son armée? Et surtout, croyez-vous vraiment que c'est par de la chance que j'ai eu une grande satisfaction de trancher la tête, de mes propres mains, de votre second du haut du Mur du Gouffre? Et tout cela, sous les yeux de votre armée? »
Mais Saroumane, dur comme de la pierre, ne fut guère impressionné par son petit discours.
« Vous n'êtes qu'un traître! Cracha-t-elle. Et les traîtres méritent un aussi grand châtiment équivalent du mal qu'ils ont fait.
- Impertinente, dit-il avec dédain. Votre croyance m'amuse. J'ai tenté de vous museler à votre entrée sur ces terres en plus des chiens qui vous servent de compagnons… Mais j'ai malheureusement échoué. Cependant, la chasse ne fait que commencer. Que ce soit par ma main ou celle d'un autre, votre mort viendra sous peu, tout comme les informations précieuses que vous avez amenées avec vous! »
Les têtes se retournèrent vivement vers la jeune femme, étonnés. Était-ce vrai? Ou une simple manigance du magicien? Mais Eänwen ne retourna pas le regard, toujours concentrée sur Saroumane.
« Peut-être devriez-vous réviser l'étendue de votre pouvoir, magicien, répliqua-t-elle. Il n'est peut-être pas aussi puissant que vous le prétendez, puisque quelqu'un a déjà pris votre place!
- Encore une fois, ne me sous-estimez pas jeune écervelée; il pourrait vous en coûter cher…
- Gandalf est revenu d'entre les morts, après avoir combattu un Balrog je le rappelle, pour être ressuscité en ce que vous auriez dû devenir. Gandalf le Gris est devenu Gandalf le Blanc, et son pouvoir est bien au-delà du vôtre! Ce n'est pas sans rien qu'il vous a chassé de l'esprit du Roi Théoden, ou qu'il a vaincu partout où son chemin le conduisait!
- Peut-être, accorda-t-il. Mais nous ne sommes qu'au commencement. Les ténèbres se lèveront, la lumière s'éclipsera et votre espoir, si mince est-il aujourd'hui, sera anéanti par la puissance qui s'élève présentement à l'Est. Et tout cela sous l'œil des Hommes sans que rien ne soit tenté pour l'arrêter… Pathétique.
- Comptez sur nous, défia Eänwen. Nous y serons. »
Un sourire inquiétant s'étira sur les lèvres de Saroumane, et ses yeux sombres brillèrent sous le soleil éclatant. Dans l'esprit d'Eänwen, il était clair qu'il cachait toujours quelque chose qu'ils ignoraient.
« Votre traîtrise a déjà coûté de nombreuses vies et des milliers sont encore en péril, reprit Gandalf. Mais vous pouvez les sauver Saroumane, car vous étiez dans les secrets de l'ennemi.
- Alors, vous êtes venu quérir des informations. J'en ai pour vous. »
Et d'une main agile, il sortit de sa robe une sphère ténébreuse, luisant d'une faible lumière inquiétante. Gandalf perdit sur le coup son attitude; l'inquiétude et le doute planant dans son regard. Eänwen reconnut tout de suite l'objet. Il s'agissait d'un palantír, une Pierre de Vision. D'après la légende, elles auraient été l'œuvre de Fëanor en Valinor, le plus grand des Elfes. Elles auraient été apportées en Terre du Millieu pour assurer la communication au sein et entre les royaumes du Gondor et d'Arnor. Mais au cours du Troisième Âge, la plupart des palantíri furent perdus, détruits ou oubliés. Aujourd'hui, il n'en serait resté que quatre, éparpillés à travers la Terre du Milieu; cachés et protégés des regards extérieurs.
Mais voilà qu'ils venaient d'en trouver un; et le fait que ce soit Saroumane qui la possédât ne prédisait rien de bon.
« Quelque chose gronde en Terre du Milieu, reprit le magicien, quelque chose que vous avez omis de voir. Mais le Grand Œil l'a vu, lui. Même maintenant, il met à profit cet avantage. Il attaquera bientôt. »
Et son regard se posa sur Eänwen.
