Bonjour à tous !
Merci à TTJ, Isis duclanNamur, Magaxa68 et Sophie qui m'ont gentiment reviewé en anonyme !
Ce chapitre est beaucoup plus long et riche en évènement. J'espère qu'il vous plaira.
Sur ce, bonne lecture ! On se retrouve en bas.
EDIT: Je fais une modif, on m'a fait me rendre compte d'erreurs dans le texte. Pour Edward et ses yeux marrons, j'ai la flemme de retrouver ça, mais pour les yeux bleus de Max, shame on me, je change tout de suite ! Désolée pour l'erreur, je suis peut-être un peu trop dans Vampire Diaries ;-)
Chapitre 2 : Far Away
POV Bella
-Bella ? Allô ? continua Charles à l'autre bout du téléphone.
-Je te rappelle, murmurai-je d'une voix blanche en coupant l'appel.
Figée, je ne pouvais quitter des yeux mon enfer personnel. L'homme qui m'avait tout pris. Mon cœur, ma fierté, mon bonheur et même presque ma santé mentale. Je ne sais pas combien de temps on est restés là, à s'observer sans rien dire, perdus l'un et l'autre dans nos souvenirs communs, dans l'intensité des sentiments qu'on avait partagé une éternité plus tôt, de l'enfer que nous avions vécu après. Mais la redescente à la réalité fut rude quand Alice vint se poster à côté de son frère, impassible. Edward me fixait toujours et secoua la tête, répondant sans doute à une question muette de sa sœur. Je savais qu'il lisait dans les pensées. Je l'avais découvert en même temps que lui, peu après notre transformation. Il pouvait lire les pensées de tout le monde, sauf les miennes. Du moins quand je ne le lui permettais pas.
-Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il enfin.
-La même chose que toi, je suppose. J'étudie.
Mon ton était plus sec que je ne l'aurais souhaité. Les vieilles rancunes étaient tenaces.
-Vous vous connaissez ? intervint Alice, visiblement frustrée.
-Bella est… une vieille amie.
-Connaissance, je préfèrerais, claquai-je.
La colère revenait. La colère, c'était bien. Bien mieux que la douleur ou le choc. Bien mieux que le désespoir.
-J'ai appris que tu avais rejoint Carlisle, enchaînai-je, méprisante.
-En fait, c'est lui qui m'a retrouvé, me répondit-il, son regard intense posé sur moi.
Cet enfoiré de Carlisle Cullen n'avait pas levé le petit doigt pour moi. Pour Edward en revanche, son cher Edward, il avait évidemment fini par sortir de son cocon doré.
-Quel dommage ! Tu aurais pourtant mérité que plus personne ne s'intéresse à toi, lançai-je, glaciale.
-Bella… je suis tellement désolé, murmura Edward en faisant un pas vers moi. Si tu savais comme je suis désolé.
Je reculai et croisai les bras, le regardant de haut en bas avec tout le mépris dont j'étais capable.
-C'est un peu tard pour les excuses.
-On devrait aller dans un endroit moins public, intervint Alice.
-Pour ma part, lui répondis-je en lui jetant un coup d'œil, je vais m'en aller.
Sans attendre de réponse, je passai à côté d'eux pour m'éloigner mais Edward me retint par le bras. Je me retournai et il plongea de nouveau ses yeux dans les miens.
-Attends, s'il te plait.
-Je n'ai plus rien à te dire.
-Bella…
-Non. Laisse-moi tranquille. Ma famille doit s'inquiéter. Il faut que je les appelle.
-On ne te fera aucun mal.
-Alors lâche-moi.
Je fixai sa main sur mon bras et me dégageai tandis qu'il relâchait la pression.
-Ca fait tellement longtemps… Ne pourrait-on pas-
-Certaines choses ne s'oublient pas, coupai-je.
Cette fois, quand je tournai les talons, il ne me retint pas. Je savais ce que cette entrevue allait me coûter. Je n'avais pas revu Edward depuis les années 30. Depuis notre rupture. Et la douleur était toujours présente, 80 ans après. Si aimer pour un humain était intense, les vampires ressentaient tous les sentiments puissance 10. L'amour aussi bien que la douleur. Et chez nous, l'amour vrai ne passait jamais.
POV Edward
Le message d'Alice m'avait surpris. Elle nous avait tous prévenu par texto qu'un vampire végétarien se baladait sur le campus. Si ce vampire avait fait le choix de ne pas se nourrir d'humains, il ne pouvait pas être très dangereux. Tous ceux qu'on avait rencontrés jusqu'à présent étaient inoffensifs. On préférait tout de même connaitre les intentions des nôtres quand ils entraient sur notre territoire afin d'être sûr qu'ils ne nous obligeraient pas à partir. C'était souvent des vagabonds. Rares étaient ceux qui s'installaient au même endroit que nous. A la fin de mon cours, j'avais donc décidé d'aller à la rencontre d'Alice pour discuter avec ce vampire. Je n'aurais jamais pensé que ce serait elle.
