STEALING HARRY
Chapitre 6
Au matin, Harry jeta un coup d'œil dans la chambre de Remus et Sirius. Une fois ses yeux habitués à la pénombre, il vit que Sirius était recroquevillé en boule dans son lit, comme d'habitude. Remus était assit, un livre appuyé sur ses genoux. Des tas de photographies et de documents l'entouraient. Il leva les yeux, posa un doigt sur ses lèvres pour indiquer à Harry de rester silencieux, et l'invita à entrer.
- Bon matin, Harry, dit-il doucement d'une voix rauque.
Serrant sa grenouille, qui lui avait été retournée pendant la nuit, Harry s'avança. Lunard le souleva et l'installa sur ses genoux afin que le garçon puisse voir ce qu'il faisait.
Il collait des photos dans un album. Des photos magiques. Harry ne se lassait jamais de regarder les images en mouvement.
- C'est pour toi, dit Remus en lui montrant les piles de photos. J'avais tous ces clichés et j'ai pensé te les montrer. Sirius m'a aussi apporté une boîte.
- Qui sont-ils? demanda Harry.
- Eh bien, là c'est moi.
Remus indiqua sur une photo un jeune garçon qui tenait une pile de livres dans une bibliothèque.
- Et ici c'est Arthur et Molly Weasley quand ils avaient à peu près mon âge.
Harry aurait pu le deviner. Le couple était déjà entouré d'enfants roux vêtus de tricots assortis.
- Et ici…
Remus tourna la page.
- Ici, c'est Poudlard, là où ton papa, ta maman, Sirius et moi sommes allés à l'école. C'est là que tu iras aussi dans quelques années.
Harry observa le château avec admiration. Ses fanions ondulaient dans la brise et d'étranges silhouettes volaient plus loin. Remus tourna une autre page et Harry eut le souffle coupé. Il les reconnut immédiatement d'après l'unique photo qu'il possédait d'eux, bien qu'elle soit vieille et usée. Ils le saluaient, tenant dans leurs bras un bébé qui devait être lui, huit ans plus tôt.
- C'est James et Lily, ton papa et ta maman, précisa Remus. Tu as environ trois mois ici…
Il rigola lorsque le petit Harry sur la photo se mit à pleurer et que James tourna vers lui un regard inquiet. Son rire se transforma en une toux rauque et Harry remarqua la peau rosée sur ses mains, là où il avait aperçu des marques de morsures la veille au soir.
- Tu vas bien? demanda-t-il.
Remus hocha la tête et se racla la gorge avant de parler.
- Ça va aller, Harry. Regarde, ici il y a ton père, souligna-t-il.
Il lui montra ce qui sembla d'abord être une photo du ciel. Après une seconde, elle fut traversée par un jeune homme sur un balai. Il ressemblait à Harry et était vêtu d'un ensemble de robes rouge et or.
- Il était un excellent joueur de Quidditch.
- Fred et George m'ont un peu parlé de Quidditch, dit Harry. Ils disent que c'est génial. Madame Weasley refuse de nous laisser voler, Ron et moi, avant qu'on ait neuf ans.
- Elle a raison, annonça Remus.
- On peut aller voir un match de Quidditch? demanda Harry.
Remus examina les photos avant de répondre.
- Peut-être lorsque tu auras commencé l'école, dit-il enfin.
- Est-ce que les gens ne m'aiment pas? demanda Harry.
- Pourquoi dis-tu ça?
- Je ne peux jamais aller nulle part. Ron a le droit d'aller sur le Chemin de Traverse et voir des matches de Quidditch et tout ça, dit Harry.
Remus ébouriffa ses cheveux déjà emmêlés.
- Harry, il y a des tas de choses que je ne peux pas t'expliquer maintenant, répondit-il. Et puis… ce n'est pas à moi de t'en parler. Sirius pourra te le dire…
Harry tourna les pages de l'album que tenait Remus.
- C'est idiot.