« Et vous, jeune impertinente, j'ai de mauvaises nouvelles à votre attention. »
Ses doigts, posés tels des crochets sur la pierre d'Orthanc, bougèrent légèrement et une faible lumière éclaircit les ténèbres du palantír.
« La mort vous fauchera bientôt, annonça-t-il d'une voix creuse. Vous serez seule, humiliée et délaissée de tous. À l'aube de la victoire du Seigneur des Ténèbres, votre destin se scellera sous la montagne, et par les vôtres vous serez assassinée. »
Puis, il releva ses yeux sombres de la Pierre de Vision, et les planta dans ceux d'Eänwen. Et il déclara d'une voix cruelle :
« Tout comme j'ai fait assassiner votre père! »
Le cœur d'Eänwen rata un battement, et un clou géant s'enfonça brutalement dans sa poitrine. Le coup était si puissant, que tout son corps eut l'impression d'être rejeté en arrière. Des larmes de rage lui vinrent une fois de plus aux yeux, et une boule de colère se forma dans son estomac.
Les autres autour d'elle eurent tous un hoquet de surprise, même Pippin et Merry qui étaient de leur côté horrifiés par la voix de Saroumane. Legolas prit la main de la jeune femme entre ses doigts. Elle était froide; tout le sang et la chaleur de son corps disparaissant à vue d'œil.
« Oui, vous avez bien compris, dit Saroumane tout en se délectant de l'expression anéantie d'Eänwen. Les Pierres de Vision permettent de voir loin, très loin. Votre père devenant trop entreprenant et beaucoup trop dangereux, j'ai décidé d'envoyer un contingent d'Uruk Hai. Bien sûr, je ne m'attendais pas à ce qu'ils reviennent, mais heureusement ils ont accompli la mission que je leur avais confiée… »
Eänwen se souvint alors avec effroi d'avoir fait remarquer à Astaldo à quel point le perfectionnement du poison utilisé sur la pointe de la flèche qui avait intoxiqué le sang de Thalion ne ressemblait en rien à leurs ennemis habituels.
Alors, la mort de son père n'était point un accident. C'était à cause de Saroumane, ce traitre et lâche, qu'elle avait perdu la personne la plus importante dans sa vie. La jeune femme hésitait à savoir s'il avait vraiment fait tuer son père, ou s'il cherchait seulement à la manipuler. Mais peu importait, que ce soit l'un ou l'autre, il s'aventurait sur un terrain qu'il ne pouvait profaner. Elle pointa alors son doigt vers le haut de la tour, se défaisant ainsi de la main de Legolas, et s'écria d'une voix déchirée :
« MEURTRIER! Cria-t-elle les larmes débordant de ses paupières. Vous n'êtes qu'un sale meurtrier! Vous méritez de mourir des dans les pires souffrances qu'un être puisse endurer. Vous… vous allez…
- Arrêtez de m'éclabousser de vos pleurs, coupa-t-il négligemment, vous m'ennuyez. »
Gandalf, toujours attentif aux paroles du magicien traître, avança seul vers la tour. Eänwen, épuisée de combattre, se replia sur elle-même, le cœur lourd. À son plus grand désespoir, les ténèbres du deuil l'entouraient une fois de plus et son cœur lui faisait mal.
« Vous allez tous mourir, continua le magicien. Mais vous le savez, n'est-ce pas, Gandalf? Vous ne pouvez croire que ce Rôdeur pourra un jour s'asseoir sur le trône du Gondor. Cet exilé sorti de l'ombre ne sera jamais couronné Roi. Gandalf n'hésite pas à sacrifier tous ceux qui lui sont proches, ceux à qui il manifeste de l'amour. »
Gimli, décidément dégoûté par Saroumane et ses méthodes, montrait déjà des signes d'impatience. Il était clair que le magicien tentait de tous les manipuler, mais personne n'osa intervenir; le pouvoir qui grandissait dans la voix de Saroumane intimidait quiconque aurait voulu s'opposer à lui.
« Dites-moi, quels mots de réconfort avez-vous susurrés au Semi-Homme avant de l'envoyer à sa perte? »
Gandalf baissa le regard, ses yeux semblant refléter l'ombre d'un doute.