J'avais d'abord senti la présence d'un autre être surnaturel puis j'avais respiré son odeur. Cette odeur si caractéristique de freesia qui n'appartenait qu'à elle. Je n'avais pas voulu le croire. J'avais cherché Bella pendant des années et je n'étais jamais parvenu à la trouver. Et voilà qu'à présent nous nous retrouvions dans la même ville et dans la même fac. Etait-ce vraiment par hasard ? Avait-elle jamais cherché à me revoir, même inconsciemment ?
Son expression quand elle m'avait vue m'avait fait comprendre très rapidement qu'elle n'avait aucune idée de ma présence ici. Alice et elle ne se connaissaient pas. Seul Carlisle savait qui elle était pour moi, ce que nous avions été et ce qu'elle représentait dans ma vie. Esmée avait sans doute été mise au courant mais j'avais interdit à Carlisle d'en parler à qui que ce soit. Penser à elle m'était difficile, en parler, impossible et je ne voulais pas entendre qui que ce soit penser à elle. Elle était partie avant l'arrivée de Rosalie dans la famille et elle n'avait jamais rencontré Esmée puisque nous vivions loin de tous à cette époque. Elle était partie à cause de moi et jamais je n'avais pu me le pardonner.
J'entendais les pensées d'Alice pendant que nous parlions, Bella et moi. Ma sœur m'avait demandé dès son arrivée de ne pas parler au milieu de la foule d'étudiants puis avait vite compris que ce n'était pas notre première rencontre. De là, j'avais vaguement entendu Alice se poser mentalement une foule de questions. J'étais cependant resté concentré sur Bella et uniquement sur elle. C'était mon Eurydice. Elle disparaissait à chaque fois que j'étais près de la trouver. J'avais fini par abandonner tout espoir de jamais la revoir.
Et de nouveau, je la regardais partir, me quitter et m'anéantir, sans rien pouvoir faire. Il était évident qu'elle m'en voudrait. J'avais mérité ce type de réaction. J'avais mérité son mépris et sa colère. Mais il fallait qu'elle me donne une chance de lui parler, que j'arrive à me faire pardonner pour tout le mal que je lui avais fait.
Le téléphone d'Alice sonna, me tirant brusquement de mes pensées. C'était Carlisle.
-Il y a un nouveau ? demanda-t-il.
-Oui. Elle s'appelle Isabella et visiblement Edward et toi la connaissez, dit Alice en me jetant un coup d'œil.
-Bella ? demanda-t-il, d'une voix atterrée. Tu as vu Edward ?
-Il est avec moi. Isabella vient de partir.
-Donne-lui le téléphone, s'il te plait.
Alice me tendit le téléphone et je répondis d'une voix blanche.
-Qu'est-ce qu'elle fait là, Edward ? Elle est venue pour te voir ?
-Non.
Même moi je pouvais percevoir que ma voix était éteinte.
-Elle est ici par hasard, ajoutai-je.
-Rentre à la maison, on va en parler.
-Oui.
J'étais prêt à tout accepter. Mon cerveau refusait de fonctionner et je ne sentais que l'affreuse douleur du manque.
-Repasse-moi Alice, s'il te plait.
J'obéis, et me perdit dans mes pensées les plus sombres.
-Je rentre tout de suite de l'hôpital. Je préviens Esmée que nous arrivons.
-Qu'est-ce qu'il se passe, Carlisle ? Qui est cette fille ?
-Je ne suis pas autorisé à parler de ça. C'est à Edward de décider s'il est prêt. Je serai chez nous dans 30mn.
-Bien. On arrive.
Elle raccrocha et se tourna vers moi, sa tête fourmillant de milliers de questions en même temps.
-Arrête ça s'il te plait.
Elle hocha la tête avec compassion et se mit à chanter l'hymne national grec en pensées.
-Merci.
Nous mîmes plus d'une demi-heure à rentrer et Carlisle nous attendait avec Esmée et Jasper. Rosalie et Emmett arrivèrent moins de deux minutes après nous.
« Comment te sens-tu ? » me demanda Carlisle en pensée.
Je haussai une épaule, abattu.
-Elle n'a pas voulu me parler, dis-je simplement en allant m'appuyer contre le manteau de la cheminée. Je laissai mon front reposer sur mon avant-bras et tentai d'enfouir toute cette souffrance au plus profond de moi, sans résultat. Je sentis cependant un léger apaisement, qui même s'il restait superficiel, me fit me sentir mieux.
-Merci, Jasper, murmurai-je sans me redresser.
« De rien. » pensa-t-il.
