NOTE DE LA TRADUCTRICE: Salut à tous! Désolée pour le délai, je suis plutôt occupée ces derniers temps. Voici le chapitre 15! Merci à tous ceux qui laissent des commentaires et qui mettent la fic en alerte! À bientôt!
La phrase de Shakespeare que Sirius cite dans ce chapitre est tirée de Hamlet.
STEALING HARRY
Chapitre 15
C'était la troisième pleine lune depuis qu'Harry était venu vivre avec eux et les choses ne s'amélioraient pas.
Remus avait espéré que toutes ces années à se transformer en compagnie de Patmol lui auraient au moins enseigné à se contrôler. Il se sentait davantage… davantage lui-même quand il se transformait avec quelqu'un d'autre qui était à la fois animal et humain. Il avait aussi craint l'opposé : qu'après toutes ces années passées sans avoir besoin de garder le contrôle, il n'arrive plus à se contrôler.
La réalité était en fait un mélange des deux. C'était comme s'il était redevenu enfant, seulement, à présent, il était davantage conscient de ce qui se passait quand il se transformait. Il ne pouvait s'empêcher de griffer et de mordre, et il s'en rappelait beaucoup plus pas la suite.
Il n'était pas très réconfortant de se réveiller sur le plancher dur et poussiéreux de la Cabane hurlante et de devoir ramper jusqu'au lit, maladroit, à moitié aveugle et nauséeux.
Il s'était presque endormi. Il était tellement épuisé que même respirer demandait un effort. Puis il entendit quelqu'un transplaner dans la pièce sombre et poussiéreuse. Il n'eut pas l'énergie de bouger.
- Lunard ?
Sirius.
- Donne-moi la journée, Pat, dit-il, indigné par le bruit faible qui passa ses lèvres. Reviens ce soir. Je ne peux pas voyager comme ça.
- Je ne suis pas venu te ramener à la maison, dit Sirius en s'approchant. Je suis venu voir comment tu vas.
- Je vais bien. Où est Harry ?
- À l'école. Molly emmène Ginny et les garçons faire un pique-nique.
- Harry aimera ça, dit Remus en tentant de se concentrer sur les mots et ce qu'ils voulaient dire. Je vais bien, Pat. Je suis fatigué, c'est tout.
Il y eut un bref courant d'air qui le fit gémir, puis une nouvelle chaleur sous la couverture trouée qui se trouvait dans la Cabane depuis une éternité. C'était une chaleur différente, humaine et physique, contre son dos.
- Sirius…
- Chut. J'ai fait un peu de lecture, dit Sirius en moulant leurs corps l'un contre l'autre, repliant ses genoux sous ceux de Remus. Tu sais, le corps produit de la chaleur. Et la chaleur favorise la guérison.
- Tu es fou, répliqua Remus, mais il laissa Sirius rajuster la couverture sur eux, laissant la chaleur de l'autre homme pénétrer sa peau.
- Si j'étais Patmol, tu me laisserais dormir sur le lit, remarqua Sirius.
Remus grimaça quand la main de Sirius se posa sur sa hanche, touchant un endroit sensible juste sous la bande élastique du pyjama de coton qu'il portait.
- Désolé, murmura Sirius.
Il pouvait sentir le tissu rude des pantalons de Sirius contre sa taille nue.
- Je vais guérir, répondit Remus.
Le monde semblait irréel : chaud, certainement, mais rempli de douleur et comme au ralentit, comme si le temps ne passait pas comme il le faisait normalement.
- Tu vas bien, Lunard ?
- Ouais.
- Tu as une odeur de poussière.
- C'est inévitable.
- Je m'en fous.
Remus sentit le visage de Sirius se presser contre son cou, ses lèvres bougeant doucement sur sa peau. Il ne sursauta pas cette fois quand elles touchèrent une cicatrice sur son dos. Le souffle de Sirius réchauffait à présent son épaule et la peau sensible mais intacte de son cou…
- Sirius, murmura Remus alors que des baisers étaient déposés sur sa mâchoire. Qu'est-ce que tu fais ?
- Chut, ne t'inquiète pas, répondit Sirius. Ne bouge pas.
Remus réalisa que la main de Sirius frottait son ventre.