« Le chemin sur lequel vous l'avez envoyé ne peut le conduire qu'à la mort », conclut Saroumane.
Gimli fit fi des termes de négociations et des recommandations de Gandalf, et s'exclama haut et fort :
« J'en ai assez entendu. Tuez-le, ordonna-t-il à Legolas devant lui, transpercez-le d'une flèche. »
L'Elfe, hésitant, était sur le point de prendre une de ses flèches, mais Gandalf intervint.
« Non! Interdit-il. Descendez, Saroumane, et votre vie sera épargnée.
- Gardez votre pitié et votre clémence, s'impatienta le magicien. Je n'en ai nul besoin! »
Et puis, il baissa rapidement le revers de son bâton en direction du sol et une flamme jaillit. Une énorme boule de feu s'élança dans l'air, plus rapide que le regard. Eänwen sortit de sa transe, sentant la chaleur du feu lui lécher la peau. Réalisant soudainement ce qu'il se passait, elle eut juste assez de temps pour voir la boule de feu s'écraser directement sur Gandalf. Les chevaux sursautèrent, apeurés par les flammes et la chaleur, et bondirent en arrière.
Pendant de longues secondes, le feu demeura. Intouchables, les flammes tournaient autour du magicien en une sphère opaque et dangereuse; s'embrasant et grossissant en circonférence. Eänwen porta une main à sa bouche, n'en croyant pas ses yeux. Quelle était cette magie?
Mais après un moment, le feu se dissipa tel un coup de vent, laissant apparaître Gandalf intacte. Le port haut et le regard menaçant, il était plus redoutable que jamais. Tenant son bâton près de lui, le Magicien Blanc semblait prêt à riposter à l'attaque. Quant à Gripoil, pas même un poil de déplacé, il resplendissait à la lumière du Soleil. Il ne semblait pas s'être rendu compte de ce qui venait de se passer, même si Eänwen était parfaitement convaincue au fond d'elle-même qu'il en avait pleine conscience.
La jeune femme jeta un coup d'œil à Saroumane en haut de sa tour, d'apparence en sécurité et intouchable. Mais son regard incrédule laissait transparaître autre chose; sa confiance venait de le trahir, et il réalisa que sa perte serait pour bientôt. La peur l'envahit, et le doute.
« Saroumane! Annonça Gandalf d'une voix grave et solennelle. Votre bâton est brisé. »
Et là se produit le pire des châtiments pour un magicien du prestige et du rang de Saroumane. Dans ses mains, son bâton se mit à trembler. Sous ses yeux, il se mit à briller d'une lumière et en un éclair se désintégra, laissant ses mains décharnées nues. Seules les cendres de son pouvoir déchu glissèrent entre ses doigts, soufflées par le vent de la défaite. Humilié, il referma ses mains sur un vide, la preuve qu'il était à présent détrôné à jamais.
Alors que Saroumane était toujours dans la réalisation de sa défaite, un homme apparut derrière lui. Malgré l'épais manteau de fourrure qui lui couvrait les épaules, l'homme en question semblait frêle et maigre. Sa peau blanche comme la neige contrastait avec sa chevelure sombre et grasse, mais ce qui ressortait le plus était ses yeux. Son regard bleuté telle l'eau pâle des rivages reflétait le désarroi et la confusion. Comme un chien battu, il avança vers son maître, la tête baissée et la démarche hésitante.
Eänwen éprouva de la pitié pour cet homme, lui qui semblait être en haut de cette tour contre sa volonté.
Théoden le vit alors, et lui adressa immédiatement la parole :
« Grima, vous n'êtes pas obligé de le suivre, déclara Théoden. Vous n'avez pas toujours été ainsi. Autrefois, vous étiez un Homme du Rohan. Descendez. »
Des larmes coulaient de ses yeux bleus, probablement ému par les paroles du Roi. Il s'inclina, et s'apprêta à quitter les lieux lorsque Saroumane prit la parole. Dans sa voix, il ne restait plus que la folie et l'humiliation d'un homme; le magicien était mort, et son pouvoir aussi.
