STEALING HARRY
Chapitre 12
Pour tenter de se remettre du baiser qu'il venait de recevoir et d'oublier la sensation du corps de Sirius contre le sien, Remus s'occupait en écrivant une lettre à Dumbledore, lui expliquant calmement et de façon très redondante, les progrès d'Harry, lorsque Sirius, de sa place sur le divan, se racla la gorge. Remus leva la tête. Sirius regardait toujours son livre le retenant avec l'une de ses jambes remontée contre sa poitrine.
- Tu sais, quand on était à l'école, James et moi… dit-il avant de s'interrompre, sans quitter son livre des yeux. Eh bien, on est allés au pub après le match de la Coupe en sixième. Tu te souviens, après la fête, on était sortis.
- Oui, parce que les Serpentard sont venus vous faire la peau et vous avez failli recevoir un sort de la part de Lily.
- On a piqué du whiskey Pur Feu et on est montés jusqu'à la Cabane hurlante pour célébrer.
- Tu parles d'un endroit pour faire la fête.
- Et James m'a dit : « Hé, Sirius, t'as déjà embrassé un mec? », dit Sirius alors que ses joues rougissaient d'embarras.
Remus prit un instant pour vérifier s'il ressentait de l'amertume et fut soulagé de constater que non. Il y a dix ans, il aurait détesté Sirius pour avoir laissé James faire ça, pour avoir joué ce jeu avec James et pas avec lui, mais James était mort et Sirius était adulte et Remus avait grandi lui aussi.
- Et cette histoire devrait m'aider à me sentir mieux de ne pas vouloir te laisser batifoler avec moi parce que je suis amoureux de toi? demanda Remus avant même de réaliser ce qu'il s'apprêtait à dire.
Sirius l'observa longuement. Il fallut à Remus une minute pour réaliser pourquoi.
- Moi? demanda lentement Sirius pendant que Remus paniquait avec son habituelle grâce silencieuse.
- Si tu dois le savoir, oui, répondit brièvement Remus en plongeant sa plume dans l'encrier pour terminer sa phrase.
- Moi, Lunard?
- Tu n'es pas stupide, Sirius, arrête de faire l'idiot.
- Tu es amoureux de moi?
- Oui, sinon pourquoi je tolèrerais tes goûts atroces en matière d'art? répliqua Remus. Espèce d'abruti, tu crois que je continue de bosser à Sandust parce que j'aime ça? J'aurais pu devenir copropriétaire il y a des lunes, mais je ne voulais pas. Je voulais y travailler pour que tu n'aies pas à embaucher un adolescent boutonneux pour faire mon travail pendant que je faisais profit à ne rien faire. Je voulais passer du temps avec toi. Ou bien je voulais que tu me gardes avec toi d'une manière ou d'une autre, ajouta-t-il avec un haussement d'épaules.
- Lunard, c'est tout un truc à dire à un type avec qui tu es censé partager ta chambre de façon platonique.
- C'est toi qui m'as embrassé. Ne me dis pas que tu n'avais pas l'intention de me traîner dans le couloir pour me séduire dans l'un de ces deux lits.
Sirius sembla bouder pendant un instant. Remus continua sa lettre, bien qu'il n'ait plus aucune idée de ce qu'il y écrivait. Des mots à propos d'Harry et de l'école, de son amitié avec Ron et Olivier, de l'affection que lui portait Molly, coulèrent de sa plume sans qu'il ne s'en rende compte.
- Ça n'a pas trop l'air de t'embêter, dit finalement Sirius.
- Le fait que je sois amoureux de toi et que tu continues de coucher avec la première fille qui accepte de te donner l'heure? demanda Remus.
Sirius grimaça.
- Eh bien, après neuf ans…
- Neuf putains d'années, Lunard?
- …on finit par se résigner à notre propre destin. De toute façon, l'aspect physique d'une relation est le moins satisfaisant.
- Wow, tu as vraiment couché avec les mauvaises personnes.
