Bonjour tout le monde !

Alors voilà, le nouveau chapitre ! Eh non, je n'ai pas abandonné cette fiction, mais j'écris trèèèèès lentement et je voulais me prendre une petite avance… (Bon, ok, j'ai seulement un autre chapitre en stock, mais passons.)

Alors je tiens à vous avertir que l'histoire se déroule très lentement (comme mon rythme d'écriture :P) … et que il n'y a toujours pas d'appartements privés dans ce chapitre ! Mais ça s'en vient !

Si vous avez trouvez que les personnages changeaient plus ou moins de caractère depuis le début, ça devrait se stabiliser à partir d'ici.

Merci pour vos reviews et/ou ajouts en favoris et story alerts ! Cela me rend absolument folle ! :D (… de joie… ou folle tout court !)

Merci merci merci et bonne lecture, en espérant que vous êtes toujours là ! :)

P.S. Habitant au Québec, j'utilise l'expression « déjeuner » pour « petit-déjeuner », « dîner » pour « déjeuner » et « souper » pour dîner. Bon ça m'étonnerait que ça change grnad-chose à l'histoire mais c'est toujours bien de préciser…

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Harry, Ron et Hermione passèrent le cadre de porte de la Grande Salle pour aller déjeuner, cette dernière riant de la conversation que ses deux amis tenaient. Ils marchèrent tranquillement à leur place, et seulement quelques regards se braquèrent sur eux. Dès qu'ils se furent assis, les élèves qui les observaient retournèrent à leur occupation. Cela faisait une semaine que les cours avaient recommencés, et les élèves de Poudlard s'étaient bien vite rappelés que leurs "héros de guerre" étaient comme tous les autres. Ils les laissaient généralement tranquilles, bien qu'ils se sentent parfois au centre des regards ou que certaines personnes venaient leur demander des autographes pour leurs parents. Les premières années n'osaient jamais dire un mot en leur présence, mais mis à part ça, tout était redevenu comme avant à Poudlard.

Tout en se servant, Harry et Ron continuèrent leur conversation, qui consistait à se plaindre de leurs devoirs et de leurs cours. Ils étaient plus nombreux, compliqués et demandant que jamais, mais également plus intéressants, ce qui enchantait Hermione... mais beaucoup moins les deux paresseux qui lui tenaient lieux d'amis.

- À quoi tu t'attendais, franchement ? demanda Hermione à Ron, avec un sourire. Ron ne mangeait toutefois que très peu, l'esprit totalement démoralisé par tout ce qu'il devait accomplir pour subvenir à la demande de leurs professeurs. Il n'avait pas arrêté de se plaindre qu'il avait passé sa fin de semaine à faire des devoirs, et qu'il en avait encore une montagne d'autres, appuyé par Harry à certains instants.

- L'année des ASPIC, ce n'est pas une récréation, reprit Hermione, dans un des tons les plus Hermionesque qui pouvait exister. Elle vit bien du coin de l'oeil les deux garçons lever les yeux au ciel, mais elle remarqua également leur sourire face à sa réaction. Il y a de ces habitudes qui ne changent pas et qui sont si rassurantees qu'elles procurent un immense sentiment d'allégresse. Celle-ci en faisait partie, et c'est pourquoi Hermione repiocha dans son assiette avec un regain d'enthousiasme.

- De toute façon, tu te plains toujours pour rien.

- Hermione, tu n'étais pas là. Tu n'as pas vu ce que c'était ! répliqua Harry, se portant à la défense de son meilleur ami, et mentant effrontément à celle qui était passée derrière tous leurs devoirs. Pratique du sortilège de distorsion matérielle pour Flitwick, pratique de la formule d'imitation des textures pour Beckett - le remplaçant de McGonagall - un rouleau et demi de parchemin pour Slughorn sur...

- ... les propriétés contraires de l'oursin, je sais, oui. Je te rappelle que j'avais aussi ce devoir à faire - et que moi, je l'ai terminé !

- Ces profs sont débiles, murmura Dean Thomas entre ces dents, lui aussi élève désespérés face à leurs devoirs. Ils veulent tous nous tuer.

- Avoir su, je ne serais peut-être pas revenu, rajouta Ron.

- T'aurais fait quoi, à la place ? demanda Seamus.

Il y avait encore quelques cicatrices sur son visage, mais un changement plus profond s'était opéré en lui. Bien qu'il s'efforçait de le dissimuler, il n'était plus la même personne moqueuse d'autrefois. Quelque chose dans la dernière année l'avait cassé. Comme eux tous.

Ron l'observa quelques secondes avant de répondre, ses yeux s'attardant sur ses cicatrices, comme blessé de ce que les Mangemorts lui avaient fait subir. Il s'humecta finalement les lèvres et se pencha vers eux, dans une attitude de confidence, avant de parler tout bas.

- Il y a cette offre que le ministère nous a faite...

- Ron ! s'insurgea Hermione.

Seamus et Dean, qui s'était penché et avait hoché la tête avec avidité, attendait la suite.

- Une offre de... ?

- Ils nous avaient dit de ne pas en parler ! siffla Hermione entre ses dents, un regard meurtrier dardé sur Ron.

Ils échangèrent tous un regard, comme si ce que Hermione venait de dire suffisait pour qu'ils comprennent ce que Ron n'avait pas dit.

- Je ne dis pas que je l'aurais acceptée, reprit le rouquin en se redressant. Je dis simplement que je l'aurais plus envisagée, c'est tout !

Hermione observa Harry, un air pincé sur le visage, semblant vouloir qu'il réprimande Ron, mais il ne fit aucun commentaire et se contenta d'éviter son regard.

- En tout cas, dit Seamus avec un sourire, vous en avez de la chance !

Devant leur air interrogateur, il reprit :

- Vous savez quoi faire après Poudlard, expliqua-t-il alors que Dean l'approuvait de la tête.

