Comme nous l'avions annoncé depuis le premier chapitre, cette fic est un Three-Shot mais comme vous l'ignoriez probablement, le dernier chapitre était trop long donc nous l'avons coupé. Bref, l'épilogue sera postée l'année prochaine ;D

Bonne lecture !


Alouette, gentille alouette~


Maria écarquilla ses yeux et appuya sa tête contre la fenêtre du wagon tout en poussant une exclamation admirative.

- Monsieur Alaude, Monsieur Alaude ! appela-t-elle en se tournant vers l'homme qui était calmement occupé à lire le journal en étant assis sur la banquette en cuir sombre. Avez-vous vu ça ?! ¡Es increíble! (C'est incroyable!)

- Mademoiselle Del Prado, soupira le français en continuant sa lecture sans même faire attentions aux actions de la jeune femme. Veuillez baisser le ton. Vous allez importuner les autres passagers...

L'espagnole grommela un juron dans sa langue maternelle et s'assit convenablement sur la banquette aux côtés de son supérieur tout en soupirant bruyamment.

- Monsieur Alaude ? appela-t-elle à mi-voix en regardant pensivement par la fenêtre le paysage qui défilait rapidement.

- Hm ? répondit le blond en tournant la page de son journal.

- Pourquoi allez-vous vous marier maintenant ? demanda Maria en continuant à scruter les formes floues qui passaient. Et pourquoi en Italie ?

Le policier soupira à son tour et plia soigneusement son journal pour ensuite le ranger dans sa valise qui se trouvait à ses pieds.

- Je me suis rendu compte que cette femme remplissait toutes les conditions pour passer sa vie à mes côtés, déclara-t-il simplement en posant ses yeux clairs sur le visage curieux de la jeune femme. Et Giotto m'avait invité à faire le mariage dans son manoir.

- Oh, fit celle-ci en arrondissant ses lèvres. Comment êtes-vous arrivé à cette révélation ?

Maria retint de peu sa remarque. Elle avait pourtant été convaincue que son supérieur était un novice dans les affaires amoureuses, si on prenait en compte le nombre inexistant de femmes qui avaient été dans le commissariat (vu que c'était le seul endroit où l'homme semblait se relaxer, l'espagnole en avait rapidement conclu qu'il emmènerait ses conquêtes là), et qu'il aurait fini avec la bride au cou si une femme avait réussi à le forcer par un chantage odieux ou que ses parents lui avaient arrangé le mariage...

Alaude grogna en guise de réponse et la jeune comprit qu'elle ferait mieux de ne pas continuer sur cette pente savonneuse.

Le chantage, sûrement.

Lorsqu'ils arrivèrent en Italie, Alaude ouvrit ses yeux et se rendit compte qu'il s'était bel et bien endormi dans cette machine infernale qu'était une locomotive à vapeur et qu'un poids désagréable (mais néanmoins chaleureux) se trouvait sur son épaule. Le policier tourna légèrement sa tête et constata avec contrariété que sa fiancée (rien que penser ce mot lui donnait des frissons de dégoût) dormait paisiblement sur lui.

En temps normal, Alaude aurait frappé le sommet de la tête de l'espagnole pour la réveiller. Cependant, celle-ci était désormais sa fiancée et il se devait de la traiter avec le respect qui lui était dû.

Le policier soupira avec agacement et secoua doucement l'épaule de l'endormie. Mais le sommeil de cette dernière devait être particulièrement pesant ce jour-là car Maria ne se réveilla pas.

Grinçant des dents parce qu'ils commençaient à être observés par les autres passagers, le blond finit par céder et prit dans ses bras l'ancienne fille au pair pour ensuite quitter le train et poser le pied sur le sol italien. Et aussitôt souhaiter d'être à Paris lorsqu'il aperçut trois visages familiers.

- Alaude ! appela la voix chaleureuse de Giotto di Vongola en s'approchant du français. Como stai ?

- Je te serais gré de me parler en français ou en japonais, rappela ce dernier en fronçant ses sourcils. Tu sais très bien que j'ai l'italien en horreur...

- Allons, s'exclama le parrain en passant au français sans problèmes. Déjà de mauvais poil ? Je croyais pourtant qu'avoir la petite Maria dans tes bras t'adoucirait un peu...

Alaude étrécit dangereusement ses yeux bleus et Giotto fit prudemment un pas en arrière, ne voulant pas provoquer son ami alors qu'il était de si mauvais poil.

- Donc, voici la fameuse Maria qui a su dompter Alaudi, commenta une voix rauque à l'accent italien nettement perceptible.

- Exact, approuva Giotto en se tournant vers l'homme qui avait parlé. N'est-elle pas adorable ? Et instruite, qui plus est... Alaude est vraiment chanceux d'avoir déniché cette perle !

Le français grogna et tourna son regard vers l'individu qui avait fait la remarque, prenant en compte le tatouage écarlate qui se trouvait sur sa joue droite ainsi que la crosse du revolver qui dépassait de sa poche.

- G, salua-t-il avec une voix glaciale. Tu n'as pas changé...

- Pareil pour toi, rétorqua calmement le roux en acquiesçant. Toujours aussi inexpressif.

Le policier se tourna ensuite vers la dernière tête connue qui était également rousse et revêtue d'un chapeau en toile brune et inclina brièvement la sienne pour le saluer. Puis, il se dirigea vers la voiture qui les attendait et déposa la jeune femme sur la banquette arrière pour après se tourner ver G et lui montrer la locomotive.

- Nos bagages sont encore à l'intérieur, fit-il indifféremment.

- Et tu veux que j'aille les chercher ? s'étrangla le rouquin en saisissant une cigarette et en l'allumant avec son briquet pour essayer de se calmer. Fais-le toi !

- G, intervint Giotto avec un fin sourire. Alaude est fatigué par son voyage et je suis certain qu'il a hâte d'être au manoir. Pourquoi ne l'aiderais-tu pas en cherchant ses bagages ?