« Un Homme du Rohan? Cracha-t-il. Qu'est-ce que la maison du Rohan, sinon une grange au toit de chaume où les bandits boivent dans les relents pendant que leur marmaille se roule par terre avec les chiens? La victoire au Gouffre de Helm n'est pas la vôtre, Théoden, dresseur de chevaux. Vous êtes le piètre fils d'une prestigieuse lignée!
- Grima… Rejoignez-nous, libérez-vous de lui. Fit Théoden en n'écoutant point Saroumane.
- Libre?! Il ne sera plus jamais libre, insista-t-il sans pitié.
- Non… fit Grima. »
À en juger par sa voix tremblante, c'était probablement une première pour cet homme de se rebeller contre son maître. Saroumane se retourna vers lui, furieux.
« À terre, chien! »
Du revers de sa main, il le frappa à la mâchoire. Le pauvre serviteur se retrouva alors étendu sur le sommet d'Orthanc, humilié.
« Saroumane, intervint Gandalf, vous étiez dans les secrets de l'ennemi. Dites-nous ce que vous savez.
- Vous rappelez vos gardes et je vous dirai où votre destin se décidera. Je refuse d'être retenu prisonnier ici. »
Sans avertissement, Grima se leva, sortit une dague des plis de son manteau et poignarda Saroumane dans le dos. Le magicien accusa le coup, son visage grimaçant de douleur. Il sentit la lame le traverser une deuxième fois, son sang lui coulant dans le dos. Essayant de sauver le magicien pour ses informations précieuses, Legolas leva son arc et tira sur Grima. Il reçut la flèche en plein cœur, et lâcha son arme. Grima s'échoua alors sur le sommet d'Orthanc pour la dernière fois, son corps bientôt victime des corbeaux de son ancien maître. Saroumane, gravement blessé, perdit l'équilibre et bascula dans le vide. Son corps tomba et culbuta dans les airs, jusqu'à tant qu'il vînt se planter brutalement dans les énormes épieux d'une roue.
Il eut un instant de dégoût parmi la compagnie, tous surpris par la fin brutale du magicien.
Cependant, Eänwen ne put s'empêcher de sourire. Le meurtrier de son père venait tout juste de mourir devant ses propres yeux, et les effluves de la douce vengeance accomplie s'écoulèrent dans ses veines. Sa colère s'apaisa, son cœur s'allégea. Saroumane avait mérité de mourir aujourd'hui; il ne pourrait plus torturer le peuple de la Terre du Milieu et aider le Seigneur des Ténèbres. Mais la douleur et le doute que le magicien avait semé en son esprit étaient toujours présents, et malmenaient son cœur.
Se détournant du corps sans vie de Saroumane, Gandalf retourna vers le groupe, plus particulièrement vers le Roi Théoden. Du coin de l'œil, il vit Sylvebarbe s'approcher du groupe pour constater la mort du magicien.
Mais Eänwen ne fit pas attention aux paroles de Gandalf. Son regard dévia vers l'épieu sur lequel la dépouille du magicien était enfoncée. La roue, avec un excédent en poids, bascula vers l'avant et entraîna le corps de Saroumane dans l'eau. Elle vit alors quelque chose de brillant s'échapper de la manche de sa robe, mais ne put identifier ce que c'était.
Cependant, avant qu'elle n'ait pu faire quoi que ce soit, Pippin descendit du cheval et se dirigea vers la roue. De nature curieuse, il n'était guère surprenant de voir Pippin, avec de l'eau au-dessus de la taille, braver les débris et l'eau froide pour récupérer ce qui avait coulé au fond de l'eau. Il zigzagua entre les chevaux, et passa jusqu'à côté de Sylvebarbe, qui sembla ne pas l'avoir remarqué.
« Les immondices de Saroumane s'en vont enfin, dit l'Ent soulagé. Les arbres vont revenir vivre ici. De jeunes arbres, des arbres sauvages.
- Pippin! Appela Aragorn, découvrant les intentions du jeune Hobbit.