- Je voulais le faire avant, dit Harry. Je le savais bien avant... bien avant tout cela.

- Faire quoi ? demanda Dean, qui espérait obtenir ainsi plus d'information sur l'offre du ministère.

Mais, alors que Harry s'apprêtait à répondre, Ginny passa derrière eux en les transperçant du regard, sembla hésiter, avant d'aller s'asseoir plus loin. Ce manège, que personne n'avait manqué, mit fin à la conversation, qui se recentra sur les devoirs, au grand plaisir d'Hermione. Cependant, Harry avait la mine basse, et barbotait sa cuiller dans son bol de céréales, ce qui n'avait pas échappée à sa meilleure amie.

- Ça ne s'est toujours pas clarifié entre vous deux ? dit-elle de manière à ce que seulement lui puisse l'entendre.

- Non... soupira-t-il. Je ne sais pas comment aller vers elle et... rétablir le contact.

Il lui lança un regard.

- Je veux dire, il y a tellement de choses qui se sont passées... Je sais qu'il y a encore quelque chose entre nous mais c'est enterré sous des tonnes d'évènements et de... distance.

Il y eut un instant de silence entre eux.

- J'aurais aimé pouvoir l'emmener avec moi. Avec nous, rectifia-t-il.

Hermione eut alors un regard vers Ron.

- Je ne crois pas que ça aurait changé les choses, murmura-t-elle à son tour.

Elle jeta un coup d'oeil à sa montre, par réflexe plus que par envie de détourner la conversation.

- Oh, il faut que j'y aille ! Le professeur Vector...

Ses amis étaient si habitués qu'ils n'attendirent pas qu'elle finisse sa phrase avant de la saluer et de retourner à leur conversation, Harry se joignant à eux. Elle s'attarda sur la vision de son meilleur ami, un pincement au coeur, avant de se dépêcher de quitter la Grande Salle. Seulement, avant qu'elle franchisse les portes, elle eût un sujet supplémentaire de tourment lorsqu'elle croisa le regard de Drago Malefoy, qui la détaillait froidement. Après un échange de quelques secondes, elle détourna le regard et sortit.

Elle ne savait que penser de lui. Des sentiments confus l'envahissaient à chaque fois qu'elle essayait de le comprendre et de trouver comment agir avec lui. Il avait été du côté de Voldemort et les avait terrorisé des années durant ; pourtant, selon ce qu'Harry avait vu durant ses visions, il était obligé et ne se réjouissait pas d'être sous les ordres du Seigneur des Ténèbres. En plus, sa mère avait protégé la couverture de Harry lors de la bataille finale. Mais ils n'avaient jamais, lui et sa famille, manifesté le désir de changer de camp, ils ne les avaient jamais défendus. Il les avait même poursuivis dans la Salle sur Demande ! Au fond, n'étaient-ils pas simplement des opportunistes égoïstes, qui essaiyaient de sauver leur peau ?

Oui, mais Malefoy s'est excusé, songea Hermione alors qu'elle tournait à l'angle d'un couloir. Tout cela la mélangeait plus qu'autre chose, et elle ne savait jamais où situé Malefoy sur l'échiquier du bien et du mal. C'est pourquoi elle lui avait envoyé un parchemin, quelques jours plus tôt : elle lui proposait qu'ils fassent leurs rondes séparément, sans rien dire à McGonagall. Il n'avait pas répondu. Hermione en avait alors fait à sa tête : au pire, elle dirait qu'elle pensait qu'il s'en occupait de son côté et n'aurait pas à en payer les conséquences. Du moins l'espérait-elle.

- Bonjour à tous et merci à tous d'être arrivé plus tôt, comme prévu ! Cela nous laissera le temps nécessaire pour notre programme d'aujourd'hui : l'influence magique des chiffres pairs dans les formules à trois variables...

La voix du professeur Vector avait sorti Hermione de ses pensées, et c'est avec bonheur qu'elle tassa Malefoy dans un coin de son cerveau pour se concentrer sur sa matière favorite.

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Dans son cours de métamorphose, Malefoy n'arrivait pas à se concentrer. Malgré l'importance des théories données par Beckett, la plume de Drago ne traçait que des serpents et des chaudrons sur son parchemin - quoique c'étaient des croquis très réussis. Il ne savait pas trop quoi penser de l'autre poufiasse de Préfète-en-Chef. Elle agissait avec lui de la manière la plus froide et neutre possible, ce qu'il ne comprenait pas. Il s'attendait à de la haine, du mépris, peut-être même un ton hautain - du genre « j'ai contribué à la fin de la guerre et pas toi ». Elle ne faisait pourtant rien de tout ça, et il n'y avait rien dans son parchemin - c'est bien digne d'un Gryffondor, avait pensé Drago en le lisant - qui laissait deviner leur passé, que ce soit pour les traitements qu'ils lui infligeaient à l'école ou pour la guerre qui les avait tous détruit. Aussi ne savait-il pas comment agir, surtout qu'il s'était supposément - il ressentit un poing sur le coeur juste à y penser - excuser. Il n'avait pas répondu au message, et n'avait pas fait sa ronde du mardi, par oubli, ni celle du jeudi - à quoi cela servirait-il, s'était-il dit, vu l'absence de punition suite à l'oubli ?

Il ricana en l'imaginant faire ses rondes inutiles seule dans le couloir, l'oeil aux aguets face aux méfaits des petits première année, déprimée à l'idée de devoir reporter sa lecture. Quelle fatuité après l'année qu'ils venaient de passer... Franchement, si les petits morveux voulaient se terroriser dans les couloirs du château la nuit, pourquoi cela le préoccuperait-il ? Ses idées s'emmêlaient en un tourbillon, comme les serpents sur sa feuille, de plus en plus nombreux, de plus en plus rapprochés dans un cercle infini...

- Wouah, ce Beckett, il sait captiver une classe, souffla Blaise à son oreille, ce qui le ramena à la réalité.

