STEALING HARRY

Chapitre 13


Lorsqu'Harry mit les pieds à la librairie, il pouvait sentir la tension dans l'air. Ayant grandi avec les Dursley, il avait appris à remarquer l'humeur des gens autour de lui. Ce trait faisait partie de son instinct de survie.

Bien que Sirius était là pour l'accueillir, il ne resta pas sous forme humaine bien longtemps. Remus sourit et parut content de le voir, mais il devint très vite silencieux, même pour Remus. Harry prit place dans l'un des fauteuils, la tête de Patmol reposant contre son genou alors qu'il racontait sa nuit dans les moindres détails.

Sauf, bien sûr, le sujet des recherches de Percy.

Ce fut un petit groupe bien silencieux qui quitta Sandust, et pendant que Remus fermait la boutique, Harry marcha jusqu'à la pâtisserie, son bras encerclant les larges épaules de Patmol. Les frères qui y travaillaient avaient déjà préparé leur commande du soir : un vieux baguel au miel pour Patmol, un chausson aux pommes pour Lunard et un biscuit à l'avoine pour Harry.

Harry nourrit Patmol, déchirant le baguel en morceaux alors qu'ils marchaient vers l'appartement. Lunard était silencieux, perdu dans ses pensées. Harry l'observa attentivement, se demandant s'il était vrai que distinguer un humain d'un loup-garou était impossible.

Lorsqu'ils atteignirent enfin la porte d'entrée de l'appartement, il décida que cela n'avait pas d'importance.

- Viens dans la cuisine laver tes mains, Harry. Peu importe que Patmol soit un Animagus, de la bave de chien, c'est de la bave de chien, dit Remus en déposant son sac dans la cuisine.

Harry entra et grimpa sur le tabouret pour atteindre l'évier pendant que Remus déballait son chausson, le déposait sur une assiette et ressortait une fourchette pour le manger proprement.

- Est-ce que Sirius va changer se soir? demanda Harry en entendant Patmol s'écraser sur le divan du salon.

- Je ne sais pas, répliqua Remus. Tu peux lui demander.

- Vous vous êtes disputés?

- Qui ça?

- Sirius et toi, dit Harry en séchant ses mains. Quand l'oncle Vernon et la tante Pétunia se disputaient, elle cessait de lui parler.

- Non, Harry, nous ne nous sommes pas disputés, dit Remus autour d'une bouchée de pommes. Quand les gens civilisés se disputent, ils règlent leurs problèmes un à la fois, comme ça ils n'ont pas besoin d'arrêter de se parler.

- Mais Sirius ne peut pas parler quand il est Patmol.

Remus réfléchit un moment.

- Harry, tu sais… Toi tu as Grenouille, pas vrai?

- Ouais.

- Et tu sais à quel point tu avais peur quand tu es venu vivre avec nous et tu ne voulais plus laisser Grenouille?

Harry sourit et hocha la tête.

- Eh bien, être Patmol, pour Sirius, c'est un peu comme toi avec Grenouille. Quand quelque chose ne va pas… ça lui donne de l'espace, du temps pour réfléchir.

Harry allongea le bras pour prendre un morceau du chausson aux pommes. Remus y mit un peu de glaçage avant qu'Harry le mette dans sa bouche, mâchouillant d'un air songeur.

- Alors quelque chose ne va pas, dit-il.

Remus eut l'air surpris. Harry attendit patiemment.

- En fait, euh… c'est difficile à expliquer, commença-t-il.

Harry soupira.

- C'est encore un truc de grands, c'est ça? demanda-t-il avec impatience.

- Je suppose qu'on a souvent utilisé cette excuse ces dernières semaines, pas vrai? admit Remus. C'est seulement que… Sirius a besoin de régler quelques petites choses. Il doit réfléchir très, très fort. C'est tout.

- D'accord, mais s'il n'est pas redevenu Sirius demain, je lui fais prendre un bain, finit-il.

Remus ébouriffa ses cheveux.

- Allez, va. Peut-être que Patmol aimerait que tu lui fasses la lecture, ce soir, dit-il.

Il regarda Harry quitter la cuisine et se jeter sur le vieux divan aux côtés de Patmol avant d'attraper une copie des Aventures de Sherlock Holmes sur la table basse. Il écouta Harry lire pendant quelques minutes, interrompu de temps en temps par les coups que donnait la queue de Patmol contre le divan quand Harry réussissait à prononcer un mot particulièrement long. Il se retourna vers la cuisine. Après tout, il avait un repas à préparer.