Remus déposa sa plume et appuya son menton sur ses mains.
- Nous passons tout notre temps ensemble, Sirius, dit-il doucement. Peu importe que tu sois toi ou Patmol. Nous avons parlé de tout ce qu'on puisse parler au monde et nous trouvons encore des trucs à se dire chaque jour, tellement que nous détestons quand un client entre et qu'il faut s'interrompre pour l'aider. Tu viens me voir quand tu veux être rassuré, quand Patmol a besoin qu'on lui gratte les oreilles, quand tu ne sais pas quoi faire. Je viens te voir quand je veux de la compagnie, quand je doute de moi et tu me gardes sain d'esprit pendant la pleine lune ou bien tu me réconfortes après. Nous ne nous disputons presque jamais. Nous nous saoulons ensemble. Nous élevons un enfant ensemble, Sirius, pour l'amour de Dieu. Tu me dis que je dois vouloir coucher avec toi pour être heureux? J'ai une belle vie. Je ne regrette pas grand-chose. Je t'aime. C'est suffisant.
On aurait dit que le monde de Sirius venait de s'écrouler et Remus ressentit un bref regret, mais que pouvait-il faire d'autre? Les mots avaient été dits. Il ne pouvait plus les effacer.
- Neuf ans? demanda Sirius d'une voix rauque.
- Probablement plus, admit Remus. Mais, tu sais, c'est quand James et Lily se sont fiancés que je l'ai vraiment réalisé.
- Pour l'amour du ciel, Lunard. Pourquoi tu ne m'as rien dit alors?
- Parce que tu serais resté assis là avec la mâchoire pendante à poser des questions ridicules. L'amour, ce n'est pas toujours les grandes passions et les confessions fatales, Sirius. Tu lis trop de romans russes.
Sirius se frotta le visage d'une main. Remus avait terminé sa lettre à Dumbledore. Il la mit de côté, prête à être cachetée et envoyée. Ensuite… ah oui, il avait reçu de Molly une liste de choses à acheter pour Harry sur le Chemin de Traverse et il voulait lui envoyer une note lui demandant si elle avait besoin de quoi que ce soit pour sa classe lorsqu'il s'y rendrait…
- Lunard, qu'est-ce que je suis censé dire? demanda finalement Sirius.
- À moins que tu ne prévoies rajuster radicalement ton orientation sexuelle et tes idées de ce qu'est l'amour, je doute que tu puisses dire quoi que ce soit, répliqua Remus.
- Ce que tu as dit à propos de nous, de toutes les choses que nous faisons ensemble… je suis la moitié de tout ça, tu sais.
- Oui, et tu m'aimes comme un frère, j'en suis sûr. Mais tu ne me veux pas, tu ne me désires pas et du coup, tu n'as pas le droit de me séduire juste pour savoir ce que ça fait d'être avec un autre homme. Puisque tu n'as couché avec personne depuis une éternité, je comprends ta motivation. Alors, il vaut mieux refermer ce livre et oublier tout ce qui s'est passé, ajouta Remus en mettant de côté la lettre à Molly.
Toutes ses tâches accomplies, il leva les yeux. Sirius l'observait toujours. Remus se releva, se dirigea vers l'étagère et en retira une copie des pièces d'Euripide.
Il sentit une chaleur derrière lui et une main sur la sienne avant de réaliser que Sirius s'était levé. Sa main repoussa le livre dans l'étagère et son autre bras s'enroula autour de la taille de Remus.
Une douleur prit naissance au creux de l'estomac de Remus. Sirius ne comprenait pas. Il essaierait quand même et Remus devrait le repousser à nouveau.
- J'ai déjà expérimenté, lui dit doucement Sirius à l'oreille.
La douleur remonta, changeante. La souffrance était pour Remus une chose familière et il connaissait la douleur de désirer une chose impossible, qui se transformait en la douleur d'être touché après si longtemps…
- Avec James, répliqua Remus.
