STEALING HARRY

Chapitre 17


Dimanche arriva peu après la pleine lune, et ce jour-là avait lieu la Coupe de Quidditch. À force d'énervement, Harry dormit à peine la nuit précédente.

Sirius était suffisamment sage et Remus suffisamment prudent pour ne pas l'habiller en rouge et or, malgré le fait qu'Harry possédait beaucoup de vêtements dans ces couleurs. Son pull de rugby était déjà usé d'avoir été aussi souvent porté. Ils restèrent cependant fidèles à leur Maison et lui interdirent de porter du vert. Ils optèrent plutôt pour du noir et du bleu… mais Harry n'accepta que lorsque Sirius eut promis de porter les mêmes couleurs.

Sirius emmena ses jumelles, mais il passa davantage de temps à observer les tribunes que le terrain. Ils prirent place dans la section communément appelée la « Section des parents ». Arthur et Molly étaient assis devant eux et de l'autre côté se trouvait leur fils, Percy, qui avait accepté de s'asseoir près de ses parents, mais pas immédiatement avec eux. Lorsque Sirius aperçut finalement une silhouette vêtue de noir approcher les tribunes de Serpentard, il donna un coup de coude à Remus et pointa Harry, qui suivait le maître des potions. Ils n'avaient jamais vu Harry dans son déguisement et même Remus dû admettre qu'il ne l'aurait pas reconnu s'il l'avait croisé dans la rue.

- Grand crétin, murmura Sirius en regardant Rogue guider Harry vers un siège près de deux garçons de Serpentard qui le saluèrent brièvement.

Remus était heureux que Sirius soit occupé par sa haine, car au moins, il ne l'embêtait pas. Les évènements de cette nuit colérique et confuse ne s'étaient pas reproduits. Il s'éveillait parfois pour trouver Patmol recroquevillé sur ses couvertures, mais la plupart du temps, Sirius occupait son propre lit et il semblait être de plus en plus à l'aise avec l'idée de…

Il y eut un bruit soudain et des flocons brûlants parsemèrent sa chemise et ses bras. Remus sursauta et les balaya vivement. Il fut soulagé de constater qu'ils n'étaient pas en feu, mais seulement très, très chauds.

- Hé merde… Dora? demanda Sirius en secouant sa propre chemise pour en retirer les morceaux de maïs soufflé qui l'avaient également attaqué.

Remus ne sut pas immédiatement dans quelle direction se tourner. La chose qui était tombée à ses pieds était en réalité une jeune femme mince qui l'aidait déjà à retirer les morceaux de maïs collés à ses vêtements.

- Écoutez, si je dois hurler contre tout le monde pour qu'on m'appelle Tonks… commença-t-elle avant de s'interrompre d'un air incrédule. Sirius?

- Petite Dora? demanda Sirius. Merlin, regarde-toi!

- Je ne t'ai pas vu depuis des siècles! déclara la jeune fille.

Remus ne comprenait à présent plus rien et il se contenta d'enlever les derniers morceaux de maïs de ses vêtements.

- Pas depuis que tu es partie pour Poudlard…

- Maman se demandait où tu étais passé!

- Oh, tu sais comment c'est… Tu te souviens de Lupin? Je suis certain que tu l'as rencontré au moins une fois avant de partir…

- Oui… dit la dénommée Tonks d'un air incertain.

Tonks… la cousine de Sirius avait épousé un Tonks, pas vrai? Et ils avaient eu une petite fille… Remus l'avait rencontrée une fois quand il avait visité Sirius pendant les vacances.

- Je suis vraiment désolée…

- Ça va, dit Remus en lui donnant un sourire rassurant.

Il balaya les derniers morceaux des plis de sa chemise, les jetant par terre dans l'allée où le rat de Percy s'en empara rapidement. Percy lui sourit timidement alors que le rat se précipitait le long de son pantalon pour se percher sur son genou avec son repas. Remus se retourna vers la conversation.