Autour de moi, j'entendais Esmée s'inquiéter, Emmett et Rosalie demandaient à Alice ce qu'il s'était passé et Carlisle qui se flagellait mentalement de toutes les erreurs qu'il avait faites quand Bella m'avait quitté. Je me redressai enfin et rencontrai six paires d'yeux.
-Bella était ma femme, lâchai-je enfin en allant vers le bar.
Je me servis un verre de whisky, entendis les pensées stupéfaites de mes frères et soeurs, Carlisle s'inquiéter que je replonge, et Emmett se souvenir de sa dernière cuite. Jasper vint me rejoindre et se servit un verre « pour ne pas te laisser boire tout seul, ça fait moche » pensa-t-il et je lui fis un sourire piteux.
J'avalai mon verre cul sec et m'en resservis un plus grand. Enfin, Rosalie s'impatienta et m'intima de continuer mon histoire.
-Nous nous sommes connus en 1916 à Chicago. Bella et moi étions encore humains. Ses parents et elle avaient emménagé à côté de chez nous. Ils venaient de Boston et avait hérité des biens et de la fortune d'une grande tante à Chicago. Elle avait 16 ans, moi 15 et c'était la plus belle fille que je n'avais jamais vu. J'ai mis un an à lui parler alors que nos parents se recevaient régulièrement. On est tombés amoureux et on avait décidé de se fiancer quand j'irais à l'université. Et puis, mes parents et moi sommes tombés malades. C'est là que Carlisle m'a trouvé. Il m'a transformé. Je continuais à surveiller Bella de loin. Elle croyait que j'étais mort et je ne pouvais pas l'approcher de peur de la tuer. Quelques semaines plus tard, ses parents sont morts et elle est tombée malade. J'ai supplié Carlisle de la sauver. Je ne pouvais pas la voir mourir, elle aussi. Je crois que ça a été notre première erreur, ajoutai-je en relevant les yeux vers Carlisle.
Il acquiesça avec compassion et pensa que j'étais très courageux d'en parler enfin. Je secouai la tête dans sa direction. En vérité, j'avais toujours été lâche quand il s'agissait de Bella.
-Bella… elle… elle a eu du mal à accepter sa condition. La première année a été difficile pour elle. Elle a souvent dit qu'elle aurait préféré qu'on la laisse mourir. Elle avait un self-control impressionnant pour un nouveau-né, bien plus que moi, mais… elle… elle a eu du mal à accepter qu'elle ne pourrait jamais vivre comme les humains. Enfin quoiqu'il en soit, quand j'ai été sûr qu'on ne serait plus un danger pour les humains, je lui ai proposé de voyager. Rien qu'elle et moi, pour lui changer les idées et la rendre heureuse. Elle avait toujours rêvé d'aller en Europe. Mais quitter Carlisle si jeunes a été une autre erreur. La pire erreur que j'aurais pu faire…
Je donnais des détails insignifiants pour eux, je m'en rendais bien compte. Mais je ne pouvais pas parler de Bella sans laisser les souvenirs ressurgirent d'eux-mêmes. La culpabilité m'envahit, bien plus intensément que tout à l'heure et je tournai le dos à ma famille, observant l'âtre de la cheminée.
-On s'est mariés en 1921, à Paris. On a passé quelques belles années. On a voyagé un peu partout en Europe et en Asie. On n'est jamais revenus aux Etats-Unis. Elle disait que ce pays lui rappelait trop de mauvais souvenirs, qu'elle ne voudrait sans doute jamais y remettre les pieds. Elle a sans doute pensé la même chose de l'Europe et de l'Asie, par la suite. Carlisle est venu nous rendre visite deux ou trois fois. Et puis, il t'a rencontrée Esmée.
Je me tournai vers elle et elle se souvint de l'époque où Carlisle lui parlait de nous avec une profonde affection. Il avait aimé Bella comme sa fille. Je me détournai de nouveau et fermait les yeux alors que je m'apprêtais à révéler la partie la plus difficile. Je ne pouvais pas tout leur dire. Je ne voulais pas affronter ça, revivre ces moments. J'avais tout foiré et la douleur que je ressentais encore maintenant me paralysait presque.
-En 1927, j'ai… commencé à… à déraper. Je croyais que… que je pouvais tout maîtriser. Elle n'était pas d'accord avec mes choix mais elle est quand même restée jusqu'en 1931. Je… je sais maintenant qu'elle a vécu un enfer avec moi à cette époque. Et… et un jour, je crois qu'elle a arrêté d'espérer que je changerais. Elle est partie et… et je ne l'ai plus jamais revue.
Je me dégoûtais. J'avais été un lâche et un sale type, surtout avec elle. Elle avait toutes les raisons de m'en vouloir. Elle avait été si patiente et elle avait vraiment tout fait pour que je change.