Drago sursauta légèrement et chiffona son parchemin en un geste automatique.

- Il était temps que le vieux chat enragé laisse la place à quelqu'un d'autre, continua son ami.

Le blond vrilla son regard froid dans celui de son maintenant seul et unique ami, avant de commencer à recopier ses notes de cours d'un air distrait.

Dans le fond, il se foutait bien de ce que la petite Granger pouvait faire de son côté... Il avait de toute façon des choses bien plus importantes à penser.

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Harry, Ron et Hermione traversèrent le portrait de la salle commune, après une autre journée épuisante, afin de continuer leur devoir - ce qui ne manquait pas de dépiter Ron. Ils s'attelèrent tout de même à la tâche, comme de nombreux autres étudiants autour d'eux. La salle commune était donc étrangement calme, tant les élèves étaient concentrés.

- Pourquoi ils nous en donnent autant ? gémit Ron quelques heures plus tard, alors qu'il s'octroyait une petite pause dans son devoir de potion. Ils ne se rendent pas compte qu'on fait juste les bâcler afin d'en être débarrassé, et qu'on ne retient rien ?

- Depuis quand le fait de bâcler tes devoirs te dérange ? soupira Hermione, sans lever le nez de son parchemin.

- Ça ne me dérange pas, moi. Mais eux, ça devrait les déranger, non ? Enfin, normalement...

- Tu te rends compte qu'après cette année on n'apprendra plus rien ? On sera censé tout connaître sur la magie, se débrouiller comme nos parents et tous les adultes qu'on connaît... il nous en reste encore beaucoup à apprendre, non ? C'est donc normal qu'il nous donne autant de devoirs.

- Ils auraient du mieux les répartir, intervint Harry. Pas nous apprendre 50 % en six ans et l'autre 50 % dans l'année qui reste !

- On pourra toujours... en apprendre dans les livres, non ? demanda Ron d'une voix hésitante.

Harry et Hermione le dévisagèrent quelques secondes avant d'éclater d'un rire bruyant.

- Ben quoi ? C'est vrai, non ? insista Ron, enfonçant timidement sa tête entre ses épaules.

- Ron, hoqueta Hermione entre deux rire, tu dis ça pour te rassurer ou... ou parce que tu le crois vraiment ?

- Ben... parce que j'y crois... Qu'est-ce que ça a de si drôle ? questionna-t-il en voyant ses amis rire de plus belle.

Hermione avait les joues toutes roses et Harry reprenait son souffle avec difficulté.

- Eh bien...

Mais aucun des deux ne purent finir leur phrase, tant l'idée qu'ils essayaient d'exprimer les amusait.

- Oh non... soupira Hermoine quand ils se furent un peu calmés. Il est temps que j'aille faire ma ronde de ce soir.

- Tu veux que je vienne avec toi ? demanda Harry en essuyant une larme de rire qui perlait au coin de son oeil.

- Non, vous êtes déjà suffisamment en retard comme ça. Je préfère que tu termines de travailler et que je n'aie pas à finir ton devoir à ta place, dit-elle, espiègle, avant de sortir.

- On travaille déjà tous les soirs, qu'est-ce qu'elle veut de plus ? geignit Ron, en reportant son attention sur son parchemin à moitié rempli.

- Je ne sais pas... Qu'on arrête de dormir, peut-être ?

Ils recommencèrent à travailler en silence.

- Sérieusement, qu'est-ce qui vous faisait tant rire ? questionna Ron après quelques minutes.

- Ron... dit Harry avec un sourire. Tu sais aussi bien que nous qu'après Poudlard, tu n'ouvriras plus jamais un seul livre de ta vie.

Cette déclaration mit Ron sur la défensive, et il se lança dans un discours affirmant « qu'il avait peut-être changé » et que « les gens ne vous offrent jamais une seconde chance de refaire votre réputation » alors qu'Harry acquiesçait une fois de temps en temps, l'esprit plus concentré sur la rédaction de son devoir.

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Hermione avançait à pas rapides dans les couloirs du château. Franchement, elle pensait que devenir Préfète-en-Chef serait plus excitant que ça. Elle se contentait d'effectuer des rondes de vingt minutes dans le château tous les deux jours, ce qui l'obligeait à interrompre ses activités et quitter ses amis pour les couloirs glacials et déserts de Poudlard. « Cela ne sert strictement à rien, pensa-t-elle en brandissant sa baguette dans un coin obscur. Les élèves ont assez de bon sens pour se cacher lorsqu'ils entendent mes pas se rapprocher ». Elle faisait donc ses rondes plus par devoir que par réelle motivation.

Alors même qu'elle pensait à cela, elle entendit un léger bruit derrière une tapisserie, au bout des cachots. C'était un bruit infime, assez discret, qu'elle ne pouvait pas associer à quelque chose d'autre qu'une idée de mouvement. Oui, quelqu'un bougeait derrière cette tapisserie. Aucun son n'en résoltait, elle faisait juste le savoir. C'était seulement... le bruit d'un corps en mouvement.

- Il y a quelqu'un ? demanda-t-elle, sa voix se répercutant en léger écho sur les parois nues.

Personne ne lui répondit, mais elle n'en fut pas autrement surprise.

- Qui que vous soyez, montrez-vous et je consentirais à faire comme s'il était normal de se promener dans le château la nuit.

Toujours aucun signe de vie, aussi fut-elle prise d'un doute. Peut-être était-ce seulement un fantôme ? Ou alors Miss Teigne qui traînait par là ?

- Hominium revelio, murmura-t-elle, sa baguette pointée vers la source du bruit. Le retour des ombres lui confirma la présence d'un individu. D'un pas volontaire, elle s'engagea alors vers la tapisserie.