- Sirius, tu devrais arrêter… dit-il, tournant la tête avec un effort suprême.
Sirius, appuyé sur son coude, le fit taire avec sa bouche. Remus gémit dans le baiser et s'allongea à nouveau. Au dessus de son corps, Sirius appuyait légèrement contre son ventre. Il bougeait doucement, pour ne pas lui faire de mal.
- La chaleur devrait être bonne pour toi, dit-il en recouvrant complètement Remus de son corps.
Son pull était doux contre la peau de Remus. Il retenait doucement sa tête, ses doigts caressant les joues de Remus qui ferma les yeux, trop épuisé pour faire autre chose que ressentir les caresses de Sirius, de son souffle, de ses mouvements doux, de ses lèvres contre son cou, sa mâchoire et sa bouche.
- Ne bouge pas, répéta Sirius contre sa bouche. Je suis là. Je vais prendre soin de toi.
Remus soupira doucement. Malgré la fatigue et la douleur, il ressentit une joie soudaine l'envahir à la pensée que Sirius, son Sirius, était là pour s'occuper de lui…
Il ignorait pendant combien de temps ils restèrent là, Sirius serré contre lui, ses jambes et ses hanches contre les siennes, à l'embrasser. Il ignorait combien de temps passa avant qu'il ne soit emporté par sa fatigue. Il entendit Sirius murmurer des mots rassurants à son oreille alors qu'il s'endormait.
Sirius sentit le moment où Lunard sombra dans l'inconscience et il s'éloigna légèrement, recourbant son corps contre le sien. La respiration de l'homme devint plus profonde et lente et Sirius sentit son propre souffle se ralentir. Il avait le temps de dormir un peu s'il en avait envie. Harry ne rentrerait à Sandust que plus tard cet après-midi-là.
Lunard lui avait dit d'attendre la prochaine pleine lune et Sirius n'était pas un homme patient. La pleine lune était passée et il était venu.
Ce n'était pas comme être avec une femme. Il reconnaissait ce sentiment après cette nuit étrange avec James, des années plus tôt. Premièrement, la plupart des femmes n'étaient pas aussi ridiculement grandes que Lunard. Son corps était plus mince et moins bombé, bien que ce soit sûrement parce qu'en plus d'être ridiculement grand, il était aussi ridiculement maigre pour un homme qui mangeait trois bons repas par jour. Sa mâchoire était mal rasée, ce qui était évidemment un autre trait que Sirius n'avait jamais retrouvé chez aucune des femmes avec lesquelles il était sortit.
Mais il s'agissait de Lunard.
Sirius prenait soin de lui, comme il l'avait toujours fait. Depuis le premier jour de cours à Poudlard, lorsqu'une Serpentard plus âgée l'avait harcelé dans les couloirs parce qu'il était le plus petit d'entre tous et que le soir précédent, pendant la cérémonie de Répartition, le Choixpeau avait recouvert sa tête tout entière. Sirius avait fait en sorte que ses lacets de chaussures se mêlent ensemble magiquement pendant que Remus s'efforçait de ne pas rire…
Ils avaient grandi ensemble, avaient exploré Poudlard ensemble. Il y avait eu deux ou trois années durant lesquelles ils s'étaient un peu éloignés. Remus avait cherché du boulot alors que Sirius vivait en teigne inutile, dépensant son héritage. Mais après la mort de James et Lily, Sirius avait réalisé que Remus ne mangeait pas, car il n'en avait pas les moyens… Merlin, Lunard, tu aurais pu me dire que tu crevais de faim?
Sirius payait son salaire, lui tenait compagnie pendant la pleine lune, lui laissait les rênes de Sandust et en retour Lunard…
Lunard l'aimait.
Il soupira et pressa son visage dans les doux cheveux bruns qui devenaient déjà blancs. Il faisait tout cela depuis des années car Lunard l'aimait et Lunard l'aimait car il faisait tout cela depuis des années… ou peut-être qu'il faisait tout cela depuis des années parce que…
Est-ce que cela avait vraiment de l'importance?
«Tu aimes les filles,» lui avait dit Lunard. Et Sirius avait répliqué : «Je t'aime, toi.»