L'italien au visage tatoué jura et se tourna pour obéir aux ordres de son ami d'enfance pendant que le blond en question s'installait à son tour dans la voiture pour regarder ensuite le français avec un large sourire entendu.

- Toi, mon ami, lança-t-il en continuant à sourire. Tu as fait de moi un homme comblé !

- Combien ? demanda en un soupir Alaude alors qu'il s'assurait que sa fiancée (brrr...) était bien attachée.

- Sur les six personnes qui ont parié, seules deux ont eu raison, rayonna Giotto en levant deux doigts. Moi et Cozart-ci présent !

- Et ça, c'est parce que l'instinct de Giotto n'a jamais échoué, s'exclama le troisième homme en frappant avec son chapeau l'épaule du blond en question.

- C'est vrai, accorda ce dernier sans une once de modestie tout en passant son bras autour du roux. Si jamais cette affaire de groupes de vigilance ne fonctionne pas, je peux toujours me reconvertir en parieur professionnel !

Alaude grogna une nouvelle fois et fusilla du regard l'italien aux cheveux ébouriffés tout en sortant ses menottes.

- Je tiens à te rappeler que si tu venais à changer le but de ton petit groupe de vigilance, je partirais immédiatement, siffla-t-il en faisant tournoyer ses armes autour de son doigt.

- C'était une simple blague, Alaude, répondit aussitôt le blond en étrécissant ses yeux orangés. Tu sais très bien que je n'abandonnerais jamais ces pauvres gens à leur sort...

- De toutes façons, les coupa Cozart en haussant ses épaules et avec un sourire entendu. Si Giotto devenait un de ces mafiosi obnubilés par l'argent, je le descendrais dans la semaine qui suivrait.

- Je n'en attendais pas moins de mon vieil ami, déclara l'italien en souriant largement à son tour. Ah, G !

L'interpellé s'approcha de l'automobile avec une moue renfrognée et jeta sa cigarette sur le sol tout en rangeant les deux valises dans le coffre minuscule de la gigantesque machine.

- Allons-y, grommela-t-il en s'installant au volant de la voiture. Sono stufo di parlare in francese... (J'en ai marre de parler en français...)

- Plaisir tout à fait réciproque, répondit calmement Alaude en fronçant ses sourcils avec agacement. T'entendre massacrer ma langue me fatigue également...

Giotto et Cozart éclatèrent de rire et continuèrent à s'esclaffer pendant le voyage. Qui dura deux heures.

Heureusement pour les nerfs du français, Maria ne se réveilla pas car sa présence aurait sans aucun doute su énerver Alaude et la voiture serait disparue dans une explosion mystérieuse...

Lorsque Maria ouvrit ses yeux, elle eut la surprise de voir qu'elle se trouvait dans un lit. Comme c'était la première fois depuis deux ans qu'elle dormait sur un lit (moelleux en plus ! Et propre!), la jeune espagnole s'empressa de fermer ses yeux et se rendormit. Du moins, elle l'aurait fait si une familière voix glaciale ne brisa le silence paisible de la chambre dans laquelle se trouvait la jeune femme.

- Je pense que vous avez suffisamment dormi, Mademoiselle Del Prado...

La jeune en question sursauta vivement et tomba du lit pour se réceptionner durement sur la moquette de la pièce.

- Je suis désolée, Monsieur Alaude ! s'excusa-t-elle sur-le-champ en s'inclinant devant le policier. Je ne savais pas que vous étiez présent ! Je vous en prie, ne m'enlevez pas le lit !

Le blond haussa ses sourcils de surprise et observa l'espagnole qui le suppliait à genoux sur la moquette écarlate des Vongola de ne pas la laisser dormir par terre.

Mais à quoi pensait donc la jeune ?

- Mademoiselle Del Prado, que voulez-vous dire ? demanda Alaude avec le pressentiment d'une sacrée migraine à venir.

- Ne me faites pas dormir sur une paillasse, éclata en sanglots Maria tout en enlaçant les jambes du policier. Maintenant que j'ai dormi dans ce lit divin, je ne veux plus dormir sur une paillasse !

Le blond soupira bruyamment et força la jeune à cesser de le supplier et de l'enlacer pour une raison aussi futile.

- Mademoiselle Del Prado, fit-il en secouant sa tête avec agacement. Je pensais avoir été clair en vous invitant. Dois-je l'expliquer avec des termes plus simples pour que vous compreniez ?

La jeune espagnole cilla et garda le silence, ne comprenant pas ce que voulait dire son supérieur. Ni ce qu'avait à voir son futur mariage avec sa haine des paillasses.

- Vous. Moi, articula soigneusement le français. Mariage. Compris ?

Maria acquiesça silencieusement même si elle n'avait toujours rien compris et se redressa lentement tout en lissant les plis de ses vêtements, remarquant au passage qu'elle ne portait que sa robe battante (qui se trouvait habituellement sous ses habits) et que ses cheveux avaient été lâchés.

- Quién ha... (Qui a...), marmonna-t-elle en fronçant ses sourcils et en tirant doucement sur un pan de ses vêtements.

- Je sais que vous avez horreur que l'on vous touche, répondit simplement Alaude tout en haussant ses épaules.

Maria ouvrit sa bouche d'horreur et saisit un oreiller pour le jeter au visage du français qui ne s'était pas attendu à une attaque surprise de la part de sa fiancée (un jour, il arriverait à penser ça sans être saisi de frissons...).

- ¡Cómo te atreves ! hurla-t-elle en prenant un autre oreiller et en visant soigneusement le visage du blond. ¡Devuélveme mi virtud ! ¡Pervertido! ¡Infiel! ¡¿Has pensado en tu futura esposa?! (Comment oses-tu ! Rends-moi ma vertu ! Pervers ! Infidèle! As-tu pensé à ta future épouse ?!)