Il n'y avait personne. Pourtant, le sort... Hermione ne doutait pas de son efficacité. Alors ? Elle avança au bout du couloir, lança des regards quand elle fut rendue à l'intersection, mais elle ne vit aucune silhouette. Elle ressortit à pas lents, incertaine. Hermione sentait que quelque chose lui échappait, mais que pouvait-elle faire de plus ? Finalement, elle sortit finir sa ronde, mais son attention n'y était plus. Son cerveau tournait à toute vitesse, et elle regagna la salle commune à pas rapides.

Harry et Ron était encore là, leur devoir presque achevé. Ils avaient l'air réellement éreintés, leurs visages à quelques centimètres de leurs parchemins. En voyant l'air proccupé de son amie, Harry se redressa.

- Hermione, ça va ?

- Ou... oui.

- Tu es sûre ? Tu as l'air... étrange, répliqua Ron.

- Il s'est passé quelque chose pendant ta ronde ? rajouta Harry.

Hermione lui lança un regard.

- Non.

Elle aperçut l'air peu convaincu de ses amis.

- Vraiment, il ne s'est rien passé, dit-elle en soupirant. On devrait aller se coucher, vous êtes épuisés.

- Oui, il faut juste...

Ils finirent leur devoir en ajoutant rapidement une ligne ou deux.

- La conclusion est un peu bâclée, mais ça ira, dit Ron en se levant pour monter se coucher.

- Oui, de toute façon, Slughorn est moins sévère que Rogue, le rassura Hermione.

Elle s'approcha de lui pour l'enlacer. Ron ne réagit pas tout de suite à son étreinte, et quand elle le serra un peu plus, il se détacha.

- Bonne nuit, dit-il en un murmure sans la regarder, avant de se détourner rapidement.

Harry l'observa monter les marches, avant de sonder Hermione du regard. Mais elle ne dit rien. Il soupira, ramassa ses affaires, lui souffla également un bonne nuit et allait rejoindre le rouquin, quand il se retourna vers elle.

- Je n'ai pas oublié dans quel état tu étais quand tu es revenue, Hermione. Je te connais. Je sais qu'il s'est passé quelque chose.

Sans lui demander plus d'explications, il monta se coucher à son tour. Étrangement, ce que Harry lui avait dit l'avait fait sourire.

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- Alors... vas-tu nous expliquer ce qu'il s'est passé hier ? demanda Harry pour une énième fois dans la matinée.

Ils étaient en cours de sortilège - comme quoi les bonnes habitudes reviennent vite. Hermionne éluda sa question d'un mouvement de baguette, et le mini-mur de brique qui se tenait devant elle se sépara en deux.

- Très bien, Miss Granger ! s'exclama Flitwick. Essayez maintenant de la séparer en une arcade - tout est dans le mouvement de baguette, ne l'oubliez pas. Monsieur Weasley...

Flitwick regarda Ron qui s'énervait encore devant son bout de tissu, puis passa son chemin sans avoir finit sa phrase. La guerre lui avait enlevé son entrain naturel.

- Oui, vas-tu nous expliquer ? répéta Ron, se détournant du tissu qui semblait le narguer.

- Ton mouvement est beaucoup trop fluide, Ronald, essaie avec un coup sec. Et il ne s'est vraiment rien passé, vous savez.

Ses amis soupirèrent, avant de se tourner vers leur matériel respectif - Harry était rendu à la distorsion matérielle du bois. Hermione essaya quelque fois mais finit par réussir son arcade - et Ron, écoutant à contrecoeur ses conseils, réussit à son tour.

- C'est juste que... commença Hermione, n'ayant plus rien d'autre à faire.

Harry et Ron interrompirent leurs formules, le nez levé vers elle, l'air triomphant.

- J'étais dans les cachots, et je marchais rapidement quand... j'ai eu l'impression d'une... je ne sais pas comment l'expliquer ! Sur le coup je sentais un mouvement mais...

- Un mouvement ? fit Ron, l'air sceptique.

- Disons une présence. Oui, voilà, je sentais une présence derrière une tapisserie. J'ai donc appeler, mais personne n'a répondu ou ne s'est montré.

- Tu m'étonnes ! s'exclama Harry.

- Je m'y attendais, si tu veux savoir ! se défendit Hermione. Non mais vous voulez que je vous raconte, ou... ?

- Oui, vas-y, on t'écoute, répondirent-ils expréssement.

- Donc, j'ai fait le maléfice Hominium Revelio, tu sais...

- Hein ?

Ron la regardait l'air de ne pas comprendre, mais elle n'avait pas envie d'invoquer cette journée qu'ils avaient passé chez Xenophilius Lovegood, ni quand ils étaient allés se réfugier au Square Grimmaurd aprés que les Mangemorts les aient poursuivis sur Tottenham Court Road.

- ... tu sais le maléfice qui indique la présence d'être humain ?

- Ah... oui, celui-là.

Sa voix se perdit quelques instants.

- ...et le résultat a été positif. Je suis donc entrée, mais il n'y avait personne. C'est tout.

- Tu en es sûre ?

- Oui.

- ...et tu n'as pas refait le maléfice, pour vérifier s'il était parti ou...

- Ron, j'étais à trois pas de la tapisserie.

Ils restèrent muets. L'esprit ailleurs, ils observèrent Parvati fondre en larmes devant son tissu, qui refusait de se séparer en deux malgré tous ses efforts. L'absence de Lavande à ses côtés à Poudlard avait fortement ébranlé sa confiance en elle. Flitwick accouru à ses côtés pour la calmer du mieux qu'il le pouvait. Ils reportèrent leur attention devant eux.

- Qu'est-ce que ça signifie, à ton avis ? demanda Ron.

- C'est pour cela que je ne voulais pas en parler tout de suite, hier. Je tenais d'abord à clarifier mes idées.

- Et alors, tes conclusions... ?

- Ça signifie que quelqu'un, de haut calibre magique - pas un première année, il n'aurait pas pu disparaître ainsi - se promenait hier soir dans les couloirs du château. Pire encore, dans les cachots. Et que ce quelqu'un ne veut absolument pas qu'on soit au courant de ses intentions.