- …comme des Moldus, c'est un peu comme du camping à long terme, disait Sirius. Bien sûr, nous avons tout ce dont nous avons besoin…

- Tu devrais écrire à Maman. Papa est fils de Moldu, tu sais, et il reçoit du courrier Moldu tout le temps, répliqua la jeune fille. Elle dit qu'elle n'a plus de nouvelles de toi depuis des mois.

Sirius parut inconfortable et la jeune fille fut soudainement bouche bée.

- C'est vrai alors? demanda-t-elle à voix basse. Tu te caches?

- Je ne dirais pas que je me cache. Non, je ne dirais pas ça, bafouilla Sirius. Écoute, je voulais lui écrire, à ta mère, mais je ne…

- C'est vrai alors? Que tu as pris Harry Potter avec toi? Il y a des rumeurs qu'on t'aurait vu au Chaudron Baveur avec lui, mais tout le monde dit que si tu ne l'avais pas avec toi depuis le début, alors c'est que tu n'avais pas le droit de…

Elle posa une main sur sa bouche soudainement. Un sourire se forma lentement sur les lèvres de Sirius.

- C'est une bonne idée, ça, Dora, dit-il à voix basse. Toujours une main sur la bouche quand il s'agit de Harry Potter.

Elle hocha la tête avec de grands yeux. Remus toussa.

- Oh, j'ai ruiné votre chemise, pas vrai? dit-elle nerveusement. Je suis désolée. Je peux tout nettoyer…

- Non… dit Remus en levant la main pour l'arrêter. Merci, je vais le faire moi-même, dit-il fermement.

Il se souvenait de la fille de la cousine de Sirius à présent. Sirius revenait parfois de dîner chez Andromeda avec d'amusantes histoires concernant les derniers malheurs de Dora.

- Eh bien… d'accord…

Elle avait l'air incertain et il lui sourit en jetant un sort de récurage sur sa chemise.

- Je dois y aller… mes amis m'attendent… la partie va bientôt commencer…

- Vas-y, alors, dit Sirius en souriant. Dis bonjour à ta mère de ma part! appela-t-il alors qu'elle s'éloignait.

Elle lui envoya la main, accrochant quelques spectateurs au passage.

- Des rumeurs, dit-il sombrement alors que Remus, amusé, la regardait partir. Je me demandais bien ce que le monde magique pouvait penser de nous…

- Oui, j'aurais pensé que beaucoup plus de gens s'attrouperaient devant la librairie, admit Remus. Mais personne ne savait où se trouvait Harry pendant presque huit ans, alors pourquoi cela changerait-il? Et nous n'étions au Chaudron Baveur que pour quelques minutes. Je sais que Molly et Arthur sont discrets et les autres enfants n'ont probablement pas l'opportunité de mentionner sa présence à quiconque pourrait s'y intéresser. C'est remarquable à quel point certains secrets peuvent se garder, ajouta-t-il.

- Je devrais contacter Andromeda, dit Sirius.

- Je suis d'accord. Ce n'est pas comme si tu étais vraiment en cavale, répondit Remus. Regarde, le match va commencer.

- Où est Harry? demanda Sirius en relevant ses jumelles une nouvelle fois.

- Tu ne vas pas regarder la partie ?

- Non, dit Sirius avec un sourire. Je vais regarder Harry regarder la partie.

Silence. Il se tourna vers Remus qui l'observait d'un air indéchiffrable. Confus n'était pas le mot exact, mais c'était quelque chose de similaire.

- Qu'est-ce qu'il y a?

- Rien, dit rapidement Remus en se retournant pour voir les joueurs s'avancer sur le terrain. Parfois, tu me surprends, c'est tout.