- Je sais ce que ça fait.
- Tant mieux pour toi.
Sirius frotta son nez contre son cou et Remus trembla.
- Tu sens si bon, dit-il.
Sa main abaissa celle de Remus, qui touchait toujours le livre, jusqu'à ce que ses deux bras enveloppent le corps mince de Remus.
- Tu ne veux pas emprunter mon eau de toilette, pas vrai? gémit Remus. Sirius, arrête ça…
- Non, répondit Sirius. Je suis la moitié de tout ce que nous avons fait.
La douleur avait refermé les muscles de sa gorge à présent, et le plaisir de ressentir les lèvres de Sirius contre son pouls était presque insupportable pour Remus.
- Tu aimes les femmes, protesta Remus en penchant la tête pour donner à Sirius un meilleur accès à sa gorge.
- Je t'aime, toi, répliqua Sirius en respirant contre sa peau.
Ils restèrent là pendant ce qui sembla des heures, jusqu'à ce que Remus se détende dans l'étreinte. Il tourna la tête et laissa Sirius l'embrasser sur les lèvres, laissa la langue de Sirius explorer sa bouche. Il pouvait ressentir cette même douleur sensuelle à tous les endroits où se touchaient leurs corps : ses lèvres, sa gorge, là où la poitrine de Sirius était appuyée contre ses omoplates, là où les hanches de Sirius se pressaient contre les siennes, où ses bras entouraient son corps.
- Parfois, l'amour c'est les grandes passions, murmura Sirius contre sa bouche.
- Trop de romans russes, c'est sûr, répliqua Remus en soupirant lorsque Sirius le relâcha.
Il se retourna. Sirius l'observait comme s'il venait d'avoir une révélation.
- Ce n'est pas une bonne idée, Sirius, dit-il doucement. Ne crois pas que je ne te veux pas. Je tuerais pour ça, mais je ne veux pas faire ça si c'est pour que tu t'amuses pendant quelques semaines et qu'ensuite tu te remettes à flirter avec les clientes de Sandust.
- Ça devait sûrement te tuer de me voir faire ça, murmura Sirius.
- Tu es qui tu es, dit Remus avec un haussement d'épaules.
Il refusait d'admettre que la première fois qu'une telle chose s'était produite, sept ans plus tôt, il avait failli en briser un mur. Il glissa ses doigts dans ses cheveux, les recoiffant là où Sirius les avait emmêlés. Sirius sourit et s'approcha. Remus releva la tête et Sirius se pencha pour appuyer son front contre le sien. Remus avait l'impression qu'il pourrait mourir de cette douleur qui parcourait maintenant sa peau, la rendant hypersensible au toucher.
- J'ignore pourquoi j'ai fait ça, dit Sirius. Mon Dieu, tu sentais si bon et j'ai pensé… Je voulais te toucher. Je ne savais pas comment, Lunard.
- Tu t'es plutôt bien débrouillé, répondit Remus.
Leurs lèvres se touchèrent à nouveau…
On frappa à la porte. Sirius gémit de frustration.
- Ce n'est pas terminé, dit-il alors que Remus s'éloignait pour ouvrir.
C'était Arthur. Il souriait.
- Harry a oublié ses livres, expliqua-t-il.
Remus les accepta, examinant les titres avant de les passer à Sirius.
- Molly a dit qu'ils ont des lectures pour lundi alors j'ai pensé que je devrais les rapporter.
- J'ai une note pour Molly, en fait…
Remus retourna chercher le morceau de parchemin sur son bureau.
- Merci, Arthur, dit Sirius avec un sourire. Je suis certain qu'Harry va apprécier.
- Je voulais aussi vous demander si ça ne vous faisait rien de me montrer… En fait, je sais qu'Harry a emmené Ron faire un tour dans les boutiques Moldues près de Sandust, dit Arthur. Je serais curieux de les voir aussi, mais je ne voudrais pas m'attirer des ennuis en m'y rendant sans guide.
