STEALING HARRY

Chapitre 7


Le jour suivant la mésaventure d'Harry sur le Chemin de Traverse était un dimanche. Remus fut à peine étonné de voir Severus Rogue arriver à la librairie peu après l'ouverture, vers midi. Il s'y était attendu, c'est pourquoi il avait demandé à Sirius et Harry d'aller faire l'épicerie. Une telle tâche était susceptible de les occuper pendant des heures, considérant la durée d'attention limitée de Sirius. Il n'était pas toujours familier avec les épiceries Moldues et ne cessait de faire de délicieuses découvertes telles que les Cheerios au miel et aux noix et les tartinades Marmite.

Il n'était pas surprenant que Severus Rogue vienne faire un tour. Celui-ci n'était pas du tout du genre sauveur anonyme. Au contraire, il était plutôt du genre à disparaître sur le moment, afin que tout remerciement soit impossible, bien que Remus lui avait envoyé un hibou la veille, puis à rappliquer pour leur reprocher (dans aucun ordre particulier) leur manque de compétences parentales, leur manque de facilité à retrouver Harry, tout en prônant son sauvetage héroïque sans prétention et en exagérant toutes les indignités qu'il avait subies pour le plus grand bien de l'enfant. Remus s'attendait à sa visite, surtout puisque l'un des deux hommes qui s'occupaient de l'enfant était Sirius Black.

Ce qu'il n'avait pas prévu, c'était la lettre cachetée que l'homme transportant de la part de Dumbledore.

- Severus, déclara Remus en levant les yeux de sa lecture au moment où l'homme entrait dans la boutique.

Au moins, il avait eu la décence d'utiliser la porte d'entrée et non la Cheminette, comme le faisaient certains sorciers moins astucieux que comptait la clientèle de Remus.

- Je me doutais que tu risquais de passer.

- Lupin, grommela l'autre homme.

- Harry et Sirius sont sortis, mais laisse-moi te remercier encore une fois de leur part…

- Ce n'est pas la peine de me remercier. J'ai bien vu que le garçon était perdu, dit Rogue avec un haussement d'épaules.

- C'était tout de même gentil de ta part de le ramener. Sirius était mort d'inquiétude.

- Et toi?

- Eh bien, j'ai tendance à être plus sain d'esprit que Sirius, même lors de mes mauvais jours, répondit Remus avec un sourire en coin. Je peux t'aider? Assieds-toi. Tu veux un berlingot?

Severus regarda le pot de bonbons sans répondre, alors Remus le redéposa sur le comptoir.

- J'ai discuté avec Dumbledore à propos de… l'incident d'hier, dit Rogue.

Rapporteur, murmura dans la tête de Remus cette petite voix qui disait tout bas tout ce qu'il ne disait jamais tout haut. Elle avait étrangement tendance à beaucoup ressembler à celle de Sirius.

- Il a des… inquiétudes par rapport à cette situation, poursuivit Rogue en lui remettant la lettre. Il soupçonne que Black et toi pourriez avoir besoin d'aide.

Remus ouvrit la lettre et jeta un bref regard vers Rogue avant de la lire rapidement. Il fronça les sourcils avant de la relire une nouvelle fois.

- Toi? demanda-t-il.

Rogue hocha la tête.

- Mais tu détestes les enfants! s'exclama Remus en réalisant immédiatement qu'il s'agissait du genre de truc qu'aurait dit Sirius.

- Je déteste les idiots, et la plupart des enfants sont des idiots, répondit Rogue. Le gamin semble avoir au moins une parcelle d'intelligence. Dumbledore pense que je pourrais être en mesure de tempérer son… exubérance naturelle.

Remus déposa la lettre.

- Alors, parce que tout le monde sait que Sirius Black et Remus Lupin prennent soin d'Harry Potter, nous ne pouvons pas l'emmener sur le Chemin de Traverse ou à Pré-au-Lard, mais parce que tout le monde sait que tu détestais James Potter, personne ne s'en rendrait compte si toi tu le faisais?

- Dumbledore a suggéré de modifier légèrement l'apparence du garçon, peut-être en changeant ses cheveux et en cachant sa cicatrice, répondit Rogue.

Remus resta silencieux pendant un moment.