Il se tenait exactement à cet endroit quand Sirius l'avait embrassé. Il se tenait à l'endroit précis où ils avaient fait du thé ensemble et…

Une assiette se cassa et Remus jura.

- Ça va, Lunard? demanda Harry du salon.

Les oreilles de Patmol étaient aux aguets.

- Ça va, Harry. J'ai fait tomber une assiette, dit-il en se dépêchant de tout arranger avec un Reparo et un coup de baguette.

Assez de ces bêtises! Ils continueraient comme si de rien n'était. C'est lui-même qui l'avait exigé.

Alors, suis tes propres règles, Lupin…


Patmol dormit sur le lit d'Harry cette nuit-là, mais il était redevenu humain et s'attardait dans la douche lorsque Remus se réveilla le matin suivant. Le problème auquel il avait réfléchi semblait maintenant être résolu et, pour le bien d'Harry, Remus tenta d'interagir avec lui de façon normale, bien que ce soit plutôt difficile. Il n'avait pas réalisé à quel point ils flirtaient ensemble continuellement avant que cela ne devienne confortable.

C'était presque un soulagement de partir pour Sandust en sachant que Sirius emmenait Harry au cinéma pour la séance de matinée du dimanche. C'était au tour de Sirius de cuisiner, ce qui signifiait que s'il ne flottait pas une odeur de brûlé dans l'appartement lorsqu'il entrait, la nourriture serait sûrement mangeable. Il renifla : des côtes de porc avec des pommes de terre en purée… et des pois en bouillie.

Un plat réconfortant à la Sirius Black. Le genre de mets que vous pourriez cuisiner pour votre ami s'il était fâché contre vous. Sauf que Remus n'aimait pas les pois en bouillie et n'affectionnait pas particulièrement les côtes de porc.

Il secoua la tête. Sirius pouvait être un peu égocentrique parfois.

- On dîne plus tôt ce soir, annonça Sirius dans la cuisine. Ensuite on va observer les étoiles.

- On va faire quoi? demanda Remus en se dirigeant vers la chambre alors qu'Harry trottait derrière lui.

- De l'astronomie. Tu savais qu'Harry ne connaît aucune constellation? dit Sirius de la cuisine.

Remus retira sa chemise et la change pour un t-shirt Moldu et un pull.

- Pas une seule? demanda Remus à Harry, qui secoua la tête. Eh bien, il faut définitivement y remédier, mais…

- J'ai pensé qu'on pourrait prendre la moto… commença Sirius.

Il s'interrompit sous le regard noir que lui lança Remus.

- Ou le train… Le train, c'est bien aussi. On pourrait quitter la ville, prendre un cherche-étoile, et tu as toujours tes vieux livres de cours, pas vrai?

- Oui, quelque part.

- On sera rentrés à temps pour qu'Harry passe une bonne nuit de sommeil et soit prêt pour l'école demain. Molly a dit qu'ils commenceront à voir les constellations dans peu de temps, continua Sirius.

Remus réalisa que Sirius avait tout planifié soigneusement, bien que rapidement, et il se mit à la recherche de ses gants.

- Ça me semble être une bonne idée, dit-il en sortant dans le couloir, Harry courant derrière lui.

Sirius l'observa attentivement.

- Tu trouves?

- Oui, tant qu'Harry puisse dormir suffisamment. Je n'ai pas fait d'astronomie depuis l'école, dit-il.

Sirius continuait à l'observer. Il sourit d'un air enthousiaste.

- Alors, on mange?

Après quelques secondes, Sirius lui rendit son sourire.

- Splendide, dit-il. On mange.

- Des patates! s'exclama Harry en grimpant sur une chaise dans la cuisine.

Tous deux lui lancèrent des regards étonnés.

- Tu aimais les pommes de terre en purée quand tu avais son âge? demanda Remus.

- Je détestais ça.

- Moi aussi.

Sirius haussa les épaules et poussa Remus vers la table.

- Il peut bien avoir mes pois aussi… lui dit Remus.

- Hé, Lunard.

- Mmmm?

- Tu as froid?

- Pas après le brandy. Toi?

- Je me suis jeté un sort de réchauffement.

- Où est Harry?

- Il s'est endormi sur ma jambe.

- Tu l'as bien cherché.

- Comment?

- En était paternel et tout ça… Tu l'as bien cherché qu'il s'endorme sur ta jambe.

