STEALING HARRY
Chapitre 11
La plupart des Gryffondor connaissaient Parvus, le neveu du professeur Rogue, soit parce qu'ils l'avaient vu dans les couloirs ou avaient entendu parler de lui, mais aucun d'entre eux ne l'avait déjà rencontré, sauf Olivier, qui reçut quelques regards de dégoût pour avoir invité le garçon de huit ans à visiter Gryffondor. Certains septième années avaient dix ans de plus qu'Harry, après tout, et étaient déjà suffisamment ennuyés d'avoir à partager la salle commune avec des gamins comme Dubois.
Mais Olivier partageait avec Harry une passion pour le Quidditch ainsi que le sentiment d'être le plus jeune dans une pièce. Il n'avait pas encore beaucoup grandi et était facilement le plus petit des Gryffondor. Un étudiant de Serpentard avait méchamment suggéré qu'Olivier voulait seulement traîner avec quelqu'un de plus minuscule que lui.
Olivier s'en fichait. Tout en valut la peine lorsqu'il aperçut le visage d'Harry quand ils entrèrent dans la salle commune de Gryffondor.
- Hé, viens là, Dubois. C'est lui Parvus? appela quelqu'un.
Harry était occupé à observer les portraits sur les murs, les vieilles bannières de Gryffondor et les hautes fenêtres avec de grands yeux.
- Dis bonjour, le pressa Olivier.
Harry sourit timidement en déposant le sac à dos qu'il transportait.
- Bonjour, dit-il. Vous vivez vraiment ici?
Il y eut une vague de rires générale.
- La plupart du temps, dit l'un des élèves plus âgés. Tu aimes?
- Oh oui, s'exclama Harry.
C'était beaucoup plus… Eh bien, beaucoup plus chaleureux et amical, bien qu'un peu plus miteux, que les quartiers de Serpentard aux donjons, dont il avait déjà vu quelques recoins en se rendant au bureau du professeur Rogue.
- Salut, Parvus, je suis Bill, dit un grand aux cheveux roux qui ressemblait à Ron. Voici mon frère Charlie, ajouta-t-il et un autre rouquin un peu plus jeune qui faisait ses devoirs les salua. Et là, c'est mon autre frère, Percy, dit-il en pointant un première année encore plus petit qu'Olivier.
Percy le salua.
- Hé, Percy, viens dire bonjour.
- Je suis en train d'étudier, se plaignit Percy.
Harry se dirigea vers lui pour jeter un coup d'œil à son livre, qui était rempli de symboles étranges.
- Qu'est-ce que c'est? demanda-t-il.
- Percy est plus avancé, dit une Gryffondor en levant les yeux au ciel. Il suit déjà le cours de métamorphoses de deuxième année. Et il est à l'école un an plus tôt.
- Méta quoi? interrogea Harry
- Métamorphoses, dit Percy. Tu veux voir?
- Hé, Perce, essaie de faire mieux que la dernière fois, interpella un autre des élèves plus âgés.
Quelques-uns des plus jeunes s'approchèrent pour observer.
Percy prit un Chocogrenouille de sa poche et le déballa, le tenant entre ses doigts jusqu'à ce que le sortilège prenne fin et qu'il arrête de bouger. Il le déposa sur la table, pointa sa baguette et dit quelques mots qu'Harry reconnut du langage qu'utilisaient Remus et Sirius quand ils faisaient de la magie. La grenouille trembla légèrement.
- Ça a fonctionné? demanda Bill en se penchant au-dessus des plus jeunes.
- Je ne crois pas, soupira Percy.
Soudainement, la grenouille trembla à nouveau. Il y eut une exclamation générale alors qu'elle faisait un grand bond et Harry observa, fasciné, alors qu'elle se changeait en…
un petit rat jaune qui retomba brusquement sur la table. Percy sembla satisfait.
- Du caramel! dit-il en ramassant le rat qu'il brisa en deux.
Il en offrit la tête et les épaules à Harry. Harry, à son tour, brisa son morceau en deux et en offrit la tête à Olivier avant de mettre le reste dans sa bouche.
- Pas mauvais, Weasley, dit Olivier, la bouche pleine de caramel.
Les autres Gryffondor approuvèrent avant de se disperser. Olivier guida Harry jusqu'à une table où quelques enfants jouaient aux Bavboules.
Harry jetait de longs coups d'œil vers l'autre bout de la table, où on jouait aux échecs sorciers. Un des joueurs le remarqua et lui sourit.
- Tu aimes les pièces? demanda-t-il en soulevant l'une d'elles. On dirait presque la tour de Gryffondor, pas vrai?