- Pas plus d'une fois par semaine, dit-il finalement.

- Je n'en suis pas plus avide que toi, répondit Rogue.

- Et ne va pas lui empoisonner l'esprit avec des histoires sur…

- Moins je lui parlerai, mieux je me porterai.

Un long silence d'installa.

- Il voudrait bien voir un match de Quidditch, dit calmement Remus. Nous payerons les billets, bien sûr.

Rogue l'observa un instant.

- Ton visage est égratigné.

- Oui.

- C'était la pleine lune l'autre jour.

- Où veux-tu en venir, Severus? demanda Remus d'un air impatient.

L'homme aux cheveux noirs secoua la tête.

- Je ne faisais qu'une simple observation, dit-il en se levant. Je t'enverrai un hibou pour que nous puissions s'entendre sur le temps et l'endroit pour le week-end prochain.

Sa main était déjà posée sur la poignée de la porte quand Remus parla.

- Je t'interdis de lui parler de James, dit-il.

Il ne s'agissait pas d'une demande. En fait, c'était un ordre tel que Remus n'en avait jamais donné auparavant dans sa vie.

- Oh?

- Ne lui dis rien à propos de son père, Severus. Tu n'as aucune raison de le faire. Si tu persistes à garder une rancune qui date d'avant sa naissance, alors tu peux te venger sur Sirius ou sur moi. Mais ne t'avise pas d'utiliser Harry comme bouc émissaire.

- Je suis blessé que tu puisses penser une telle chose, dit méchamment Rogue.

Il poussa la porte et disparut.


La dispute qui survint cet après-midi-là fut de nature épique. Remus savait depuis longtemps que Sirius n'était pas du genre à laisser s'accumuler sa rage pour l'utiliser dans les moments où elle pouvait être plus utile. Il était facilement blessé, hurlait rapidement et s'apaisait rapidement. Sirius était comme ça. Après des années d'expérimentation, Remus avait compris que s'il pouvait survivre à deux heures de bruit, il n'avait qu'à rester silencieux jusqu'à ce que Sirius s'épuise. Et s'il voulait que tout soit terminé rapidement, il n'avait qu'à se mettre à hurler lui aussi. Sirius en était normalement si choqué qu'il en restait muet.

Mais cette fois, même les hurlements de Remus n'arrivèrent pas à le faire taire.

Remus attendit qu'ils soient de retour à la maison pour lui parler, car Sandust n'était ouvert que pendant quelques heures le dimanche. Il prit soin de jeter quelques sorts de silence sur leur chambre afin qu'Harry, qui était occupé à dessiner au salon, ne les entende pas se disputer.

Finalement, Sirius céda, bien sûr, comme il en avait l'habitude. Il n'était pas content et bouda pendant tout le dîner, mais lorsqu'arriva l'heure de mettre Harry au lit, il avait cessé de grommeler des commentaires concernant un connard aux cheveux gras prénommé Servilus et d'énumérer tout ce qu'il voudrait faire à un certain maître des potions de Poudlard.

Par ailleurs, quand arriva la mardi suivant, il avait d'autres chats à fouetter.

- Sirius, je crois que tu devrais te trouver une épouse.

Remus fut tellement surpris par cette déclaration de Molly Weasley qu'il comprit à peine ce qu'elle venait de dire.

- Une épouse? demanda Sirius alors que l'information se rendait jusqu'au cerveau de Remus. Mais qu'est-ce que tu racontes?

Molly les avait invités à dîner. Elle se sentait toujours coupable de l'escapade de Ron et Harry sur le Chemin de Traverse et personne ne savait encore quand Ron serait à nouveau autorisé à sortir. Aucun d'entre eux ne s'opposait à passer une soirée à manger l'un de ses délicieux repas et Harry était impatient de voir les jumeaux lui faire des démonstrations de tactiques de Quidditch dans le jardin.

- Ce n'est pas juste. Harry ne devrait pas avoir à être élevé uniquement par des hommes, continua Molly. Tous les petits garçons ont besoin d'une maman.

- Eh bien, il passe presque toutes ses journées avec toi, non? ajouta Remus.