Alaude leva ses mains pour saisir au vol l'oreiller meurtrier et eut la surprise d'en recevoir un autre dans le ventre, courtoisie de sa charmante fiancée. Mais combien d'oreillers y avait-il dans ce lit ?! Et quel était ce charabia qu'elle s'entêtait à lui crier dessus ?

Le policier finit par céder à ses pulsions violentes et sortit ses menottes pour ensuite lacérer un nouvel oreiller qui avait fusé vers son visage (sa fiancée savait viser, c'était indéniable...) et essayer de prendre le poignet de la jeune femme. Cependant, celle-ci poussa un cri strident lorsque sa main effleura la sienne et se mit à hurler au viol.

- Che cosa sta succedendo ?! (Que se passe-t-il?!), rugit un homme en ouvrant violemment la porte de la chambre et en entrant sans même regarder la scène qui se déroulait près du lit. Alaudi ! La tua fiandata è stata rapita ! (Alaude !On est en train d'enlever ta fiancée!)

L'inconnu se figea, sa main posée sur la crosse de son revolver et il aperçut enfin le français, les menottes aux mains dans une posture défensive, ainsi que la jeune femme qui était debout avec une expression enragée.

- Ah ? bredouilla le nouveau-venu en lâchant son arme et en reculant doucement lorsque Maria l'aperçut et lui jeta un regard meurtrier. Porta sbagliata... (Porte erronée...)

- ¡TU! rugit la jeune espagnole en s'armant de coussins qui traînaient au pied du lit (Alaude maudit la manie des servantes italiennes de mettre des traversins partout). ¡Pervertido !

L'illustre inconnu poussa un glapissement et se jeta à terre pendant que le coussin frôlait sa chevelure verte bouclée.

- Pièta ! Pièta ! implora-t-il en voyant la jeune femme s'approcher lentement.

- Senza piète per te (Pas de pitié pour toi), susurra doucereusement celle-ci en élevant sa main armée d'un traversin.

Oublié par la jeune espagnole, Alaude s'appuya contre un mur et observa discrètement celle-ci frapper sans pitié (comme elle l'avait promis) un des gardiens du Vongola Primo pourtant réputés par leur puissance et ne put s'empêcher de se congratuler pour l'avoir choisie comme fiancée.

Deux heures après (et une intervention urgente de Giotto en plus), Maria se calma enfin, enfila sa robe grise et le français put lui expliquer qu'il l'avait changée parce qu'il savait qu'elle détestait qu'on la touche. Et qu'il l'avait fait sans la toucher également (les menottes étaient des ustensiles décidément fort utiles).

- Je suis désolée, s'excusa sincèrement la jeune femme en s'inclinant devant le corps tremblotant d'un jeune homme aux cheveux verts qui s'était réfugié derrière Giotto. Je ne sais pas ce qui m'a pris...

L'un des hommes, un rouquin, qui étaient apparus avec le blond ricana discrètement et se gratta ensuite le tatouage qui se trouvait sur sa joue droite.

- Quant à moi, souffla-t-il à l'oreille d'un individu qui avait également des cheveux roux (bien que dans une teinte plus rouge que les siens). Je vois enfin pourquoi Alaudi l'a choisie...

Son interlocuteur éclata de rire et dut sortir de la pièce car il avait attiré l'attention de Giotto qui lui avait lancé un regard ennuyé. Ainsi que d'Alaude qui semblait prêt à écharper toutes les personnes présentes dans sa chambre.

- Basta ! (Assez!), les coupa Giotto en remarquant que le policier avait sorti ses menottes. Alaude, Knuckle est dans le salon japonais avec Asari, pourquoi n'irais-tu pas lui parler du mariage ?

Comprenant le message implicite, le français acquiesça raidement et sortit de la chambre après avoir jeté un dernier regard meurtrier au rouquin pendant que le second homme aux cheveux rouges rentrait une nouvelle fois.

Une fois que le policier eut quitté la pièce, un soupir franchit les lèvres closes de la seule femme présente et celle-ci s'excusa une nouvelle fois auprès du jeune aux cheveux verts.

- Vous êtes aussi effrayante qu'Alaudi et ce n'est pas peu dire, marmonna ce dernier en secouant sa tête face à l'avalanche d'excuses qu'il recevait. Je me nomme Lampo.

- Maria del Sancramento de la Santissima Virgen Azalea Aurora Vicente del Prado, répondit poliment Maria.

- Oh ? s'étonna le dénommé Lampo en écarquilla ses yeux également verts. Une vieille famille noble ?

Les autres hommes présents (Giotto et la paire de rouquins) haussèrent leurs sourcils de surprise et la jeune femme rougit faiblement sur leur regard attentifs.

- Seuls les nobles ont des noms aussi longs, assura le plus jeune en hochant doctement sa tête.

- Je ne suis plus noble, le contredit aussitôt Maria en se grattant nerveusement le coude. A perdu tout son argent... J'ai donc été envoyée à Paris pour trouver un époux fortuné mais mes parents avaient mal lu le contrat et je me suis retrouvée jeune fille au pair des Dupré...

- Avancez la monnaie ! s'exclama Giotto en tendant sa main vers la paire de rouquins.

- Tu avais dit qu'elle serait une princesse espagnole ! protesta celui au tatouage tout en sortant une bourse remplie d'argent pour ensuite la jeter dans la main tendue du blond.

- Que je sache, remarqua celui qui portait un chapeau en toile brune sur ses cheveux rouges sang avec un large sourire satisfait. C'est moi qui ai parié qu'elle serait une noble sans-le-sou !

Giotto grogna et fouilla dans la poche de son veston afin de sortir sa bourse et la jeter (ainsi que celle du tatoué) dans les mains tendues de l'individu pendant que Lampo grimaçait et en faisait de même.

- Tu ne pouvais pas être une tueuse en série ? grommela-t-il en fusillant de ses yeux verts la mine ébahie de la jeune espagnole qui avait assisté au tractations sans un mot.