- Pas de problème, dit Sirius alors que Remus lui remettait la lettre adressée à Molly. Tu passes quand tu veux.
- Merci, les gras, dit Arthur avant de transplaner sur le pas de la porte.
Ils restèrent immobiles pendant un instant, puis Sirius referma la porte lentement. Il se retourna et s'y appuya, croisant les bras.
- On fait quoi maintenant, Lunard? demanda-t-il en remettant les livres à Remus.
Remus les déposa sur la table dans le couloir et tenta de reprendre son souffle. Le regard que lui lançait Sirius rendait la chose difficile.
- Du thé, dit-il finalement.
Sirius cligna des yeux.
- J'ai besoin de thé, répéta-t-il.
- Tu réalises que tu es un peu compulsif avec le thé? demanda Sirius en le suivant dans la cuisine.
- Je suis Anglais.
- Tu es compulsif même pour un Anglais.
Remus remplit la théière d'eau et y pointa sa baguette. Il y eut une étincelle et de la vapeur en ressortit.
- Tu en veux? demanda-t-il en prenant deux tasses.
Il entendit Sirius approcher et sentit ses bras l'entourer à nouveau. Il ne pourrait plus supporter ça bien longtemps.
La main droite de Sirius retourna les tasses et déposa une mesure de thé dans chacune d'elle. Remus s'appuya contre lui, recouvrant la main gauche de Sirius avec la sienne là où elle reposait sur sa taille. Sirius vida l'eau chaude.
- Du sucre, murmura Sirius en prenant le sucrier et en versant dans les tasses. Du miel, continua-t-il en l'ajoutant dans l'une d'elles. Du lait?
- Non… gémit Remus.
- Bois, dit Sirius en prenant la tasse qui contenait le miel et la portant aux lèvres de Remus.
Il but doucement, laissant le thé le réchauffer. Les doigts de Sirius frottaient de petits cercles contre sa chemise, juste au-dessus de sa hanche.
La tasse tinta contre le comptoir quand Sirius la déposa.
- Tu ne comprends pas, dit Remus, se libérant en repoussant les bras de Sirius.
- Oui, répondit Sirius en reculant de quelques pas. Oui, je comprends. Tu as peur, c'est tout.
- J'ai tout à perdre.
- Moi?
- Oui. Et si je te perds, je perds aussi Harry… Il n'est pas mon filleul.
- Tu ne me perdras pas.
- Prouve-le.
- Comment?
- Sois toi-même, répliqua Remus. Et je serai moi. Et pendant un bout de temps, nous ferons comme avant.
Sirius gémit impatiemment comme le faisait souvent Patmol.
- Et si tu restes, sachant ce que tu sais maintenant… disons, jusqu'à la prochaine pleine lune, alors je te croirai, dit finalement Remus.
Sirius se frotta le cou d'un geste anxieux.
- D'accord, dit-il. Mais après, tu n'auras plus le droit de me dire quoi penser.
Remus ressentit un mélange de culpabilité et de peur, mais Sirius sourit et attrapa sa tasse de thé.
- Je crois que je vais aller lire un roman russe, dit-il calmement.
Au matin, Harry s'éveilla au pied du lit d'Olivier, enroulé dans la couverture de son ami alors que son sac de couchage recouvrait l'autre garçon, qui dormait toujours dans son lit, ronflant et remuant de temps à autre.
- Bonjour, Parvus, dit l'un des autres garçons alors qu'Harry sautait du lit. Bien dormi?
- Oui, merci, dit poliment Harry en fouillant dans son sac à dos à la recherche de vêtements propres.
Les autres ne semblaient pas du tout inquiets de se déshabiller, alors Harry leur tourna le dos pour se changer, puis il rangea son pyjama et Grenouille dans son sac.
- Tu viens prendre le petit déjeuner? demanda Percy Weasley. Ils vont probablement dormir pendant encore longtemps, alors tu peux m'accompagner si tu veux. Tu pars quand?