Eh bien, il ne briserait pas le grand cœur stupide de Lunard. Il aimait Lunard. Il aimait le son de la voix de Lunard. Il aimait sa façon de s'agenouiller pour embrasser Harry le soir. Il aimait les regards frustrés que lui lançait Lunard quand il était fatigué. Il aimait quand il brûlait les œufs brouillés le matin et que Lunard les mangeait quand même. Et il aimait sentir le corps de Lunard contre le sien.
La pensée d'une vie où Remus Lupin ne se trouvait pas derrière le comptoir de Sandust était terrifiante. Sirius ferait tout en son pouvoir pour préserver la vie heureuse qu'il avait bâtie.
- Lunard, dit-il doucement.
Il sentit le corps de l'autre homme remuer près de lui. Il répéta le nom encore et encore, d'un air réconfortant.
- Pat, murmura doucement Lunard dans son sommeil.
- Quatre-vingt-seize… Quatre-vingt-dix-sept… Quatre-vingt-dix-huit…
Remus s'éveilla au son familier de Sirius qui comptait ses pompes et somnola encore pendant qu'il comptait ensuite ses redressements avant de bouger. Il avait chaud et était très à l'aise. Il se sentait beaucoup mieux qu'après ses deux transformations précédentes. Peut-être qu'il était réellement en train de s'y faire. Il se souvint vaguement du matin après sa transformation, lorsque Sirius l'avait soulevé et ramené à l'appartement, et du traumatisme habituel, des tremblements, de la douleur, des pertes de conscience. Il pouvait voir la lumière du soleil sur le plafond de la chambre. C'était sûrement déjà le matin après la transformation. La lune décroissait.
Il réfléchit en regardant Sirius avec des yeux mi-clos alors qu'il se mettait à exécuter une sorte d'art martial au ralenti.
Un souvenir étrange de la veille refit surface et Remus l'examina pendant que ses mains exploraient les quelques blessures vicieuses qui guérissaient toujours sur ses hanches et ses côtes.
Ce n'était pas comme s'il n'avait jamais rêvé de Sirius avant. Ils passaient tout leur temps ensemble, après tout. Et ses rêves paraissaient toujours plus lucides quand la pleine lune approchait. Mais celui-ci, ce rêve qu'il avait fait entre sa transformation et son retour à la maison, était particulièrement lucide…
Évidemment, il avait sûrement entendu Sirius parler et avait tout inclus dans son rêve, ou quelque chose de similaire.
Il se releva lentement, remarquant les endroits douloureux sur son corps. Son dos était moins raide qu'à l'habitude. Ses épaules allaient bien aussi. Il tourna la tête.
- On dirait que tu fais du kung-fu sous l'eau, dit-il d'une voix rauque et Sirius arrêta immédiatement ce qu'il faisait, comme un pantin à qui on viendrait de couper les cordes.
- Bon matin, dit-il avec une note d'angoisse dans la voix. Bien dormi?
Remus eut un haussement d'épaules.
- Quelle heure est-il?
- Presque dix heures. Tu te sens bien?
- Je crois.
Il secoua la tête pour chasser de son esprit les dernières toiles d'araignées.
- J'ai fait des rêves étranges.
- Ô Dieu! Je pourrais être enfermé dans une coquille de noix et me regarder comme le roi d'un…
- Ça c'était des «mauvais» rêves, l'interrompit Remus d'un air irritable. Et tu n'as pas le droit de me citer Shakespeare avant que j'ai eu ma tasse de thé.
Sirius haussa les épaules et lui lança une chemise posée sur une chaise. Des sous-vêtements et un pantalon suivirent. Il se retourna pour lui donner un peu d'intimité alors qu'il s'habillait.
- Tu as fermé Sandust pour la journée? demanda Remus en bouclant sa ceinture.
Sirius entendit le déclic et regarda par-dessus son épaule.
- Seulement pour la matinée. J'ai pensé te faire à déjeuner et m'y rendre pour une demi-journée. Je dois aller chercher Harry de toute façon.
- Il ne lui reste plus qu'une semaine d'école, tu sais.
- Je sais, dit calmement Sirius. J'en ai parlé avec les Weasley. Il ira voir la Coupe de Quidditch le weekend prochain, à Poudlard, et ensuite j'ai pensé que nous pourrions faire… faire quelque chose.