- Ça signifie, ajouta Harry, levant son regard vers eux, que nos ennuis sont loins d'être finis.

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Drago dessinait mollement dans la salle commune des Serpentard, un livre ouvert sur ses genoux. Seul le bruit du feu crépitant empêchait le silence dans la pièce d'être lourd, tant elle était vide. La maison de Serpentard ne comptait plus qu'une vingtaine d'élèves, de la 1ère à la 7ème année - les autres étaient en fuite, en prison, désintéréssés des études ou tout simplement morts. Ils étaient en fait seulement trois en septième année : Blaise, Pansy et lui. Leur année n'était pourtant pas la plus petite : seuls deux touts petits élèves de 1ère année étaient venus grossir les rangs de Serpentard. Ils étaient d'ailleurs assez honteux de leur maison, Drago le savait, car il les avait surpris en train de se demander comment empêcher la nouvelle de se rendre à leurs parents. La mauvaise image de Serpentard allait persister longtemps, alors même que les valeurs de la maison n'étaient pas plus mauvaises que celles des autres.

Leur nombre restreint faisaient qu'ils devaient partager leurs classes en permanence avec les autres maisons. Pour certains cours spécifique - comme l'arithmancie, bien que Drago ne soit pas touché par ce fait - il n'y avait qu'une seule classe pour les quatre maisons. Enfin, cela aurait été ainsi si un Serpentard suivait ce cours en septième année, ce qui n'était évidemment pas le cas. Le fait de toujours partager une classe avec les autres exaspérait particulièrement Drago - il ne supportait plus ces idiots de Poufsouffle et ces Gryffondor qui le dévisageaient tous pour une raison quelconque, et ce, en permanence. Il pouvait seulement respirer avec les Serdaigle qui restaient tranquillement dans leur coin et faisaient sagement ce que les professeurs leur demandaient.

Drago soupira. Il ne savait même pas ce qu'il faisait encore à Poudlard. L'ambiance au château était plus que bizarre, indescriptible. Les blessures de guerre, mentales et physiques, étaient loin d'être guéries, et lui-même se situait mal dans tout ça. Tout était tellement flou, personne ne savait vraiment comment agir. Le château était dans un malaise permanent. Faire comme si de rien n'était, ne pas en parler, ou vivre sa peine ?

Pour se changer les idées, Drago se concentra sur les croquis qu'il faisait sur son parchemin d'une manière automatique. C'était toujours la même chose : des serpents, des chaudrons, parfois des labyrinthes...

- Bébé Drago barbouille encore ? ricana Blaise avant de se laisser tomber à ses côtés sur le sofa.

Drago, qui ne l'avait pas entendu entrer, sursauta, avant de placer son parchemin comme marque-page et de refermer son livre dessus. Il se tourna vers son ami.

- Très drôle, dit-il d'un air placide. Si on parlait de tes cauchemars, à la place ?

L'air moqueur de Blaise disparut de ses traits. Il se passa un instant de silence peu gênant, les deux amis ne partageant pas beaucoup de paroles entre eux. Blaise se pencha vers une table basse de la salle commune et agrippa une pomme, qu'il commença à manger distraitement, alors que Drago replongeait dans ses pensées.

- Tu as du courrier, dit Blaise à un certain moment, lui tendant une lettre.

Drago s'en empara et déchira l'enveloppe, parcourant les quelques lignes en diagonale. Toutefois, Blaise perçut une différence dans l'attitude de son ami, qui sembla plus tendu.

-C'est qui ? questionna-t-il avant de prendre une autre bouchée.

Drago se décontracta instantanément devant l'air supérieur de son ami.

- À ton avis, qui peut bien m'écrire ? Je te laisse trois chances.

- Je sais pas... Astoria ?

- Tu es vraiment mauvais ! C'est ma mère.

- Tu avais dit trois chances ! s'offusqua Blaise.

Drago balaya sa remarque d'un geste de la main.

- Qu'est-ce qu'elle dit ?

- Rien d'important.

Comme pour prouver ses dires, Drago fouilla négligemment dans sa poche et sortit sa baguette, qu'il agita faiblement. La lettre se plia elle-même en avion qui se dirigea lentement vers le feu avant de s'y loger confortablement et de s'embraser. Blaise le regarda faire en haussant un sourcil.

- Wah, franchement bébé Drago, tu m'épates ! C'est ce qu'on a appris en cours aujourd'hui ? lui demanda-t-il en imitant une voix de bébé.

Drago le dévisagea, le visage plus fermé que jamais, avant de faire un autre mouvement de baguette. Blaise, dont la main tenait la pomme, n'eut pas le temps de prendre la sienne pour se défendre, et ressentit les parois de son crâne se compresser de plus en plus, lui causant une douleur aiguë.

- Non, voici ce qu'on a appris, ajouta cruellement Drago, qui ne semblait pas ressentir la moindre émotion à l'idée de faire souffrir son ami.

- Bon sang, Drago, tu fais quoi ? maugréa difficilement Blaise, la respiration saccadée, dont la douleur augmentait à chaque seconde.

- Je t'expose l'étendue de mes connaissances, pourquoi ?

Le visage de Blaise frémit et il ne put s'empêcher de porter les mains à sa tête et de gémir de douleur. Il avait l'impression que son cerveau allait fondre et que sa tête allait imploser, tant elle était compressée de toute part.

- Ok, c'est bon, je le ferais plus !

Cette fois, sa voix sortait d'un coup, haut et fort, comme s'il ne pouvait la retenir, l'espace dans sa tête se réduisant sans fin.

- Je m'excuse Drago, je m'excuse, mais arrêtes cette saloperie qui me détruit la tête ! Arrêtes, bon sang !

Sans plus d'émotion, Drago agita sa baguette et la douleur cessa instantanément. Toutefois, Blaise garda sa main gauche sur son oreille, comme s'il en ressentait encore l'écho.

