STEALING HARRY

Chapitre 14


Lorsqu'ils rentrèrent au château, Rogue déverrouilla la petite pièce dont l'écriteau indiquait : « Entrée interdite aux élèves » et Harry pénétra à l'intérieur, appréciant l'air chaud sur son visage après le vent frais qui soufflait à l'extérieur. Il connaissait plutôt bien les donjons à présent. Il y avait la classe de potions, avec un placard à rangement d'un côté et la pièce artificiellement chauffée où étaient gardés les animaux de l'autre, ainsi qu'une grande armoire contenant les ingrédients auxquels les élèves avaient accès au fond de la pièce. Un peu plus loin se trouvait la salle commune de Serpentard et les appartements du professeur Rogue, mais Harry n'y avait jamais passé plus de quelques minutes.

Il n'était entré qu'une seule fois dans la pièce des animaux, très brièvement. Rogue le guida à l'intérieur et lui donna un pot contenant des petites granules blanches.

- Près du mur du fond, pour les souris, dit-il.

Harry traversa la pièce sombre, observant curieusement la boîte de verre remplie de souris. Rogue apparut derrière lui et plongea la main dans le terrarium pour en retirer un petit bol bleu. Harry le remplit jusqu'à ce que Rogue lui dise d'arrêter. Il regarda les souris se précipiter sur le bol dès que Rogue le déposa.

- Ça chatouille? demanda-t-il en voyant les souris effleurer les doigts pâles du maître des potions.

- Je ne m'en rends pas compte, répliqua Rogue.

- Elles sont pour quoi?

- Pour nourrir les serpents. Et pour quelques sortilèges aussi, ajouta l'homme d'un air pensif.

Harry les observa un moment, songeant au serpent qu'il avait vu dans le pré lorsqu'il était allé observer les étoiles avec Sirius et Remus.

- Les plus grands ont déjà été nourris, sinon je t'aurais fait une démonstration, dit Rogue avec un sourire pas très gentil.

Harry le suivit et monta sur une chaise pour presser son nez contre un autre terrarium. Un petit serpent thamnophi gisait tout au fond, sa langue fourchue ressortant de sa petite bouche en mouvements rapides.

- Vous aimez les serpents, hein? demanda Harry.

- C'est sans importance, répondit Rogue.

- Alors pourquoi vous en avez autant?

- Ils sont nécessaires. La peau de serpent est un ingrédient commun en potions et quelques espèces sont utiles pour certaines formes de divination.

- Comment ça?

- Il s'agit d'une méthode pour prédire le futur bien plus exacte que les cartes à jouer ou les feuilles de thé, dit Rogue alors qu'Harry songeait au professeur Trelawney. Ce spécimen est généralement utilisé pour sa peau unique. Il s'appelle…

- Salut, serpent! dit Harry alors que le serpent se mettait à remuer.

Professeur Rogue fronça les sourcils.

- Tu ne veux pas savoir son nom?

- Les serpents n'ont pas de noms, répliqua Harry sur un ton de réprimande.

- Comment le sais-tu?

- J'en ai interrogé un une fois. Elle me l'a dit, répondit Harry d'un air absent.

- Comment vas-tu aujourd'hui, serpent? demanda-t-il.

Le serpent hocha la tête.

- Tu as faim? continua-t-il. Tu manges quoi?

- De petites choses, répondit le serpent.

Harry sourit au professeur Rogue qui le regardait d'un air choqué.

- Vous lui avez donné quoi à manger à celui-ci? continua Harry comme si de rien n'était.

- Tu peux comprendre ce qu'il dit? demanda le professeur Rogue.

- Oh, oui. Parfois ils n'aiment pas discuter. Ils sont timides.

Le professeur ne semblait pas savoir quoi faire, alors Harry sauta du tabouret et se dirigea vers un comptoir où se trouvait un bocal rempli de grillons. Les grillons étaient des petites choses, après tout.

- Comment je fais pour en prendre seulement quelques-uns? demanda-t-il d'un air plaintif.

Sortant de sa transe, l'homme ramassa le pot, souleva le couvercle et laissa s'échapper deux ou trois insectes dans la cage du serpent qui n'en fit que quelques bouchées, sifflant avec délice pendant qu'Harry l'observait avec fascination.

- Mmmm, des grillons! s'exclama Harry. Je parie que pour eux c'est comme du chocolat, hein?

- Je… je n'y avais jamais songé, répliqua le professeur Rogue en tapotant le bocal de verre du bout des doigts. Comment as-tu su qu'il voulait des grillons?