- Je sais, n'est-ce pas?
- C'est qui là? demanda Harry en pointant une autre photo.
Remus se pencha par-dessus son épaule. Un garçon aux cheveux noirs leva les yeux d'un bout de parchemin, repoussa ses cheveux de son visage et sourit gentiment. Remus sourit à son tour.
- C'est Sirius, dit-il en chatouillant Harry sous ses côtes.
Le garçon rigola et sauta du lit. Il courut jusqu'à Sirius et sauta sur la pile de couvertures. Sirius grogna.
- Grenouille dit : « Réveille-toi! » hurla Harry.
Remus regarda Sirius subir son habituel rituel du matin, qui consistait à s'efforcer de ne pas étranger Harry.
En fait, c'était tout à fait charmant.
Ils prirent le petit déjeuner, après lequel Sirius cessa d'être grincheux. Pendant tout le repas, Sirius et Lunard avaient parlé tout bas dans leurs voix d'adultes. Lunard disait qu'il n'aurait pas de nouvelles cicatrices et Sirius disait sombrement qu'il s'était s'agit d'une mauvaise idée et Harry avait ajouté que Sirius avait dit que Lunard serait à nouveau malade. Lunard avait dit qu'il était malade depuis des années et qu'il n'en était pas encore mort. Ensuite, ils avaient gardé le silence pour le reste du repas. La discussion se termina ainsi et le reste de la semaine se déroula sans incidents. Harry était très excité par une visite de Ron et Ginny le samedi suivant.
Ceux-ci arrivèrent par Cheminette au moment où Lunard retournait l'écriteau « Ouvert » dans la vitrine de Sandust Books. Harry avait conclu une entente : Ron viendrait le visiter à la librairie, car il voulait voir comment les Moldus faisaient leurs courses, mais les adultes avaient insisté pour que Ginny les accompagne.
- Tu voudrais aller où? demanda Harry, assis sur les marches devant la librairie avec Ron, Ginny et Patmol.
Ginny caressait Patmol, faisant exprès de frotter sa fourrure du mauvais sens. Il la repoussa du bout de son museau, la faisant rigoler.
- Vous avez un magasin de farces et attrapes? demanda Ron.
Harry secoua la tête.
- Et un magasin de balais?
- Il y a un magasin de réparation d'aspirateurs, dit Harry en réfléchissant. Ou bien on pourrait aller à l'animalerie. Ginny, tu restes ici, dit-il. Patmol, tu viens?
Le grand chien noir se leva et guida Ginny à l'intérieur. Ils entendirent Lunard demander quelque chose et Ginny lui répondre. Puis Patmol ressortit et suivit Harry dans la rue.
Ron trouva amusant que tout le monde connaissait Harry et Patmol, et surtout que davantage de gens connaissaient le nom de Patmol que celui d'Harry. Il fut plutôt impressionné par le magasin d'électronique, principalement par les téléviseurs, mais resta passif devant l'animalerie, qui ne faisait pas le poids contre celle du Chemin de Traverse, disait-il. Il rigola devant le magasin de photographie, où aucune photo ne bougeait, et examina chaque automobile qui passa près d'eux.
- Ginny, on t'a rapporté une glace, dit Harry lorsqu'ils rentrèrent à Sandust Books.
- C'est gentil à vous, Harry, déclara Lunard.
Il lisait un journal derrière le comptoir. Harry sut, par les images sur la première page, qu'il s'agissait de la Gazette.
- Ton père a fait les manchettes, Ron. Tu lui diras félicitations de ma part pour avoir attrapé ce téléphone bavard. Qu'est-ce qu'il en fera, tu penses?
- Je ne sais pas, répondit Ron en léchant la glace de Ginny avant de la lui remettre. Il va probablement le démonter. Papa est toujours en train de démontrer des trucs Moldus.
- Oui, je me rappelle l'incident avec la radio transistor il y a quelques années, murmura Lunard.