- C'est différent, dit Molly en passant les petits pains à Arthur. Et d'ailleurs, vous êtes tous les deux beaucoup trop maigres. Il faut qu'on s'occupe de vous.

Elle donna un coup de coude à Remus, qui lui lança un regard sombre.

- Et si seulement tu pouvais te trouver une gentille fille apparentée à James, Remus pourrait de nouveau avoir son appartement pour lui tout seul.

- Ça ne m'ennuie pas qu'ils habitent chez moi, dit sèchement Remus.

- Bien sûr, mais ce n'est pas un peu gênant?

- Je ne connais aucune fille que j'aurais envie d'épouser, dit Sirius en réfléchissant. Je ne suis pas vraiment du genre mariage, en fait.

- Mais non, voyons, tu n'as qu'à trouver quelqu'un qui aime Harry et qui tolère Remus et c'est tout. Je ne dis pas que tu ne devrais pas te marier par amour, mais si tu n'es amoureux de personne, tu pourrais au moins donner une mère à ce pauvre enfant.

- C'est déjà ta femme à toi, pas vrai? demanda Sirius à Arthur qui rigola.

- Elle s'inquiète pour le gamin, c'est tout, répliqua-t-il.

- Harry nous a, Sirius et moi. C'est plus qu'assez… surtout aussi tôt après les Dursley. D'autres changements ne feraient que le perturber, murmura Remus.

- Tu sais quoi? Je connais une très jolie jeune femme nommée Moira Sparrow. Je suis certaine que vous vous entendriez bien tous les deux. Et elle a une sœur qui serait parfaite pour Remus.

Molly lui fit un clin d'œil et Remus, qui était trop fatigué pour se fâcher, se garda de réagir, mais concentra toutes ses pensées sur sa haine silencieuse envers Molly Weasley.

Elle continua à organiser tout ce gâchis pour Sirius, laissant Remus tranquille lorsqu'il refusa d'arrache-pied de considérer la question sous un angle logique. Il sortit par la porte arrière pour s'assurer qu'Harry n'était pas mort d'enthousiasme à force de lancer des Cognards aux jumeaux.

Remus s'assit sur la balustrade de la véranda pour regarder Harry lancer les balles sous les admirations de Ginny. Le soleil se couchait, sa lumière donnant aux yeux d'Harry une vive couleur verte, comme ceux de sa mère, et jetant des ombres sur les arbres entourant la maison.

Bien sûr, il ne détestait pas vraiment Molly. En fait, il l'aimait bien, mais la dernière chose dont il avait besoin, c'était qu'elle se mêle de leurs affaires personnelles.

Et pourtant…

Il soupira, suivant les Cognards des yeux. Il n'était pas difficile de partager sa chambre avec Sirius Black. C'était même agréable. Ça lui rappelait l'école. C'était mieux ainsi pour tout le monde, mais une partie de lui, la partie égoïste, songeait que ce serait bien mieux s'il n'y avait qu'un seul lit dans la chambre.

Il aimait Sirius. Son salaire lui venait de Sirius, mais cela n'avait jamais causé de problèmes. Il écrivait ses propres chèques et Sirius ne faisait jamais attention aux registres. Il partageait la tristesse de Sirius sur la perte de James, la perte de Lily, la perte d'Harry. Il partageait ses joies d'avoir retrouvé l'enfant et de pouvoir enfin l'élever.

Il aimait Sirius, et ce, depuis longtemps. Depuis presque une décennie… En fait, cela ferait une décennie le jour de l'anniversaire des fiançailles de James et Lily.

Il n'était pas douloureux d'aimer Sirius. Sirius passait presque chaque instant de chaque jour avec lui. Il n'en avait jamais été gêné avant ce jour. Il n'y avait eu que quelques moments où, en caressant les oreilles de Patmol, par exemple, il aurait souhaité que ce soit les cheveux de Sirius qu'il touchait. Et quand ils étaient sortis dans des bars, il y avait eu des moments où il avait dangereusement failli plaquer Sirius contre un mur tellement il avait envie de lui. Et de nombreuses personnes dans le passé de Remus avaient dû rivaliser avec Sirius Black et avaient échoué. Mais ce n'était pas douloureux.

