Skip Beat! et ses personnages appartiennent à Yoshiki Nakamura.

Abysse 3: Soleil levant

-« Mogami-san? » il sembla hésiter « C'est toujours un plaisir... »

Il sait, pensa-t-elle avec terreur. Il sait, et il me déteste. Malgré son sourire courtois, l'aura qui l'entourait quand il avait ouvert la porte ne laissait aucune place au doute. Quelle idiote ! Pourquoi est-ce qu'elle était allée se confier à quelqu'un d'autre que Kanae ? Pourquoi est ce qu'elle allée se confier à quelqu'un, tout court ! N'aurait-ce pas du être évident, que n'importe quelle femme ne penserait qu'à tout lui répéter pour la discréditer, dès la première occasion ? Il était celui qui comptait le plus pour elle, et elle était sur le point de le perdre, simplement parce qu'elle n'avait pas été en mesure de cacher ses sentiments à quelqu'un qu'elle n'avait pas su identifier comme une rivale jalouse.

-« Hum... Bonsoir, Tsuruga-san, je suis désolée de m'imposer sans avoir prévenu... »

Il lui fit signe d'entrer.

-« Qu'est ce qui t'amène? »

-« Euh... mm... Je suis venue... pour m'excuser… » Répondit-elle en entrant précipitamment, les yeux rivés sur le sol. Impossible de faire marche arrière, maintenant... pensa-t-elle.

-« Ce n'est vraiment pas la peine, Mogami-san, tu n'as rien fait de mal... » Dit il en fermant la porte.

-« Mais... » Elle ne savait pas par où commencer. « Je sens bien que tu es en colère... », ajouta-t-elle, lui tournant le dos, confuse.

Il poussa un profond soupir.

-« Je suis un peu vexé, mais je ne t'en veux pas. » dit il, alors qu'elle se retournait enfin vers lui.

-« Mais … Chiori-san … » commença t elle, sans comprendre.

-« Chiori-san a eu raison de venir me voir. » l'interrompit il brutalement «Franchement, combien de temps espérais-tu me cacher ça ? »

Il essayait de ne rien laisser transparaitre, mais il était positivement furieux. Kyouko déglutit, paralysée de honte.

- « Je ... je sais... je n'aurais pas du... mais j'avais honte... et j'avais peur de ta réaction... »

Elle trouva qu'il avait l'air de se détendre, il fit un pas dans sa direction.

-« Tu n'as pas à avoir honte, voyons, c'est tout ce qu'il y a de plus naturel ... »

Naturel ? C'était le coup de grâce... Il était en train de lui dire que tout ça était normal ! Évidemment, ce n'était pas la première fois pour lui. Ça lui arrive vraiment tous les jours ! C'était comme si ses paroles se resserraient sur son cœur.

-« J'aurais ... simplement préféré l'apprendre par toi, c'est tout. » continua-t-il, visiblement contrarié « Je pensais que nous étions amis, tu devrais pouvoir me faire assez confiance pour me parler de ce genre de choses. » ajouta-t-il sur un ton qui trahissait une blessure sincère.

Kyouko baissa les yeux. Elle était de plus en plus mal à l'aise. Comme si ce n'était pas assez d'avoir des sentiments pour une personne pareille, sans espoir d'être jamais aimée en retour, il fallait qu'il lui reproche de ne pas lui en avoir parlé ? N'était ce pas assez dur, d'être tombée pour lui, n'était-ce pas une torture assez grande, de l'avoir si près d'elle sans pouvoir ne serait-ce que s'autoriser à rêver de lui ? Il fallait en plus qu'il retourne le couteau dans la plaie en lui rappelant qu'ils étaient seulement amis ?

- « Euh... si je peux me permettre, Tsuruga-san, justement, non... » Croyait-il que c'était facile ? Juste parce qu'il avait constamment un défilé de femmes à ses pieds, ne réalisait-il pas à quel point c'était compliqué, surtout pour elle ? « Tu étais bien la dernière personne à qui j'aurais voulu en parler... Je ne l'ai même pas dit à Moko san ! »

Il eut l'air un peu surpris.

-« Tu l'as dit à dit Chiori-san, avec qui tu ne travailles que depuis quelques mois, mais tu n'en as pas parlé à ta meilleure amie? »

Kyouko ne savait pas quoi répondre. Elle était juste très embarrassée, et surtout très triste.

- « Et pourquoi serais-je la dernière personne à qui tu voudrais en parler ? Je le connais ? » Il avait dit la dernière phrase en grinçant des dents.

Elle releva vers lui des yeux dubitatifs.

- « ... Qui ça ? » demanda-t-elle avec méfiance.

-« Eh bien, la personne dont Chiori-san m'a parlé. Celui pour qui elle soupçonne que tu as développé des sentiments. » Il serra le poing « C'est Fuwa ? » l'aura était à nouveau là.