Le match était très serré et bien joué. Les Serpentard trichèrent, mais Remus s'était résigné, il y a bien longtemps, à admettre que les Serpentard étaient des tricheurs. Normalement, il aurait eu à retenir Sirius dans son siège pour l'empêcher de hurler les fautes et de tenter de provoquer une émeute, mais Sirius ne portait pas du tout attention au match.

Il ne remarqua que Gryffondor avait perdu que lorsqu'ils furent rentrés à Sandust pour attendre Harry.

Alors qu'il écoutait Sirius parler, Remus eut l'impression d'entendre Harry.

- Tu as vu son visage? Il était comme… illuminé. Il a tout suivi des yeux, tout vu. Il va jouer au Quidditch un jour, tu sais. Nous lui achèterons les meilleurs balais disponibles. C'est quoi en ce moment, un Nimbus?

- Probablement, murmura Remus, qui faisait un mot croisé.

Il se sentait toujours épuisé après un match de Quidditch. Il n'avait jamais vraiment aimé ce sport. Il espérait qu'Harry ait bien mangé. Rogue avait dit qu'il l'emmènerait dîner à Pré-au-Lard avant de rentrer.

- Il dit que l'une des filles de Serpentard l'a laissé attraper le Vif. Il est assez petit pour être un attrapeur. James l'était aussi, mais il n'y avait pas suffisamment d'action pour lui là-haut. Si tu l'avais vu quand Gryffondor a arrêté le but, on aurait dit que c'était son père.

Sirius disparut dans l'arrière-boutique, mais sa voix lui parvenait toujours.

- Nous avons des livres sur le Quidditch, pas vrai?

- Un amateur est venu l'autre jour. Il en a acheté quelques-uns, répondit Remus. Regarde sur l'étagère au-dessus des livres de magie noire.

Sirius revint en transportant un Guide de Quidditch pour débutants et Le Quidditch à travers les âges. Remus lui sourit.

- Il les a déjà lus.

- Comment ça?

- Il m'a demandé de les lui prêter il y a quelques semaines. Je crois que son ami Olivier lui refile ses copies de Quidditch Mensuel.

Sirius eut l'air déçu.

- Il ne m'en a jamais parlé.

- Quand tu avais neuf ans, Sirius, n'avais-tu pas toi aussi des passe-temps dont tu ne parlais pas à tes parents?

- Je ne parlais de rien à mes parents, jamais. Mais s'il te plaît, dis-moi que tu n'es pas en train de me comparer à eux. Je vais aller m'ouvrir les veines.

- C'est vrai qu'ils n'étaient pas très accueillants, murmura Remus.

Il avait rencontré la mère de Sirius une fois, avant sa mort. Elle était venue à Sandust, Merlin seul sait pourquoi. Leur rencontre avait été très laide.

Il y eut un bruit provenant de la cheminée et une voix d'enfant appela : «Sirius!»

Sirius courut jusqu'à l'arrière-boutique et attrapa Harry dans ses bras, l'entraînant dans la librairie où il le déposa sur le comptoir. Harry attrapa le pot de berlingots, saluant Remus avec un geste de la main et un sourire.

- Vous étiez là? demanda-t-il. Vous m'avez vu?

- Oui, répondit Sirius. Tu as mangé?

- Mmmm, le professeur Rogue m'a emmené dîner aux Trois Balais, dit Harry. Et il a dit qu'il veut te voir demain.

Sirius releva un sourcil.

- Moi?

Harry hocha la tête.

- Il m'a dit de te parler et de te demander de l'appeler par Cheminette à son bureau, demain vers quatorze heures, récita-t-il.

- Il t'a dit pourquoi?

- Non. Peut-être qu'il a besoin de livres, dit Harry avec un haussement d'épaules. Il lit beaucoup.

Remus et Sirius échangèrent un regard.

- Quatorze heures demain, répéta Sirius.

Harry acquiesça.

- J'apporterai des scones, dit Remus d'un air sombre.


