Chapitre 2 - Raison dérisoire
Je n'ai même pas un lit pour me poser. Je suis assis sur les pavés gelés, à réfléchir sur un plan potentiel pour m'évader, mais rien ne vient. Je ne veux pas me la péter, mais entre Scott et moi, c'est moi le cerveau. Je ne dis pas que tous ce que je prévois est intelligent, mais je ne suis pas dépourvu de neurones. Je suis futé, inconscient et impulsif. En réalité, mes plans sont rarement au point. J'assure le contraire, mais je ne peux pas me mentir. Lorsqu'on arrive au bout de ce à quoi je m'attendais, je ne compte plus le nombre de fois où Scott m'a dit : « Et on fait quoi après ? » et dont ma réponse ne fut, simplement, qu'un haussement d'épaule. Là, je n'ai aucune idée de comment m'enfuir de cette cage de pierre. Si j'ignorais les capacités des loups-garous, j'aurai probablement foncé dans le tas... Quoi que non, je serais au même stade, c'est à dire compter les dalles en essayant de chasser les peurs qui envahissent mon esprits.
Depuis que ce type m'a avoué que mon meilleur ami n'était pas la cible, je ne peux m'empêcher de penser à mon père. Ce sera, sans-doute, le premier à accourir dans ce piège. Les larmes m'en chatouillent les paupières. Il ne me reste plus que lui dans ma vie. Il est mon seul parent. Imaginer le perdre est déjà une torture. Je secoue la tête, me concentre pour échapper à ses pensées macabres, mais Lydia prends sa place. Ce foutu béguin amoureux ne va pas me faciliter la tâche. Mais pourquoi voudrait-on piéger ces deux êtres cher à mon cœur ? Si ce n'est pas pour Scott, ça ne peut-être que eux les cibles de ce complot. Mais je n'en vois même pas l'intérêt. Ils ne sont que de simples humains. Il leur suffirait d'entrer dans leurs demeures et de les... Non, ce mot reste bloqué, n'arrivant même pas à frôler mon esprit. Il me donnerait la nausée.
J'ai mal aux fesses. Je gigote, je me lève parfois, je me rassois ensuite. Les heures me semblent aussi long qu'irrationnelle dans ce monde. Je ne sais même pas depuis quand je suis ici. J'en ai marre ! Je tourne en rond. J'ai bien hurlé à la petite fenêtre pour montrer ma présence, mais on m'invite qu'à me taire et ne répond même pas à mes questions. Je commence à me demander si ce n'est pas à moi qu'on en veut. J'imagine des scénarios improbable nourris par les séries télévisées que je regarde. Je me trouve des ennemis potentiels. Peut-être le racketteur de bonbons dans les premières années d'écoles ? Ou alors celui que j'ai défoncé sur Call of Duty en multi-joueurs ? Une superbe partie, mémorable ! Lorsque je me rappelle de la façon dont j'ai... Je m'égare. Serait-ce des signes avant coureur de la folie ? Je suis inquiet, il me faut reprendre tout dans l'ordre. C'est suggestion sont débiles, j'ai affaire à des loups-garous !
Quelle est le dernier moment que j'ai passé hors de cette prison ? J'étais à la maison, je m'en souviens. Mon père travaillait sur une histoire de meurtre, encore. Il ne me laisse pas toucher à ses dossiers d'ordinaires, mais j'ai réussi à intercepter quelques morts comme "lacération", "animal" et un nom aussi. Cela commençait par un G. Je porte mes mains à mes poches inutilement. J'ai envoyé un sms à Scott avec toutes ces informations. Depuis qu'il a ses super pouvoirs, nous avons tendance à nous mêler de ce qui ne nous regarde pas. Chaque meurtre devient un fait attrayant pour moi. J'aime bien enquêter et mettre le point final à certaines affaires. Je le fais si bien. Non, en fait, je suis nul ! Preuve en est, j'ai directement accusé Derek Hale du meurtre de sa sœur. Enfin, il avait quelques choses de louche ! Je savais pertinemment qu'il était le loup qui avait mordu Scott. Oui, ce n'était pas lui, mais c'était quand même un loup-garou. Sur ce point, j'avais bon sur toute la ligne. C'était pourtant incroyable ! Je m'égare encore une fois. Meurtre, Scott et ensuite ? Il me semble que j'ai rejoins mon lit et me suis assoupi. J'ai rêvé de Lydia, comme très souvent.