- Tu ne peux pas l'emmener à un match toi-même, Sirius, tu…
- Non… je sais, dit Sirius.
Remus vit sur son visage une expression de désespoir et il se retourna, se sentant comme s'il n'avait pas le droit d'en être témoin.
- Mais… nous pourrions faire des trucs Moldus. Un voyage, peut-être. En Italie ou en Égypte.
- Eh bien, cela me ferait plaisir de garder un œil sur Sandust, proposa Remus.
Sirius s'étendit sur un coin du lit, observant le plafond.
- J'espérais que tu voudrais nous accompagner, dit-il. Tu as voyagé partout, tu saurais où aller.
- Les endroits que j'ai visités n'étaient pas très touristiques.
- Eh bien, si tu ne veux pas venir, ne te sens surtout pas obligé, dit sèchement Sirius.
Remus resta silencieux, puis se dirigea vers la salle de bain. Il toucha sa mâchoire et sursauta.
Un souvenir traversa sa mémoire si rapidement qu'il le remarqua à peine. Les lèvres de Sirius contre sa mâchoire, à l'endroit exact où les muscles étaient douloureux après qu'il ait passé toute la nuit à tenter de ne pas s'arracher la peau sous sa forme de loup-garou.
Puis Sirius allongé avec lui sur le lit, pas seulement dans un rêve se déroulant dans la Cabane hurlante, mais dans son propre lit également. Il s'agissait peut-être de deux parties d'un même rêve. Remus s'était réveillé deux fois dans les bras de Sirius…
Il souleva sa chemise, incertain de ce qu'il trouverait en dessous. Il n'y avait rien d'autre que de sombres cicatrices qui guérissaient vite bien qu'elles aient été de vilaines plaies la veille.
Il fouilla dans sa mémoire, rangeant soigneusement les évènements de la journée comme un chirurgien alignant ses instruments sur un plateau.
Il s'était réveillé après la transformation et avait rampé jusqu'au lit, rêvant de Sirius. Il s'était réveillé par la suite avec des spasmes musculaires douloureux qui l'empêchaient de marcher, même en s'appuyant contre Sirius. Ensuite, il y avait quelques moments embrouillés – sûrement leur transplanage vers la maison. Il y avait les doigts de Sirius entourant la clé de la porte d'entrée. Le lit, la douleur, les tremblements.
La voix d'Harry, aiguë et enfantine, le consolant alors que Sirius lui apportait à dîner. Le goût déplaisant du bouillon de la soupe irritant sa gorge sèche, suivit d'une eau froide et de l'une des mains de Sirius sur sa nuque alors que l'autre retenait la tasse près de sa bouche. Il se rappelait être monté dans la baignoire par lui-même. Au moins il avait toujours sa dignité. Ensuite, les pyjamas de coton et le thé chaud avec une touche de whiskey Pur Feu.
Il s'était rendormi et… il avait refait le même rêve dans un endroit différent : des corps chauds pressés l'un contre l'autre et des mains recouvrant les siennes.
Puis il s'était réveillé ce matin-là avec la routine habituelle de Sirius.
Il abandonna ce mystère et couvrit son visage de mousse, rasant soigneusement autour d'une petite cicatrice, de ses os proéminents et de ses lèvres tremblantes. Il se sentait presque assez en forme pour se rendre à Sandust et il l'annonça à Sirius en séchant son visage.
- Tu devrais te reposer, grogna Sirius. Ce n'est pas comme si je ne te payais pas quand même, tu sais.
- J'aime travailler, répondit doucement Remus. Et c'est bien d'être là quand Harry rentre.
Sirius resta silencieux pendant un moment. Remus s'assit sur son lit, les coudes appuyés sur ses genoux, réfléchissant.
- Tu as faim? demanda Sirius après un instant.
- Pas vraiment, répliqua Remus qui réfléchissait toujours. Je parle beaucoup pendant mon sommeil?
Sirius se redressa, perplexe.
- Je n'ai rien entendu. Pourquoi?
Remus eut un haussement d'épaules.
- Par pure curiosité.
- Tu as encore rêvé de Peter ?
- Non, répliqua Remus en sentant ses joues rougir. C'était d'autres rêves, vraiment rien.
