Chapitre 3 : Changement
Ginny se demandait bien pourquoi le Serpentard ne lui avait fait aucune remarque. Il avait été sarcastique et imbu de lui-même, mais ça, c'était normal. Non, il avait été plus que ça... presque... amical ? Ginny se persuada qu'elle avait rêvé et que sa récente dispute avec son mari lui faisait rechercher l'amitié là où elle ne se trouvait pas. Elle n'avait pas tant de patients que cela. Elle ne voulait pas retourner voir Malfoy... Pas tout de suite. Elle ne savait plus ...
Elle s'éloigna de la chaleur du hall de l'hôpital pour sortir prendre l'air. Elle voulait garder quelques minutes pour rassembler ses pensées. Les blessures de Malfoy n'étaient pas graves. Quelques fractures et des hématomes. Elle pouvait s'absenter un court moment. Quelques sorts et du repos et il n'y paraitrait plus ! Physiquement du moins. C'était cela dont elle avait peur. La "prise en charge psychologique " faisait partie de son métier. C'était épuisant. Quand elle avait quitté Poudlard, elle avait voulu continuer dans cette voie. Comme elle l'avait dit à Draco, elle en avait assez vu pendant la guerre contre Voldemort pour faire tout son possible pour soulager la misère humaine. Elle avait pris sa décision de faire des études de médicomagie. Elle avait du dire à Harry qui la voulait près d'elle qu'elle devait d'abord se remettre de la guerre. Elle avait fait ses études ... et puis était revenue vers lui. Dans cette période sombre qui avait précédé la guerre, cette période où les gens devaient se réhabituer à marcher sans crainte dans les rues de Londres, Harry l'avait soutenue. Ils avaient finalement décidé de se marier 3 ans auparavant. Ginny avait aujourd'hui 26 ans... et retrouver quelqu'un qu'elle avait quitté il y avait si longtemps ne la laissait pas de marbre. Elle admettait que déjà à Poudlard, elle trouvait Malfoy séduisant. Bien sûr, toutes les filles le trouvaient séduisant. Mais la plupart des filles qui étaient sorties avec lui l'avaient regretté. Il les avait humiliées et laissées tomber sans aucune raison valables si ce n'est " s'amuser ". Bref, un Malfoy. Mais Ginny n'était pas de ces filles là. Elle l'avait juste regardé. De loin. En se disant que même si elle aimait Harry, elle avait le droit d'apprécier la beauté. Car Malfoy était beau. C'était un fait. Il avait la prestance et le charisme de son père, la sensualité de sa mère. Mais il était odieux avec tout le monde. Cela intriguait Ginny, mais pour rien au monde elle ne se serait approchée de lui.
Et aujourd'hui, il était là. Et elle allait devoir le voir sans masque, lui parler, et le comprendre. Elle avait une formation en psychologie/psychiatrie. Elle allait devoir lui faire avouer ses démons... Et ce n'était vraiment pas gagné ! Elle s'était déjà disputée avec Harry ce matin, si en plus elle lui annonçait qu'elle était sa médicomage... Certes Harry avait aidé à l'insertion de Draco dans la société. Il avait insisté auprès du ministre pour que le nom de Malfoy ne soit plus tabou et que Draco ait un poste d'Auror. Pour autant, il n'aimerait pas particulièrement que Ginny s'occupe de lui. " Malsain" dirait-il. Mais elle avait accepté cette nouvelle "mission" et elle comptait bien réussir.
Ginny frissonna. De froid et d'anticipation. Elle devait rentrer et s'occuper de Malfoy. Pour la première fois, elle dut se composer un masque de froideur. Malfoy avait été presque amical avec elle. Ce n'est pas pour autant qu'il allait recommencer. C'était juste un patient comme les autres. Elle ne devait pas se faire d'idées.
Elle entra dans la chambre qui lui avait été assignée et le trouva réveillé, le regard tourné vers la fenêtre. Il était perdu dans ses pensées, les doigts crispés sur les draps blancs. Elle savait à quoi il pensait. Il voulait retrouver ceux qui lui avaient fait ça. Et justement, elle allait devoir l'en dissuader. Ô joie...
- Malfoy ?
Pas de réponse.
- ... Malfoy... ?
- ...
- Draco ? Tu m'entends - dit-elle dans un murmure.
Il pensait à ce qu'avait été sa vie, à l'éducation qu'on lui avait inculquée. Les types qui l'avaient frappé avaient voulu lui faire admettre qu'il était comme les autres, le faire descendre de son piédestal. Son regard était hanté par les souvenirs et Ginny voyait qu'il était en plein dilemme. Comment passer l'éponge sur 20 ans d'obéissance à des principes erronés ? Comment avancer avec un passé comme le sien ? Elle s'était promis de l'aider. Pas seulement parce qu'il était son patient, mais aussi parce qu'un part d'elle voulait que le grand Draco Malfoy, l'illustre héritier tombe, comme elle et ses proches étaient tombés avant de se relever. Un juste retour des choses en quelque sorte ...
Elle se rapprocha encore de lui et s'assit sur l'un des côtés du lit. L'apparition soudaine d'un poids à ses côtés ne fit même pas ciller Draco. Après 10 bonnes minutes de silence pensant, Ginny décida d'abandonner. Finalement, Draco serait un cas désespéré. Elle avait échoué. Elle lui avait accordé le silence qu'il appréciait tant et rien n'y avait fait. Il n'avait rien dit. Rien.