Depuis que Jackson est parti conquérir le monde avec ses nouveaux pouvoirs, je n'ai cessé de tenter ma chance avec elle. Il est difficile de draguer une fille qui est inconsolable suite à la disparition de son ex. J'ai joué l'ami, le confident, grinçant des dents à chaque fois qu'elle citait le nom de Jackson. Jackson par ci, Jackson par là... Qu'est-ce que j'y pouvais. Souhaitait-elle que je parte à sa recherche ? A ça non ! J'avais enfin ma chance, ce n'était pas pour les rabibocher. Derek était, sans doute, à sa trace, de toute manière. Non, j'ai tenté de trouver les possibilités de la toucher par mes mots, de lui donner de l'espoir, de lui faire comprendre que j'étais son futur (avec toute la maladresse qu'on me connait). Et je n'ai donc pas encore réussi. A la place, je me retrouve ici, à patienter. A attendre qu'on vienne à mon secours. Mais viendra-t-on ? J'en ai marre de me torturer l'esprit. J'appelle :
« Hey ! Medor ! »
Pourquoi tant d'insouciance ? Et bien mes hurlements n'ont rien apporté. J'y ai mis toute mon énergie pourtant. Si bien, que je sens ma gorge me piquer. Je n'ai récolté que des "la ferme" hurlés dans les tréfonds des couloirs. J'ai froid. Je suis en pyjama : un simple pantalon et un tee shirt avec Bob l'éponge et Patrick tout sourire. J'ai presque envie de l'ôter et de le retourner pour paraitre moins ridicule. Je fais partie de ceux qui s'en foutent de la façon dont il s'habille lorsqu'il dorme. Personne ne va me rejoindre dans mon lit et puis dans mes rêves, j'ai plutôt la classe et pas ce tee-shirt bas de gamme. Il se fait attendre le toutou à sa mémère. J'hésite à réitérer mon appel, mais des pas raisonnent peu à peu, s'accentuent.
« Comment tu m'as appelé ? » Dit-il, en apparaissant à la petite ouverture.
« Eum...L'homme fort ! J'ai dit l'homme fort. »
Je déglutis avec difficulté. C'est une chose d'insulter une personne lorsqu'on ne la voit pas, mais lorsque son regard nous scrute, c'en est une autre. Il doit le voir malgré mes efforts pour ne pas le partager, mais il m'effraie. Il me fixe un long instant, les dents apparentes comme un chien sur la défensive. Je n'ose sortir un son avant qu'il me l'autorise. Je crois même que j'ai cessé de respirer. Qu'il se presse à parler (ou partir) ou je vais frôler la syncope !