- ¿Qué? (Quoi?), demanda celle-ci en penchant sa tête sur le côté. No lo entiendo... (Je ne comprends pas...)

Lampo soupira et passa une main dans sa chevelure verte pour remettre de l'ordre dans ses boucles.

- Ce n'est rien, assura-t-il. Je vous souhaite bonne chance dans votre vie avec Alaudi...

- Ah ? Heu... merci, répondit-elle en faisant un large sourire. J'en aurais besoin ! Monsieur Alaude est parfois capricieux lorsqu'il faut le sortir du lit... Il cherche toujours des prétextes pour y rester... Heureusement, son épouse sera là pour s'en occuper !

Curieusement, les hommes présents rougirent et Giotto cacha un sourire entendu derrière sa main pendant que son ami au tatouage s'exclamait qu'il avait toujours pensé que le parisien était vierge.

- Bien, déclara le seul blond présent en joignant bruyamment ses mains. Que dirais-tu d'aller faire des courses pour le mariage à venir, Maria ?

- Je veux bien, sourit gaiement la jeune femme en bondissant aux côtés du Vongola pendant que Lampo reculait instinctivement lorsqu'elle s'approcha de lui. Mais Monsieur Alaude a dit que c'était vous qui payiez... Êtes-vous d'accord avec cela ?

- Oh, s'esclaffa ce dernier en haussant ses épaules. J'en étais au courant le jour où je l'ai invité à se marier ici. Avant que je ne l'oublie, voici G et Cozart, de très bons amis.

La jeune espagnole s'inclina respectueusement devant le duo de rouquins et essaya tant bien que mal de retenir les noms des amis de l'homme qui lui avait (en quelque sorte) sauvé la vie.

- Enchantée de faire votre connaissance, déclara-t-elle poliment.

- Moi de même, sourit avec un air charmeur le dénommé Cozart en enlevant son chapeau et en lui faisant un baisemain. Je mourrais d'envie de faire votre connaissance, signorina Maria.

- Ah bon ? s'étonna cella-ci en écarquillant ses yeux. Perché ? (Pourquoi?)

- Senza l'accento, come Giotto ha detto (Sans accent, comme Giotto l'a dit), approuva le rouquin en replaçant son couvre-chef. Lei parla un bellissimo italiano... (Vous parlez un très bel italien...)

- E complimenti anche (Et vous complimentez bien), rétorqua Maria avec un fin sourire.

- Avec de l'humour en plus ! s'exclama Cozart en serrant avec amusement la main de la jeune femme. Alaudi a trouvé la perle rare !

L'homme nommé G (un nom fort court ne put s'empêcher de remarquer l'espagnole) grogna un assentiment avec un sourire en coin et ouvrit ensuite la porte pendant que Lampo se carapatait discrètement par celle-ci.

- Allons-y ! déclara Maria en sortant à son tour de la chambre avec un large sourire. Je doute que les boutiques restent ouvertes pour nous !

- Ça, c'est ce que vous pensez, murmura G en faisant un clin d'œil aux deux autres hommes.

Peu de temps après, les trois mafieux réalisèrent dans quelle mouise s'était plongé leur ami en demandant la main de l'espagnole.

- Une minute, s'exclama Giotto en levant une main alors qu'il se massait les tempes avec l'autre. Répète ce que tu viens de dire, Maria ?

- Je disais que je me demandais qui était la fiancée de Monsieur Alaude, fit cette dernière en haussant ses épaules alors qu'ils marchaient vers le tailleur du village le plus proche.

Subitement, G explosa de rire et ils durent tous s'arrêter car le roux était tombé à genoux sur la rue pavée tout en se tenant les côtes.

- Lo... sapevo ! (Je... le savais!), dit-il entre deux éclats. Par ici la monnaie !

Giotto grimaça et sortit une nouvelle bourse de son veston (combien en avait-il ? Et pourquoi pariait-il autant?!) pendant que Cozart en faisait de même.

- Tche, fit ce dernier en secouant sa tête avec dépit. J'aurais du le savoir... Giotto n'a raison que deux fois sur trois...

Le blond fit une moue contrariée et prit la jeune femme par le bras tout en ignorant les propos des deux roux.

- Continuons, signorina Maria, la pressa-t-il. Ne faites pas attention à ces idiots...

Ils entrèrent alors dans la boutique et une femme âgée d'une quarantaine d'années s'empressa de les accueillir avec un sourire qui s'élargit lorsqu'elle aperçut le blond.

- Signor di Vongola ! pépia-t-elle en lui préparant une chaise. Che ci fai qui ? (Que faites-vous ici?)

- Un abito da sposa per la signorina qui (Une robe de mariée pour la demoiselle ici présente), répondit gaiement l'homme en désignant Maria qui rougit lorsqu'elle l'entendit.

- Monsieur Giotto ! protesta-t-elle immédiatement. Je ne suis pas celle qui se marie ! Il me faut juste une robe pour assister au mariage, c'est tout !

- Une robe de mariée suffira, croyez-moi, assura le blond en acquiesçant avec approbation.

- Je doute que Monsieur Alaude apprécie cela, remarqua Maria en grimaçant.

- Croyez-moi, répéta Giotto en souriant avec un air entendu. Il appréciera le détail...

- J'en doute, marmonna l'espagnole.

- Signorina Maria, déclara alors l'homme en élevant la voix alors que la porte de la tailleuse s'ouvrait à nouveau pour révéler les visages amusés de G et Cozart. Recevoir une robe de mariée tous frais payés n'arrive qu'une fois dans sa vie. Allez-vous refuser cette proposition ?

- ...

- Si ? fit Giotto en arquant un sourcil.

- Va bene (D'accord), murmura à contrecœur la jeune femme.

La tailleuse se contenta de soupirer (probablement émue parce que le Don des Vongola allait bientôt se marier) et sortit son attirail pendant que les trois hommes s'asseyaient pour converser durant les mesures de la jeune espagnole.