- Non mais t'es complètement malade ? Qu'est-ce qui t'a pris ?

Drago sembla alors réaliser ce qu'il venait de faire et se recula de quelques centimètres vers l'arrière, l'air presque effrayé.

- Je... je suis désolé. Je... ne sais pas pourquoi...

Blaise l'observa quelques secondes, l'air mauvais, mais se calma en voyant l'expression de son ami.

- C'est bon, vieux. On n'en parle plus.

Ils ne parlèrent pas ni l'un ni l'autre pendant un instant. Drago rouvrit son livre et recommença ses dessins, même si le coeur n'y était pas, tandis que Blaise avait sorti sa baguette et s'amusait à jeter des sorts à la pomme qu'il avait échappé plus tôt, sous l'effet du maléfice.

- Je ne te reconnais plus, marmonna-t-il finalement. Tu peux passer des heures à ne rien faire d'autre que barbouiller sur ton stupide parchemin ou regarder dans le vide, comme si tout t'indifférait. C'est comme si tu étais devenu vide de l'intérieur. Tu ne parles plus, tu ne fais plus rien ! Parfois, pourtant, on dirait que tu ne te contrôles tellement plus que tu ne te rends plus compte de ce que tu fais... alors que tu as toujours su mettre une distance entre tes émotions et tes actions. Je peux te mettre sous Imperium - Imperium, bordel ! - et te faire excuser à Potter, et tu te contentes de briser quelques objets ! Mais je dis une connerie sur un avion en papier et tu me détruis la cervelle ! Franchement, Drago, qu'est-ce qui t'arrive ?

Blaise regardait son ami du coin de l'œil, tout en gardant la grande partie de son attention sur sa pomme qui tournoyait devant eux, comme s'il disait simplement ce qui lui passait par la tête. Mais son air inquiet montrait qu'il avait choisit ses mots avec soin et qu'il était inquiet pour Drago - et inquiet de sa réaction. Ce dernier ne réagit pas, faisant une fois de plus preuve de cette indifférence étrange et glaciale, qui se manifestait souvent à des moments inopportuns.

- Cette guerre t'a complètement détraqué, confia Blaise, la voix incertaine.

Drago s'arrêta et releva la tête, le regard perdu devant lui, toujours aussi indéchiffrable.

- Ne parles pas de choses que tu ne connais pas, finit-il par dire, le ton neutre, sans regarder son ami.

- Prends du recul par rapport à tout ça, affirma-t-il quand même. C'est fini.

- Facile à dire pour toi, cracha Drago en serrant le poing.

Pendant la guerre, Drago n'avait aucune idée de ce qu'avait fait Blaise. Il ne l'avait vu se battre nulle part, dans aucun des camps. Il n'avait même pas entendu parler de lui en fait. Il avait fini par conclure qu'il s'était enfui, et qu'il s'était caché, en attendant que la tempête se calme, n'ayant pas de père impliqué auprès de Voldemort pour sceller son destin comme ça avait été le cas de Drago. Cela l'indifférait à l'époque : il n'était pas très proche de Blaise et le considérait simplement comme un bon camarade, un ami d'école. C'est tout juste s'il avait pensé à lui à certains moments. Quand il était revenu, ils s'étaient rapprochés, automatiquement, les deux mûs par une évidence. Il n'y avait plus qu'eux maintenant, et ils étaient très rapidement devenus amis. Cependant, ils n'avait jamais reparlés de la guerre ni l'un ni l'autre, et ils ne savaient pas ce que l'autre avait fait pendant ce temps. Ils n'avaient pas ressenti le besoin d'en parler, et n'avait même jamais abordé le sujet avant cette journée. Les deux étaient concentrés sur le présent, et cela leur suffisait.

- Je vais aller me coucher. Je crois que tu as raison, je suis un peu sur les nerfs ces temps-ci.

Sans attendre de réponse, Drago empila ses affaires et se dirigea vers les dortoirs.

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Harry ne savait pas quoi penser. Il était assis dans la salle commune de Gryffondor, en train de faire semblant de finir un devoir quelconque - il ne savait même pas lequel, en fait, tellement il y prêtait peu d'attention. La salle commune était presque déserte, l'heure du dîner étant à peine à la

moitié. Il n'y avait qu'un groupe d'élèves de sixième année, en grande discussion, ce qui le laissait réfléchir en paix. Il ne savait pas exactement où se trouvaient Ron et Hermione, le reste de la journée s'étant déroulée comme dans un flou après les confidences de la brunette. Son cerveau avait semblé fonctionner au ralenti, tant il essayait de démêler ce qu'il se passait - ou ce qu'il croyait qu'il se passait.

Est-ce que l'évènement qu'Hermione avait vécu était significatif ? L'avait-il vraiment bien interprêté ? Ces deux questions lui tournaient en tête depuis des heures, l'engluant plus profondément dans les limbes à chaque fois qu'il se les posait.

Harry se secoua un peu la tête, comme pour se réveiller. Il plongea sa plume dans l'encre, la suspendit au dessus de son parchemin en détaillant la dernière phrase qu'il avait écrite. Le temps qu'il se souvienne et puisse écrire une phrase cohérente, une grosse goutte d'encre vint s'écraser sur son devoir, le laissant indifférent. Il posa sa plume et leva la tête, regardant le vide devant lui.

Peut-être Hermione s'était-elle trompée... Mais il rejeta cette idée aussitôt qu'elle vint à son esprit. S'il y avait une personne sur Terre en qui il avait totalement confiance pour ce genre de choses, c'était bien elle.

Le groupe de sixième année éclata d'un rire fracassant, ce qui fit sursauter légèrement Harry, qui tourna le regard vers eux. Une jeune fille particulièrement attira son attention, et il se mit à l'observer sans s'en rendre compte.