Elle se leva et réarrangea les couvertures sur lesquelles elle s'était assise. En se penchant au dessus du lit ses cheveux effleurèrent la main de Draco, posée sur les draps. Un simple contact, qui les fit frissonner tous les deux. Lorsqu'elle releva la tête, son regard rencontra celui de Draco et une bouffée de chaleur la frappa de plein fouet. Très troublée par ce contact visuel, elle fit demi tour mais Draco lui attrapa le poignet au vol et d'un nouveau regard l'invita à se réinstaller sur le lit. Cette fois, elle ne pouvait plus partir, mais la convenance qui sied à une femme mariée l'obligea à détourner les yeux. Le blond était trop proche d'elle. Elle pouvait sentir la chaleur de sa poitrine et celle de sa main sur son poignet, comme une brûlure. Son souffle s'accéléra et elle vit presque au ralenti la main de Draco s'écarter de la sienne pour venir se loger sous son menton, la forçant à lever le regard vers lui. La tristesse et le regret qu'elle lut dans ses yeux la bouleversa et une larme de douleur perla à ses paupières. Il lui était insupportable de ne pas pouvoir se contrôler, de ne pas pouvoir partir. Elle aimait Harry de tout son être. Mais son corps lui criait de se jeter dans les bras de son ancien ennemi. Finalement, ce fut Draco qui franchit la distance qui les séparait. Mais à la grande surprise de Ginny, il ne se dirigea pas vers ses lèvres. Il enfouit son visage dans les cheveux roux qui lui tombaient dans le cou et la serra dans ses bras. Ne voulant pas le brusquer, elle glissa simplement sa main dans son dos, puis dans ses cheveux et ils restèrent ainsi de longues minutes, calmant chacun leur respiration et ce désir incompréhensible de l'autre de plus en plus fort.
Ginny ne comprenait pas. Elle n'était pas en colère, ni honteuse, ni heureuse. Elle était juste stupéfaite que quelqu'un comme Malfoy puisse se tourner vers elle, une "traitre à son sang" et la prendre dans ses bras sans complexe. Pas qu'elle n'apprécie pas ... Mais c'était si ... surréaliste ! Draco quant à lui était totalement perdu. Il ne savait pas ce qui l'avait poussé dans les bras de Ginny. Peut-être ce besoin d'une tendresse qui lui avait tant manqué avec sa mère.
Ginny se détacha la première de l'étreinte Malfoyenne et inspira une grande bouffée d'air afin d'avoir les idées définitivement plus claires.
- Bien. Je crois que je devrais commencer à soigner tes blessures. Il faut que j'aille chercher tout un tas de potions pour toi. Ne fais rien de stupide.
L'égo de l'héritier Malfoy se hérissa à cet ordre. Pourtant, au lieu de répondre à sa médicomage d'un sarcasme bien placé, il répondit simplement :
- Très bien Weasley.
Ginny, qui s'attendait à un commentaire plus piquant ne put s'empêcher de grimacer quand il l'appela par son nom de famille.
- Malfoy. On va faire un marché. Vu ce qu'il vient de se passer entre nous, et vu que je vais être à ton chevet près de 15h par jour, il vaudrait mieux que nous nous appelons par nos prénoms. Qu'en dis-tu ?
- Tu as parlé d'un marché. Qu'est ce que j'obtiens en échange ? précisa Draco alors que Ginny levait les yeux au ciel.
- Un droit de visite supplémentaire. Le nombre est limité à deux personnes. J'en autoriserai quatre à venir.
- Autre chose ? proposa-t-il avec un sourire en coin.
- Hum. Quelqu'un qui t'aidera à retrouver ceux qui t'ont fait ça ? dit-elle en désignant ses blessures.
La mâchoire de Draco se contracta et c'est les dents serrées qu'il répondit :
- Ça marche, Ginevra.
Ginny manqua de s'étouffer et lui lançant un regard assassin, celui-ci rectifia :
- Merci chère médicomage Ginny.
Se prêtant au jeu, Ginny lui répondit :
- Mais de rien, Draco chéri.
Et c'est dans un étrange éclat de rire de leur part à tous deux que Ginny partit chercher ses potions.
Une fois partie, Draco put réfléchir. Ginny l'attirait, c'était certain. Mais elle était mariée. Ça ne le gênait pas le moins du monde. Il avait déjà séduit bon nombre de femmes mariées avant de les mettre dans son lit. Mais avec Ginny, ce n'était pas pareil. Elle avait un tel amour des gens. Il l'avait vu dans son regard. Elle était tiraillée et avait baissé les yeux par convenance sous le poids de son regard rempli de désir. Il ne souhaitait pas la salir. Elle semblait si pure, si inaccessible. Arghhh ! Voilà qu'il recommençait à trop réfléchir ! Non, cette fois, il allait laisser les choses suivre leur cours. Il ne savait même pas s'il aimait Ginny. Tout ce qu'il savait, c'est qu'elle avait ce petit quelque chose qui avait fait battre son cœur plus vite.
Quelques minutes plus tard, Ginny revint avec une autre soigneuse et un charriot croulant sous des potions aux couleurs des plus douteuses.
Après en avoir avalé plus d'une vingtaine, avoir retiré sa chemise, avoir subi plusieurs sorts qui l'avaient à peine chatouillé ou l'avaient fait tellement souffrir, Ginny ressortit sur un " Bonne nuit, Draco ", et le blond put enfin dormir d'un sommeil sans rêve.