« Qu'est c'tu veux ? »
« J'ai une envie pressante et je n'ai pas trouvé les toilettes. »
Ben oui, autour de moi, quatre murs, pas une seule autre porte, exceptée celle par laquelle je converse. Donc, par déduction, les toilettes n'étaient pas ici. Le silence de l'homme se fait pesant. Je le vois jeter un œil sur sa droite. Soit il n'est pas seul, soit il vérifie qu'il l'est bien. Moi, j'attends, penaud, impuissant. Il me lâche enfin :
« T'as qu'à faire comme les chiens ! Tu pisses dans un coin. »
Ma bouche s'ouvre, choqué à l'idée de me soulager dans la même pièce que je dors. Une grimace s'installe, mais je ne le quitte pas du regard. Sans pouvoir me taire, je balance :
« Je n'ai pas besoin de marquer mon territoire, contrairement à certain. » Je regrette mes paroles alors me rattrape : « Non pas que j'insinues que vous le faites de cette manière. Enfin, vous le faites de la vôtre...mais... » Mon sourcil se arque et soudain une question me taraude l'esprit : « Est-ce que c'est le cas ? Enfin, non pas que je veuilles le savoir. Oubliez ça... Y'a-t-il des toilettes ? S'il vous plait ? »
Je me suis enlisé, débitant ce ramassis de connerie à une vitesse incroyable. Mais cette image s'est installée dans mon esprit. Derek, marquant son territoire sur chaque arbre entourant sa maison, l'ancienne, celle qui a brulé. A présent qu'il vit dans une sorte d'entrepôt, comment s'y prend t-il ? Secouage de tête, je ne dois pas penser à ça. De toute manière, il n'est pas raisonnable de penser que les loups-garous marquent leur territoire ainsi. C'est rabaissant ! Aussi rabaissant que de croire qu'ils emprisonnent des humains dans des caves à vin. Le type hésite, je le vois. Je ne sais pas si je souhaite qu'il accepte ma requête, car ça sera pour moi le moyen de tenter une percée vers la liberté. Je suis un trouillard, mes jambes flageolent déjà. Mais, avec les aventures que j'ai déjà vécu, je sais que l'adrénaline va me faire pousser des ailes, à défaut d'avoir du Redbull sous la mains. S'il accepte, je saurais enfin où je me situe, s'il refuse retour à la case départ.
Il s'en va sans rien dire. Je ressens ma pression se relâcher, en affaissant mes épaules. Seulement, je suis aussi déçu. Un partage de soulagement et de déception, je ne pensais pas que c'était possible, mais finalement... Cela se déclenche lorsqu'on ose ce que l'on craint. Lorsqu'un obstacle nous empêche d'aller plus loin, alors on s'accord à dire que ce n'est pas plus mal. Seulement, je me suis trompé. J'entends un bruit de ferraille, celui de la clé ouvrant cette serrure rouillée. Je recule d'un pas et je me dis qu'on m'accorde le droit à une hygiène respectable. Je ne songe pas à autre chose, je m'y refuse. Le mec entre, il est encore plus bizarre que je l'imaginais. Il a un peu cet air à ce Cracmols. Comment il s'appelait ce type ? Argus Rusard ! Je suis stressé, je n'ai trouvé que ça pour ne pas me pisser dessus. Il attend à la porte de son air renfrogné. Au contrario de ce gars dans Harry Potter, il a l'air de n'avoir que la trentaine. Seulement, il semble se désintéresser totalement de la mode ou même de l'image qu'il renvoie de lui. Il fût surement un clochard lorsque son "patron" le trouva et le transforma !
« Tu t'grouilles ! » Me lance-t-il avec nonchalance.
Je m'exécute sans un mot, je ne voudrais pas lui faire changer d'avis. C'est surtout que dans ma tête, mille-et-un plans se profilent, défilent, sans même savoir si l'un d'entre eux sera possible. J'ai un atout, ma ruse ! Elle équivaut bien aux leurs, c'est à dire la vitesse, la vision, l'odorat, la force, l'endurance,... je déglutis ma salive difficilement. Je n'ai que ma ruse et sans elle, je suis foutu, tant qu'un de leur semblable, de mon côté, ne vient pas me chercher. Je pense à Scott, mais aussi à Isaac. Je songe à Derek même si je pense que monsieur rabat-joie ne bougerait pas pour moi. Après tout, il n'a d'yeux que pour sa meute, sa meute et encore sa meute ! J'ai parfois le sentiment qu'à l'époque du lycée, il souffrait d'un complexe d'impopularité. Ca nous fait, au moins, un point commun...l'impopularité ! Mais moi, je n'en suis pas complexé !