- Les brûlures n'ont même pas laissé de marques, dit Ron avec fierté. Je ne sais pas comment ils font, les Moldus.
- On se débrouille assez bien, dit Harry.
Ron, Ginny, Lunard et Patmol le regardèrent. Il les observa curieusement en retour.
- Tu n'es pas un Moldu, Harry, lui dit Ron. Tu es un sorcier, comme nous.
- Je le suis vraiment? demanda Harry à Lunard.
- Je te l'ai déjà dit, Harry, répondit Lunard. Tu ne me crois toujours pas?
- Eh bien, on ne vit pas comme Monsieur et Madame Weasley. Elle cuisine avec la magie, dit Harry.
- Nous sommes quand même des sorciers, répondit Lunard.
- D'accord, dit simplement Harry, sans insister.
Lunard lui jeta un regard par-dessus son journal alors qu'Harry guidait Ron vers l'arrière-boutique.
- C'est fantastique tous ces objets Moldus, dit Ron en observant la bouilloire électrique avec laquelle Remus faisait le thé. Papa devrait venir faire un tour. Tu pourrais lui montrer les trucs équelectriques.
- Électriques, le corrigea Harry. J'aimerais bien voir ton High Street.
- Quoi, le Chemin de Traverse? Ce n'est pas terrible.
- Vraiment?
- Non, en fait, c'est ce qu'il y a de mieux, dit Ron en souriant alors qu'il terminait sa glace. Je ne sais pas pourquoi tu ne pourrais pas venir.
- Moi non plus.
- Non, je veux dire, il y a la Cheminette et tout. Nous pourrions sortir et rentrer directement. Personne ne s'en rendrait compte.
Harry se retourna pour observer la cheminée au fond de la pièce.
- Je n'ai pas le droit de sortir sans Patmol ou Lunard, dit-il.
- Je ne vois pas pourquoi. Patmol ne fait pas grand-chose à part aboyer contre les autres chiens, répondit Ron. Fred et George vont sur le Chemin de Traverse tout le temps.
- Ils sont plus grands.
Ron rigola.
- Je suis déjà aussi grand qu'eux.
Harry considéra cette possibilité. Il était vrai que personne ne s'en rendrait compte si Ron et lui sortaient pendant seulement quelques minutes. Il entendait Lunard aider un client, et Ginny était assise sur le porche arrière, partageant sa glace avec Patmol.
- Tu pourrais seulement venir voir Fleury et Bott et rentrer tout de suite après, dit Ron. Je sais exactement où c'est.
- Et je pourrais voir d'autres sorciers, songea Harry.
- Peut-être même une harpie!
- Et je pourrais acheter des Chocogrenouilles.
Ron attendit patiemment. Enfin, Harry se dirigea vers la cheminée et prit le pot contenant la poudre de Cheminette.
- Vas-y d'abord, dit-il en tendant le pot à Ron, qui jeta de la poudre dans l'âtre et y entra.
- Chemin de Traverse! dit-il, souriant à Harry alors qu'il disparaissait.
Harry jeta une pincée dans le feu, déposa le pot et entra dans la cheminée.
- Chemin de… Patmol! dit-il, prit de panique en voyant Patmol entrer.
Le monde tourna autour de lui et Harry se rappela de justesse de serrer ses coudes contre son corps, mais il sut que quelque chose s'étaient mal passé avant même d'atterrir dans la cheminée de pierre à l'autre bout. Il se trouva dans un magasin sombre et lugubre qui semblait vide.
Il se leva et regarda autour de lui, perplexe. Il ne pouvait pas être sur le Chemin de Traverse, sûrement pas.
Il y eut un bruit soudain et Harry se retourna. Quelqu'un poussait la porte, faisant tinter la clochette rouillée sur la poignée. Un vieil homme trapu apparut derrière le comptoir à la gauche d'Harry. Il se dandina jusqu'à l'avant de la boutique sans même un regard dans sa direction.
