Pairing : Chrome x Mukuro
N/A : Je remercie les personnes qui ont commenté le dernier chapitre.
3
Six jours d'insomnie, de nombreux cours manqués, une perte d'appétit et un repli sur soi inquiétant, voilà à quoi se résumait la dernière semaine. Malheurs que son entourage pouvait aussi ressentir, puisqu'elle évitait également son petit-ami et ses pseudos-amis.
Mais ça, les Vongola l'ignoraient. En leur présence, Chrome ne montrait jamais ses faiblesses. Elle avait trop jouer le rôle de martyr par le passé et maintenant qu'ils la respectaient pour ses capacités, elle ne tenait pas à détruire sa réputation.
Alors elle mangeait silencieusement, souriant par-ci par-là, évoquant sa vie à la fac ou écoutant les récits de ses camarades. Et ce fut pendant l'une de ces discussions conviviales qu'elle apprit que Mukuro se trouvait encore à Nanimori.
Bien des choses en ce monde effrayaient la jeune mafiosi. La nourriture huileuse, les corbeaux, les gens faisant une crise cardiaque ou épileptique, et simplement la mort. Mais les portes grises métalliques n'en faisaient certainement pas partie.
Elle fixait cette porte depuis une bonne dizaine de minutes, comme si elle se trouvait face à un portail magique, partagée entre l'envie de découvrir ce qu'il dissimulait et celle de se contenter de l'observer, et attendre l'inimaginable.
Le sommeil ne l'avait à nouveau guère trouvé cette nuit là et une abrupte décision l'avait conduite ici. La base Vongola. Aussi celle qui logeait ses invités d'outremer. Non, ce n'était pas pour ça, se disait-elle. Pas pour lui. Elle espérait juste trouver une personne familière et amicale avec qui discuter - même si le blablatage n'était pas son fort et même si la probabilité de trouver une personne éveillée au milieu de la nuit s'avérait nulle. C'est aussi pour ça que ses pieds l'avaient amené comme par magie devant cette porte, et pas juste une quelconque porte au hasard, mais la sienne - qui était aussi la sienne.
Elle savait que se convaincre qu'elle avait soudainement décidé de faire cette ballade nocturne dans le seul but de visiter son ancienne chambre - une splendide pièce austère, tout juste assez grande pour une famille de souris - revenait à crier à la Terre à quel point sa vie l'émerveillait.
La vérité, aussi honteuse fut-elle, c'est qu'elle avait envie - besoin - de voir Mukuro Rokudo. Elle mourrait si on ne lui accordait pas ce simple voeu. Il lui fallait voir son visage, sentir ses yeux hypnotiques sur elle, avoir son attention, entendre sa voix. Rien que ces perspectives la faisaient trembler.
Toutefois, le doute entravait sa détermination. La dernière fois qu'elle lui avait adressé la parole datait d'il y a un peu plus de deux ans - un dialogue bref, ressemblant plus à du bafouillage qu'autre chose. Qu'allait-elle lui dire à présent ? Accepterait-il de briser la glace ? Lui laisserait-il ne serait ce que la possibilité d'être entendue ?
Toutes ces questions virevoltaient dans sa tête à un rythme incessant, et qu'elle ne fut pas sa surprise, lorsque, soudainement, la porte en face d'elle s'ouvrit. Là, dans toute sa splendeur, l'homme qui la hantait depuis leur première rencontre apparut. Elle rougit en prenant conscience de son apparence, l'unique pièce de vêtement - un caleçon - qui recouvrait son corps svelte, ses longs cheveux dénoués dont certaines mèches tombaient sur son torse.
Ses yeux plissés, aveuglés par la lumière blanche, clignèrent plusieurs fois avant de se poser sur sa silhouette. Et elle réalisa seulement maintenant qu'elle avait cessé de respirer, trop ébranlée par son apparition et son coeur affolé. Puis ses sourcils se froncèrent subitement. Le gardien avait enfin identifié son visiteur. Il regarda sa montre après ça, et Chrome se sentit encore plus gênée.
Les secondes qui suivirent l'embarassèrent encore plus lorsque ses orbes troublantes glissèrent le long de son corps, ne manquant certainement pas sa tenue indécente - une nuisette recouverte par une longue jaquette. Mais ce qui provoqua l'expression de dégoût sur son visage vint simplement de sa présence ici, au milieu de la nuit, si possédée par son obsession qu'elle n'avait même pas pris la peine de se changer.
Elle fit alors un pas, soulevant sa main et murmurant : « Muku-! ».
La porte claqua.
L'envie d'hurler de protester l'effleura un instant, au lieu de ça, elle recula jusqu'au mur et se laissa glisser lentement. Alors il ne voulait toujours pas lui parler, pensa-t-elle. Elle ignorait comment gérer cette nouvelle défaite.
Elle aurait pu pleurer si seulement elle n'avait pas perdu cette habilité lors de son accident.
Chrome ferma les yeux, isolant son esprit de toutes pensées, dès lors incapable d'entendre les bruits de pas au loin.
« Kyou-san, je l'ai trouvé recroquevillée devant la chambre de Dokuro Mukuro. J'ai pensé que la meilleure chose à faire était de l'amener ici » Expliqua Kusakabe, en tenant Chrome par les bras.
Hibari, assis sur son tatami, les jambes recouvertes par une épaisse couverture, hocha de la tête en fixant la jeune femme. Après ça, Kusakabe s'inclina et s'éclipsa derrière la porte coulissante.
Son regard était vide, son corps dans un état apathique, comme si son énergie vitale l'avait abandonnée. Dans ces moments que peu avaient eu l'ocassion de surprendre, la mafiosi et ses sourires discrets, ses rougissements et sa gentillesse, laissait place à une créature sans âme, à peine capable de se mouvoir.
« Pourquoi as-tu fait ça ?»
Elle entendit parfaitement sa question, mais ne répondit rien pour autant.
« Approche Chrome ».
Ses pieds bougèrent machinalement jusqu'à lui, elle s'agenouilla devant son tatami et resta silencieuse en contemplant le japonais.
« Tu as abandonné » Murmura-t-elle subitement. « Moi je ne peux pas ».
Une brève étincelle de colère brilla dans les yeux du gardien des nuages, si furtivement que personne n'aurait remarqué un seul changement sur son masque placide.
« J'ai vu le futur » Insista-t-elle alors.
« Ce futur était différent » .
« Non, je refuse d'accepter ça » .
Je poste le prochain demain soir si j'ai accès à l'ordi.
Sinon semaine prochaine.
Merci d'avoir lu ! J'attends vos impressions.