- À votre avis, demanda à mi-voix Cozart tout en essayant de ne pas sourire comme un gamin. Quand va-t-elle s'en rendre compte ?

- Lors de la nuit de noces, proposa G en se roulant une cigarette soigneusement.

- Hmm, médita le premier en se frottant pensivement le menton. Non, elle m'a l'air particulièrement dégourdie... Je dirais plutôt dès notre retour. Et toi, Giotto ?

Le blond tapota distraitement les accoudoirs de sa chaise et finit par faire un large sourire.

- Lorsqu'on la forcera à enfiler la robe pour la cérémonie, répondit-il gaiement.

- Cent lires ? fit Cozart en cessant de lutter contre son sourire enfantin.

- Va pour cent lires, accordèrent les deux Vongola.

Maria tressaillit et ignora l'épingle qui venait de la piquer, certaine que la conversation inaudible des italiens la concernait. Sans oublier le fait que le sourire de Giotto était perturbant, elle était certaine qu'il n'aurait pas dépareillé sur le visage d'un manipulateur qui serait arrivé à ses fins...

Une fois qu'ils eurent fini de prendre les mesures et décidé d'un modèle pour la robe, ils revinrent au manoir des Vongola et se rendirent dans la gigantesque salle à manger où les attendait Alaude en compagnie de deux hommes que Maria n'avait jamais vus.

L'un d'eux était vêtu d'une soutane et avait de courts cheveux noirs coupés ainsi que de chaleureux yeux bruns clairs pendant que l'autre portait de curieux vêtements que la jeune espagnole n'avait jamais vus de toute sa vie et avait un visage aimable aux yeux fendus.

- Bonsoir, salua ce dernier avec un français au lourd accent étranger. Je suis Asari Ugetsu. Vous devez être Del Prado-san, la partenaire d'Alaudi-san ?

Maria acquiesça faiblement, s'assit sur la première place libre qu'elle trouva (qui se trouvait comme par hasard à côté du policier) et se tourna ensuite discrètement vers la personne la plus proche.

- Pourquoi dit-il tout le temps « san » ? Et pourquoi tout le monde dit Alaudi à la place d'Alaude ?

Son interlocuteur ayant été le parfait inconnu à la soutane noire, ce dernier haussa ses sourcils et lui fit ensuite un large sourire.

- Je suis Knuckle, déclara-t-il gentiment tout en lui serrant la main. Asari parle ainsi parce que ce sont les marques de politesse dans sa langue maternelle et tout le monde dit Alaudi parce que c'est plus facile à prononcer dans leur langue.

- Je vois, murmura Maria en examinant le visage aux yeux bridés du sujet de leur conversation. D'où vient-il ?

- Pourquoi ne lui demandez-vous pas ? répondit le prêtre avec un sourire encourageant.

Alaude, qui s'était contenté jusqu'alors de boire son verre de vin en attendant que les serviteurs apportent les plats, renifla et déposa le récipient sur la table tout en regardant avec un fin sourire sa fiancée (il arrivait enfin à penser au mot sans frissonner). Il était certain que le repas serait désormais animé. Surtout si on prenait en compte le fait que Lampo n'osait même pas regarder dans leur direction...

- Excusez-moi, fit la jeune femme en levant timidement sa main. Mais je me demandais...

- Oui ? fit Asari en penchant sa tête vers son interlocutrice pour mieux l'entendre vu qu'il était éloigné d'elle d'environ trois places.

- D'où venez-vous Monsieur Asari Ugetsu-san ?

L'homme sourit avec amusement pendant que Maria fronçait ses sourcils, ne comprenant pas la raison de celui-ci.

- Vous pouvez m'appeler simplement Asari, lui répondit-il. Et je viens du Japon, un pays fort éloigné...

La jeune espagnole renifla fortement et croisa ses bras.

- Je sais, déclara-t-elle en roulant des yeux. Je ne suis pas stupide. Je sais aussi que c'est le pays des samouraï et du saké... Usted no tenia que hablarme comme a una niña... (Vous n'aviez pas besoin de me parler comme à une enfant...)

- Giusto (Juste), approuva Giotto en se dépêchant d'intervenir car il avait senti les eaux marécageuses dans lesquelles s'aventurait la conversation. Comment avancent les préparatifs, Alaude ?

Le français fit une moue ennuyée et répondit calmement à la question posée tout en continuant à observer du coin de l'œil l'espagnole qui boudait. Comprenant ce qui lui arrivait, il versa, toujours en parlant avec Giotto, du vin dans le verre de la jeune femme et poussa la corbeille avec les petits pains vers celle-ci tout en adressant la parole à Knuckle pour l'ajouter dans la conversation.

Maria acquiesça pour montrer sa gratitude et saisit un petit pain pour ensuite l'engloutir voracement (elle n'avait pas mangé depuis le matin et cela se sentait dans son attitude grincheuse).

- Le mariage se déroulera donc lorsque la robe sera achevée, conclut Giotto en hochant sa tête et en jetant un coup d'œil attendu à un certain duo.

Ceux-ci plissèrent leurs paupières et Cozart déposa ostensiblement une bourse remplie d'argent sur la table.

- Qu'attendons-nous pour manger ? demanda alors Knuckle en regardant avec un air désobligeant l'argent. J'ai extrêmement faim et Daemon et Elena sont encore à Venise !

Les portes s'ouvrirent alors pour dévoiler un défilé de serviteurs qui s'empressèrent de déposer les mets qu'ils transportaient sur la table sous les yeux étincelants d'une espagnole. Alaude se contenta de prendre l'assiette de sa fiancée et lui servit une portion conséquente de pâtes sans lui adresser un regard. Habituée au traitement silencieux du policier, Maria le remercia à mi-voix et attendit poliment que les autres soient servis à leur tour pour ensuite se jeter voracement sur son plat et le vider en un temps record.

- Sinon, Alaude, badina gaiement Giotto une fois que tous furent passés au dessert. Es-tu toujours d'accord pour partager ton lit avec signorina Maria ?