Le lendemain matin, une lettre leur parvint par hibou. Remus la donna à Sirius qui la prit d'un air maussade. Harry était chez les Weasley. C'était sa dernière semaine de classe avant que Molly ne ferme sa petite école de fortune pour l'été et que les autres enfants Weasley ne rentrent à la maison. Percy revenait de sa première année et Bill viendrait sans doute se reposer un peu après ses ASPICS. Charlie avait obtenu un stage très prestigieux et n'aurait pas le temps de rentrer à la maison avant de partir pour deux mois au Japon.

Sirius était de mauvaise humeur. Il avait mal dormi et n'avait pas aimé son petit déjeuner. Il n'avait pas eu affaire à Rogue depuis ce jour au Chaudron Baveur. Dans le passé, il avait aimé détester Rogue sans raison valable, mais après tous ces weekends qu'avaient passés Harry avec lui, il possédait à présent des centaines de raisons de le haïr. Mais celles-ci furent oubliées pendant un instant alors qu'il se redressa, observant la lettre.

- Bonnes nouvelles? demanda Remus qui replaçait quelques livres sur les étagères.

- Ça vient d'Andromeda. Dora lui a sûrement parlé de notre rencontre au match de Quidditch. Ted et elle veulent acheter la maison de ville au Square Grimmauld.

- Cette vieille souricière? N'est-elle pas… toujours… remplie de trucs? demanda Remus. J'ignorais que tu étais propriétaire.

- Oui, eh bien, ma mère chérie n'a laissé aucun testament, du moins aucun qu'on ait pu trouver. Tout vient avec la maison et c'est une tradition que c'est la lignée mâle qui hérite sinon elle aurait probablement tout légué à la progéniture Malefoy de Narcissa. Je me suis retrouvé responsable de tout, mais je n'y ai même pas pensé depuis des années.

- Ta famille, soupira Remus, si merveilleusement archaïque.

- Elle dit que maintenant que Dora quitte l'école l'année prochaine, ils veulent une grande maison à Londres… Ils veulent faire une sorte de boutique avec le rez-de-chaussée.

Sirius sourit et secoua la tête.

- Ils peuvent l'avoir pour une Mornille. Moi je n'en veux pas.

- Tu devrais peut-être la garder pour Harry.

- J'achèterai à Harry quelque chose de bien mieux qu'une vieille maison pourrissante remplie de magie noire et de têtes d'elfes de maison, répliqua Sirius. Adieu et tant mieux.

- Il est temps pour toi d'appeler Rogue, dit Remus en jetant un coup d'œil sur l'horloge au mur. Tu veux que je ferme la boutique et que je vienne te chaperonner ou tu crois que tu peux être civilisé?

- Je le peux si toi tu le peux.

- Des mots plus rassurants n'ont jamais été prononcés, dit Remus en retournant l'écriteau indiquant « Fermé » avant de suivre Sirius dans l'arrière-boutique.

Sirius s'agenouilla devant la cheminée et la tête de Rogue apparu dans les flammes.

- Harry a dit que tu veux me parler, gronda Sirius.

- Pas penché dans une cheminée, répliqua Rogue. Je traverse.

Remus ouvrit la bouche pour rétorquer qu'il s'agissait d'une mauvaise idée, puisque s'ils se trouvaient dans la même pièce, Severus et Sirius pouvaient arriver à détruire les dix pâtés de maisons entourant la boutique, mais Rogue apparaissait déjà dans la cheminée. Il en ressortit et secoua ses robes noires.

- Une façon peu élégante de voyager, remarqua-t-il.

Sirius croisa les bras.

- Tes clients reçoivent-ils tous un accueil aussi chaleureux, Black?

- Tu n'es pas mon client, Rogue, répliqua Sirius.

Derrière lui, Remus se versa une tasse d'eau chaude avant d'y ajouter du thé.

- Je l'espère, répondit Rogue.

- Qu'est-ce que tu veux? demanda Sirius

- Ta permission et rien d'autre.

