Skip Beat! et ses personnages appartiennent à Yoshiki Nakamura.

Chapitre 1 : Nébuleuse

Le ciel était envahi de nuages ténébreux. Où que se pose son regard, elle ne voyait qu'eux, tels des vaisseaux extraterrestres venus conquérir et détruire la terre. Peut-être commenceraient-ils par s'en prendre à elle ? Puissants, engloutissant le cosmos entier autour d'elle, ils semblaient se multiplier à chaque minute, l'enfermant dans ses craintes stagnantes.

Elle savait bien que les étoiles devaient être là, quelque part, mais elle ne pouvait pas les voir. Elle ne voyait pas le moindre soupçon de lumière et elle se demanda si le soleil se lèverait à nouveau… La nuit avait envahi ses émotions et semblait être devenue interminable.

Le vent soufflait dans ses cheveux et ses vêtements. Elle souhaita qu'il s'amplifie. Elle aurait voulu devenir un papillon et se laisser porter par ce vent. Si elle arrivait à déployer des ailes, elle pourrait s'envoler... Chevaucher les fils invisibles de Zéphyr qui deviendrait ainsi son allié, se sentir soulevée du sol, monter jusqu'à l'infini, derrière ces nuages terrifiants, jusque là où elle pourrait voir la galaxie...

Voler loin des deux options qui s'offraient à son choix.

Sous elle se trouvait ce trou sombre, menaçant et profond. Elle n'avait pas besoin de le contempler, sachant parfaitement ce qu'il représentait : là-bas était la mort. Le sentiment froid et solitaire de renoncer à tout ce qu'elle avait accomplit.

Elle reviendrait au néant. Elle n'aurait plus jamais mal. Peut-être que mourir serait plus facile que de naître ; après tout, c'était à peu près la même chose, juste à l'envers.

Ce n'était pas si effrayant : elle redeviendrait simplement fade et plate. Elle abandonnerait son ambition et emprunterait un chemin plus facile. Son maquillage s'effacerait, ses cheveux repousseraient jusqu'à leur couleur naturelle, et elle s'engagerait dans les pas qu'elle était sensée suivre, vêtue d'un kimono approprié. Là-bas, elle savait comment les choses fonctionnaient, là-bas, elle serait en sécurité.

De toute évidence, c'était beaucoup moins effrayant que l'autre option... « Aller, petite... » Car devant elle... « Laisse tomber, et crache tout ce que tu caches là. » ... Un destin encore plus effrayant que la mort se présentait à elle.


Personne ne savait vraiment quand le studio fermait.

Il semblait toujours y avoir des enregistrements, et les employés de bureau restaient tard dans la nuit. Le tournage de « Box R » n'était pas le dernier à se terminer ce soir là, quoi qu'il en soit, le bâtiment était déjà presque vide lorsque l'équipe fut libérée. La plupart des lumières étaient éteintes, quand une jeune actrice salua le reste de la troupe pour rester seule, au niveau d'une des imposantes plantes en pot alignées dans le hall d'entrée.

Les autres acteurs n'avaient rien remarqué, mais elle avait reconnu cette sensation glacée : des tourbillons de vapeur torturée émanaient de la plante.

-« Tu sais, je t'ai vue te cacher, là, à l'instant. » commença-t-elle sur un ton dégagé «Ces derniers temps, tu as sacrément tendance à divaguer. Et maintenant ça. » Elle attendit. « Pourquoi tu ne me racontes pas ton problème? » Est-ce que ça a un rapport avec l'amour, ou quoi ? pensa t elle calmement. Comment le lui faire cracher ?

La plante resta silencieuse.

-« Qu'est ce que tu fabriques là, Kyouko-san? » sa voix trahissait son agacement. « Tu n'avais pas quelque chose à faire, ce soir? » N'obtenant toujours aucune réponse, elle replia ses bras et commença à taper du pied avec impatience. « Très bien. Fais comme tu veux. Voilà ce que moi je vais faire : je vais rester ici, au moins jusqu'à ce que tu sortes de là. » Elle s'arrêta. Hum... ça ne marche pas. « Et si je suis en retard pour le dîner d'anniversaire de ma mère, ça sera de ta faute! » Voilà qui devrait faire l'affaire…

Il y eut un court silence …

-« Je ne veux pas mourir ! » lâcha nerveusement une voix derrière le buisson touffu.

-« Mourir ? » Qui te parle de mourir? demanda la jeune fille inquiète, en laissant retomber ses bras. « Est-ce que tu t'es mise dans une situation dangereuse? »

-« Oui ! euh... enfin… non, je ne crois pas. » marmonna le buisson « Ce n'est pas vraiment comme ça... » chouina-t-il « ce n'est pas ce que tu crois, mais... C'est sans doute encore pire! » Continua-t-il d'une voix sombre, en remuant imperceptiblement.

-« S'il te plaît, sors de là ! Ne sommes-nous pas des camarades LoveMe ? Je suis sûre que tu te sentirais mieux si tu crachais le morceau. Parle-moi, enfin ! »

-« Je ne te dirai rien, Chiori-san ! Alors arrête de me demander, s'il te plait ! »

Chiori aventura un coup d'œil derrière le feuillage et vit deux points brillants de lumière rouge qui la fixaient.