Harry soupira.

- Il me l'a dit.

- Comment?

Harry hésita et regarda le professeur Rogue droit dans les yeux. C'était une chose qu'il faisait rarement. Les yeux de l'homme étaient sombres, mais ils brillaient de curiosité.

- Mon oncle et ma tante ne m'ont pas cru non plus, dit-il.

- Ils ne t'ont pas cru?

- Quand je leur ai dit que je peux entendre ce que pensent les serpents, expliqua Harry. Et je le peux, dit-il avec colère. Je ne raconte pas d'histoires.

Le professeur Rogue resta silencieux. Après un moment, il se retourna et ramassa un truc étrange qui traînait sur une table.

- Viens avec moi, dit-il en guidant Harry un peu plus profondément dans l'ombre.

Ils s'arrêtèrent dans un coin sombre où la seule source de lumière provenait de la lampe au-dessus d'une cage. À l'intérieur se trouvait un long reptile à l'air furieux.

- C'est un serpent-tigre. Son venin est très prisé pour ses propriétés magiques. Il est à la base d'un très grand nombre de potions extrêmement complexes dont les compositions sont…

Il s'interrompit.

- Dont les compositions ne sont d'aucun intérêt pour les gamins de huit ans. Pour recueillir le venin, il faut traire le serpent.

- Comme une vache? demanda Harry.

- Pas exactement. Le serpent doit mordre le bout de caoutchouc ici… dit Rogue en lui indiquant le couvercle de l'instrument. Et le venin s'égoutte jusqu'à l'intérieur du pot. Malheureusement, ce sont des bêtes de nature plutôt… capricieuses.

- Oh, dit Harry d'un air songeur en observant le serpent. Il a l'air méchant.

- C'est pourquoi je suis incapable de recueillir son venin, dit Rogue en soulevant le couvercle de la cage. Alors, que dirais-tu de faire une petite expérience?

- D'accord, accepta Harry.

- Tu crois que les serpents arrivent à te comprendre?

- Ouais.

- Tu peux dire à celui-ci de faire comme je t'ai montré?

- De mordre le bout de caoutchouc? demanda Harry.

- Précisément.

Harry se pencha jusqu'à se trouver à la hauteur du serpent, prit une grande inspiration et dit :

- Salut, serpent.

- Va te faire foutre, répliqua le serpent d'un ton qui rappelait le professeur Rogue.

Harry sourit.

- Tu aimes ta cage? demanda Harry.

- Ma quoi?

- Tu aimes la chaleur?

- Oui.

Harry hocha la tête.

- J'imagine que tu détesterais ça si, soudainement, il n'y avait plus de chaleur.

- Va te faire foutre, répéta le serpent.

- Mon oncle voudrait que tu mordes le truc qu'il va rentrer dans ta cage, continua Harry. Et si tu ne le fais pas, il n'y aura plus de chaleur.

Le serpent le regarda. Il se redressa soudainement et se mit à siffler dangereusement. Harry sentit le professeur Rogue agripper son épaule, prêt à le tirer vers l'arrière.

- Méchant serpent, le réprimanda Harry. Fais ce que je te dis!

- Pourquoi je devrais mordre un truc stupide comme ça? demanda sombrement le serpent.

Harry réfléchit.

- Si tu le fais, je te donnerai une souris, dit-il.

- Une souris entière?

- On peut lui donner une souris? murmura Harry.

Rogue baissa la tête pour le regarder.

- Oui.

- Une souris entière, promit Harry. Vivante, même.

La créature s'élança vers l'avant avant même que le professeur Rogue ne puisse réagir. Et avant même que les deux humains ne s'en soient rendu compte, le serpent avait enfoncé ses crocs dans le couvercle de caoutchouc recouvrant le bocal, se débattant à droite et à gauche.

Rogue retint le serpent jusqu'à ce qu'il s'épuise, gardant sa tête baissée avec le bout de son pouce pour le maintenant en place. Quand il le laissa aller, le serpent fit claquer ses crocs d'un air fatigué près de sa main avant de se glisser dans une ouverture entre les rochers.

Harry se précipita vers le terrarium contenant les souris et en attrapa une qu'il rapporta vers Rogue, dont le regard fasciné passait du serpent au bocal.

- On a promis, dit Harry.

Rogue prit la souris par la queue et la laissa tomber dans la cage.

- Allez, viens maintenant, dit-il.

