STEALING HARRY
Chapitre 18
- Aujourd'hui, dit le professeur Rogue le week-end suivant en guidant Harry à travers les couloirs à présent déserts de Poudlard, nous allons faire couper tes cheveux.
Harry, qui marchait derrière lui, se sentait un peu bizarre d'errer dans le château presque vide sans ses cheveux longs, bien qu'il porte toujours le sort sur sa cicatrice.
- Ça ne fonctionne jamais, vous savez.
- Qu'est-ce qui ne fonctionne jamais?
- Les coupes de cheveux, dit Harry d'un air morose. La tante Pétunia coupait toujours mes cheveux et ça ne fonctionnait jamais. Ils repoussent tout le temps.
Le professeur Rogue s'arrêta et se retourna pour lui lancer un regard curieux.
- Tu veux dire qu'ils poussent ainsi naturellement?
- Ils ne devraient pas? demanda Harry.
- J'avais l'impression que ton déjanté de gardien avait quelque chose à y voir, marmonna Rogue.
- Sirius a dit que je pouvais les faire pousser, ajouta Harry. Comme les vôtres. Mais ne lui dites pas ça. Il ne vous aime pas beaucoup.
- Le sentiment est mutuel, gronda Rogue en continuant son chemin.
- Pourquoi il ne vous aime pas?
- Je suis certain d'en ignorer la raison.
- Pourquoi vous ne l'aimez pas?
- Je ne crois pas être autorisé à utiliser de tels mots devant toi.
Harry réfléchit alors qu'ils marchaient.
- Et Remus?
- Quoi?
- Vous l'aimez?
- Non.
- Pourquoi pas?
- Les petits enfants qui posent trop de questions à propos de sujets qui ne les concernent pas se font changer en grenouilles, dit sèchement Rogue.
- Ça ne me ferait rien d'être changé en grenouille, dit Harry d'un air pensif. Je pourrais nager tout le temps et sauter et tout ça.
- Tu finirais par te lasser d'avoir à passer tout ton temps caché sous une bûche ou perché sur un nénuphar.
- Mon ami Ron dit que si on tient une grenouille trop longtemps, on attrape des verrues.
- Et que dit ton ami Ron au sujet des coupes de cheveux?
- Sais pas, répondit Harry. J'ai vu des photos de Remus et Sirius. Ils avaient les cheveux plus longs quand ils étaient à l'école, mais pas mon père. Ses cheveux étaient comme les miens.
- Malheureusement.
Ils traversèrent le terrain de Poudlard et passèrent le pont reliant l'école à la Forêt interdite, puis ils continuèrent jusqu'à la rue principale de Pré-au-Lard. Harry posait des questions à la vitesse de l'éclair et Rogue lui répondait calmement et brièvement. Lorsqu'ils atteignirent la boutique du coiffeur, Harry s'arrêta.
- Vous voulez juste embêter Sirius, dit-il en croisant les bras, fixant le professeur d'un regard noir.
Rogue se tourna vers lui avec surprise.
- Parce qu'il ne vous laisserait pas faire si vous le lui demandiez gentiment.
- Nous n'avons pas à couper tes cheveux si tu ne veux pas, Harry.
Harry réfléchit.
- Je le ferai si vous le faites, dit-il finalement.
Rogue cligna des yeux.
- Quoi?
- Si vous coupez vos cheveux, je fais couper les miens, dit Harry.
- Je n'ai nul besoin de…
- Vos cheveux sont longs et graisseux.
Rogue s'interrompit.
- Il faudra, un jour ou l'autre, explorer ensemble la définition du mot « tact », Harry, dit-il lentement.
- Si vous coupez vos cheveux, je fais couper les miens, persista Harry.
Rogue soupira.
- Définitivement pas suffisamment de discipline à la maison, murmura-t-il alors qu'ils entraient.
Il explora en un long monologue interne toutes les façons dont Sirius était nul comme parent alors qu'ils prenaient place dans deux chaises et qu'une paire de ciseaux magiques se suspendaient au dessus de la tête d'Harry.
- Une petite taille pour le jeune monsieur? demanda une voix derrière eux.