C'était seulement… difficile. C'était difficile de voir cet homme matin et soir, de manger avec lui, de partager une chambre avec lui.

Un Cognard passa près de lui et Remus l'attrapa avant de le lancer à Harry avec un sourire.

Si Sirius se mariait, il partirait. Et il emmènerait Harry. Et ils formeraient une famille et Remus ne serait plus qu'un… qu'un bon ami qu'on invite à dîner le dimanche. Pour Harry, il serait sûrement « Oncle Lunard », ou un truc tout aussi dégoûtant.

Mais bon, il ne pouvait qu'attendre de voir ce qui se passerait. Il décida de ne pas s'en inquiéter avant d'avoir vue cette Moira en personne.

Un hibou les attendait quand ils rentrèrent à la maison. Il portait un message de la part de Rogue, leur annonçant qu'il n'y avait aucun match de Quidditch ce dimanche à Poudlard, mais que les Serpentard avaient accepté qu'Harry observer leur séance d'entraînement. Remus lui envoya une réponse avant que Sirius ne puisse voir la lettre.

Il était heureux que le garçon puisse enfin voir Poudlard. Il avait souvent surpris Harry à contempler les photos du château dans l'album qu'il lui avait offert. Et puis Poudlard était un endroit sûr. Si quelqu'un ne faisait pas visiter à Harry les endroits dont on lui parlait, tôt ou tard, il s'échapperait à nouveau. Évidemment, tout aurait été bien mieux si son guide était quelqu'un d'autre que Severus Rogue, mais Remus le connaissait et lui faisait confiance d'après leurs anciens liens avec l'Ordre. Bien que désagréable, il le savait responsable. Il n'était peut-être pas très gentil, mais il ne serait pas cruel avec un enfant aussi jeune.

Quand Remus mit Sirius au courant, celui-ci grogna.

- Tu prépares quelque chose, Black, dit Remus en enfilant son pyjama.

- Je prépare toujours quelque chose, répondit Sirius de la salle de bain, sa brosse à dents dans la bouche.

- Tu ne peux pas tuer Rogue, tu sais. Ça ne te mettrait pas très en valeur.

- Je ne veux pas le tuer, juste le mutiler, dit Sirius.

- Au moins, Harry sera en sécurité. Tu aimerais mieux qu'il tente le coup tout seul à nouveau?

Sirius resta silencieux pendant un instant.

- Pourquoi Dumbledore l'a-t-il laissé faire ça? demanda-t-il finalement.

- Peut-être qu'il croit que tu dois apprendre à mieux t'entendre avec lui. Moi, je me débrouille, tu sais.

- Ce n'est pas vrai.

- Au moins, nous arrivons à nous parler de façon civilisée. Et j'ai déjà essayé de le tuer, alors…

- Ce n'était pas vraiment toi.

Remus soupira.

- Allons-nous passer le reste de notre vie à en discuter?

Sirius ressortit de la salle de bain et s'allongea sur son lit, dos à son ami.

- Nous étions tous des mômes stupides, Sirius. Tu es devenu mature, Dieu seul sait comment, alors je crois que tu devrais au moins lui laisser le bénéfice du doute.

- Pourquoi tu le défends comme ça? demanda Sirius.

Remus eut un haussement d'épaules qu'il ne vit pas.

- Parce qu'on ne peut rien y faire, alors il vaudrait mieux en rire, répliqua-t-il.

Sirius inspira profondément.

- J'aimerais bien être capable de voir les choses de cette façon, dit-il finalement.

- Comment?

- Tu es un bien meilleur homme que moi, Lunard, répliqua-t-il.

Par la suite, peu importe ce que lui demanda Remus, il ne répondit pas.


Le reste de la semaine se déroula sans incident. Harry les informa que Ron était privé de sortie pendant un mois entier, bien qu'il ne comprenne pas pourquoi il n'avait pas été puni lui aussi. Sirius lui répondit que de passer ses week-ends en compagnie du professeur Rogue était une punition déjà suffisante. Lunard lui fit promettre de ne jamais répéter ça au professeur Rogue. Mais lorsque dimanche arriva, Harry était trop excité pour s'en souvenir de toute façon. Il arriva à peine à rester assis dans le vieux fauteuil de cuir de Sandust Books pendant qu'il faisait semblant de faire ses devoirs. Recroquevillé sous la chaise, Patmol poussait un grognement de temps à autre.