Pippin se pencha au pied de la roue et plongea ses mains dans l'eau froide. Il remonta quelque chose à la surface. Dans ses petites mains, une sphère sombre et ténébreuse luisait d'une lumière inquiétante. Eänwen la reconnut sur-le-champ; il s'agissait du palantír de Saroumane.
« Par mon écorce! S'étonna Sylvebarbe, n'en croyant pas ses yeux.
- Peregrin Touque, intervint rapidement Gandalf, donnez cela mon garçon. »
Le magicien du haut de son destrier, se pencha vers le Hobbit, une main tendue. Pippin sembla hésiter, mais tendit timidement de ses deux mains la sphère vers Gandalf.
« Dépêchez-vous, pressa-t-il. »
D'une main agile, il s'empara de la Pierre et l'enveloppa dans les tissus de sa robe, à l'abri des regards.
Gimli, toujours sur son cheval avec Legolas, se pencha vers l'avant. Eänwen, toujours à leur côté, releva la tête vers eux.
« Qu'est-ce que c'était? Murmura-t-il à l'oreille de son compagnon.
- Un palantír, répondit l'Elfe. Sous aucune excuse n'approchez cet artéfact maléfique. Saroumane l'utilisait pour communiquer avec Sauron, et le lien entre les deux sphères est toujours intact.
- Un contact précoce avec l'ennemi est la dernière chose que nous souhaitons Gimli, rajouta Eänwen. Communiquer avec lui à ce moment-ci serait une grave erreur.
- Nous devons trouver une manière de démasquer ses desseins, de débusquer ses prochaines intentions.
- Mais comment? Demanda Gimli exaspéré. Notre dernière source d'information vient de s'empaler sur un pieu! »
Eänwen esquissa d'un sourire, trouvant l'humour de ce cher Gimli toujours approprié dans ce genre de situation. Mais à ce moment, elle vit du coin de l'œil le Maréchal s'approcher d'eux.
« C'est ce que nous nous demandons tous Maitre Nain, intervint Eomer. Cependant, ce n'est pas en restant ici que nous allons trouver une solution. De plus, je crois parler pour tout le monde en disant que nous sommes tous épuisés, non? »
Les têtes se hochèrent en concert. La fatigue accumulée des journées complètes de voyage et de la bataille du Gouffre de Helm leur pesait encore sur les épaules et la fin de ce voyage n'avait pas encore pointé le bout de son nez, en tout cas, jusqu'à maintenant.
« Je crois que nous devrions retourner à Edoras, proposa Aragorn.
- Je suis d'accord, affirma Théoden. Des esprits fatigués et las ne sauraient trouver une solution à cette impasse.
- De toute manière, il n'y a plus rien pour nous ici, appuya Gamelin. Edoras sera un lieu plus approprié pour prendre des décisions posées et justes.
- Mais, est-ce que Gandalf a terminé ici? Demanda Eänwen. Il serait injuste de partir plus tôt que ne le voudrait celui qui nous a menés ici en premier lieu!
- Je crois que oui, dit Pippin. Le voilà justement. »
Gandalf s'approcha du groupe, suivit de près par le Vieil Ent.
« Pour le moment, nous devons nous séparer quelque temps. Le jour tire à sa fin, mais Gandalf dit que vous devez partir avant la tombée de la nuit, et le Seigneur de la Marche est anxieux de regagner sa propre demeure.
- Oui, nous devons partir, et partir maintenant », dit Gandalf.
Il releva la tête vers son vieil ami, un sourire s'étirant sur ses lèvres.
« Je crains de devoir vous enlever vos portiers, rajouta-t-il taquin. Mais vous vous arrangerez bien sans eux.
- Peut-être, dit Sylvebarbe. Mais ils me manqueront. Nous sommes devenus amis en si peu de temps que je dois devenir un peu irréfléchi – je rétrograde vers la jeunesse, peut-être. Mais il faut dire qu'ils sont la première nouveauté que j'aie vue sous le Soleil ou la Lune depuis bien, bien des jours. Je ne les oublierai pas. J'ai inscrit leur nom dans la Longue Liste. Les Ents s'en souviendront.
- Merci, Sylvebarbe, dit Merry.
- Nous ne vous oublierons jamais, rajouta Pippin, une larme perlant à son œil.