Harry le suivit, bien qu'il aurait préféré rester pour voir si le serpent allait vraiment avaler la souris tout entière et toujours vivante d'une seule bouchée. Rogue recouvrit le bocal d'un couvercle de verre et le rangea dans une armoire froide avant de guider Harry dans la classe de potions. Harry prit place sur un banc de travail et Rogue s'appuya sur son bureau.

- L'expérience a fonctionné? demanda soudainement Harry, craignant d'avoir fait quelque chose de mal.

- Oui, Harry, dit Rogue en utilisant son vrai prénom pour la première fois. Je crois bien que oui.


Les visites d'Harry au professeur Rogue mettaient toujours Sirius de mauvaise humeur et Remus devait tenter de le distraire. Cette fois-ci, bien que ce n'était pas du tout ce que Sirius aurait choisi comme distraction, il s'était arrangé pour obtenir une invitation à dîner de la part de Molly. Sachant parfaitement bien qu'il se faisait manipuler, Sirius prit sa forme de Patmol et refusa de se transformer. Remus n'en fut aucunement perturbé et apporta le chien avec lui, donnant comme excuse pour son absence que Sirius ne se sentait pas lui-même, à leur grand amusement à tous les deux. Au moins, comme ça il n'aurait pas à faire la conversation pendant le dîner, ni à répondre à des questions au sujet de Moira.

Il passait beaucoup de temps en Patmol ces derniers temps, songea Remus. C'était presque inquiétant.

Mais ce n'est pas sous la forme d'un chien gigantesque que Sirius put être laissé tranquille. Pendant tout le repas, les enfants lui glissèrent des morceaux de l'excellente nourriture de Molly, et par la suite, sa présence fut exigée dans la cour. Jouer à rapporter une balle n'était peut-être pas aussi amusant pour un Animagus que pour un vrai chien, mais cela lui donnait l'occasion de se dégourdir les jambes. Pendant ce temps, Remus était assis près de la porte arrière avec Molly et Arthur, regardant les enfants s'amuser et partageant le vin qu'il avait apporté comme contribution au repas.

Alors que Fred et George entamaient un match de lutte, Ginny et Patmol couraient dans le jardin. Ils se jetèrent sur le gazon près de Remus qui, apparemment, faisait l'objet d'adoration de la fillette de sept ans.

- Voyons, Pat, ne l'écrase pas comme ça, réprimanda Remus quand Patmol faillit s'asseoir sur Ginny qui gémit avant de s'écarter.

- C'est ton seul souci avec un chien de cette taille? demanda Arthur.

- Plutôt, oui. Le pire qu'il ait fait c'est renverser des meubles, répondit Remus alors que Patmol permettait à Ginny de poser sa tête contre son cou.

- Il est tellement tendre comme animal, dit Molly. Et il est bon avec les enfants… Harry parle toujours de lui. Un tel comportement est vraiment rare chez les chiens de cette taille.

- Il est pratiquement un enfant lui-même, murmura Remus.

Les oreilles de Patmol tressautèrent.

- Tu devrais le faire accoupler, Remus, dit Arthur.

Patmol renifla soudainement et Remus réprima un sourire.

- Oh, je ne sais pas. Peut-être qu'il n'y prendrait pas goût, répliqua Remus.

- Eh bien, tu devrais le faire castrer alors… Mon Dieu! s'exclama Molly en entendant Patmol gémir bruyamment. Ginny, ne lui tire par les oreilles.

- Je ne l'ai pas touché! dit Ginny avec mauvaise humeur.

Patmol s'écrasa sous la chaise de Remus.

- Surtout que tu ne le gardes pas en laisse, continua Molly. Qui sait ce qu'il fait quand tu ne le surveilles pas.

- Je ne suis pas certain de vouloir le savoir, répondit simplement Remus.

Patmol, dont la tête ressortait de sous la chaise, les observait d'un regard perçant. Il allongea le cou pour qu'on lui gratte les oreilles.

- C'est un bon chien.

- Eh bien, si jamais tu décides de le faire accoupler, nous ne refuserions pas un chiot, pas vrai, Mol? dit Arthur.

Molly eut l'air douteux, même à la pensée d'un gentil chiot de Patmol. Arthur allongea la main pour examiner les dents de Patmol.

- Tu devrais le faire inspecter, dit-il d'un ton de connaisseur. Il y a des jouets pour nettoyer les dents, d'après ce que j'ai entendu…

Remus toussa pour cacher son rire alors que Patmol reposait sa tête sur ses chaussures.

- C'est un bâtard ou un pur sang? demanda Arthur.

- Oh, son sang est très pur, répliqua Remus.

Patmol lui mordilla la cheville.

- Sa mère était une très belle chienne.