La concernée s'étouffa avec un morceau de tarte au chocolat et le français soupira. Il aurait du savoir que son ami/allié italien lui créerait des ennuis.

Les jours passèrent et le jour du mariage d'Alaude arriva. Assise sur un fauteuil dans un des nombreux salons du manoir italien, Maria fronça ses sourcils et regarda avec agacement la robe blanche qui était étalée sous ses yeux.

Elle avait de plus en plus l'impression que le mariage de son supérieur la concernait bien plus qu'elle ne voulait l'admettre. Et ce, pour trois raisons.

La première était qu'elle n'avait jamais croisé la fiancée du français alors que ce dernier lui avait assuré plusieurs fois qu'elle était bel et bien présente dans le manoir et qu'elle venait l'agacer avec des questions inutiles à tout moment (réponse qui étonna Maria parce qu'elle était la seule femme qui osait lui adresser la parole dans le manoir des Vongola).

La deuxième était la robe de mariée qui se trouvait sous ses yeux. Après tout, on ne demandait pas à une simple femme de ménage de porter une robe pareille au mariage de son supérieur, n'est-ce pas ?

Et la troisième était la jeune femme blonde qui buvait calmement une tasse de thé devant l'espagnole.

- P-plaît-il ? grinça Maria en serrant ses doigts autour de sa propre tasse.

- Voyons, Maria, sourit gentiment l'autre en déposant délicatement le récipient sur la table basse. Je pensais pourtant qu'Alaude avait été clair dans ses propos... Aujourd'hui est le jour de votre mariage. Vous allez l'épouser.

L'espagnole ouvrit la bouche pour protester mais se rendit compte qu'elle n'arrivait pas à parler. Une main se posa alors sur son épaule et elle tourna faiblement sa tête pour apercevoir le visage souriant du fiancé de son interlocutrice.

- Mademoiselle Vicente del Prado, susurra ce dernier en un français sans accent. Respirez calmement...

La jeune femme obéit sans protester et constata que la blonde s'était également mise à sourire lorsqu'elle avait aperçu son fiancé. L'espagnole n'avait donc jamais souri de cette façon en voyant Alaude alors pourquoi devait-elle se marier avec celui-ci ? Elle ne comprenait tout simplement pas pourquoi le français lui avait demandé sa main. Et ne savait pas quand il l'avait fait pour être honnête...

- M-mais, parvint-elle à balbutier tout en se tirant les cheveux. Depuis quand suis-je sa fiancée ?

- Depuis deux semaines, assura l'homme en hochant sa tête avec un air contrarié. Car j'ai demandé la main d'Elena sitôt que j'ai appris ses fiançailles hâtives...

- Daemon, le rabroua la blonde en fronçant doucement ses sourcils. Combien de fois dois-je te dire que ta raison était stupide ?

- Mais Elena ! protesta son fiancé à la curieuse chevelure (Maria aurait juré qu'elle ressemblait aux pastèques que sa famille avait cultivés dans le temps). Tu dois admettre que voir Alaude se fiancer est un signe annonciateur du Jugement Dernier... Il est donc normal que j'aie pris mes précautions et aie demandé ta main !

La jeune femme rougit et porta une main à son foulard écarlate tout en évitant timidement de regarder le visage honnête de Daemon.

- Quoiqu'il en soit, s'exclama-t-elle une fois qu'elle se fut calmée. Nous ne sommes pas ici pour parler des raisons suspectes de nos fiançailles ! Nous sommes ici pour aider Maria à faire de cette journée la meilleure de toute sa vie !

L'espagnole, qui avait profité de la distraction des deux italiens pour essayer de se carapater en douce, maudit le sort et se figea net, sa main encore posée sur la clenche de la porte alors que deux paires d'yeux la regardaient avec un air sombre.

- Maria, appela Elena avec une voix douce qui contrastait avec son expression effrayante. Où vas-tu ?

- ... Aux toilettes ? proposa la brune en se maudissant de ne pas savoir mentir lorsqu'elle vit le seul homme présent saisir son sceptre avec un sourire en coin. D'accord ! Je n'allais pas aux toilettes, j'allais prévenir monsieur Giotto pour qu'on annule cette mascarade !

- Mascarade ? répéta la blonde en fronçant ses sourcils.

- Par ici l'argent, Lampo, murmura Daemon en serrant son poing de victoire.

Il poussa ensuite un grognement étouffé en sentant le coude de sa délicate fiancée s'enfoncer dans son estomac et tomba à genoux sur le sol pendant qu'Elena continuait à scruter avec un gentil sourire son interlocutrice.

- Pourquoi penses-tu que ce mariage soit une mascarade, Maria ? demanda-t-elle en penchant sa tête légèrement sur le côté.

- Monsieur Alaude ne m'a jamais demandé ma main, expliqua celle-ci en haussant ses épaules. Et il ne m'a jamais fait d'avances... Ni fait quoique ce soit qui me laisse croire qu'il ait des sentiments à mon égard...

Cependant, la blonde ne se laissa pas démonter.

- Voyons, fit-elle avec une voix rassurante pendant que son fiancé essayait tant bien que mal de se remettre sur pieds. Nous parlons bien d'Alaude, n'est-ce pas ? Penses-tu vraiment qu'il soit ce genre d'homme ?

Maria voulut protester mais se ravisa aussitôt car elle savait parfaitement que l'italienne avait raison. Le policier français n'avait jamais été de ceux flirtaient ou parlaient avec les femmes. Même avec elle, les rares mots qu'il lui avait adressés concernaient son travail et de vagues mises en garde lorsqu'un danger hantait les rues parisiennes. Ah, et la fois où il lui avait expliqué succinctement qu'elle irait avec lui à son mariage.

Une seconde ! Était-ce la demande en mariage ?!

La jeune espagnole écarquilla ses yeux et se prit la tête tout en poussant un gémissement.