- Madame Malefoy, toujours un plaisir, toujours un plaisir, dit-il en s'inclinant, frottant ses mains ensemble.
La grande femme qui venait d'entrer possédait une longue tignasse de cheveux blond pâle et était vêtue de noir et de vert. Elle portait un sac de cuir dans une main et était suivie de…
À moitié caché par le comptoir, Harry examina la créature. C'était une petite chose verte avec d'énormes oreilles de chauve-souris et des yeux exorbités, chancelant sous le poids des énormes sacs et colis qu'elle transportait. Elle semblait porter une vieille taie d'oreiller. Harry n'avait jamais rien vu de tel auparavant.
Il était conscient que les deux adultes discutaient, mais il fut incapable de quitter la chose verte des yeux. Celle-ci regardait la femme blonde, Madame Malefoy, avec attention, sans ciller. Harry fut tiré de sa transe lorsqu'il entendit le tintement des pièces de monnaie qu'ils échangèrent. La femme remercia le commerçant, ramassa quelque chose dans son sac de cuir, se retourna avec grâce et se dirigea vers la sortie.
Un homme était debout sur le marchepied, la main tendue pour ouvrir la porte. Harry aperçut son visage blême et étroit, ses longs cheveux noirs et ses doigts pâles et minces.
- Narcissa, dit froidement l'homme sur le seuil.
- Severus, répondit-elle. Je ne m'attendais pas à te trouver ici. J'ignorais qu'on t'autorisait à fréquenter l'Allée des Embrumes.
L'homme se redressa.
- Je vais où il me plaît, dit-il sèchement.
- Tu enseignes toujours à Poudlard, Severus? demanda-t-elle avec un rictus. Et ils te paient suffisamment pour arriver à faire tes courses?
Harry regarda l'homme s'écarter avec un geste élégant en direction de la rue.
- Tu partais, je crois, dit-il.
Narcissa Malefoy passa devant lui et l'homme qu'elle avait appelé Severus la regarda partir. Après un instant, il entra dans la boutique crasseuse et la porte se referma derrière lui.
- Je n'ai pas besoin d'aide, dit-il sèchement au boutiquier.
Harry regarda ses mains se déplacer en toute confiance sur les pots qui ornaient les étagères. Il prit quelques gouttes de ceci et de cela, versant rapidement ce qu'il trouvait dans des flacons de verre qu'il ressortait de ses poches. Harry ne s'était pas rendu compte que l'homme se rapprochait de lui jusqu'à ce que…
Il étouffa une exclamation de surprise lorsque les pans de la cape de l'homme frôlèrent son bras. L'homme se retourna et leva un sourcil avec étonnement.
- Mais qu'avons-nous là? dit-il à voix basse.
- Je suis perdu, expliqua Harry.
- Oui, sans aucun doute, répondit l'homme. Tu t'es trop éloigné, c'est ça? Tu sais ce qu'on fait aux enfants qui désobéissent à leurs parents dans l'Allée des Embrumes?
Harry déglutit avec difficulté alors que l'homme se penchait vers lui.
- On les mange, dit doucement l'étranger. Ou bien on les transforme en souris, ou on leur jette des sorts jusqu'à ce qu'ils rapetissent tellement qu'ils finissent par…
Il étendit les bras d'un air expressif.
- …disparaître.
Harry aurait désespérément voulu que Lunard ou Patmol, ou même sa grenouille, soit à ses côtés.
- Alors, petite souris égarée, que va-t'on faire de toi? songea l'homme.
Il jeta quelques pièces de monnaie sur le comptoir et rangea les flacons dans sa poche. Puis, il prit Harry par le bras et l'entraîna hors de la boutique, marchant plus vite que les petites jambes d'Harry pouvaient le supporter.
- Qui sont tes parents? demanda-t-il alors qu'ils marchaient le long des rues sales et bondées.
- Ils sont morts, répondit Harry.