-« Ok ! » dit-elle, faisant un pas en arrière « Si je ne te demande rien, tu voudras bien sortir et aller à ton prochain travail ? » elle s'approcha lentement en avançant ses mains, comme si elle essayait d'apprivoiser un animal sauvage.

-« Peut-être... » Répondirent faiblement les points incandescents à l'intérieur du feuillage. « Mais promets moi que tu arrêteras de me demander, jusqu'à la fin du tournage. » Les flammes commencèrent à décliner, dissipant lentement l'aura sombre autour d'eux. « Je ne supporte plus ces questions. » Une forme vaguement humaine entreprit lentement de se dégager de derrière les branches. « Je sais parfaitement bien que je ne suis pas exactement moi-même ces derniers temps, mais je… J'ai bien l'intention de me débrouiller toute seule, d'une façon ou d'une autre… »

-« Ok. » Il doit s'agir d'amour. C'était la seule question qu'elle lui avait posé plus d'une fois.

-« C'est juste que…. Je ne peux pas en parler à qui que ce soit. » La forme continuait à murmurer « Je n'en ai même pas parlé à Moko-san, alors… »

-« Je comprends » répondit Chiori, en voyant apparaitre le visage de son amie. Elle était plus que pale, et ses yeux étaient vides. « Ça va aller... »

Le membre numéro un de la section LoveMe était connue pour ses sautes d'humeur, et quand on la fréquentait, on cessait d'être surpris de la façon étrange dont les choses autour d'elle semblaient être affectées par son tempérament... Mais jamais Chiori ne l'avait vue agir aussi bizarrement et surtout, jamais pendant aussi longtemps !

-« Ne t'inquiètes pas pour tout ça... » Ajouta-t-elle par-dessus les grommellements de son amie.

Cela faisait presque une semaine, maintenant, que Kyouko était extrêmement tendue. Elle partait s'isoler dans des espaces étroits entre les prises, en marmonnant des mots incohérents. Pire encore, elle avait même laissé plusieurs fois glisser Natsu pour devenir un personnage inconnu, différent. Une jeune fille qui n'était pas Nastu, mais qui n'était certainement pas Kyouko non plus. Dans un premier temps, Chiori avait pensé que ce serait passager, mais les cernes de son amie semblaient devenir plus lourds de jour en jour. Bien sûr qu'elle avait demandé ce qui n'allait pas!

-« Allons-y, Kyouko-san, tout se passera bien. »

Le fantôme qui ressemblait à Kyouko vint à elle et la laissa lui tapoter doucement l'épaule. Chiori se sentait impuissante. Elle voulait l'aider, mais elle ne savait pas par quel bout s'y prendre, elle ne comprenait rien à ce qu'elle entendait péniblement répéter son amie jour après jour. Il n'y avait qu'une seule personne au sujet de qui elle l'avait déjà vue réagir de façon aussi excessive, mais il n'était certainement pas son frère.

Son frère… Oui, car depuis une semaine, « frère » était devenu le mot le plus récurrent de ses lamentations. Apparemment, elle était nerveuse, mais déterminée à aider son frère … Tout cela n'avait aucun sens. N'est-elle pas fille unique ?

-« Tu n'as pas à me dire quoi que ce soit ; je ne te demanderai plus rien, c'est promis. »

Elles commencèrent à marcher vers la sortie, la tache floue qui s'appuyait sur elle se retransformant progressivement en Kyouko avec chaque pas les rapprochant de la porte.

-« Je suis désolé Kyouko-san. Je n'avais pas réalisé que mes questions étaient si oppressantes pour toi. »

Elle entendait encore un murmure décousu, dans lequel elle arrivait difficilement à reconnaitre des mots qui ne semblaient pas avoir de lien les uns avec les autres. A son délire de frère qu'elle voulait sauver, venait s'ajouter une histoire de falaise et de boîte ; ainsi que d'autres choses à propos de vengeance et d'un serment à un crétin... Nope. Certainement aucun indice à tirer de ces absurdités...

-« Je suis juste inquiète, tu sais … » Il doit s'agir d'amour, pensa t elle à nouveau.

Chiori était au courant des rapports particuliers que Kyouko entretenait avec ce sentiment : chaque fois qu'il était mentionné, elle explosait d'une manière inattendue. Elle était simplement hermétique à tout ce qui avait le moindre rapport avec l'amour ; son ressentiment était assez grand pour avoir été à l'origine de la création de la section LoveMe... Quelle autre raison pouvait-il donc y avoir à cette angoisse disproportionnée, que l'amour ? En se plaçant dans la perspective de l'amour, Chiori avait une petite idée de qui pouvait être la source de ce dilemme... Cependant, Kyouko n'avait pas parlé de lui une seule fois. Son frère. C'était son frère, toujours son frère. Si c'était une histoire de famille, ça changeait tout. Quel pouvait être le rapport entre les deux ?