- Daemon, amore, déclara Elena avec amusement. Je pense que Maria a besoin d'un rafraîchissement...

L'homme acquiesça et sortit du salon après avoir adressé un dernier sourire à sa fiancée pendant que la brune continuait à paniquer.

- Bon, souffla ensuite la blonde en couvant des yeux la forme prostrée de la promise du policier français. Puisqu'il semblerait que tu ne sois pas au courant de vos fiançailles, qu'en penses-tu ? Aimes-tu Alaude ?

- L'aimer ? s'étrangla Maria en redressant vivement sa tête. Mais pourquoi aimerais-je un imbécile qui m'a fait perdre mon boulot, m'a forcée à dormir dans une cellule pendant deux ans et ignore tout des conversations civilisées !

- Oh ? fit Elena en arquant un sourcil intrigué alors qu'elle sirotait son thé. Tu sembles avoir beaucoup de choses à dire sur lui...

- ¡Claro que tengo cosas que decir! (Bien sûr que j'ai des choses à dire!), hurla l'espagnole en se levant brusquement. Ce... ce crétin ne m'a jamais traitée comme une femme mais voilà que du jour au lendemain, je vais l'épouser !

- Oh, répéta la blonde tout en faisant un fin sourire entendu.

- Y después (Et ensuite), continua Maria en fusillant des yeux la robe innocente qui était toujours déposée sur le canapé. Il me fait une déclaration romantique dans le train alors qu'il sait parfaitement que je ne comprenais pas ce qu'il disait ! Ese atontado de policía... (Ce crétin de policier...) Sans oublier lorsque nous avons du partager le lit parce qu'aucun des deux ne voulait dormir sur le canapé ! Et après, il ose me dire qu'il ne me fera rien parce qu'il est fiancé ! Sera cabrón... (Quel enfoiré...)

- Je vois que Maria est de plus en plus échauffée à l'idée du mariage, commenta Daemon en entrant à nouveau dans le salon avec une bouteille à la main pour ensuite s'adresser à sa fiancée. Les autres sont en train d'attendre dans la chapelle.

- Dans ce cas, nous n'avons plus de temps à perdre ! pépia la blonde en déposant vivement sa tasse sur la table. Maria, que ressens-tu envers Alaude ?

- J'ai envie de l'égorger, répondit sincèrement l'espagnole tout en faisant craquer ses phalanges avec un air sombre.

- Je pense que c'est le bon moment pour boire un petit verre ! s'exclama l'homme en versant rapidement le contenu de sa bouteille dans le verre de la brune.

Elena ouvrit sa bouche lorsqu'elle reconnut la boisson mais la referma en croisant le regard amusé de son fiancé.

- Un petit verre ne peut faire du mal à personne, la rassura-t-il tout en poussant le récipient vers Maria qui le regarda avec méfiance. D'ailleurs, je suis même sûr qu'il sera le bienvenu !

La jeune femme qui avait été fiancée au français sans même le savoir fronça ses sourcils et haussa ses épaules pour ensuite avaler cul sec le contenu de son verre sans même se soucier de connaître la boisson. Sentant une chaleur se propager dans son ventre, elle se lécha lentement les lèvres et se mit à sourire sans raison.

- Encore, fit-elle en se tournant vers Daemon.

Ce dernier obtempéra avec un large sourire et Elena leva les yeux au ciel. Pendant ce temps, l'espagnole continua à boire verre après verre jusqu'à finir la bouteille et finit par se lever en titubant légèrement.

- F-f-finalement, hoqueta-t-elle en passant une main sur ses joues rougies. Ce ne serait pas si mal de se marier avec mo-monsieur Alaude... Je pourrais légalement le tuer...

- Je vais devenir riche si ça continue comme ça, murmura Daemon en secouant sa tête pour essayer de contenir son rire de contentement. Giotto va être vraiment contrarié lorsqu'il devra avouer qu'il avait tort...

- Daemon ! le rabroua aussitôt sa promise. Je pense que tu en as assez fait ici, va rejoindre les autres à la chapelle...

L'homme acquiesça à contrecœur, ne voulant pas rater une seconde du spectacle qu'était l'espagnole ivre et quitta la pièce après un ultime ricanement victorieux pendant que sa fiancée soupirait en regardant la brune qui tanguait au milieu du salon en chantant à tue-tête qu'elle deviendrait une princesse.

- C'est la dernière fois que je laisse Daemon s'en occuper, marmonna la blonde en forçant l'autre jeune femme à s'asseoir sur un fauteuil. Maria !

- Ouiiiiii~, chantonna l'espagnole avec une voix pâteuse.

- Savais-tu qu'Alaude était riche et possédait des terres un peu partout dans le monde ? tenta Elena en utilisant sa dernière carte pour éviter le meurtre du français.

- Oh ? couina la brune en élargissant ses yeux. Rico ? (Riche?)

- C'est ça, opina l'italienne en priant les cieux pour que cela arrête les pulsions meurtrières de son interlocutrice.

- Mais ça change tout ! gloussa Maria en enlaçant la jeune femme avec effusion. S'il est riche, ça change tout !

- Ah bon ? s'étonna Elena tout en se félicitant d'avoir trouvé une bonne parade.

- S'il est riche, chuchota l'espagnole avec un air conspirateur. Mes parents ne me déshériterons pas parce que j'ai suivi leurs ordres... Je serais mariée avec un français riche, poli et romantique !

- Heu, hésita l'autre en essayant d'enlever les bras de la brune parce que celle-ci l'étouffait. Je ne pense pas que le dernier terme s'applique à Alaude...

- C'est pas vrai ! protesta aussitôt Maria en se levant et en manquant de tomber dans les secondes qui suivirent. Mon Alouette n'est pas comme ça !

- Alouette ? s'étrangla son interlocutrice en maudissant son fiancé pour avoir soûlé la future mariée.