- Adieu! Et si vous avez des nouvelles dans votre agréable pays, la Comté, faites-le-moi savoir! Vous savez ce que je veux dire : si vous entendiez parler des femmes-Ents ou si vous les voyiez. Venez en personne, si vous le pouvez!
- Nous le ferons! » Dirent d'une seule voix Merry et Pippin.
Eomer et Aragorn, qui portaient respectivement sur leur destrier les deux Hobbits, saluèrent le Vieil Ent et s'éloignèrent en dehors du cercle de pierre. Théoden, Gamelin, Legolas, Gimli et Eänwen firent de même, et s'éloignèrent à leur tour. Sylvebarbe les regarda et resta un moment silencieux, hochant pensivement la tête. Puis, il se tourna vers Gandalf, à présent seul avec lui.
« Ainsi, Saroumane est mort, constata l'Ent. Enfin, son règne de terreur est éteint.
- Oui, heureusement, approuva le magicien. Il est peut-être mort, mais voilà, la Clé d'Orthanc est désormais vôtre. Mais il ne faut pas la laisser s'échapper à qui bon voudra!
- Certes non! Les Ents y veilleront, assura-t-il.
- Bon, dit Gandalf, c'est ce que j'espérais. Maintenant, je peux partir et me tourner vers d'autres affaires avec un souci de moins. Mais il faudra être attentif. Qui sait quel autre démon marche sur ces terres…
- Adieu Gandalf, que toute la bonne volonté de Ents vous accompagne.
Le soleil descendait derrière le long bras occidental des montagnes, quand Gandalf et ses compagnons et le Roi repartirent de l'Isengard. Tous les cavaliers formèrent une ligne, suivant le chemin sinueux. Gandalf menait encore une fois la marche, Merry à présent assis avec lui sur Gripoil. Les autres se succédèrent, tous silencieux. Aragorn ferma la marche, toujours avec Pippin en croupe. Des Ents se tenaient à la porte, solennellement rangés comme des statues, leurs longs bras levés, mais sans faire le moindre bruit. Eänwen leva haut les yeux, impressionnée par tant de prestance. Que ce soit par l'écorce ou les feuilles, chaque Ent était différent de l'autre. Merry et Pippin jetèrent un regard en arrière quand ils furent à une petite distance sur la route. Le soleil brillait encore dans le ciel, mais de longues ombres s'étendaient sur l'Isengard ruines grises s'enfonçant dans l'obscurité. Sylvebarbe se voyait là debout, seul, telle la souche distante d'un vieil arbre : les Hobbits pensèrent à leur première rencontre, sur la saillie ensoleillée au loin, à la lisière de Fangorn.
« Irons-nous loin ce soir, Gandalf? Demanda Merry au bout d'un moment.
- Nous chevaucherons quelques heures, sans nous fatiguer, jusqu'au bout de la vallée. Demain, il nous faudra aller plus vite.
- Pourquoi cela?
- Edoras est plus loin que le Gouffre de Helm, expliqua Gandalf, et nous ne voulons pas nous attarder ainsi découvert. À partir de maintenant, on ne doit plus parcourir ouvertement le pays à plus de deux ou trois, de jour comme de nuit, pour autant qu'on puisse l'éviter.
- Je ne pensais pas plus loin que le coucher de ce soir, je le crains, dit Merry. Où et que sont le Gouffre de Helm et tout le reste? Je ne connais rien de ce pays.
- Dans ce cas, Meriadoc, vous feriez bien d'en apprendre quelque chose, si vous voulez comprendre ce qui se passe. Mais pas en ce moment et pas de moi : j'ai trop de choses pressantes à quoi penser.
- Bon, je m'attaquerai à Grands-Pas au feu de camp : il est moins irritable. Mais pourquoi tout ce secret? Je croyais que nous avions gagné la bataille!