Elle attendit d'avoir passé les portes vitrées avant de reprendre la parole.

-« Kyouko-san, il faut que tu arrêtes d'inquiéter les gens comme ça.»

Elles s'arrêtèrent. Kyouko hocha la tête timidement.

-« Pour le moment, ça va, comme tu arrives encore à jouer Natsu, les autres ne font pas attention à ton comportement entre les prises. » elle pouvait le faire ; elle pouvait l'aider même si elle ne comprenait pas tout à fait. « Mais avec moi ce n'est pas pareil, tu vois. » Elle lui parla fermement, essayant de lui donner de la force à travers ses mots « Parce que je te connais bien, Kyouko-san. » Elle avait juste à lui rappeler qu'elle était là pour la soutenir. « Je tiens à toi » ... il fallait qu'elle l'encourage à tout prix ... mais ... « tu sais... » ... encore faudrait il qu'elle m'écoute... « ...comme tu es mon senpai. »

À ce mot Kyouko cligna des yeux. Elle releva la tête, lentement.

-« Senpai? » Elle s'immobilisa.

Ah, pensa Chiori, voilà enfin une réaction dont je peux tirer quelque chose.

-« Oui, Kyouko-san? »

Son visage passa par plusieurs nuances, depuis le gris clair jusqu'au rouge foncé.

-« Comment as-tu su ? » reprit-elle d'une voix aiguë.

-« Comment je... ? Quoi? »

Donc ... C'est vraiment en rapport avec son senpai. Elle avait raison, alors, il s'agissait d'amour ... Mais, ce n'est pas nouveau, si ? Elle avait déjà des soupçons à ce sujet depuis un moment...

-« Ne ... ne lui dis pas, Ok ? Non, à personne ! Tu dois me promettre de n'en parler à personne, je t'en prie! » Elle avait saisi sa veste, et regardait fixement une zone indéfinie derrière elle.

-« Euh... O-Ok... » Dit-elle, incertaine de ce qu'elle s'apprêtait à promettre.

-« Ce serait dramatique, si qui que ce soit savait ... »

-« Très bien, c'est promis. Je n'en parlerai à personne ... »

Avec ça, le visage de Kyouko s'égaya, elle se calma en une seconde et leva les yeux, retournant instantanément à la normale.

-« Je suis heureuse que tu comprennes ! » Elle avait l'air soulagée. « Tu avais raison », dit elle légèrement, « te parler m'a bien aidée ! »

Mais qu'est ce qu'elle raconte ? Elle semblait beaucoup mieux, tout à coup. Est-ce qu'elle croit qu'elle m'a dit quelque chose, là, à l'instant ? Enfin, si ça pouvait aider…

-« Bien sûr, quand tu veux. » Suivons le mouvement...

-« Je te suis tellement reconnaissante Chiori-san! » reprit joyeusement Kyouko.

-« Aucun problème » répondit Chiori, perplexe, après la tournure surréaliste de cette conversation. « N'hésite pas à venir me voir la prochaine fois que tu ressens le besoin de parler toute seule. »

-« Je le ferai! »

-« Je te promets que ton secret » quel qu'il soit « est bien gardé avec moi ... »

-« Ça vaudrait mieux pour toi. » grinça sombrement Kyouko, redevenant le fantôme d'elle-même pendant une seconde. « Mais je te fais confiance! » Et juste comme ça, elle recommença à sourire. « Qui aurait cru... » se dit-elle à haute voix, songeuse. « Affronter mes sentiments m'a vraiment soulagée! » Elle s'inclina et commença à partir, se parlant toujours distraitement à elle-même. Elle poursuivit ses divagations sur les ajustements qu'elle aurait à faire, pour faire face à son frère à présent.

Chiori resta sans voix sur le trottoir, à la regarder s'éloigner sans comprendre la scène qu'elle venait de vivre comme une spectatrice... Avouer ses sentiments ? J'avais raison ? Plus elle en entendait, moins elle comprenait. Faire face à son frère ? J'avais tort ? Si elle voulait avoir la moindre utilité, il fallait qu'elle ait une vision plus large de la situation. Il va falloir que je discute avec Tsuruga Ren... Il était visiblement impliqué. Elle venait de promettre de ne pas lui parler, mais... ne pas de lui parler de quoi, au juste ? Qu'est ce que je pourrais bien lui dire que je ne sais même pas? Si Kotonami Kanae ne savait rien, elle ne voyait que lui... Je ferai attention à ne faire aucune allusion à son frère, et ça devrait aller.

-« Oh et, Chiori-san! » Kyouko se tourna, de l'autre côté de la rue « Profite bien du dîner avec ta mère! » Elle sourit et s'éloigna.

Hein ? Le... Ah, elle eut un petit rire, c'est vrai. L'anniversaire de sa mère n'était pas avant plusieurs mois, en vérité.


Note - J'ai écrit cette histoire (hormis une partie du dernier chapitre) après le chapitre 197 de Skip Beat! et à cause d'une phrase du dernier épisode des Simpsons (si, si !).

Il y aura 2 autres chapitres, que je publierai bientôt.

Bonne lecture !