- Hé bien, c'est une tour, répliqua Harry.
L'autre garçon sourit.
- Tu joues, alors? demanda-t-il et Harry s'éloigna de la partie de Bavboules.
- Siri…
Harry s'interrompit, réalisant qu'il avait presque fait une erreur.
- Mon père m'a appris, dit-il lentement.
- Tu veux regarder?
- Échec et mat, dit la fille contre qui il jouait.
Le garçon se frappa la tête contre la table.
- Tu devrais laisser Parvus jouer, je suis certaine qu'il serait à la hauteur, le taquina-t-elle gentiment.
- Je peux jouer, dit Harry d'un air irrité.
La fille lui sourit et lui indiqua d'approcher.
- Assieds-toi avec moi et joue contre Richard. Je t'aiderai, dit-elle en se poussant un peu avant de tirer une autre chaise.
Harry y prit place et réalisa que ses yeux étaient à peu près au niveau de la table. Bill sourit et, avec un coup de baguette, la chaise se redressa, ses pattes s'allongeant pour élever Harry au même niveau que Richard.
Olivier le retrouva dix minutes plus tard, en intense contemplation du jeu d'échecs. Il observait attentivement tout en expliquant à Richard comment son père avait appris aux pièces à jurer.
- Qui gagne? demanda Olivier.
- Lui, répondit Harry. Mais je…
Il se retourna vers la fille, dont le nom était Nina.
- Mais Parvus lui donne du fil à retordre, dit-elle.
Harry hocha la tête. Richard bougea une pièce, causant des huées de la part des pièces d'Harry.
- C'est normal, il a l'aide de la championne de la Maison, se plaignit Richard.
Olivier tapota son épaule alors qu'Harry bougeait un cavalier, prenant l'un de ses fous.
Harry perdit la partie, qui fut cependant très serrée et Olivier le mena jusqu'au dortoir des élèves de première année, lui montrant les grands lits à baldaquin et les photos au-dessus des lits des élèves, les grandes malles, les livres et les rouleaux de parchemin qui traînaient normalement dans les chambres d'étudiants. Ils regardèrent les livres de Quidditch d'Olivier jusqu'à ce que les autres rejoignent la chambre et que Charlie Weasley, qui était apparemment préfet, glisse sa tête par l'embrasure de la porte.
- On éteint, les gars. Parvus, tu partageras le lit d'Olivier?
- Mon père m'a donné un sac de couchage, dit Harry en fouillant dans son sac à dos.
Il en ressortit ce qui ressemblait à un petit coussin rouge, qu'il secoua à quelques reprises pour former un sac de couchage pour enfant. Charlie eut l'ait impressionné.
- Il pense vraiment à tout, ton père, dit-il avant de disparaître
Harry se faufila dans son sac de couchage près du lit d'Olivier et écouta les autres parler des cours, échanger des blagues et se taquiner. Ils tentaient de l'inclure dans la conversation d'une façon que n'utilisaient jamais les Serpentard quand ils discutaient. Avec les Serpentard, il se sentait un peu ignoré, mais il avait l'impression que les Gryffondor discutaient uniquement pour lui.
Il soupira, heureux, et se recroquevilla dans son sac de couchage rouge. Il s'endormit en les écoutant.
Dans la nuit, le vent hurlant contre la tour de Gryffondor réveilla Harry en sursaut. Il vit que les autres dormaient toujours, sûrement habitués au bruit. Malgré lui, la panique l'envahit, son cœur battant fort dans sa poitrine.
Olivier ronfla et se retourna dans son lit. Harry fouilla dans son sac à dos et en ressortit Grenouille, qu'il avait cachée tout au fond. Il n'avait pas voulu sortir la peluche devant les garçons plus âgés, mais il voulait quelque chose provenant de la maison. Il se recroquevilla contre Grenouille, tira le sac de couchage par-dessus sa tête, et tenta de bloquer le bruit du vent qui sifflait alors qu'une violente tempête attaquait le château.
L'intérieur du sac de couchage sentait bon l'appartement et Sirius – qui avait une odeur de cuir et d'huile à moteur et, étrangement, de chocolat – et les vieux livres poussiéreux de Remus qu'il ramenait sans cesse à la maison. Harry inspira profondément, réconforté.
- Parvus? demanda doucement une voix.
Il y eut un nouveau bruit sourd qu'Harry identifia comme de la foudre. Olivier Dubois souleva un coin du sac de couchage d'Harry.
- Tu as peur?
- Non, murmura Harry contre la douce fourrure de Grenouille.