Peut-être n'était-ce pas si important, songea-t-il, son regard sondant encore les traits de l'inconnue. Peut-être était-ce un professeur, un septième année qui voulait préparer un mauvais coup à son ami. Ou Peeves alors, qui profitait toujours de la nuit pour mettre en marche quelques méfaits... Oui, cela était possible. C'est sans doute ce que n'importe qui aurait pensé en premier. C'est sans doute ce qu'il aurait pensé si...

La jeune fille, sentant son regard insistant, tourna la tête vers Harry. Gêné d'être pris en flagrant déli, il se détourna, mais ne put s'empêcher de la détailler du coin de l'oeil. Celle-ci semblait être rendue totalement étrangère à la conversation de ses amis, son sourire s'étant figé sur ses lèvres. Elle transperça Harry du regard, lui faisant comprendre qu'elle savait qu'il la regardait encore. Il se tourna à nouveau vers elle, lentement. Elle baissa timidement la tête, puis, quand elle la remonta, un nouveau sourire, discret, fragile, avait pris place sur son visage. Un sourire juste pour lui, qu'elle lui dédicaçait spécialement. Un sourire qui semblait dire « je sais... ». Il était si fugace, il ne dura que quelques secondes avant qu'elle se retourne vers ses amis, comme si cet instant n'avait jamais existé.

Harry, sous le choc de cet instant, ne bougea pas, bien qu'il savait que l'inconnue ne se retournerait plus. Il ne comprenait pas maintenant ce que cet instant avait signifié, mais il en sentait encore l'écho, qui semblait le porter, et il savait qu'il le porterait longtemps. Finalement, il s'approcha de la fenêtre. Il ferait encore jour pour une demi-heure environ, et la température semblant douce, il décida de sortir prendre une marche.

Il passa par le trou du portrait et se dirigea d'un bon pas vers le parc. Malgré le fait que la soirée soit encore jeune, il ne croisa aucun élève, seulement Nick-Quasi-Sans-Tête qu'il salua sans s'arrêter. Il passa les portes de l'école et s'arrêta sur le seuil quelques instants, le temps d'embrasser l'image du parc de son regard.

Une quiétude, ayant sûrement un lien avec le sourire de l'inconnue, s'empara de lui. Il déambula sans but précis, avant de se rendre compte que ses pas le menait sur le bord du lac. Il s'installa, et il lui sembla qu'à cet endroit, ses pensées se feraient plus claires.

Il n'y avait pas beaucoup d'informations à portée de main, et Poudlard pouvait réservé tant de magie, tant de choses auxquelles ils ne s'attendaient pas. Il faisait sûrement fausse route. Cet inconnu dans la nuit n'avait sûrement aucune importance - il devait n'avoir aucune importance. Pourquoi Harry se sentait-il concerné par cette histoire de toute façon ? Un petit rire s'empara de lui lorsqu'il songea qu'Hermione l'accusait sans doute à raison d'avoir « tendance à jouer les héros ».

Depuis le début de sa vie, il avait été obligé de voir les catastrophes partout. Chaque fois, il les avait vues et affrontées - et presque toujours à temps. Il avait tout donné, avait sacrifié sûrement plus qu'il ne pouvait en réciter... Mais il n'y avait plus rien maintenant. Seulement une longue vie qui s'étalait devant lui, vide et remplie de promesses.

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- Ron... je crois que si tu soupires encore une seule fois, je te frappe.

Il bougonna quelques mots qu'Hermione ne comprit pas.

- Pardon ?

- Je m'ennuie !

Hermione leva les yeux au ciel.

- Travailles, lis un livre, achètes toi une vie, fais quelque chose ! dit-elle en pointant différents endroits de la bibliothèque.

- On n'arrête pas de travailler depuis le début de l'année ! Là, je m'octroie une pause.

- Tu quoi ? demanda Hermione, un sourire moqueur sur les lèvres.

- Je m'octroie. Ça veut dire que je me permets, continua-t-il d'un air sarcastique.

- Je sais exactement ce que ça veut dire, Ronald ! Je pensais simplement que toi, tu ne le saurais pas.

- Pourquoi, s'exclama-t-il avec force, est-ce qu'Harry et toi semblez croire que je n'ai aucune culture ?

Mme Pince jeta un regard agressif vers eux, et Hermione se ratatina, honteuse de la réputation que le rouquin lui faisait dans son sanctuaire.

- Peut-être parce que c'est ce que tu nous as laissé croire pendant sept ans, chuchota-t-elle en se cachant le visage derrière un livre pour que la bibliothécaire ne l'aperçoive pas. Laisse-moi travailler maintenant, je ne suis pas ta gardienne. Tu peux peut-être te permettre une pause, mais moi pas.

Ron eut un rire narquois.

- Tu es bien celle de nous deux qui peut le plus se le permettre.

- Et je suis également celle qui est la plus raisonnable et qui continues de travailler quand même. Alors tais-toi.

Sur ces mots, Hermione se replongea sur son parchemin et tenta de se reconcentrer sur les propriétés des ingrédients rares dans certaines potions - comme les ailes de chauve souris séchées cueillies à la pleine lune lors d'année bissextile. Malgré l'air renfrogné qu'elle s'efforçait d'avoir, elle ne put s'empêcher d'avoir un léger sourire sur les lèvres. Ron avait décidé par lui-même de l'accompagner à la bibliothèque, chose qu'il n'avait jamais fait par le passé. En plus, il ne faisait rien d'autre qu'être à ses côtés - il ne faisait absolument rien, ce qui embêtait quand même son côté Miss-Je-Sais-Tout. Mais il était avec elle, seul avec elle, et c'est tout ce qui comptait à ses yeux.