- Oui, nous l'avons gagnée, mais seulement la première victoire, et cela même accroît notre danger. Un lien subsiste entre l'Isengard et le Mordor, que je n'ai pas encore déterminé. L'œil de Barad-dûr va observer avec impatience la Vallée du Magicien et du côté du Rohan pour des réponses. Moins il en verra, mieux cela vaudra. »
Merry, haussant les épaules, abandonna. Tous ces secrets étaient trop pour lui, il n'obtiendrait définitivement rien de ce vieillard. Après un moment, il se retourna vers l'arrière. Les deux bras levés en signe de défaite, il fit signe à Pippin au loin qu'il avait tout tenté. Cependant, une tape légère d'un Gandalf exaspéré le ramena à l'ordre et il reprit sa position initiale.
Eänwen, témoin de la scène, rit légèrement. Les Hobbits semblaient être des êtres simples et joyeux. Bien que concernés par tout ce qui les entouraient, ils ne se laissaient pas atteindre par la peur de ce monde si grand ou par les ténèbres grandissantes. Qu'ils soient conscients ou pas du danger et de la pression qui pesaient sur leurs épaules à ce moment, leur présence, bien que nouvelle pour la jeune femme, semblait avoir déjà dissipé le brouillard de ténèbres qui planait sur la compagnie depuis quelques jours.
Quelques heures passèrent ainsi tandis que le Soleil commençait à se réfugier derrière l'horizon. Ils s'arrêtèrent à son coucher, à l'ombre d'une colline où un trou creusé dans le roc leur offrit son refuge. Ils descendirent de leur destrier respectif et s'y réfugièrent. Aragorn alluma un feu et la compagnie se divisa une miche de pain bien méritée. Même Merry et Pippin acceptèrent de partager les réserves qu'ils avaient ramenées du garde-manger de Saroumane.
Ils étaient tous assis en cercle, les uns à côté des autres. Legolas, qui prenait place aux côtés d'Eänwen, pris congé pour parcourir la région en éclaireur en compagnie d'Aragorn. La jeune femme se retrouva seule, avec un Gimli qui dormait déjà à sa gauche. Elle sortit alors son carnet de son sac et commença à écrire les évènements des derniers jours, remontant jusqu'à la grande bataille du Gouffre de Helm. Mais avant qu'elle ait pu retranscrire deux lignes, quatre petits pieds poilus entrèrent dans son champ de vision. Fronçant les sourcils, son regard remonta le long des deux Hobbits qui se tenaient devant elle. Eänwen s'étonna à penser que, même si elle était assise, leurs yeux étaient presqu'à la hauteur des siens. Les Hobbits restèrent immobiles, semblant attendre, ou hésiter à dire quelque chose. Merry souriait, ses deux bras croisés sur son torse. Pippin, avec ses grands yeux ronds et ses deux bras le long de son corps, regardait Eänwen d'un regard perdu, la bouche entrouverte d'admiration. Son ami, se rendant compte de l'allure de son compagnon, lui assena un coup de coude dans les côtes. Comme sorti d'un rêve, Pippin cligna des yeux et se ressaisit.
« Oui? Demanda Eänwen avec un sourire dissimulé.
- Bonsoir ma Dame, salua Merry. Nous nous ne sommes pas présentés officiellement dû au temps manquant tout à l'heure. Je me nomme Meriadoc Brandebouc, mais appelez-moi Merry. Et celui à mes côtés qui a trop peur de vous parler est mon cousin Peregrin Touque, que l'on surnomme tous Pippin. »
Pippin, offusqué, se retourna vivement vers son cousin.
« Je ne suis pas gêné! Lui chuchota-t-il à l'oreille, frustré.
- Alors, qu'est-ce que tu attends? Lui répliqua-t-il sur le même ton. »
Eänwen, qui entendait évidemment tout, s'amusa de leur petite conversation. Pippin se retourna alors vers la jeune femme et respira profondément, le doute se reflétant dans son regard.
« Bon… bonsoir, dit-il enfin.
- Enchantée messieurs, salua-t-elle à son tour. Je dois avouer que je suis ravie d'enfin vous rencontrer, j'ai beaucoup entendu parler de vous. »
Les deux Hobbits semblèrent agréablement surpris, et Pippin se relâcha quelque peu.
« Ah oui? Échappa-t-il.
- En bien, j'imagine… ajouta Merry sous un ton entendu en recroisant les bras.