- Qui t'a emmené dans l'Allée des Embrumes?
- J'essayais de me rendre sur le Chemin de Traverse… pour rejoindre mon ami, dit Harry en s'efforçant de ne pas pleurer.
Irrité par la lenteur de ses pas, l'homme s'arrêta pour le soulever d'un air impatient.
- J'ignore pourquoi je me donne toute cette peine, murmura-t-il en transportant Harry dans une autre rue beaucoup plus agréable.
- Où sommes-nous? demanda Harry avec crainte.
L'homme lui lança un regard surpris.
- Sur le Chemin de Traverse, bien sûr. N'es-tu jamais venu ici? demanda-t-il.
- Non, dit Harry. Je n'ai pas le droit.
- Pas le droit? Alors qu'es-tu venu faire ici?
- J'ai désobéit, dit lamentablement Harry.
L'homme s'arrêta à l'extérieur d'un édifice qui ressemblait à un pub pour l'examiner de façon critique.
- Je me suis trompé sur ton compte, dit-il franchement. Qui s'occupe de toi?
- Lunard, la plupart du temps, dit Harry d'un air songeur. Et Sirius.
L'homme s'immobilisa et Harry se demanda ce qu'il avait fait de mal.
- Sirius Black? demanda-t-il. Quel est ton nom, mon garçon?
- H…Harry Potter, répondit nerveusement Harry.
Le regard de l'homme le transperça.
- Alors, c'est toi, dit-il doucement avec un léger rictus. J'aurais pourtant dû m'en douter.
Harry s'apprêtait à lui demander ce qu'il voulait dire par là, mais l'homme le transporta à l'intérieur.
- Je dois utiliser votre cheminée, dit-il au barman, qui ouvrit la bouche pour le questionner. Je n'ai pas envie de vous faire la conversation. J'ai besoin de votre cheminée, répéta-t-il.
- HARRY! hurla quelqu'un.
Harry aperçu Sirius se frayant un chemin dans la foule. Lorsque celui-ci l'atteint, il était à bout de souffle. Il se figea. Harry sentit la tension dans le corps de l'homme pâle.
- Rogue, dit Sirius d'une voix basse qui faillit effrayer Harry avec toute la haine qu'elle contenait. Rend-le moi.
- Avec plaisir, répliqua l'homme en déposant Harry sur le sol.
Harry courut vers Sirius, qui se baissa pour l'étreindre.
- Harry, j'ai cru t'avoir perdu pour toujours, dit Sirius en le serrant très fort.
Par-dessus son épaule, Harry vit Lunard arriver derrière eux.
- Ne me refais plus jamais ça.
- Je suis désolé, murmura Harry.
Mais Sirius ne l'écoutait pas. Il continuait de parler, rassuré qu'Harry soit sain et sauf, qu'il ne soit pas blessé, jurant que si quiconque avait posé la main sur lui, il les tuerait tous…
- Personne ne m'a fait du mal. Le grand homme m'a ramené, dit Harry au moment où Lunard les rejoignait, à bout de souffle.
- J'ai retrouvé Ron, dit-il. Je l'ai renvoyé au Terrier.
- Je vais le battre à mort, gronda Sirius. Lui et quiconque te touchera.
- Le grand homme m'a sauvé, répéta Harry en se retournant, mais le grand homme était partit.
Harry vit la porte du pub se refermer.
- Allez, partons d'ici, continua Lunard. Tout de suite.
Sirius hocha la tête et souleva Harry.
- Accroche-toi à moi, murmura-t-il.
Harry enserra son cou alors qu'ils entraient dans la cheminée. Il se retrouva à nouveau chez Sandust Books, puis Lunard apparut près d'eux avec un craquement sonore. Celui-ci se précipita vers la cheminée, appelant le nom de Molly. Sirius transporta Harry dans la boutique, le déposant dans un fauteuil.
- Tu vas bien, Harry? demanda-t-il.