Patmol lécha la morsure pour se faire pardonner.

- Et avec Sirius, il se comporte comment? Je parie que Sirius et lui ne s'entendent pas.

- Pas du tout. Parfois, Pat dort même sur le lit de Sirius, dit Remus d'un air amusé. Mais bien sûr, il préfère Harry.

- Vraiment? J'aurais pensé qu'un gamin de huit ans ne serait d'aucun intérêt pour un chien comme lui.

- Eh bien, c'est que c'est Harry qui le nourrit.

Il savait qu'il se ferait sûrement hurler dessus plus tard par Sirius, mais cela en valait totalement la peine.


- Ce n'est pas totalement inattendu, Severus. Nous savons que Voldemort était un Fourchelang et le garçon est lié à lui de très près, d'une façon que nous commençons à peine à comprendre.

- Mais pour un gamin aussi jeune, Monsieur le Directeur… Nous pouvons sûrement faire quelque chose.

- Et que proposes-tu de faire?

- Je ne sais pas… Nous pourrions l'éduquer de quelque façon.

- Il reçoit déjà une excellente éducation de la part de Molly Weasley et bientôt, il entrera à Poudlard. Tu proposes de le dire à ses gardiens?

- Je ne vois pas comment nous pourrions leur cacher une telle chose. Nous sommes dans l'obligation d'utiliser ces connaissances.

- Vraiment? De quelle utilité ce don pourrait-il être?

- Utilité? Il n'est qu'un enfant. Il ne devrait pas discuter avec des serpents. Et n'oublions pas que plusieurs sorciers sombres ont commencé par être Fourchelang.

- Plusieurs sorciers sombres étaient Fourchelang, Severus. Il y a nuance.

- Black et Lupin devraient être mis au courant.

- Je suis certain qu'ils le découvriront à un moment ou un autre.

- Je ne les aime pas, certes, mais ils sont responsables du bien-être d'Harry.

- Et tu aimes bien Harry.

Severus s'arrêta brusquement de faire les cent pas dans le bureau de Dumbledore. Il s'arrêta si brusquement que les pans de sa robe s'emmêlèrent autour de ses bottes. Il observa le directeur d'un air stupéfait.

- C'est un garçon charmant. Ce n'est pas un péché de l'affectionner, continua Dumbledore, imperturbable.

- Je suis responsable de son éducation en ce qui concerne les valeurs sorcières et c'est tout, dit Severus.

Dumbledore sourit.

- Et tu n'as aucun sentiment personnel pour le garçon.

- Pas du tout. Aucun.

- Alors tu lui achètes des friandises lors des matches de Quidditch parce que?...

- Je m'assure qu'il soit bien nourri! Je ne ferais pas confiance à Black pour garder du lait froid et surtout pas pour lui préparer à manger.

- Et tu vantes son intelligence à Minerva.

- Ce ne sont que des observations entre professeurs.

Dumbledore tapota son bureau du bout des doigts, l'air pensif.

- Quand… commença Severus, mais il s'interrompit un instant, hésitant. Quand il est… Parvus… il est difficile de voir son père en lui. Il est facile de le considérer comme un… un neveu. Comme de la famille.

Dumbledore sembla mal à l'aise. Severus changea rapidement de sujet.

- Il n'a pas l'impression qu'il s'agit d'un talent inusité, vous savez. Tous les enfants pensent pouvoir parler aux animaux, c'est… Les jeunes ont beaucoup d'imagination. Il ne s'est simplement jamais séparé de cette illusion, car cette illusion, pour lui, est réelle. C'est pour lui tout aussi naturel que de vous parler à vous, ou de me parler à moi. C'est peut-être même encore plus naturel. Il perçoit les serpents comme ses égaux. Il n'est pas sensible non plus. Il était prêt à donner la souris à cette vipère lui-même.

- Il comprend le cycle de la nature, dit Dumbledore avec un sourire. Severus, tu ne diras rien de tout cela à Sirius. S'il le découvre par lui-même, tant mieux. Sinon, je ne vois pas en quoi cela pourrait lui être nuisible.

- Oui, Monsieur le Directeur, dit sombrement Rogue. Je laisse entrer Harry?

- S'il te plaît.

L'homme aux cheveux sombres passa dans l'antichambre et tendit la main à Harry, qui l'observa pendant un instant, étonné. Le professeur Rogue ne lui avait jamais tendu la main avant. Il se contentait normalement de prendre celle d'Harry quand celui-ci la demandait. Harry la saisit et se laissa guider dans le bureau. Dumbledore se redressa près de la cheminée.