Un homme émergea de l'arrière-boutique en transportant deux serviettes. Harry observa son reflet dans le miroir.
- Professeur Rogue, murmura-t-il. Il est aveugle!
- Comme une taupe, dit joyeusement l'homme. Et ça ne m'a pas encore arrêté. Bonjour, Professeur. Votre coupe habituelle?
- Quelque chose d'un peu différent aujourd'hui, dit Rogue alors que les ciseaux survolaient l'oreille droite d'Harry.
Harry remarqua, peu agité par ce genre de chose à présent, que les ciseaux avaient des yeux. Il observa avec fascination alors qu'une brosse, possédant un grand œil sur son manche, flottait pour rejoindre les ciseaux alors que le coiffeur les guidait à la façon d'un chef d'orchestre.
- Le gamin d'abord, si vous voulez bien.
- Oh, un défi, continua le coiffeur aveugle.
Harry ferma les yeux alors que les ciseaux commençaient à tailler.
- Les cheveux bouclés sont toujours plus difficiles, pas vrai, gamin? Un ami à vous, Professeur?
- Mon neveu, dit Rogue alors que les ciseaux et la brosse dansaient autour de la tête d'Harry.
- Et pour vous, qu'est-ce que ce sera aujourd'hui? continua le coiffeur.
Harry aurait souhaité qu'il se concentre à diriger ses ciseaux et non à faire la conversation.
- La même chose que le garçon.
Les ciseaux s'arrêtèrent brusquement.
- La même chose que le garçon… mais ce sera presque tous vos cheveux! s'exclama le coiffeur.
- Vous m'avez bien entendu.
- Eh bien, je serai maudit. Tu as réussit ce que son coiffeur de sept ans n'a jamais pu faire, gamin, dit l'homme à Harry. Une vraie coupe de cheveux pour le professeur Rogue. Vite, avant qu'il ne change d'avis…
- C'est suffisant, merci, dit sèchement Rogue. Essayez de ne pas me couper une oreille dans votre hâte.
- Non, Monsieur, sûrement pas, Professeur Rogue.
Les ciseaux laissèrent Harry à la merci d'un peigne flottant et d'un pot d'une mystérieuse substance et se dirigèrent vers le professeur Rogue.
- Alors, vous avez entendu la nouvelle aujourd'hui?
- La nouvelle? Je me disais que Pré-au-Lard était moins encombré qu'à l'habitude. Une grande partie de Quidditch, je suppose.
- Surtout pas, Professeur! Je viens tout juste de l'entendre sur la chaîne des nouvelles de la Cheminette. Ce n'est même pas encore dans les journaux, mais je ne doute pas que la Gazette du soir en parlera. La femme Lestrange s'est échappée d'Azkaban!
- Bellatrix Lestrange?
Rogue tourna la tête si rapidement que les ciseaux faillirent lui couper une oreille. Le coiffeur siffla.
- C'est vrai. Elle était le bras droit de Vous-Savez-Qui et tout ça. Ils disent qu'elle est complètement démente.
- Comment?
- Sais pas. Il y a une alerte. Les gens s'enferment, je peux vous dire ça. Disent que c'est un signe quand le plus grand partisan de Vous-Savez-Qui sort d'Azkaban aussi facilement.
- Vous ne pourriez pas vous dépêcher un peu? demanda Rogue.
- Voyons, Professeur, j'attends ce moment depuis des années. Je veux savourer chaque minute, dit l'homme en rigolant. Ce n'est pas comme si elle allait se lancer après vous maintenant, pas vrai? J'imagine qu'elle a tout plein de trucs à régler avec ses gens avant de venir embêter les honnêtes gens… Voilà, ne bougez pas!
Harry observa avec fascination l'homme plus âgé serrer les dents sous les ciseaux, se levant dès que tout était fini pour secouer la tête. Les ciseaux avaient coupé très court près de son crâne et Harry songea qu'il ressemblait à l'un des anciens sorciers romains dans les livres d'histoire de Molly Weasley. Il paya l'homme rapidement sans attendre la monnaie et guida Harry loin de la boutique, regardant par-dessus son épaule à chaque pas.