Le silence dans la pièce se fit pesant pour tous sauf pour moi. Le brouhaha des pensées de ma famille commença à me devenir insupportable. Mes frères et sœurs se demandaient comment j'avais bien pu déraper et Esmée s'inquiétait encore davantage.
-Bella a toutes les raisons de nous en vouloir, Edward, intervint finalement Carlisle. Je n'ai rien fait pour l'aider, moi non plus. J'étais… trop obnubilé par les débuts d'Esmée.
-Tout ça, c'était de ma faute, répondis-je en appuyant de nouveau ma tête sur le manteau de la cheminée.
-Pourquoi ne nous en as-tu jamais parlé avant ? demanda Rosalie avec douceur.
-Je ne voulais pas vous entendre penser à elle, avoir pitié de moi.
-Mais qu'est-ce que tu as bien pu faire de si grave pour qu'elle soit encore en colère 80 ans après ? interrogea Emmett.
-Je suis désolé mais je n'ai pas envie d'en parler.
Personne ne posa plus de questions et je montai, la mort dans l'âme, m'isoler dans ma chambre. Je ne voulais plus rien entendre. Je voulais oublier. Je voulais avoir fait les choses différemment.
POV Bella
Mon téléphone sonna plusieurs fois dans ma poche sur le chemin du retour chez moi mais je ne décrochais pas. J'avais besoin de rentrer vite et je ne voulais répondre à aucune question. C'était sans doute égoïste, surtout pour ma famille qui devait penser que j'étais morte mais j'avais besoin de ces cinq minutes de répit, avant les explications. Il fallait que je remette mes pensées en ordre, que je redevienne rationnelle et que je ne me laisse pas engloutir par la douleur et la colère. J'envoyais un texto à Charles pour le rassurer quand j'entrais dans mon appartement.
Tout va bien. Je ne suis pas en danger. Je vous appelle quand je peux. B.
Je mis un vinyle d'Elvis Presley sur ma platine et m'assis sur le canapé, laissant mes pensées dériver. Je n'aurais sans doute pas dû faire ça parce que je restai longtemps ainsi, à ressasser notre rupture affreuse, la colère et la frustration, l'amour aussi que j'avais ressenti pour lui. Tous les souvenirs que nous avions, les meilleurs comme les pires. Si j'avais pu pleurer, la douleur aurait peut-être eu une chance d'être extériorisée. Mais je restai là, assise, figée et froide comme le marbre, à penser plus vite que n'importe quel humain et à souffrir plus qu'il n'était possible de le faire. La musique s'était arrêtée depuis des heures et je ne sentais ni faim, ni envie de bouger, ni rien. Je ne sentais que le désespoir prendre de nouveau possession de moi. Je voulais rester ici pour l'éternité. Je savais que ce n'était pas bien, que je manquais de fierté et d'orgueil en ne recommençant pas à vivre normalement. Je savais aussi ce que ça voulait dire : j'aimais Edward depuis toujours et je l'aimerais sans doute à jamais. Mais j'étais incapable d'oublier et de pardonner ce qu'il m'avait fait. C'était au-dessus de mes forces.
Certes, il avait changé. Ses yeux étaient redevenus dorés, signe qu'il s'était désintoxiqué et j'avais lu dans son regard qu'il était l'Edward que j'avais un jour épousé. Et non l'horrible monstre qu'il était devenu par la suite. Je l'aimais mais je le haïssais aussi. Et c'était la pire chose qu'il puisse arriver à qui que ce soit, humain comme vampire, parce qu'il était, dans mon cas, impossible de se débarrasser de l'un ou l'autre de ces sentiments contradictoires.
Un jour passa, peut-être deux. J'étais toujours incapable de bouger. Je sentais que mon organisme était affaibli par le manque d'activité et sans doute aussi par la faim. Mon cerveau, anesthésié. J'avais vaguement entendu mon portable sonner plusieurs fois. Plusieurs heures plus tard, j'entendis mais ne réagis pas aux premiers coups frappés à la porte. Ni à la seconde volée. Mon portable sonna de nouveau, résonnant dans l'appartement mais je n'y touchai pas. On frappa de nouveau puis j'entendis vaguement qu'on fracturait ma porte d'entrée. La voix de Max résonna enfin dans l'appartement et je redressais la tête. La surprise réveilla mon esprit et j'articulais péniblement :
-Qu'est-ce que tu fais ici ?
Il s'accroupit face à moi et prit mon visage entre ses mains. Son visage reflétait une infinie tendresse, beaucoup de compassion aussi.
-Charles et Marie m'ont prévenu il y a deux jours. Douze heures après, j'étais à Orono. Ils m'ont vaguement expliqué ce qu'ils avaient conclu de ton appel. Ils s'apprêtaient à prendre un vol pour Seattle mais je leur ai dit qu'il valait mieux que ce soit moi qui vienne. Tu as une tête à faire peur. Même pour un vampire.