- Très bien, Harry, déclara Lunard en émergeant de l'arrière-boutique. J'ai parlé au professeur Rogue. Il est prêt à te recevoir.

Harry sauta de sa chaise et courut dans la pièce d'à côté. Lunard le saisit par la taille pour l'empêcher d'attraper la poudre de Cheminette.

- Tu dois être poli avec lui, dit-il. Il est enseignant à Poudlard. Dans quelques années, il sera ton professeur. N'oublie pas de dire « s'il vous plaît » et « merci ».

- Oui, Lunard, dit Harry avec impatience.

- Quand tu seras dans le feu, tu devras dire « Le bureau de Dumbledore », comme nous avons pratiqué, tu as compris?

Harry hocha la tête et tendit la main. Lunard soupira en lui donnant un peu de poudre de Cheminette que le garçon jeta dans le feu avant d'y entrer et de prononcer les mots avec soi. Après un instant d'étourdissantes spirales, le monde arrêta de tourner et Harry se retrouva dans l'âtre de la cheminée d'un bureau richement meublé. Un grand homme à la barbe blanche se tenait devant lui.

- Bonjour, Harry, dit l'homme avec gentillesse.

Harry aperçut le professeur Rogue debout près de lui.

- Tu es bien arrivé en un seul morceau?

Harry vérifia rapidement.

- Oui… Monsieur, dit-il avec soin.

- Splendide. Mon nom est…

- …Professeur Dumbledore, termina Harry. Vous êtes sur une carte de Chocogrenouille.

Dumbledore sourit.

- Je vois que Sirius n'a pas perdu de temps avant de t'initier aux friandises sorcières. Severus, si tu veux bien informer Remus qu'Harry est arrivé sain et sauf…

Il guida Harry dans la pièce tandis que le professeur Rogue s'accroupissait près d de l'âtre pour parler à Lunard. Professeur Dumbledore sortit sa baguette en souriant.

- Nous devons légèrement modifier ton apparence, Harry, ainsi que te donner un nouveau nom, expliqua-t-il. Cicatrix evanesci, prononça-t-il.

Harry sentit un chatouillement sur son front.

- Capellum Muto, ajouta-t-il.

Quelque chose retomba sur les oreilles d'Harry et il laissa échapper une exclamation de surprise. Dumbledore le retourna pour qu'il puisse voir son reflet dans un petit miroir posé sur une étagère.

Sa cicatrice, qu'il possédait d'aussi loin qu'il se souvienne, avait disparu. Mais il aurait été difficile de le remarquer, car ses cheveux, normalement coupés courts et indisciplinés, étaient maintenant lisses et retombaient sur ses épaules.

- Et tu auras besoin d'un nouveau nom, ajouta le professeur Rogue en s'approchant.

- Pourquoi? demanda Harry

Les deux hommes échangèrent un regard complice.

- Parce que nous devons garder ton identité secrète pour l'instant, répondit Dumbledore. Tu comprends, Harry?

- Non, dit sincèrement Harry. Mais ça va.

- Un nom, alors…

Dumbledore se tapota les lèvres d'un air pensif.

- Parvus.

- Parvus? demanda Harry.

- Parvus Rana, continua Dumbledore.

Harry prononça doucement le nom. Il aperçut le professeur Rogue faire de même deux ou trois fois, puis il sourit. Il ne s'agissait pas d'un très beau sourire. Le professeur Rogue n'était pas le genre d'homme capable de sourire gentiment.

- Monsieur le Directeur, si nous ne nous dirigeons pas bientôt vers le terrain, mes élèves se demanderont… commença le professeur Rogue.

Dumbledore, qui fixait Harry du regard, hocha la tête.

- Bien sûr, Severus. Amuse-toi bien, Harry… Parvus, se corrigea Dumbledore.

Harry lui sourit, et après avoir vécu pendant deux mois avec Lunard et Sirius, il prit automatiquement la main du professeur, par habitude.

Rogue lui lança un regard surpris, mais il garda sa main et le conduit hors du bureau jusque dans un long couloir de pierre.