Il y eut un bruit douillet et Olivier se glissa avec lui dans le sac de couchage.
- J'ai eu peur la première fois qu'il y a eu une tempête. Tout est plus bruyant ici, dit Olivier.
Le sac était suffisamment grand pour qu'Olivier puisse s'y asseoir, les jambes croisées, bien que le haut du sac pressant contre sa tête le forçait à se pencher légèrement. Harry sourit un peu à la façon dont ses cheveux étaient aplatis. Il s'assit à son tour, s'efforçant de ne pas avoir l'air de s'accrocher trop désespérément à Grenouille.
- Il ne faut pas avoir peur, tu sais, continua Olivier. Le château est très sûr.
- C'est vraiment très bruyant, murmura Harry.
Olivier sourit.
- Mais nous sommes à Gryffondor, dit-il. Nous sommes plus braves et plus courageux que les autres Maisons.
- Est-ce qu'on a le droit de choisir dans quelle Maison on ira? demanda Harry.
Olivier secoua la tête.
- Il faut être répartis, dit-il. Tu devrais venir voir la Répartition l'année prochaine si le professeur Rogue le veut bien. C'est génial.
- Comment ça se passe? demanda Harry.
Olivier se lança dans une explication murmurée très détaillée de la cérémonie de Répartition, composée d'une ballade en bateau sur le lac, d'un chapeau chantant et du professeur McGonagall – qui pouvait se changer en chat quand elle le voulait, se souvint Harry, tout comme Sirius pouvait se changer en chien.
Harry serra Grenouille contre lui et écouta tout en pensant que, des années auparavant, avant même qu'il ne soit né, Remus et Sirius avaient dormi dans la tour de Gryffondor, tout comme ses parents.
Et à cet instant, il ne voulait rien de plus au monde que de faire partie de la Maison Gryffondor, de jouer au Quidditch dans l'équipe de Gryffondor et de porter sur ses robes un écusson rouge et or.
- C'est silencieux sans le gamin, pas vrai?
Remus leva les yeux de la sauce qu'il mélangeait et sourit.
- Tu peux dire « ennuyeux » si tu veux.
- Je ne m'ennuie pas, répliqua Sirius en vérifiant les nouilles. Encore cinq minutes… Mais tu dois admettre que c'est silencieux sans lui.
- Il est plutôt sage.
- Je suis habitué à me faire attaquer à coup de milliers de questions en faisant à manger, continua Sirius. Laisse-moi ça… dit-il en prenant la cuillère des mains de Remus pour en lécher le bout.
Remus poussa un gémissement de dégoût.
- Parce que tu n'empruntes jamais ma brosse à cheveux ou mon rasoir ou quoique ce soit d'autre, répliqua Sirius. Les boulettes de viande sont prêtes?
- Mmmm, je crois.
Remus poussa les jambes de Sirius pour ressortir un plat du four.
- On dirait bien. Je peux?
- Ne te gêne pas.
Sirius s'écarta pour permettre à Remus d'ajouter les boulettes de viande à la sauce et baissa le feu sous les nouilles.
- C'est dommage qu'aucun d'entre nous n'ait pris la cuisine magique au sérieux.
- Eh bien, personnellement, je me rappelle un certain sorcier aux cheveux noirs m'annonçant qu'il prévoyait vivre de plats chinois à emporter pour le reste de sa vie, dit Remus en mélangeant.
Sirius déposa un paquet enveloppé de papier d'aluminium sur la table. Il y pointa sa baguette et le paquet se mit à fumer.
- Je suis contant qu'Harry pose des questions, continua Remus. Ça montre qu'il réfléchit. Il sera en avance sur tous les autres quand il entrera à Poudlard.
- Molly dit qu'il est très intelligent.
- Bien sûr que Molly dit ça. Elle aime le gamin comme l'un des siens, répondit Remus avec un sourire.
Sirius prit deux grands bols dans l'armoire, ainsi qu'une passoire.
- Eh bien, c'est plutôt facile, non? Il est intelligent, il est heureux… Seul Merlin sait comment cela a pu se produire puisqu'il a grandi avec les Dursley… Et quand il grandira, il…
- …il ressemblera à James, termina Remus à l'unisson avec lui.
- Je l'ai emmené déjeuner l'autre jour et le serveur m'a demandé ce que mon fils prendrait quand il a pris notre commande, dit Sirius d'un air un peu rêveur.
- C'est à cause des cheveux, répondit Remus. Et probablement d'un goût pour les ennuis.