Hein ? La pièce se mit à tanguer autour de Kyoko. Celui pour qui ... ? Mais ... C'est ... Chiori n'avait pas parlé ! Bien sûr, c'est vraiment une bonne amie ! Elles étaient vraiment liées par la malédiction rose ! Mais alors ... Pourquoi était il fâché ? Et pourquoi Chiori était elle allée lui servir ce conte concernant une autre personne qui n'existait même pas ? Elle se crispa.

- « Attend... » reprit-elle « que t'as dit Chiori-san, exactement ? »

- « Ne devrais-tu pas le savoir ? » Il haussa un sourcil. «Qu'est ce que toi tu as dit à Chiori-san, exactement ? »

Kyouko était tétanisée. Elle avait révélé ses sentiments aux hommes dans sa vision, mais à Chiori... Qu'avait elle réellement dit à Chiori ? Rien en fait ! Du moins rien de compromettant, et c'était seulement maintenant qu'elle s'en rendait compte... Imbécile de Kyouko ! Ce n'était qu'un quiproquo, son secret était en sécurité ! Ou du moins il l'avait été jusque là - maintenant qu'elle avait montré sa surprise...

Son corps entier fut saisi par un froid glacial. C'était trop tard, elle s'était perdue toute seule. Comment allait-elle se sortir de là ? Il le saurait, si elle essayait de se cacher derrière des mensonges... Bon, est ce que ça vaut le coup d'essayer... ?

- « Ah, ah » tenta-t-elle en avec un air faussement frivole « oui, c'est exactement ça, j'ai dit à Chiori-san que j'avais... » Elle se tut devant le regard perçant qu'il lui lança. Le mal était fait, il avait compris qu'elle cachait quelque chose.

- « Pourquoi exactement as tu ressenti le besoin de venir t'excuser, Mogami-san ? » il n'allait pas la lâcher tant qu'elle ne lui aurait pas donné une explication convenable.

- « Hum... je suis venue m'excuser parce que j'aurais du savoir que je pouvais compter sur toi, mais au lieu de ça, je me suis confiée à une personne que je connais à peine ? » elle sentait ses joues rougir, son cœur battre la chamade et tous les poils sur sa peau se dresser. « Ha ha, c'est bête, mais je ne voulais pas t'embêter avec des histoires aussi ... »

- « C'est Fuwa, c'est ça ? » coupa-t-il.

Comment en était-il arrivé à cette conclusion ? Comment le chanteur s'était il introduit dans la conversation ? Imbécile de Shou... Est-ce que les choses reviendraient à la normale, si elle lui laissait croire qu'elle avait à nouveau craqué pour cet abruti ?

-« Non. » répondit elle, résignée. « Non, il n'a aucun rapport avec ça.». Elle laissa tomber son regard sur ses chaussures, les regardant fixement comme si elle s'attendait à y trouver la clé de son salut.

Quelques minutes, qui semblèrent des heures, passèrent avant qu'elle ne reprenne la parole.

- « J'ai... J'ai juste... Tout ça n'aurait jamais du arriver. En fait, je n'ai rien dit à Chiori-san, mais j'ai cru qu'elle avait compris... » Elle ne bougea pas d'un pouce « ... que ... » elle ne pouvait plus revenir en arrière « Je croyais qu'elle avait compris et qu'elle t'avait dit ... que ... que je ... » Le mal était fait. Elle s'y était préparée, de toute façon, quand elle avait cru que Chiori avait parlé. « Je pensais que tu étais en colère parce qu'elle t'avait dit que... » Elle fixait toujours le bout de ses escarpins avec détermination. « je... je suis tombée amoureuse, c'est vrai. » Autant en finir une bonne fois pour toute. « Je pensais que tu m'en voulais parce que tu savais... » Elle sortirait de sa vie, et elle finirait par guérir. « que... » Elle risqua un minuscule coup d'œil dans sa direction, il n'avait pas bougé. « que je... » Elle prit une grande respiration avant de poursuivre : « Je suis tombée amoureuse de toi » confessa-t-elle de manière à peine audible « c'est toi que j'aime. » dit elle un peu plus fort. « Je t'aime Tsuruga-san. » ajouta-t-elle en relevant le regard, anxieuse.


Quand Ren avait ouvert la porte, il s'était senti complètement démuni.

Une fille de la section LoveMe s'était adressée à lui, un peu plus tôt dans la journée pour lui demander des conseils au sujet de Kyouko. Quelle était exactement la nature de son problème avec le sentiment amoureux ? Était-il possible, selon lui, qu'elle apprenne à aimer à nouveau ? Elle avait l'air de penser qu'il y avait quelqu'un - quelqu'un de qui Kyouko parlait, semblait-il, sans arrêt. Lui ne pensait pas qu'elle était prête. Se trompait-il ? Les symptômes de que son amie avait décrits étaient habituellement associés à une personne bien précise... Aussi, il se sentait présentement passablement nerveux, au point qu'il avait demandé à son manager de décaler un rendez-vous professionnel au lendemain. Il avait besoin d'être seul.

Et voilà qu'elle était apparue, au pas de sa porte, pour présenter des excuses. Mais qu'est-ce donc que tu attends de moi ?