Remus pencha la tête, intéressé. Sirius resta silencieux. Rogue se racla la gorge.

- J'ai cru comprendre que Par… J'ai cru comprendre qu'Harry aura neuf ans le trente-et-un, dit-il lentement sur ce ton grave et grondant qui enfonçait sûrement la peur dans le cœur de ses élèves. Je voudrais lui offrir un… présent. Un animal, pour lui apprendre les responsabilités.

Sirius eut l'air abasourdi, mais il se ressaisit rapidement.

- Eh bien, eh bien, dit-il d'une voix traînante. Il a un cœur, on dirait.

Remus se dit qu'il aurait dû penser à apporter du maïs soufflé. Ou peut-être un truc solide pour les séparer.

- Je ne suis pas venu me tenir devant ta cheminée pour me faire insulter, rétorqua Rogue. J'ai simplement pensé que je devrais enseigner au gamin autre chose que… des blagues idiotes et de la mauvaise cuisine.

- Et tu crois que c'est à toi de le faire, pas vrai? demanda Sirius d'un ton calme.

Remus se rappelait ce calme plat. Il l'avait remarqué à l'école quand Sirius s'apprêtait à faire quelque chose de très violent, de très stupide… ou les deux.

- Puis-je te rappeler que je suis sous les ordres de Dumbledore…

- On s'en fou des ordres de Dumbledore! Je suis son parrain!

Rogue eut un sourire terrible et cruel.

- Oui et tu es tellement digne de confiance que le gamin a été envoyé chez les Moldus…

Sirius avait franchi l'espace les séparant avant même que Remus n'ait eu le temps de bouger. Et en réalité, il n'avait pas envie d'essayer. Rogue était loin d'être nul quand il était temps de se battre, même sans baguette. Il avait déjà les poings levés et agrippait le col de Sirius lorsque celui-ci s'apprêtait à le frapper au visage. Sirius ne parvint pas à s'approcher suffisamment pour porter un bon coup, mais Rogue n'eut pas le temps de s'éloigner. Ils se débattirent pendant quelques secondes, se hurlant des obscénités avant de tous les deux ne pensent enfin à prendre leurs baguettes. Heureusement, ils y songèrent au même moment et bloquèrent le geste de l'autre.

Remus buvait son thé.

Lorsqu'ils manquèrent de renverser une étagère de livres rares, il se dit qu'il était probablement temps d'intervenir. Il n'était jamais intervenu à l'école, et Sirius n'avait attaqué personne depuis ce temps, alors il dut réfléchir un peu.

- Oui, c'est absurde, n'est-ce pas, Harry? dit-il.

Les deux hommes se figèrent instantanément pour regarder autour d'eux, s'attendant à voir le gamin. Remus continua, s'adressant à une chaise vide

- C'est comme ça que les gens immatures s'y prennent pour régler leurs différends. Non, je ne comprends pas non plus.

Il savait que Sirius et Severus l'observaient comme s'il avait perdu la tête, mais au moins, s'humilier devant eux les interromprait pendant un petit moment.

- Oh, je ne ferais pas ça si j'étais toi, Harry, tu es beaucoup trop intelligent pour aller perdre ton temps à frapper tous les gens qui ne sont pas de ton avis, dit-il au Harry imaginaire. Tu devrais plutôt donner l'exemple.

Sirius glissa ses mains dans ses poches d'un air morose. Severus secoua ses robes, imperturbable.

- Tu voulais offrir quelque chose à Harry pour son anniversaire, je crois? demanda simplement Remus. C'est très gentil de ta part, bien qu'un peu étonnant.

Le professeur lança un regard noir à Sirius.

- J'ai pensé que… peut-être… commença-t-il sombrement. Il semble s'être attaché aux serpents que je garde. J'ai pensé qu'il aimerait en avoir un, mais qu'il serait plus poli de te consulter d'abord, dit-il à Sirius qui se retourna pour contempler une étagère. Je fournirai tout le nécessaire, bien sûr.