- Tu n'aurais pas dû boire toute la bouteille.

- Je ne l'ai pas bue au complet. Tu en as bu au moins la moitié.

- Le quart. Et je supporte mieux l'alcool que toi.

- Mensonges et fourberies, Patmol!

- Chut! Tu vas réveiller Harry.

- Eh bien, c'est pour lui qu'on s'est rendus jusque dans ce trou.

- Regarde ça.

- Quoi?

- C'est l'étoile du Chien.

- Ouais. Et Orion. J'ai toujours aimé Orion.

- Pourquoi?

- Il est facile à trouver.

- Non, vraiment, pourquoi?

- C'est la première constellation que j'ai apprise. C'est mon père qui me l'a montrée.

- C'est l'une des premières qu'Harry a apprises aussi. On la lui a montrée.

- C'est vrai, Pat.

- Je lui ai montré l'étoile du Chien avant, par contre.

- Bien sûr.

- Ça ne te fait rien, j'espère.

- Quoi?

- Qu'Harry soit endormi sur ma jambe. Ça ne me fait rien non plus… Je l'aime, Lunard.

- Bien sûr que tu l'aimes.

- Mais pas… pas parce qu'il est le fils de James, ni parce que je suis censé l'aimer. Je l'aime parce qu'il est lui.

- C'est bien.

- Tu entends ça?

- Quoi?

- Je ne sais pas. Ce n'est sûrement rien.

- Pousse-toi un peu.

- Qu'est-ce qu'il y a?

- J'ai froid.

- On devrait rentrer bientôt.

- Oui, bientôt.

Harry était effectivement allongé sur la jambe de Sirius, sa tête reposant contre le mollet de son parrain, mais il ne dormait pas. Il regardait une paire d'yeux scintillant dans le noir près de la botte de Sirius.

- Salut, dit Harry en un murmure. Tu habites ici?

- Salut, le grand, dit le serpent. J'habite ici. Et toi?

- Non, j'habite en ville, répondit Harry.

- Que fais-tu dans mon pré?

Harry réfléchit.

- Sirius m'a emmené voir les étoiles.

Le serpent secoua la tête.

- Les quoi?

- Les étoiles.

- Qu'est-ce que c'est?

- Regarde au-dessus de ta tête, dit Harry.

Le serpent tourna brièvement sa tête vers le ciel avant de se tourner vers Harry.

- Je ne vois rien du tout, dit-il.

- Je suis désolé, dit poliment Harry. Peut-être que tu es trop petit.

- Il y a une souris près de toi, dit le serpent. Je vais la manger.

Harry entendit un bruit de mouvement et il sentit Remus tirer sur la couverture qu'ils partageaient tous les trois pour se rapprocher de Sirius. Quand il se retourna, le serpent se sauvait un peu plus loin, pourchassant une ombre, sans doute la souris qu'il voulait manger.

- Sirius? dit-il d'un air ensommeillé.

- Oui, gamin, répliqua la voix grave de Sirius. Je crois qu'il est temps de rentrer.

Harry se releva et Sirius fit de même, se frottant la tête. Remus resta allongé par terre, les mains derrière la tête, regardant les étoiles.

- Allez, viens, Lunard, dit Sirius.

Remus sourit, presque invisible à la lueur des étoiles et il replia la couverture que Sirius enveloppa autour d'Harry avant de le soulever dans ses bras. Harry poussa un petit cri de surprise.

- Allez, on doit attraper le dernier train, dit Sirius. Tu viens, Lunard?

Ils se retournèrent tous pour voir Remus qui observait la lune. Il se tourna vers Sirius.

- La lune croît, dit-il doucement.

- Elle le fait tous les mois, répondit Sirius.

- C'est ce qu'on m'a dit, dit Remus avec un sourire. Allez, il vaut mieux rentrer, sinon Harry s'endormira pendant ses cours de demain et Molly nous fera la peau à tous les deux.


Le week-end suivant, Harry visita à nouveau Poudlard, excité de pouvoir assister à son premier vrai match de Quidditch. Ce serait Serpentard contre Poufsouffle. Harry aurait bien voulu s'éloigner pour s'asseoir avec Olivier afin d'obtenir un commentaire détaillé sur la partie, mais il avait accepté de rester près du professeur Rogue pour encourager ses amis de l'équipe de Serpentard.

- J'espère que tu n'as pas froid, dit le professeur Rogue en guidant Harry en haut des gradins.