Lorsque je passe à côté de l'inconnu, je sens ses griffes, acérées, me frôler le dos. Un frisson parcourt tout mon corps, je déteste cette sensation. Il m'indique par ce geste que je n'ai pas intérêt à faire de bêtises, que toute tentative aura son lot de conséquence. Je fais semblant de ne rien capter à son message et je découvre un long couloir de pierres, pour ne pas changer. C'est tellement glauque que je me demande où il va m'emmener pour que je puisse me soulager. Existait-il des toilettes digne de ce nom à l'époque où fût bâtie ces murs ? Il me pousse à avancer, toujours à l'aide du bout de ses doigts menaçants. Je passe devant plusieurs portes, les mêmes que celle de ma cellule. Discrètement, je jette un regard dans chaque petite fenêtre, m'apercevant qu'elles sont vides, ou alors des gens s'y cachent. Après quelques longs mètres dans un silence de plomb, je remarque un escalier. Je vous laisse deviner de quoi il est fait. Mais je vois autre chose que ces pierres cette fois, je vois la liberté. Je les gravis lentement, évitant d'attiser les soupçons de mon gardien de cellule. Je lève les yeux, un froid glacial m'hérisse les poils. J'y étais pourtant habitué à cette fraicheur, mais c'est différent à présent. Mes yeux ne cessent d'admirer le ciel dégagé. Les étoiles scintillent comme des lueurs d'espoirs. La lune, plus vers l'horizon n'est pas pleine, mais je côtoie des loups-garous, je sais que ca ne veut rien dire. Le mec, derrière moi, ne se privera pas de muter et de me tuer, en un coup de crocs, si le voulait. Cette idée me pétrifie un instant. Les ongles s'enfoncent près de ma colonne vertébrale, je reprends ma marche, la bouche s'ouvrant devant ce paysage.
Des ruines ! Autour de moi, des murs de pierre. Certains se sont écroulés, d'autres tiennent encore debout, mais paraissent menaçants. Moi et ma maladresse s'oseraient même pas s'appuyer dessus. La végétation prend peu à peu le dessus. Je suis depuis quelques heures, peut-être une journée entière, sous des décombres. Je n'ai aucune idée de l'endroit où je me trouve et malgré le parfum de liberté qui me caresse l'esprit, j'ai la conviction que je vais vite m'égarer. Tout ceci est une bien mauvaise idée. On me pousse encore, je trébuche sur un caillou qui dépasse du sol, mais retrouve mon équilibre avant que mes mains ne touchent la roche. Il m'invite, à ma grande surprise, à rejoindre le bord d'une forêt, à quelques mètres. Je me dis qu'il y a un piège, mais il a tout à fait l'air d'un crétin aussi :
« Allez, dépêches-toi ! » crache-t-il en me reluquant de bas en haut.
Je fais la grimace. Tout ceci me parait malsain. Sous mon air innocent, je lui rétorque :
« Vous allez me regarder ? Parce qu'il n'en est pas question ! Ca me bloque lorsqu'on m'observe. »
Je crois que ça ne met jamais arrivé, mais c'est la seule excuse que j'ai trouvé pour qu'il cesse de porter son attention sur moi. Il a, à son tour, une tête bizarre. Il me fait penser à Derek et ses airs d'exaspération. Je ne sais pas pourquoi, mais ce gars me parait plus sympathique, du coup. Il me donnerait presque envie de rire. Je me rappelle des circonstances et ça me calme direct. Il n'en reste pas moins une menace. La tension monte.
« Pas de connerie ! » me prévient-il en levant un doigt, menaçant.
Je lève les deux mains, comme pour lui dire que je serais sage. Je ne le pense pas. Je me cache derrière l'arbre, glisse ma braguette (je sais que les loups-garous ont l'ouïie fine, alors je simule.). Je n'en reviens pas de ce que je vais faire. Et pourtant ! Un pas en arrière en priant qu'aucune branche ne se brise sous mon pied, un second en espérant que cet homme n'est qu'un sombre idiot, un troisième en pensant que je le suis moi-même. Je pense à faire un décompte qui me poussera à mon grain de folie. Il me faut ça pour trouver du courage ou de la témérité. A trois, je m'élancerai dans ces bois obscure, comme un vulgaire humain, à croire stupidement que cette chose, aux sens décuplés, ne me rattrapera pas. Je souffle discrètement et commence : *Un...Deux...trois ! *