Je tentai un sourire mais mon visage me parut difficile à bouger. J'étais plus proche de Maximilian que de Charles ou Marie. Nous nous étions connus à une période difficile de nos vies et chacun avait aidé l'autre à s'en sortir. Max était plus qu'un ami. C'était une partie de moi-même.
-Merci.
Il ne dit rien et m'attira contre lui pour me prendre dans ses bras. Nous restâmes longtemps dans cette position et je puisai la force de me remettre à bouger en lui. Je le revoyais pour la première fois depuis un an et c'était juste ce qu'il me fallait pour redresser la barre. Il s'écarta de moi après un long moment et embrassa mes deux joues puis ma bouche avec douceur.
-C'est à cause de lui, n'est-ce pas ?
Je hochai la tête tandis qu'une violente douleur me transperçait de nouveau. Il m'embrassa encore, prolongeant le baiser. Nous n'étions pas amoureux l'un de l'autre. Nous nous aimions profondément mais ce n'était pas de l'amour romantique. Avec les années et les épreuves, nous avions partagé bien plus que des amis ordinaires. Cela incluait aussi le sexe. Max était objectivement beau. Blond aux yeux dorés, il était d'origine anglaise et n'avait jamais perdu la classe due à son rang. Il avait presque 30 ans quand il avait été transformé, au début du XVIIIème siècle. C'était alors un aristocrate libertin qui avait fait une mauvaise rencontre. Il s'était réveillé de sa transformation seul et affamé. C'en était suivi meurtre et carnage avant qu'il ne fasse la rencontre de Marie. Elle lui avait appris qu'on pouvait se nourrir autrement. Et ça avait été le début de notre clan.
Max m'avait dit un jour qu'il aimait m'embrasser et faire l'amour avec moi mais qu'il ne pourrait jamais tomber amoureux d'une femme qui en aimait un autre. Je lui avais répondu que c'était la même chose pour moi. Il avait eu l'air surpris et je lui avais expliqué que je m'étais aperçue qu'il aimait Marie plus qu'il ne l'aurait dû. Heureusement, Charles ne s'était rendu compte de rien et c'était resté notre secret à tous les deux.
-Nous devrions aller les voir, dit-il enfin en s'écartant de moi.
-Qui ?
-Ces Cullen.
-Mais pourquoi ?
-Tu n'en as pas assez de vivre avec ce fardeau ? Tu n'as pas envie de passer à autre chose ?
-Si, bien sûr.
-Et bien le meilleur moyen reste l'affrontement. Il y a trop de choses qui sont restées en suspens entre vous deux. Ca fait presque un siècle et tu n'as toujours pas avancé.
-Je ne l'ai vu que cinq minutes et regarde dans quel état je suis. Parfois, se souvenir est une malédiction, tu sais.
-Comment ça s'est passé exactement ?
Je lui racontai tout, en détails. Il m'écouta attentivement, assis près de moi, une main dans mes cheveux, l'autre autour de ma taille.
-Tu as été surprise. La seconde fois ne devrait pas être aussi douloureuse. Tu vas sans doute être amenée à le revoir, qui plus est. C'est long, une éternité et ça laisse pas mal d'opportunités. Si tu fais ton deuil maintenant, ce que tu ne t'es jamais donné l'occasion de faire avant, tu en sortiras apaisée et plus forte.
-Je n'ai pas envie de revivre tout ça.
-Tu le fais déjà.
-Je… je ne peux pas.
-Bien. Alors première étape, continua-t-il en passant une main sur ma joue, aller chasser. On est plus à même d'affronter les choses avec le ventre vide.
Il m'aida à me lever et me prit dans ses bras. Je me blottis contre lui et fermai les yeux.
-Je suis là et je vais rester ici le temps qu'il te faudra.
Il finit par me lâcher et je me sentais légèrement mieux. Max avait ce pouvoir sur moi. Il réussissait à m'apaiser, à trouver les mots qui me feraient me sentir mieux. Il me sourit doucement et me tira hors de mon appartement.
-C'est ta voiture ? demandai-je en voyant la superbe berline coupée.
-Je l'ai louée pour l'occasion, sourit-il.
Il m'ouvrit la portière et alla s'installer. Nous prîmes la route du parc national à côté de Seattle. C'était mon nouveau terrain de chasse et la nourriture locale n'était pas pour me déplaire.
Nous étions dans la forêt depuis deux heures quand nous sentîmes une présence surnaturelle. Plusieurs présences, à vrai dire. Nous abandonnâmes immédiatement le cerf que nous venions de chasser et nous tendîmes à l'unisson.
-On dirait que nous ne sommes pas seuls, commenta Max en humant l'air.