- Cet après-midi, dit Harry d'un air endormi avant de suivre le rouquin. Je dois me rendre au bureau du directeur après le déjeuner.
- D'accord, je te monterai le chemin, dit Percy alors qu'ils traversaient salle commune silencieuse et ressortaient derrière le portrait. Ce sera sûrement très ennuyeux, mais si tu veux, tu peux venir avec moi à la bibliothèque tout à l'heure. Je dois écrire un devoir.
- À quel sujet?
- Les créatures sombres, répondit Percy.
- Quel genre de créatures sombres?
Percy l'observa curieusement.
- Comme les vampires, les loups-garous, les goules et tout ça. On ne commence pas à les étudier avant la troisième année, mais on doit écrire un devoir sur les différences races. Comme un… un résumé, termina-t-il. C'est pour le cours de défense contre les forces du Mal.
Harry hocha la tête et laissa Percy continuer à papoter jusqu'à ce qu'ils arrivent enfin dans la grande salle. Quelques lèves tôt à la table de Serpentard le saluèrent alors qu'il prenait place avec Percy à la table de Gryffondor. Il aperçut le professeur McGonagall qui discutait avec Dumbledore à la table des professeurs.
Lorsqu'il fut un peu plus réveillé, avec l'aide d'excellents œufs frits, il bombarda Percy de questions concernant les cours jusqu'à ce que Percy se mette à rire et lui dit qu'il pouvait venir l'aider à faire sa recherche à la bibliothèque. Harry, qui avait rapidement hérité de l'amour de Remus pour les livres, le suivit impatiemment et l'aida à transporter les livres jusqu'à sa table de travail.
- Tu peux chercher des images de loups-garous que je vais copier, lui ordonna Percy. Je vais chercher des informations sur les vampires.
Harry tourna une page pour observer la suivante. Il y trouva un dessin caricaturé d'un homme qui semblait plutôt normal, avec un diagramme et des flèches pointant ses mains et ses sourcils.
- La seule façon de différencier un loup-garou d'un être humain est de vérifier s'il a des poils sur les jointures des doigts et un seul sourcil au-dessus de son nez, lut Harry à voix haute. Bien que tous les loups-garous ne présentent pas ces deux traits, l'un ou l'autre se mafi… mani…
Percy se pencha vers lui.
- Manifestera, dit-il.
- …manifestera chez le loup-garou adulte, termina Harry. Mince, ils ressemblent à n'importe qui.
Percy hocha la tête.
- Ils ne sont sauvages que durant la pleine lune. J'ai entendu ma mère en parler, une fois. S'il n'y a pas d'humains près d'eux à attaquer, ils s'en prennent à eux-mêmes.
Harry observa l'illustration d'un loup-garou sauvage sur la page voisine de celle qui montrait l'homme souriant.
« Il est juste malade, » dit la voix de Sirius.
Une vision de Remus, allongé sur son lit, frissonnant et recouvert d'égratignures et de morsures apparut dans la tête d'Harry.
- Ils ne se transforment qu'à la pleine lune, dit Percy. Et il n'y en a seulement douze ou treize par année.
« Douze fois trois ans, ça fait trente-six, » continua la voix de Sirius.
« Deux ans et demi, » répliqua la voix de Remus.
Il y avait douze pleines lunes par année et deux ans et demi avant qu'Harry ne commence l'école…
« L'un de nous doit être sous forme humaine, » dit la voix de Remus dans sa tête.
Harry poussa un petit cri et faillit tomber de sa chaise.
- Qu'est-ce qui se passe? demanda Percy, anxieux. Qu'est-ce qui t'arrive?
- R…rien, murmura Harry. Une image m'a fait peur, c'est tout.
Percy lui lança un sourire un peu condescendant avant de se retourner vers son devoir.
Lunard était un loup-garou, pensa Harry, observant avec stupéfaction les dessins vicieux et effrayants sous ses yeux. Il pouvait encore voir les mains agiles de Remus attachant les lacets de ses souliers et les poils pâles qui recouvraient ses doigts.