- Tu es prêt, Harry? demanda-t-il alors que Severus retirait le sortilège sur ses cheveux et sa cicatrice. Sois prudent.

- Merci, dit poliment Harry, qui s'était habitué au voyage.

Il jeta une poignée de poudre dans les flammes, y pénétra et dit : « Sandust Books! » bien clairement.

Dumbledore se retourna vers le maître des potions, qui regardait Harry disparaître.

- Parfois, il n'y a aucun mal à laisser un enfant être un enfant, dit-il gentiment.

- Harry est bien plus qu'un enfant, répliqua Rogue. Mais j'imagine que pour vous, cela ne change rien. Bonne journée, Monsieur le Directeur.


Remus était parti quand Harry rentra à Sandust. Sirius était silencieux et Harry pensif alors qu'ils mangeaient. Harry passa la soirée à lire au sujet du Pays de Galles, que Remus était apparemment parti explorer. Harry jeta un coup d'œil au calendrier, où étaient indiquées les pleines lunes, et réalisa que Lunard prévoyait ses voyages. Il serait malade en voyageant et reviendrait… Eh bien, la pleine lune était mardi, alors il reviendrait dans quatre jours…

Harry se recroquevilla contre la hanche de Sirius. Son parrain, qui lisait un roman, se tourna vers lui.

- Tu as l'air inquiet, gamin, dit-il doucement.

- Pas inquiet, répondit Harry. Je réfléchis, c'est tout.

- À quoi?

- Aux serpents, mentit Harry. Professeur Rogue en a plein.

Sirius sourit.

- Tu aimes les reptiles?

- Oui, je crois. Les serpents sont bien. Ils ne mentent jamais, ajouta Harry.

Sirius frotta ses cheveux et referma son livre.

- Je sais qu'on te demande de garder beaucoup de secrets, Harry, dit-il, mais c'est pour ton propre bien. Quand tu commenceras l'école, tout va changer. Il n'y aura plus de secrets. Et nous sommes quand même mieux que les Dursley, pas vrai? Tu ne veux pas y retourner, j'espère?

Harry secoua vigoureusement la tête. Jamais il ne laisserait Sirius et Remus, ses nouveaux amis, ses livres et ses jouets, le professeur Rogue et les serpents simplement à cause de quelques secrets.

Sirius lui sourit.

- Bon garçon, dit-il. Sans peur, hein?

- Sans peur, répliqua Harry. Je vais vraiment aller à Poudlard un jour?

- Bien sûr que oui. Pourquoi tu n'irais pas? Tu as des pouvoirs magiques et tu es un Potter. Très vieille famille de sorciers, les Potter, très respectée, dit Sirius presque pour lui-même. Et tu m'as moi. Et Lunard aussi. Personne n'est meilleur en magie noire que Lunard, tu sais.

- Et toi?

Sirius réfléchit.

- Moi, je suis un sorcier plutôt général, dit-il. Je touche un peu à tout.

- Tu viens d'une vieille famille de sorciers respectés toi aussi? demanda Harry.

- Eh bien… je ne sais pas si elle est vraiment respectée, mais elle est certainement très vieille. C'est une très vieille maison que celle des Black.

Harry imagina une maison faite entièrement de momies. Sirius remarqua son expression et sourit.

- Ce que je veux dire, c'est que les Black sont là depuis longtemps, dit-il. Je ne parle pas d'une vraie maison.

- Tu as un papa et une maman? demanda Harry.

- Non, Harry, ils sont morts. Tout ce que j'ai c'est… Eh bien, toi et Lunard. C'est seulement nous trois, tu vois.

- Et les Weasley, ajouta Harry.

- D'accord, et les…

- Et le professeur Rogue et Olivier.

- Eh bien, c'est peut-être pousser un peu les choses, dit raisonnablement Sirius. Olivier est gentil, j'en suis sûr, mais il ne te nourrit pas et ne t'achète pas tes vêtements, à ce que je sache.

Harry sourit et sauta du divan.

- Viens jouer aux échecs, dit-il. Nina me donne des leçons.

- Oh? dit Sirius en arquant un sourcil. Qui est cette Nina?

- Une fille de Gryffondor.

- Une petite copine? dit Sirius d'une voix traînante.

Harry rigola et attrapa la poche de son pantalon pour le tirer vers lui.

- D'accord, le petit, calme-toi…

Sirius ouvrit un placard pour en ressortir le jeu.

Il y avait certainement pire façon de passer une soirée qu'en jouant aux échecs avec son filleul.