Elle tourna quelques pages de L'histoire des potions - comment certaines potions qui n'aurait jamais dû existées ont été créées et lut un passage qui l'intéressa. Elle recopia scrupuleusement l'histoire de Yan Tucker, qui avait découvert par hasard les propriétés des algues échouées naturellement pendant trois jours sur les dunes de sable des Tropiques, ce qui lui avait permis d'inventer la potion d'âcariarité. Cette potion devait devenir par la suite bien moins célèbre que son ingrédient le plus côriace à dénicher, ce qui avait étonné Hermione, qui connaissait parfaitement l'existence de cette potion mais pas de cet ingrédient.

Ron soupira une nouvelle fois, ce qui détourna son attention de son livre, alors même qu'elle entamait le chapitre le plus intéressant. Elle tourna la tête vers lui, mais se retint de lui faire une remarque, se disant qu'il serait bien trop satisfait. Elle remarqua qu'il semblait perdu dans ses pensées, et essaya de découvrir que ce qui le captivait tant. Hermione darda son regard sur les différentes tables et étagères de la bibliothèque, mais ne vit rien. En fait, elle était presque vide. Outre eux-même et Mme Pince, il n'y avait que trois Poufsouffle de quatrième année qui semblait plus intéressés, selon ce qu'elle pouvait en juger, par leur bonhomme pendu que par leurs devoirs à finir.

À cette vision, Hermione soupira à son tour. Elle ne pensait pas se tromper en disant qu'elle était une des plus ferventes fréquentatrice (?) de la bibliothèque. Elle l'avait connu sous toutes ses coutures : quand elle était tranquille en début d'années, bruyantes et exaltantes à l'approche des examens de Noël, mais presque complètement vide dans les premiers jours de juin. Pourtant, elle ne se rappelait pas l'avoir déjà vu ainsi, aussi vide : cette fois pas d'élèves, mais d'âme. Il n'y avait rien dans cette bibliothèque, elle ne retrouvait plus cette aura remplie de savoir qu'elle lui promettait autrefois.

C'était encore et toujours à cause de la guerre. Pendant la Grande Bataille, elle avait brûlé presque en entier, et il y avait moitié moins de livre qu'avant de disponibles sur les étagères. C'était même étonnant, songea Hermione, qu'ils aient réussi à en réunir autant en si peu de temps.

Cette maudite guerre les avait tous changés, détruits, même cette bibliothèque qui était avant un endroit où elle pouvait se reposer, se sentir bien et tranquille, en sécurité. Le château n'était plus que l'ombre de lui-même. Il n'y avait presque plus d'élèves - certains étaient morts, comme Colin Crivey, d'autres étaient traumatisés et n'avaient plus voulu revenir, comme Lavande. Elle et sa famille, ainsi que plusieurs autres, s'en étaient allés dans un endroit plus paisible, où il n'y avait pas besoin de reconstruire. Hermione savait aussi qu'il y avait certains parents qui avaient peur de laisser leurs enfants venir à Poudlard - ce qui était étrange, non seulement car l'école avait toujours été considérée comme l'endroit le plus sécuritaire au monde, mais également parce que la guerre était finie et qu'il n'y avait plus rien à craindre, maintenant.

Toujours est-il qu'elle ne reconnaissait plus le château, autrefois si joyeux et jovial. Il n'y avait plus aucune trace des batailles qui avaient fait rage, et il aurait été impossible de dire que Poudlard avait été le décors de la plus grosse bataille de l'histoire de la sorcellerie. Mais le coeur n'y était plus.

Hermione elle-même se sentait perdue. Tout s'était fait si vite. Ils avaient passés un été à essayer de reconstruire ce que Voldemort avait brisé. Certaines choses restaient encore à faire, mais tout s'était enchaîné très rapidement. Bientôt, il leur fallait retourner à l'école pour compléter leur scolarité. C'était étrange de revenir après l'année qu'ils avaient passée, comme si tout cela ne s'était pas déroulé. C'était revenir à l'endroit où ils avaient vécus avant, et remarcher dans les mêmes endroits, reprendre les mêmes raccourcis, emprunter les mêmes traces... alors que rien n'était comme avant. Ils n'étaient plus les mêmes, ils avaient changés. Ils ne s'étaient pas remis de leurs blessures, et ne savaient pas comment faire. Et les morts... continuer leur vie en faisant comme s'il n'avait rien perdu, comme si personne ne s'était sacrifiés pour qu'ils puissent continuer à vivre ? Non, ils ne pouvaient pas. Et pourtant... Fred, Remus, Tonks. Hermione parvenait à peine à y penser, alors encore moins à en parler.

Ils faisaient donc comme avant, comme ils l'avaient toujours fait dans ce château. Mais Hermione voyait bien que ça ne marchait pas tout le temps. C'était trop étrange de faire comme si ça n'existait pas, alors que c'était bien là, avec eux, tous les jours. Comme s'il n'y avait pas eu de différence entre avant et maintenant. Ils ne pouvaient pas oublier si facilement. Une chance, ils étaient maintenant libres. Il leur restait la vie pour se guérir, et réapprendre à vivre, sans oublier leur passé mais sans y être sans cesse emprisonnés.

Étrangement, c'est sur cette note d'optimisme qu'Hermione se mit à penser, sans raison apparente, à l'incident qu'elle avait vécu lors de sa ronde de nuit. Les paroles d'Harry résonnèrent en elle... Ça signifie que nos ennuis sont loin d'être finis... Si vite ? Après tout ce qu'ils avaient vécus ? Ne méritaient-ils pas un peu de repos ?

Hermione posa son regard sur Ron. Il contemplait maintenant ses mains, le visage dénué d'expression. Mais Hermione sût, à la larme qu'il avait au coin de l'oeil, qu'il pensait exactement aux mêmes choses qu'elle. Attendrie, elle saisit doucement sa main, qu'il ne serra ni ne rejeta.

Ils seraient tous hantés pendant longtemps de la bataille qu'ils venaient de mener. Ils n'allaient pas replonger dans les problèmes, pas sitôt après qu'ils s'en soient tirés. Hermione se le promettait.

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