Harry ajusta ses gants de tricot noir et rabaissa le chapeau rouge sur ses oreilles.

- Fais bien attention. Il y a beaucoup de vent aujourd'hui.

Harry était déjà monté dans les gradins quand ils étaient vides, plusieurs fois, sans tomber, mais il laissa le professeur Rogue poser une main sur son épaule pour le mener vers deux sièges très bien placés. Il salua Olivier qui lui sourit.

- Tu pourras voir ton ami après la partie, lui dit Professeur Rogue.

Harry prit place sur le banc, tremblant d'excitation.

- Arrête de te tortiller comme ça, dit Rogue.

Harry s'occupa en scrutant chaque recoin du terrain, tentant de nommer les élèves près de lui. Il en connaissant un grand nombre d'entre eux, des Serpentard et des Gryffondor, pour la plupart. Il trouvait toujours étrange que les élèves des deux Maisons refusent de se parler.

Un petit sac en papier apparut près de lui et il se tourna vers le professeur Rogue, qui observait les joueurs sortir sur le terrain. Harry ramassa le sac encore chaud dans ses mains. Il était rempli des amandes rôties et sucrées qu'on vendait avant la partie.

- Merci, dit-il parmi les cris des élèves, mais le professeur Rogue ne répondit pas.

Il encouragea les élèves de façon neutre. Il était amusant de crier pour les Serpentard, qui gagnaient, mais de secrètement souhaiter victoire aux Poufsouffle, qui persévéraient malgré tout. Olivier semblait lui aussi encourager Poufsouffle.

Puis il aperçut l'attrapeuse de Serpentard effectuer une plongée et il sut qu'elle avait vu le Vif. Il pouvait presque distinguer la petite balle dorée et son souffle se bloqua dans sa gorge quand les doigts de la jeune fille se refermèrent autour d'elle et qu'elle redressa son balai parmi les hurlements des partisans.

- Ils ont gagné! Vous avez vu? dit Harry en oubliant ses bonnes manières et s'agrippant à la manche du professeur Rogue.

Il le relâcha immédiatement, mais l'homme lui lança un bref regard, le coin de ses lèvres se retroussant pendant un instant.

- J'ai vu, dit-il calmement. Ils ont bien joué.

Il patienta pendant qu'Harry courait dans les gradins pour aller parler à Olivier, qui semblait moins joyeux, mais tout de même heureux.

- Ça veut dire que Poufsouffle ne pourra pas gagner le tournoi. Ce sera Gryffondor et Serpentard pour la Coupe, expliqua-t-il en partageant les dernières amandes d'Harry. Bill Weasley m'a promis que je pourrai les aider à s'habiller et à transporter leurs balais avant la Coupe. Qu'est-ce que tu penses de ça?

Harry était émerveillé.

- J'encouragerai Gryffondor, alors! dit-il. Je suis certain que je serai autorisé à revenir voir le dernier match. J'ai même un pull rouge et or et Si… mon père me donnera une Mornille pour acheter un fanion.

- Parvus, dit le professeur Rogue.

- Je dois y aller. Dis aux Poufsouffle que je suis désolé pour eux! s'exclama Harry avant de courir vers Professeur Rogue, fourrant le sac d'amandes vide dans sa poche.

Il tendit la main automatiquement et Professeur Rogue la prit, le guidant à travers la foule jusqu'à l'échelle.

- On va où maintenant? demanda Harry.

- Nous retournons aux donjons. Assez d'énervement pour aujourd'hui, répliqua le professeur Rogue. Tu vas m'aider à nourrir les animaux.

Harry dévala l'échelle, puis attendit Rogue tout en bas avant de rejoindre la foule qui se dirigeait vers le château.

- Vous m'emmènerez voir un match de Quidditch de grands un jour? demanda Harry. Dans un vrai stade et tout?

- Nous verrons, répliqua Rogue. Pour l'instant, je crois que tu ne contrôles pas suffisamment tes émotions.

- Je serai sage, promis Harry. S'il vous plaît?

- Nous verrons, répéta Rogue. En attendant, n'en reparle plus.

Harry obéit et resta silencieux. Il avait appris que la meilleure façon de faire plaisir au professeur grincheux était de garder le silence et de faire ce qu'on lui disait. Ce n'était rien de trop difficile, surtout quand il devait garder le silence et faire ce qu'on lui disait dans un endroit comme le Chemin de Traverse, où il n'avait nul besoin de parler pour voir toutes les merveilles que les boutiques magiques avaient à offrir.