- ¿No lo ves? (Tu ne le vois pas?), répondit celle-ci en penchant sa tête sur le côté et en tombant immédiatement. Alaude... Alouette. C'est la même chose ! ¡Mi alondra! (Mon alouette!) Où est-il ?! Je l'aime, je dois le voir !

- Dieu qui êtes au ciel, murmura Elena en passant sa main dans sa chevelure blonde. Faites-en sorte que cette cérémonie se déroule bien...

Knuckle déglutit bruyamment et observa les deux personnes qui se trouvaient devant lui pour s'unir dans les liens sacrés du mariage. D'un côté, il y avait Alaude, l'homme qu'il avait toujours cru être un loup solitaire et impassible jusqu'à son lit de mort, vêtu d'un costume coûteux typiquement français et arborant son habituelle expression agacée.
Et d'un autre côté, il y avait la future mariée, Maria del Sacramento de la Santissima Virgen Azalea Aurora Vicente del Prado, portant fièrement sa robe immaculée et aux joues rosies par le plaisir d'être sur le point de s'unir avec son fiancé.

Enfin, ça, c'est ce qu'il aurait aimé affirmer. Car Maria ne semblait pas particulièrement intéressée par la cérémonie vu qu'elle paraissait plus occupée à essayer de rester debout sans tituber qu'à écouter les paroles du prêtre.

- Maria del Sacramento de la Santissima Virgen Azalea Aurora, déclara solennellement Knuckle en posant ses yeux sur la jeune femme qui cacha un bâillement derrière son bouquet. Voulez-vous prendre comme époux Alaude jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

La jeune femme ricana et se redressa rapidement lorsqu'elle vit le regard sombre de son futur époux pour ensuite se pencher vers le prêtre et lui demander de s'approcher.

- Le fait est que, murmura-t-elle à l'oreille du brun sous les yeux ébahis des personnes présentes et la tête catastrophée d'Elena. Je suis certaine qu'Alaude va devenir un fantôme qui hantera son commissariat... Alors, pourriez-vous faire quelque chose pour que ce mariage existe également après la mort ?

- Eh bien, toussota le prêtre en se grattant nerveusement la nuque. Je suppose que je pourrais changer les phrases...

Maria lui décocha un sourire éblouissant et Knuckle s'empressa de reprendre la parole pour hâter la cérémonie vu que son ami n'avait jamais été patient.

- Maria del Sacramento de la Santissima Virgen Azalea Aurora Vicente del Prado, répéta-t-il sérieusement. Voulez-vous prendre comme époux Alaude jusqu'au jour du Jugement Dernier ?

- ¡Claro que si! (Bien sûr que oui!), s'exclama la concernée avec un large sourire.

Elle entreprit ensuite de passer l'anneau au doigt de son époux mais dut s'y reprendre plusieurs fois afin d'y arriver pendant qu'Alaude fronçait ses sourcils et tournait sa tête vers le groupe des Vongola. Il y aperçut Daemon qui leva avec un large sourire une bouteille vide d'absinthe.

« À la tienne ! » articula silencieusement l'italien alors que le français luttait contre son envie d'arrêter la cérémonie pour tuer l'idiot qui avait osé soûlé sa fiancée avec de l'absinthe.

Comme il avait été fort occupé à essayer de se contenir pour ne pas tuer un stupide illusionniste, le policier ne prêta guère attention aux paroles du prêtre et se contenta de pousser un simple grognement lorsqu'il entendit son nom avant de redescendre sur terre. Et de remarquer que sa fiancée/future épouse (curieusement, il arriverait à associer sans problèmes la jeune espagnole avec ce terme désormais...) le regardait avec de grands yeux larmoyants.

- Tu ne m'aimes pas ? demanda-t-elle avec un air pleurnicheur qui agaça prodigieusement le blond. Tu ne veux pas de moi, Alaude ?

- Oui, finit-il par siffler avec contrariété pendant qu'il voyait Daemon s'esclaffer sans aucune discrétion.

L'italien à la coiffure particulière se fit alors violemment réprimander par sa récente fiancée et le français se mit à sourire avec contentement.

- Oui quoi ? insista Maria en saisissant le devant de sa chemise. Tu ne m'aimes pas ?

Alaude soupira bruyamment et leva une main pour demander le silence. Sa future épouse se tut immédiatement et toutes les personnes présentes attendirent avec impatience que le blond prenne la parole pendant que Giotto souriait avec un air satisfait.

- Je ne le répéterai pas, prévint rudement le policier en saisissant la main de l'espagnole. Je t'aime alors épouse-moi.

Les yeux bruns de la jeune femme s'écarquillèrent de surprise alors que le blond lui passait un anneau au doigt et elle contempla avec un air éberlué sa main. Puis, elle saisit avec force le col de la chemise de son futur époux et l'embrassa férocement sous les regards surpris des invités.

Et, alors que la mariée semblait décidée à essayer d'étouffer son époux, le prêtre s'éclaircit timidement la gorge et prit la parole.

- Vous pouvez embrasser la mariée...

Un éclat de rire victorieux parcourut l'assemblée et Giotto se leva tout en bombant le torse.

- Par ici la monnaie ! exulta-t-il en tendant la main vers ses amis. Elle a réalisé qu'elle était la mariée lorsqu'on l'a forcée à enfiler la robe ! Elle est venue complètement soûle au mariage ! (D'ailleurs, Daemon, nous devons parler en privé de cette affaire...) Et ! Elle l'a embrassé en premier !

Des grognements accompagnèrent ses cris et un certain illusionniste baissa sa tête sous le regard menaçant d'un récemment marié français, de sa fiancée outrée par les paris et de son supérieur qui n'avait guère apprécié son intervention dans le mariage.

Entre temps, Maria finit par relâcher son époux et lui fit un large sourire.

- Tu aurais pu le dire plus tôt, cabrón (connard) ! déclara-t-elle avec une intonation joyeuse. Ça m'aurait évité de préparer un couteau sous l'oreiller de notre lit pour t'assassiner lorsque tu dormirais !


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