Je me redressai, priant pour que ce ne soit pas les Cullen. Les vampires se rapprochaient et je tentai de reconnaitre l'odeur d'Edward. Quand ils ne furent plus qu'à quelques dizaines de mètres, je reconnus celle d'Alice. Il y avait deux autres personnes avec elle.
-Bella ? m'appela la sœur d'Edward en émergeant des bois.
Elle lança un coup d'œil curieux à Max et deux autres vampires apparurent face à nous. Max, d'abord tendu, eu un large sourire en voyant l'un des deux vampires.
-Jasper ! Ca faisait longtemps.
-Bonsoir Maximilian, répondit simplement celui-ci.
-Vous vous connaissez comment ? Demandai-je.
-Oui. Maria et moi avons eu notre époque, sourit pensivement Max.
-Maria ?
-La créatrice de Jasper, répondit Alice.
-Oh.
Il y eu un silence gêné, rapidement rompu par le dernier vampire, un brun souriant et très costaud.
-Alors c'est toi, Bella ?
-Emmett, avertirent Alice et Jasper d'une même voix.
-Ravi de faire ta connaissance. Edward nous a beaucoup parlé de toi. Enfin… dernièrement.
Le dit Emmett s'approcha de moi et me tendit la main. Je la serrai et pus sentir qu'il n'avait pas que l'air fort. Il serra ensuite la main de Max avant de se reculer.
-Vous chassiez aussi ? demanda Max.
-Non, Alice a vu que vous seriez là alors on est venu à votre rencontre, avoua Emmett.
Ses deux congénères lui lancèrent un regard agacé. Alice tourna ensuite son attention vers moi.
-« A vu » ? demanda Max.
Il observa Alice avec intérêt, se demandant sans doute comme moi quel était son don.
-Alice est médium, répondit Jasper.
-Intéressant.
-Alors, Isabella et toi, vous vous connaissez d'où ? demanda Emmett.
J'allais répondre que nous étions amis depuis longtemps quand je sentis le bras de Max sur ma hanche.
-C'est ma fiancée.
Je lui lançai un regard qui voulait dire « Mais à quoi tu joues ? ». Il me fit un clin d'œil presque imperceptible. Cela n'avait duré qu'un millième de seconde et les autres avaient l'air trop gêné pour l'avoir perçu. Je me prêtai donc au jeu et me rapprocha un peu de Max.
-Pas encore fiancés, ajoutai-je.
-Bientôt Milady, bientôt, répondit-il avec un sourire en coin.
Je levai les yeux au ciel et reportai mon attention sur Alice.
-Vous nous cherchiez pour quoi au juste ?
-Carlisle voudrait te voir, répondit-elle.
-Il ne pouvait pas se déplacer lui-même ?
Les membres du clan Cullen ne parurent pas surpris de mon ton agacé. Je ne pardonnerai sans doute jamais Carlisle non plus.
-Je n'ai pas pu lui dire précisément quand ça arriverait et il doit travailler.
-Carlisle, le gentil docteur qui transforme les gens en vampire, me moquai-je.
Max me lança un regard perçant, sans doute peu habitué à me voir aussi agressive.
-Je l'ai appelé. Il est en train de rentrer, continua Alice sans relever. Si ça peut t'aider à décider, Edward n'est pas à la maison.
-Je me fiche de l'endroit où est Edward.
-Bien, dit-elle, pincée, alors c'est une affaire réglée.
-Bien sûr, intervint Max. Nous vous suivons.
Il me poussa fermement à avancer et je me laissai faire sans envie.
-Vous habitez loin ? demanda-t-il.
-A 5km, aux portes de la forêt.
-Allons-y alors.
Tout en courant à une allure vampirique vers la maison, suivant les autres, je vis Max sortir son téléphone et taper un texto. Je le reçus quelques secondes plus tard.
S'il est là, active ton champs de protection autour de moi, je n'ai pas très envie qu'on se balade dans mes pensées.
Sans m'arrêter, je hochais la tête dans sa direction et nous arrivâmes bientôt face à la maison des Cullen. Je sentis l'odeur d'un vampire et avant que je ne puisse poser une question Alice nous informa que c'était Esmée..
-C'est la femme de Carlisle, nous informa Alice.
-Je sais qui est Esmée, marmonnai-je plus pour moi-même.
A côté de moi, Max sourit largement à ma véhémence.
-La tigresse sort les griffes, pouffa-t-il.
-Je te préférais dépressif, rétorquai-je en lui lançant un regard noir, atténué par mon sourire amusé.
Il sourit de plus belle et secoua la tête. Alice nous fit entrer dans la maison et une jolie trentenaire nous accueillit avec un grand sourire chaleureux.