- Certainement, confirma-t-elle. Depuis que mes frères et moi-même sommes avec la Communauté, il n'y a pas une journée qui passe sans qu'on ne me parle de vous ou des aventures que vous avez vécues tous ensemble avant que vous ne vous soyez séparés à Nen Hithoel.
- Bien sûr, quelle joie ce fut, s'exclama Merry. N'est-ce pas cousin? »
Eänwen arqua un sourcil, corroborant ainsi son doute. Elle regarda attentivement les deux êtres devant elle, flairant un sarcasme. Échangeant un regard complice, une lueur de malice s'alluma dans leurs pupilles claires. Un sourire s'étira sur leurs lèvres.
« Les meilleurs moments de ma vie, accorda Pippin.
- Se faire trainer dans la boue et les marais jusqu'au cou, énuméra-t-il avec une grimace, se battre contre des Nazguls, monter les plus hautes montagnes, être enterrés vivants sous une avalanche, descendre les plus profonds donjons, se battre contre un Balrog…
- Sans oublier la fois où nous avons eu une visite privée du Rohan sur le dos d'Uruk Hai pendant trois jours. Magnifique.
- Les paysages en valaient le coup!
- Ou lorsque nous avons failli nous faire piétiner par des chevaux, ou passer à un cheveu de se faire tuer par Sylvebarbe.
- La routine quoi…
- Et le pire dans tout cela, sans manger à notre faim.
- Ou une bonne pinte du Dragon Vert à notre main.
- Quel cauchemar.
- Des fois Pippin, je me demande comment notre destin s'organise pour que nous tenions encore debout… »
Un sourire éclatant aux lèvres d'Eänwen eut raison d'eux, et elle put finalement placer un mot.
« Vous avez définitivement une complicité légendaire! » Rit-t-elle, aux anges.
Après un instant, les deux Hobbits s'assirent à ses côtés et commencèrent à papoter sur tout et rien.
Cette soirée-là, Eänwen en apprit beaucoup sur le peuple des Semi-Hommes et leurs coutumes. L'architecture des maisons semblant très particulière chez les Hobbits, la jeune femme eut même droit à un dessin dans son carnet de la part de Pippin. Merry insista beaucoup sur l'importance, chez les Hobbits, de l'appréciation de la fermentation du houblon, de l'herbe à pipe et de la passion commune de l'épanouissement de la nature. Eänwen, n'en doutant pas, se promit de visiter ce coin de pays, un jour où l'herbe serait plus verte et la lumière plus véritable. Ils parlèrent aussi de Frodon et Sam, les deux derniers membres de la Communauté encore vivants que la jeune femme n'avait pas encore rencontrés. Les anecdotes pleuvaient, les rires s'enchaînaient. Tout au long de leur récit passionné, les deux Hobbits finissaient les phrases de l'autre, se succédant à un rythme que la jeune femme avait peine à suivre.
Lorsqu'Aragorn et Legolas revinrent de leur tournée, ils se joignirent à la conversation et participèrent au concert de souvenirs de la Communauté. Les sourires redoublèrent d'ardeur et Gimli fit même honneur de sa présence en se réveillant sous le rire tonitruant de Gandalf.
Sous le regard d'Eänwen, elle vit une partie de la Communauté renaître sous ses yeux. En ce moment de paix et de soulagement, le sentiment d'appartenance fut bénéfique à tous. Les regards furent brillants à nouveau, le cœur léger et l'âme enfin libre du deuil.
Pendant un instant, la jeune femme oublia ses pleurs, se libéra de ses sentiments mauvais et laissa de côté les paroles ensorcelées de Saroumane. Elle jeta un regard à Legolas, dont le profil parfait se dessinait clairement sur le fond noir de la nuit. Ses yeux bleus reflétaient les flammes ardentes du feu, éclairant ainsi le pauvre cœur d'Eänwen. Elle se sentir fondre, ses sentiments enfouis sous ses ténébreux cauchemars faisant enfin surface.
WOUHOU! Il y a de l'amour dans l'air!
Et vous savez ce qui se passe dans le prochain chapitre? Petite fête à Meduseld! ;)