Sirius sourit en vidant les nouilles dans la passoire, la secouant avant de les verser dans la sauce. Remus servit le spaghetti dans les bols et Sirius ajouta les pains à l'ail venant du papier d'aluminium.
- Pas mal pour deux vieux garçons, annonça Sirius.
Remus lui jeta un regard noir.
- C'est vendredi soir et notre façon à nous de nous amuser c'est de cuisiner comme des Moldus.
- J'imagine qu'on pourrait considérer ça comme un passe-temps. Et de toute façon, s'occuper du gamin, c'est un travail à temps plein.
- Mmmm. Je ne sais pas pour toi, mais quand on le met au lit, je suis tout aussi épuisé moi-même.
Sirius, qui ne parlait pas beaucoup en mangeant, hocha la tête au-dessus de son assiette. Ils mangèrent en silence, commentant occasionnellement sur la nourriture ou pour poser une question concernant la boutique. Lorsqu'ils eurent terminé, Remus rassembla les assiettes, les transporta jusqu'au comptoir et ramassa le pain à l'ail. Sirius déposa les verres et les casseroles dans l'évier, où une brosse se mit immédiatement à les laver. Quand il se retourna pour prendre les assiettes des mains de Remus, qui se tenait derrière lui, ils faillirent se heurter. Remus se figea, tenant les assiettes.
Sirius était un peu plus petit que lui et Remus baissa la tête légèrement alors que Sirius, étonné, levait les yeux pour le regarder.
Remus retint son souffle, son cœur battant très fort.
- Heureusement qu'on s'est arrêtés, dit Sirius après une seconde. On aurait fait tout un dégât.
Il recula pour laisser passer Remus, qui déposa les assiettes dans l'évier.
- Quelle eau de toilette tu utilises? demanda Sirius alors qu'il se penchait pour laver la table.
Remus arqua un sourcil.
- Oh, je t'en ai emprunté un peu. Elle sent bon. Je pense m'en acheter une bouteille.
- Tu peux utiliser la mienne, offrit Remus. Ça fera moins de trucs dans la salle de bain.
- Oh, merci, je te rembourserai.
- Elle ne coûte pas très cher.
Sirius déposa la lavette humide dans l'évier et se lava les mains avec le savon de la brosse à nettoyer. Remus s'appuya sur le comptoir pour l'observer. Sirius s'arrêta, essuya ses mains sur une serviette et, d'un mouvement vif et fluide, il se retourna, glissa ses deux mains dans les cheveux de Remus et l'embrassa.
Remus fut tellement surpris que, pendant au moins trois secondes, il ne réagit même pas. Puis, quand la langue de Sirius se faufila entre ses lèvres, une sorte de paresse confortable envahit son corps. Ses mains s'agrippèrent aux bras de Sirius et il ouvrit la bouche pour approfondir le baiser, sa peau devenant sensible au toucher de doigts contre son cou, contre son épaule, contre sa mâchoire.
Il s'arrêta et repoussa lentement Sirius. L'autre homme parut d'abord confus, à bout de souffle.
- J'ai fait quelque chose de mal? demanda-t-il, tendu.
Remus leva inconsciemment une main pour toucher ses lèvres.
- Non, dit-il en glissant ses doigts pour se frotter le menton. Pourquoi?...
Sirius eut l'air embarrassé.
- Ça ne va pas, Lunard?
- Sirius, je…
Il secoua la tête.
- Écoute, si tu veux savoir ce que ça fait d'être avec un homme, c'est bien. Je pourrais te présenter une dizaine ou une vingtaine de mecs qui se feraient un plaisir de te le montrer, mais… Tu n'as pas le droit de m'utiliser pour expérimenter, d'accord?
- Mais je ne t'utilisais pas…
- Non, ça va, je sais que tu ne ferais jamais ça… mais je ne suis pas un jouet, Sirius. J'ai arrêté de faire ce genre de truc il y a longtemps, ajouta Remus. Peu importe à quel point tes intentions peuvent être honnêtes, je ne suis pas la bonne personne avec qui expérimenter. Ne me fais pas ça. Pour Harry.
Sirius, l'observant de ses yeux sombres, hocha la tête. Remus sentit ses épaules se détendre et son corps reprit son état normal.
- Je suis désolé, murmura Sirius.
- Ça va, j'ai dit, répliqua Remus.
Il quitta la cuisine et prit place à son bureau dans le coin du salon, triant quelques papiers. Il entendit Sirius se diriger dans la chambre, puis dans la salle de bain. L'eau coula pendant un moment, puis Sirius revint et s'installa sur le vieux divan avec un livre. Remus poussa un petit soupir de soulagement.