-Bella, je suis ravie de te rencontrer enfin, s'exclama-t-elle en s'approchant pour me prendre les mains.
Je reculai et croisai les bras, fermée. Elle perdit un peu de son sourire et s'arrêta.
-Bonjour, dis-je froidement.
Je n'avais pas pour habitude d'être malpolie. Après tout, j'avais été élevée au début du XXème siècle dans une famille bourgeoise originaire de Boston. Mais je m'étais endurcie et je faisais un rejet total de la famille Cullen dans son intégralité.
-Esmée, je suis ravi, enchaîna Max en lui faisant un baise-main. Maximilian Hastings.
'Ah oui Max ? les femmes mariées aussi ?' m'exclamai-je en pensées. Cet homme était un dragueur invétéré.
-Oh… enchantée, répondit-elle un peu surprise.
-Je suis le fiancé de Bella, continua-t-il en relâchant sa main.
J'avais du mal à me faire à ce mensonge mais j'avais compris que ces petits jeux servaient souvent à tester, vérifier ou manipuler. Max avait parfois un esprit compliqué à comprendre.
-Vous êtes fiancés ?
Elle parut déçue une seconde mais se reprit bien vite. Elle esquissa un sourire chaleureux mais son regard restait inquiet.
-Félicitations, alors.
-Merci, répondit-il avec un sourire éclatant. Une femme comme elle, quand on l'a, il faut être fou pour la laisser partir, ajouta-t-il avec un sourire narquois.
D'accord…, me dis-je, je vois où tu veux en venir, vilain manipulateur. Surtout que je venais tout juste de sentir une nouvelle présence dans l'allée. Une présence qui n'était pas Carlisle et qui avait sans doute entendu notre conversation depuis plusieurs dizaines de secondes. J'éloignai mon champ de protection pour y englober Maximilian, afin qu'on ne lise pas ses pensées. Il me lança un sourire goguenard. Il avait tout planifié, le salaud.
La voiture du nouveau venu ralentit dans un crissement de graviers et la portière claqua. Tout le monde parut mal à l'aise tout à coup. Ils avaient dû percevoir l'arrivée d'Edward en même temps que moi. La tension monta encore d'un cran quand ce dernier entra dans le salon. Il s'arrêta à l'entrée, mélange de colère et de peine.
-Super, marmonnai-je. Merci Max.
Il parut très content de lui et en rajouta encore en prenant ma main pour y déposer un baiser.
-Tu… tu es fiancée ? demanda Edward, fixé sur nos mains.
-Il y a un problème ? rétorqua Max en haussant un sourcil
Il avait perdu toute jovialité et je le sentais même prêt à sortir les crocs. Il tenait toujours ma main dans la sienne, le long de son corps et se rapprocha de moi. « Arrête d'en rajouter » pensai-je.
-Tu… pourquoi tu ne me l'as pas dit ? persista Edward sans faire attention à mon prétendu fiancé.
-Je ne pense pas que ça te regarde.
-On est toujours mariés à ce que je sache.
-Ca fait 80 ans qu'on est séparés ! M'exclamai-je, irritée.
-Tu es toujours ma femme !
-Si tu parles de légalité, je te rappelle qu'on est censés être morts.
-C'est ça ton argumentaire ?
-Je ne crois pas qu'elle ait besoin d'argumenter quoique ce soit, intervint de nouveau Max. Il me semble qu'elle t'a quitté pour une bonne raison. Il faut assumer ses erreurs, mon vieux. Quoiqu'il en soit, je t'en remercie de l'avoir faite. Ca a laissé la place aux autres, ponctua-t-il avec un sourire vicieux.
Et bien évidemment, tout dérapa. Edward se jeta sur lui, lui assénant coup de poing sur coup de poing. Max encaissa puis réussit à se libérer en envoyant Edward à travers le salon. Mon prétendu fiancé se redressa tandis qu'Edward reprenait l'équilibre. Ils se foncèrent dessus, tous crocs dehors.
-100$ sur Edward, s'amusa Emmett, tendant un billet à Jasper qui prit le billet sans quitter la scène des yeux.
-J'adore Edward, mais je sais comment Maximilian se bat, répondit celui-ci. Tenu.
Alice secoua la tête, et leva les yeux au ciel. Elle tenta d'attraper son frère par les épaules pour les séparer. Il la repoussa violemment et envoya un nouveau coup à son adversaire. Alice se redressa en maugréant et hurla à Jasper de venir l'aider. Ce dernier attrapa son épouse et la prit dans ses bras en lui disant qu'il fallait parfois laisser se déchaîner les passions. « C'est ça, oui, et tu ne veux pas gagner ton pari peut-être ? » me dis-je en secouant la tête.