- Ça lui plaira, murmura Sirius d'un ton rebelle.

- Alors tu n'as aucune objection, déclara Rogue en relevant le col de sa chemise.

Sirius haussa les épaules.

- Fais ce que tu veux, dit-il en quittant l'arrière-boutique pour se diriger vers la librairie en claquant la porte derrière lui.

Rogue se retourna pour partir.

- Un moment, s'il te plaît, dit aimablement Remus en croisant les bras.

Le maître des potions se retourna à nouveau.

- Si je te surprends encore à venir ici pour provoquer Sirius délibérément, comme tu viens de le faire, Severus, je veillerai personnellement à ce que tu ne puisses pas marcher pendant un mois et que tu ne puisses pas parler pendant deux. Compris?

Leurs regards se croisèrent. Rogue hocha lentement la tête.

- Je suis certain qu'Harry aimera ton cadeau, peu importe ce que tu lui offriras. Il parle beaucoup de toi, continua Remus. Mais pour le bien de mes pauvres nerfs, j'aimerais que tu ne lui offres rien de venimeux.

- Je vais tout arranger, répondit Rogue avant de disparaître dans la cheminée.


Lorsque le dernier jour d'école arriva, Remus et Sirius se rendirent tous les deux chez les Weasley pour le dîner. Ils apportèrent de la soupe et une bouteille de vin pour célébrer la fin des classes de Molly et le retour des garçons de Poudlard. Ils voulaient aussi discuter avec les parents Weasley au sujet de leurs enfants. Il semblait évident qu'Harry viendrait les visiter durant l'été, et comme Bill et Percy, qui le connaissaient en tant que Parvus, rentreraient à la maison, ils devraient jurer de garder le secret.

Ils surveillèrent les enfants pendant qu'Arthur et Molly allaient chercher leurs fils à la gare. Harry se joint à la petite bande de rouquins qui accouraient pour les saluer.

- Salut, Parvus, qu'est-ce que tu fais ici? s'exclama Bill. Et tes beaux cheveux ont été coupés…

Il s'interrompit lorsque le vent souleva la frange sur le front d'Harry et il se tourna vers ses parents, qui se tenaient près de Remus et Sirius.

- Qu'est-ce que… dit-il, confus.

- Son nom n'est pas Parvus, dit Ron avec reproche. C'est Harry Potter!

Percy avait l'air tout aussi perplexe que Bill.

- Bill, tu te rappelles Sirius Black, pas vrai? dit Molly.

Bill serra distraitement la main tendue de Sirius.

- Je voudrais vous parler deux minutes, les gars, dit Sirius.

Il passant un bras autour des épaules de Bill pour le mener à l'écart, guidant fermement Percy de son autre main. Bill jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Les autres rentraient à l'intérieur.

- J'aurais pu jurer… dit-il lentement. C'est Harry Potter? Les rumeurs…

- Oui, toutes vraies, dit Sirius en se retournant pour leur faire face.

- Il a putain de jumeau, vous savez, dit Bill.

- Le neveu du professeur Rogue lui ressemble comme deux gouttes d'eau! s'exclama Percy.

Sirius soupira.

Remus, qui aidait Ginny qui était tombée dans les marches, observa les expressions sur les visages de Bill et Percy passer de la confusion à la compréhension alors que Sirius leur expliquait la situation. Ils furent tous deux très silencieux alors qu'ils traversaient la maison pour rejoindre les autres dans la cour arrière, où Molly et les jumeaux mettaient la table. Harry était occupé à rentrer le manche d'une fourchette dans son nez pour impressionner Ron et Ginny et ils ne le quittèrent des yeux que lorsque le repas fut servi.

- Tu savais que Bill s'est spécialisé en sorts et sortilèges? dit Arthur à Sirius qui hocha poliment la tête. Il part pour l'Inde dans quelques mois. Ils ont de gros problèmes là-bas avec les vieux tombeaux.