Il se laissa glisser de sa chaise et referma le livre soudainement.
- Je dois y aller, dit-il.
Percy se tourna vers l'horloge.
- Il reste encore une heure, dit-il.
- Je dois parler au directeur, insista Harry. Et aller chercher mon sac.
- D'accord, tu veux que je?...
- Non, je connais le chemin, dit Harry en espérant que c'était bien le cas.
- Tu en es sûr?
Harry hocha la tête et quitta la bibliothèque.
Il courut dans les couloirs, naviguant grâce à de vagues souvenirs d'avoir suivi le professeur Rogue à travers le château, jusqu'à ce qu'il atteigne la tour de Gryffondor. Olivier et les autres étaient en train de s'habiller et il attrapa son sac de couchage puis le roula sur lui-même jusqu'à ce qu'il soit à nouveau de la taille de son poing.
- Merci de m'avoir invité, dit-il.
Le fait que Lunard soit un loup-garou n'était pas suffisant pour lui faire oublier ses bonnes manières.
- Je me suis vraiment amusé.
- Tu pars déjà? demanda Olivier, déçu.
- Il le faut. Je reviendrai… merci encore, appela Harry en s'éloignant.
Il retrouva dans problème le bureau du directeur, mais il avait beau frapper à la porte de toutes ses formes, elle demeura fermée.
- Mot de passe? demanda une gargouille.
Harry faillit éclater en sanglots de frustration.
- Cadbury Cream Egg, dit une voix derrière Harry.
Il sursauta violemment. Albus Dumbledore se tenait derrière lui, souriant gentiment.
- Je ne t'attendais pas avant un moment, dit-il en offrant sa main à Harry pour le guider jusqu'à son bureau. Tu t'ennuies déjà? demanda-t-il en se dirigeant vers la cage de Fumsec pour lui donner de la nourriture étrange.
- Je… je voulais vous demander… commença Harry.
La dernière fois, c'était Olivier qui lui avait demandé la permission pour qu'Harry vienne passer la nuit. Harry était encore trop en admiration devant le directeur.
- Ça va, Harry, dit le directeur en le tapotant avec sa baguette pour retirer le sort sur sa cicatrice et ses cheveux.
Après deux jours, Harry se sentit étrange de retrouver ses cheveux courts.
- Est-ce que Lunard est un loup-garou? demanda-t-il.
Dumbledore l'observa d'un air pensif.
- Je pensais bien que tu finirais par le découvrir, mais je crois que personne ne se doutait que ce serait aussi tôt, dit-il d'une voix tendre.
Pendant un instant, Harry crut que le directeur lui dirait que ce n'était pas à lui de lui en parler, mais il finit par dire :
- Oui, Remus Lupin est un loup-garou.
Il fit une pause.
- Il ne t'effraie pas, j'espère?
- Bien sûr que non, dit Harry d'un air rageur. C'est Lunard.
- Ah, la logique des enfants, sourit Dumbledore. Tu comprends que ce n'est pas sa faute s'il est comme ça?
- Il n'est pas méchant, pas vrai?
Dumbledore secoua la tête.
- Non, il n'est pas méchant. Il n'a pas eu de chance, c'est tout.
Harry réfléchit.
- Je devrais lui dire?
- Qu'il n'a pas eu de chance?
- Que je suis au courant.
Dumbledore le regarda gravement.
- C'est ta décision, mon garçon. Alors, je suppose que tes gardiens t'attendent…
Il guida Harry jusqu'à la grande cheminée et y jeta une poignée de poudre.
- Monsieur Lupin? Monsieur Black?
- On est là, Monsieur le Directeur, dit la voix de Sirius, lointaine. Vous êtes en avance.
- Je vous envoie Harry tout de suite.
- D'accord… répondit la voix de Sirius.
Harry entrait déjà dans la cheminée en annonçant : « Librairie Sandust Books! »