Max réussit finalement à repousser Edward. Il prit sa tête à deux mains et la tapa violemment contre le mur. La maison entière trembla. Edward parut sonné une demi-seconde puis se jeta de nouveau sur Max, les faisant, dans son élan, passer tous deux par la fenêtre du salon. Nous nous précipitâmes tous dehors et je regardai Edward et Max continuer de se battre, atterrée. Je croisai une expression identique à la mienne sur le visage d'Esmée. C'était ridicule. Totalement ridicule.
-Bon, ça suffit maintenant, intervins-je. CA SUFFIT ! hurlai-je, hors de moi.
Mon cri résonna dans la forêt qui bordait la maison des Cullen. Max et Edward s'arrêtèrent dans une synchronisation parfaite et tournèrent la tête vers moi.
-Mais qu'est-ce qui vous prend, bon sang ? Vous êtes devenus complètement malades ?!
Je les regardai, choquée, les fixant un moment à tour de rôle. Ne lisant aucune culpabilité sur leur visage, je m'éloignai d'eux, de la maison, de cette famille de malheur. J'entendis vaguement qu'ils m'appelaient tous deux mais j'étais déjà au milieu de l'allée. On m'arrêta cependant dans mon élan en attrapant ma main. Je me retournai brutalement et, dans mon élan, giflai la personne qui m'avait arrêtée. Voir Edward accuser le coup me calma instantanément. Ma colère retomba et je le regardai, choquée de l'avoir frappé. Il était débraillé, sa chemise était en lambeau, son visage coupable.
-Je ne l'ai pas volée, celle-ci, dit-il simplement, penaud. Bella… Bella, je m'excuse, poursuivit-il. Je n'aurais jamais du agresser ton fiancé. Je… j'étais furieux. J'étais… jaloux, avoua-t-il en baissant la tête. Je m'en veux.
Il était beau à couper le souffle à ce moment précis. Les yeux d'Edward avaient toujours été le miroir de son âme. Toutes ses émotions les traversaient. Je soupirai, d'une façon typiquement humaine.
-Je sais. Je sais que tu as changé, continuai-je doucement. Tu es redevenu toi-même. C'est bien et je suis contente pour toi.
Je vis une lueur d'espoir briller dans ses yeux. A laquelle je dus mettre fin, comme il avait mis fin à la mienne 82 ans plus tôt.
-Mais j'ai changé moi aussi. Et je ne veux pas que tu viennes gâcher la nouvelle vie que j'ai réussi à créer. Je vais rester ici. Dans cette ville et dans cette fac. Je vais vivre ici parce que j'en ai assez de partir. Je n'en peux plus de devoir te fuir comme je l'ai fait quand tu me cherchais. Oui, je sais que tu m'as cherchée. Et je sais aussi que jamais je ne pourrai te pardonner pour ce que tu m'as fait.
Si j'avais pu pleurer à ce moment précis, je l'aurais sans doute fait en voyant son visage décomposé. Je savais que j'avais été cruelle. Mais la mémoire d'un vampire est infaillible et j'avais vécu avec le côté sombre d'Edward Masen pendant quatre longues années. J'aurais sans doute pu en passer ainsi 40 de plus tant j'avais été amoureuse et capable de patience avec lui. Si seulement il n'était pas allé trop loin le jour de mon départ.
Max choisit cet instant pour me rejoindre et il ne dit pas un mot en me tirant vers le portail. Je savais qu'il avait tout entendu. Il avait même peut-être anticipé ce type de réaction. C'était son don. Il savait tirer le meilleur parti d'une situation. Il plaçait ses pions et faisait confiance à sa connaissance de la nature humaine ou vampirique pour amener les gens là où il voulait qu'ils aillent. Sans doute aurais-je du lui en vouloir. Mais j'avais aussi compris qu'il avait fait ça pour moi. Pour que je me libère et que j'arrête de reculer face à l'obstacle. Qui sait, peut-être que dire à Edward que j'étais passée à autre chose m'avait permis de m'en convaincre moi-même ?
Edward boit de l'alcool ? Edward se bat ? Edward est jaloux ? Bon je l'avoue, j'ai un peu changé les habitudes de notre cher vampire. Aimez-vous ? Détestez-vous ? Que pensez-vous de Max ? Certaines vont le détester encore plus dans le prochain chapitre !
J'attends vos réactions :D
A tantôt tout le monde !
Ps : encore désolée s'il reste quelques fautes, je ne les vois plus à force de lire et relire…
Ps2: je viens de publier un OS si le coeur vous en dit...
Je le mets aussi à la fin : EDIT: Je fais une modif, on m'a fait me rendre compte d'erreurs dans le texte. Pour Edward et ses yeux marrons, j'ai la flemme de retrouver ça, mais pour les yeux bleus de Max, shame on me, je change tout de suite ! Désolée pour l'erreur, je suis peut-être un peu trop dans Vampire Diaries ;-)
