Deuxième axe d'analyse : Le travail et le système des Passions

Nous avons décidé de baser notre réflexion sur le travail en Equestria sur les passions fouriéristes. En effet, si certains blogs voient Ponyville comme la Kallipolis de Platon, nous avons pensé qu'il serait intéressant de voir ça du côté des socialistes-utopistes et plus particulièrement, le système passionnel de Charles la vision de Platon est séduisante, mais elle inclut une certaine vision déterministe (les rôles dans la Cité) qui nous bloque dans certains raisonnements.

Les passions chez Fourier sont un élément central de son système, c'est ce qui fait mouvoir une Série (= une forme d'association combinant l'intérêt d'opérer avec le plaisir de coopérer (1) qui est une partie du Phalanstère (2). Par extension, la base même de la pensée de Fourier, c'est l'Homme en tant qu'individu. Et cet individu travaille : le travail dans le Phalanstère (3) est divisé en Séries passionnées qui se basent sur la diversité des passions (4) chez les êtres humains qui sont poussés par ces dernières à s'associer. Ainsi, grâce à la multitude des passions et donc de l'inégalité des hommes car tout le monde n'a pas les mêmes envies, le Phalanstère peut exister avec chacune de ses Séries occupées et arriver à l'Harmonie où tous les hommes se retrouveront dans la production. Pour y arriver, les hommes doivent passer par l'Association.

L'Association est « l'art d'appliquer à l'industrie toutes les passions, tous les caractères, goûts et instincts ». Le travail, au-delà de sa nécessité pour la société, a une base individuelle forte, chaque travailleur produit en fonction de ses passions qui sont plus que des envies passagères. Le Phalanstère est un accord de passions basé sur l'Attraction passionnée (« L'Attraction passionnée est l'impulsion donnée par la nature antérieurement à la réflexion, et persistante malgré l'opposition de la raison, du devoir, du préjugé, etc. » (5). Donc, pour parler en termes économiques, chaque individu a une demande de travail basée sur sa passion et la société doit lui offrir une offre en accord avec ses passions. De cette manière, il pourrait être heureux.

Avec cette (très) rapide description de la pensée de Fourier, nous pouvons voir vers où nous allons. D'abord, en ce qui concerne Ponyville, c'est une zone autonome, elle consomme et produit ses biens, nous reviendrons plus tard sur le modèle économique mais de manière générale, nous pouvons comparer cette ville avec le Phalanstère. Chacun a un rôle qu'il ou elle remplit et est nécessaire. Dans la pensée de Fourier, tout le monde travaille et les enfants sont éduqués dans « l'usine », les adultes les mettent en relations dès le plus jeune âge avec la réalité laborieuse de la vie. Comme chez Fourier, à Ponyville, il n'y a pas de chômeurs. Du moins, pas de chômage grave. Fourier conçoit qu'il peut y en avoir mais le travail du plus grand nombre sera suffisant pour supporter une très petite minorité non-travailleuse.

Pourtant, il y a des choses que l'on ne retrouve pas chez Fourier. Tout d'abord, la division en classes basées sur les races que nous avons développée ci-dessus. Chaque classe semble avoir un secteur développé pour elle. De cette manière, chaque licorne ailée, licorne ou poney de terre travaille là où il est doué. Cependant, un premier choix se fait au niveau des races et donc pas du choix libre des individus. Ensuite, contrairement à Fourier pour qui les passions sont des choses variables et peuvent changer au cours de la vie, ce qui permet aux hommes de pouvoir changer d'occupation s'ils se lassent, le cas de MLP est marqué par l'existence d'une autre détermination : les cutiemarks.

(1) DESROCHE, Henri, La société festive, du fouriérisme écrit aux fouriérismes appliqués, Seuil, France, 1975.

(2) FOURIER, Charles, Le nouveau monde industriel et sociétaire, tome 1, version numérique de l'édition de 1829.

(3) Construction où la communauté imaginée par Fourier vit.

(4) Le terme passion est à prendre au sens large, c'est-à-dire, l'envie de faire quelque chose.

(5) FOURIER, p. 54.