Il fit de son mieux pour contenir la jalousie qui le consumait. Il ne voulait pas l'effrayer avec ses questions... Il n'y avait qu'une seule chose qu'il voulait savoir. Est-ce que c'est encore à cause de lui ? Son problème ne semblait pas se résumer à aimer à nouveau. Que cachait-elle ? Elle finit par essayer de s'excuser pour quelque chose qu'elle refusait d'expliquer. Existe-t-il un mode d'emploi pour cette fille ?

Ce n'était pas Fuwa, avait-elle dit, alors il attendit. Il resta là, à la regarder. Son cœur se fendit quand elle avoua être tombée amoureuse, et puis... Puis il entendit. Et puis, il intégra.

-« Je t'aime Tsuruga-san ».

Là. Elle l'avait à nouveau rendu incapable de bouger. Quel était ce sentiment ? Du soulagement ? De la peur ? Il avait imaginé des milliers de fois, comment lui dire ses propres sentiments, il avait imaginé qu'elle le repousserait, il avait imaginé... Elle m'aime ? Il la regardait intensément, mais n'eut pas le temps d'analyser cette information qui dépassait son entendement. Le temps qu'il réagisse Kyouko avait déjà commencé à bouger.

-« Je suis désolée... » souffla-t-elle finalement en se précipitant vers la porte, les larmes aux yeux.

Il fut plus rapide. Oh non, je ne te laisserai pas faire comme si tu avais été rejetée ! Il attrapa son poignet avant qu'elle n'atteigne la poignée.

- « Je suis vraiment désolée, je... » Insista-t-elle, la tête toujours baissée.

- « Pas moi. » dit-il en s'approchant. Il posa ses bras de part et d'autre d'elle, contre la porte. « Tu aurais vraiment du me parler, depuis le début, Kyouko-san. »

Elle tressaillit entre ses bras et leva vers lui un regard ahuri. Il ferma les yeux et appuya doucement ses lèvres sur les siennes, jusqu'à ce qu'elle se stabilise. Il s'éloigna pour regarder dans ses yeux étincelants.

-« Je suis le seul qui peut t'aider. » déclara-t-il, libérant enfin tout l'amour qu'il avait retenu en lui, pendant si longtemps.

Il la prit par le cou pour l'attirer à lui, et se pencha pour l'embrasser à nouveau. Elle était raide au début, mais elle le laissa butiner ses lèvres, qu'elle bougea bientôt contre les siennes. Il senti ses mains se poser sur son dos, et quand il termina le baiser, il la serra contre lui.

-« Je t'aime Mogami-san ». Dit-il dans son oreille.

Elle resserra son étreinte à son tour, et ils restèrent quelques minutes ainsi, sans rien dire. Quand il s'écarta, il fut récompensé par l'image la plus adorable qu'il ait jamais vue. Adossée contre la porte, la tête légèrement penchée; ses yeux étaient agités, mais son visage était décoré du plus charmant des roses et du sourire le plus délicat.

-« D'accord. » dit-elle.

Il ne put pas s'empêcher de l'embrasser à nouveau.

S'était elle vraiment attendue à ce qu'il piétine ses sentiments ? Elle avait du partager les mêmes craintes que lui... Avait-elle peur que je la méprise ? Avait-elle pensé qu'il se fâcherait, qu'il rirait d'elle ou qu'il la repousserait poliment ? Ça a du tellement lui couter, pensa-t-il en respirant son parfum. Comment puis-je lui rendre la pareille ?

-« Il y a autre chose que je dois te dire, Kyouko-chan. Veux-tu venir t'asseoir à l'intérieur ? »


L'aurore éclaircissait progressivement le ciel. Une infinité d'étoiles scintillaient encore dans la lumière déclinante de la lune.

L'herbe sous ses pieds était verte et fraiche de rosée. Des oiseaux chantaient dans les arbres centenaires, et un parfum de fleur embaumait l'air.

Une douce brise caressa son visage. Elle avait conquis ce sentiment et le chérissait à présent. Elle avait fait son choix : il n'y n'avait aucun choix à faire, car c'était évident.

Derrière elle, se trouvait la mer, forte et sauvage. Elle n'avait plus besoin de regarder en arrière, car elle savait exactement ce qu'il y avait là : là-bas, loin derrière, était son ancienne vie. Les vagues scandaient le souvenir d'une bataille depuis longtemps oubliée. Le son de ces bouleversements révolus, qui résonnaient sourdement à l'autre bout de l'univers, lui était devenu réconfortant.

Elle avait vaincu.

Devant elle, se trouvait son prince, il l'attendait, tendant les bras vers elle. Ses cheveux brillaient comme la lumière du matin, ses yeux étaient devenus la seule constellation dans son ciel.

-« Tu es là... » Elle sourit.

-« Je n'aurais raté ça pour rien au monde.»

Elle courut vers lui dans l'aube rosée. La lune était sur le point de disparaitre, et le soleil de se lever.


L'amour est notre seule défense contre l'abîme, dans cet univers vide de sens. (Lisa Simpson)


Note : Merci d'avoir lu ma petite histoire, née modestement de cette citation des Simpsons, et merci pour les petits messages :)