- Travailler dans l'est t'intéresse, alors? demanda Remus.

- Nah, dit Bill en secouant la tête alors qu'il acceptait le plat de patates que lui tendait Fred. Les pyramides, c'est là que le vrai travail se trouve. L'Inde, ce n'est que la première étape pour moi.

Molly soupira.

- C'est beaucoup trop dangereux, si vous voulez mon avis.

- Ah, mais c'est brillant, Maman!

- J'ai de très intéressants manuscrits à propos des méthodes de traduction de hiéroglyphes à la librairie si tu veux passer un jour, proposa Remus. Sirius, tu me passes les petits pains? Et je suis certain que je n'arriverai jamais à les vendre. Nous n'avons pas tellement de clients sorciers.

- Vous vendez des livres Moldus? demanda Percy.

- Surtout, oui, dit Sirius d'un air renfrogné.

- Sirius aime bien les romans Moldus, dit Remus en souriant.

- Vous n'auriez pas des bouquins sur la réparation des voitures? demanda Arthur. Je viens d'acquérir une automobile et je voudrais bien découvrir exactement comme elle fonctionne.

- Une vraie voiture, Papa? demanda Bill. Je peux la voir?

- Après le dîner, si tu veux bien, l'avertit Molly. Après tout, il ne reste qu'un mois avant que tu ne partes pour l'Inde et tu as besoin de faire des réserves, pauvre garçon, ajouta-t-elle.

Ils passèrent les minutes suivantes à consentir que Bill avait l'air terrible, que les ASPICS étaient une épreuve terrifiante et que ce dont il avait besoin, c'était de beaucoup de repos et beaucoup de nourriture.

- Que prévois-tu faire cet été, Harry? demanda Arthur. Ton parrain ne t'emmènerait pas en vacances, par hasard?

- Je pense peut-être prendre une maison dans le nord et passer un mois ou deux à lui enseigner le Quidditch, répondit Sirius. Mais je n'ai pas encore fait de plans.

- Mais tu seras ici pour ton anniversaire, pas vrai, Harry? questionna Molly.

Harry sourit à son parrain qui hocha la tête, la bouche pleine de poulet.

- Ton premier anniversaire dans le monde des sorciers! Il faut faire une fête.

- J'ignore si c'est… commença Remus, mais Ron et Ginny l'interrompirent.

- Oui, il le faut! supplia Ron. Il n'a jamais eu de fête avant, il me l'a dit.

- Tu aimerais avoir une fête, Harry? l'interrogea Sirius.

Harry déposa sa fourchette et sembla réfléchir un instant.

- Je pourrai avoir un gâteau? demanda-t-il finalement. Et des petits chapeaux?

Sirius sourit.

- Et des ballons aussi, si tu veux.

- Alors, j'aimerais bien.

- Donc c'est réglé. Tout aura lieu ici même, annonça Molly. Avec les jumeaux, Ron, Ginny, Percy et Bill.

- Je peux inviter Olivier aussi? demanda Harry à Remus qui se tourna vers Molly.

- Olivier? demanda-t-elle.

- C'est un ami de l'école, ajouta Percy.

- Celui qui refile à Harry ses revues de Quidditch, rappela Remus à Sirius.

- Je ne crois pas, dit doucement Sirius. Il ne sait pas qui tu es, Harry, et plus les gens sont au courant… plus tu es en danger.

- Percy, ne laisse pas Croûtard monter sur la table, réprimanda Molly. Ce n'est pas très hygiénique.

- Il m'a échappé, protesta Percy en retirant le rat du bol de pommes de terre.

- Mais tu auras les Weasley et Sirius et moi, continua Remus. Ce sera suffisant, pas vrai, Harry?

Harry hocha la tête et échangea un sourire avec Ron qui lui lança un bout de poulet.