Harry hocha la tête.
- Personne ne t'a fait du mal?
- Non, je te l'ai déjà dit, répéta Harry d'un air irrité. Le grand homme m'a trouvé dans la boutique et il m'a ramené jusqu'au pub.
- Le grand homme? Rogue?
- La dame l'a appelé Severus.
- La dame?
- Elle avait une chose verte! dit Harry. Avec de grandes oreilles et de grands yeux et qui portait une taie d'oreiller!
Sirius cligna des yeux.
- Tu es certain que ça va, Harry?
- Et puis la dame est partie et le grand homme m'a trouvé et m'a dit que si je ne le suivais pas, on me changerait en souris, continua précipitamment Harry. Et il m'a demandé qui j'étais et il s'est fâché et puis il m'a emmené à l'intérieur et c'est là que Lunard et toi m'avez trouvé, termina-t-il.
Sirius se frotta la nuque en réfléchissant.
- Severus t'a trouvé? Où ça?
Harry grimaça en tentant de se rappeler.
- Dans l'Allée des Brumes, dit-il.
- L'Allée des Embrumes?
- Peut-être.
- Severus Rogue t'a trouvé dans l'Allée des Embrumes? demanda Sirius.
- Je ne voulais pas y aller, dit Harry avant de fondre en larmes.
Sirius eut d'abord l'air perplexe, puis il le serra dans ses bras. Harry se sentit stupide de sangloter ainsi contre son épaule, mais Sirius le rassura que tout allait bien, qu'il n'était pas fâché contre lui, qu'Harry était fatigué et qu'il comprenait tout.
- Je voulais juste voir le Chemin de Traverse, murmura Harry après un moment alors que Sirius essuyait ses larmes avec son pouce. Ron a dit que c'était le meilleur endroit au monde et que je devais absolument y aller.
Lunard ressortit de l'arrière-boutique. Il avait l'air fatigué et son visage avait pris une étrange teinte grisâtre.
- J'ai parlé à Molly, dit-il en se laissant tomber dans un fauteuil. Elle dit que Ron et Ginny sont à la maison, qu'ils sont sains et saufs. Mais d'après ce que j'ai entendu, Ron n'est protégé que du monde extérieur, pas de la colère de sa mère.
- Ce n'est pas sa faute, protesta Harry.
Lunard appuya sa tête sur le fauteuil et ferma les yeux.
- Non, dit-il. C'est la mienne.
- C'est notre faute, le corrigea Sirius.
Remus secoua la tête.
- Non. C'était mon idée, Sirius, donc ma responsabilité. Tu étais occupé à garder un œil sur Ginny, dit-il. Je n'ai pas suffisamment d'énergie pour en discuter maintenant, alors si je pouvais seulement faire ma crise cardiaque en paix…
Sirius sourit. Harry se risqua également un sourire.
- Tu vas bien, Lunard? demanda Sirius.
- Ça va. Et toi, Harry?
- Je vais bien aussi, dit Harry. Je l'ai déjà dit à Sirius.
- Devine qui a ramené Harry jusqu'au Chaudron Baveur, dit Sirius en perdant son sourire. Ce foutu Severus Rogue.
Remus rouvrit les yeux.
- Severus? Comment?...
- Harry s'est retrouvé dans l'Allée des Embrumes. Il dit que Rogue l'a trouvé et l'a ramené.
- Il rôdait dans l'Allée des Embrumes, alors? Rappelle-moi d'être choqué, murmura Remus. Qu'est-ce qu'il t'a dit, Harry?
- Il m'a demandé qui j'étais et qui s'occupait de moi. Il a dit que les enfants dans l'Allée des Embrumes se font changer en souris.
- Fou furieux, annonça Sirius. Complètement dérangé, un vrai malade, celui-là.
- Il a retrouvé Harry, répliqua Remus. Et il nous l'a ramené.
- Il voulait sûrement le vendre au plus offrant, grommela Sirius.