- C'est quoi Azkaban? demanda Harry alors qu'il tentait de le suivre. Qui est Bell…a…trix?...
- Silence, répondit Rogue. Je te ramène à la librairie.
- Mais nous avons tout l'après-midi…
- Plus maintenant.
Alors qu'ils approchaient des marches du château, Harry vit que le directeur et Professeur McGonagall les attendaient.
- J'imagine que vous avez entendu la nouvelle, dit Rogue en s'approchant.
Harry vit le professeur McGonagall cacher son sourire avec sa main.
- Tout comme toi, répliqua Dumbledore en les menant à l'intérieur. Tu dois rentrer avec Harry par Cheminette pour t'assurer qu'il arrive sain et sauf…
- Bien sûr, Monsieur le Directeur, murmura Rogue.
- Et apporte ceci.
Dumbledore fouilla dans ses grandes robes et en retira un parchemin scellé.
- Si on a besoin de toi là-bas, restes-y. Sinon, rentre immédiatement. Harry n'est pas le seul à être en danger.
- Longdubat, soupira Rogue. Bien sûr.
- Bien sûr. Alors, Harry, dit Dumbledore en les guidant non pas jusqu'à son bureau, mais jusqu'à une autre salle qui comprenait aussi une cheminée, le professeur Rogue vas y aller d'abord pour s'assurer d'être là que tu arriveras.
Harry hocha la tête et patienta pendant que Rogue entrait dans la cheminée et disparaissait.
- C'est toi qui es responsable de sa nouvelle apparence, Harry? demanda doucement le professeur McGonagall.
- Oui, Professeur.
Elle lui sourit.
- Bon garçon. Allez, vas-y maintenant…
Il la vit échanger un regard amusé avec Dumbledore, qui disparut rapidement lorsqu'il appela : « Sandust Books! »
Il dévala dans l'arrière-boutique chaude et familière de Sandust et sentit le professeur Rogue l'attraper avant qu'il ne tombe sur le plancher.
- Harry?
Il leva la tête pour voir Sirius se tenir dans l'embrasure de la porte, étonné.
- Tu ne devrais pas être… ah… ah…
Harry regarda Sirius pointer le professeur Rogue, couvrir sa bouche et laisser échapper des petits éclats de rire compulsif très mal cachés comme il le faisait souvent quand Remus faisait quelque chose d'amusant sans s'en rendre compte.
- Oh mon Dieu, mais qu'est-ce que tu lui as fait? demanda Sirius qui manquait d'air.
- Je n'ai rien fait du tout au garçon…
- Ce n'est pas à toi que je parlais… Hé, merde… Remus, viens voir ce qu'Harry a fait à Rogue…
Harry vit que le professeur Rogue avait l'air incroyablement ennuyé.
- Sirius, arrête de rire, quelque chose de terrible est arrivé, dit-il d'un ton urgent.
Sirius se figea alors que Remus entrait, tenant deux copies de L'espace vide dans ses mains. Il cligna des yeux.
- Ce n'est pas si affreux, dit-il. En fait, je trouve que…
- Bellatrix Lestrange s'est échappée de la prison d'Azkaban, dit sèchement Rogue.
- Qui est-ce? demanda Harry.
Sirius se précipita vers lui pour le soulever, forçant Harry à relâcher les robes de Rogue.
- Une femme très méchante, dit-il doucement.
- Où avez-vous entendu ça? demanda Remus d'une voix tendue.
- Dumbledore. Il envoie ceci, ajouta Rogue en lui tendant le parchemin. J'imagine que ce sont ses instructions.
Sirius, qui était occupé avec Harry, hocha la tête vers Remus, qui accepta la lettre et l'ouvrit. Rogue attendit patiemment.
- Il dit que nous devons rester ici… pas ici, mais à mon appartement. Harry ne doit pas quitter la boutique ou l'appartement avant que nous ayons eu des nouvelles. Ils vont publier un article à propos d'elle dans le journal du soir. Il faut ajouter des sorts sur l'appartement encore une fois…
Les yeux de Remus s'écarquillèrent.
- Dumbledore veut que tu partes, Sirius.
- Quoi?
- Tu pourrais être une cible plus facile qu'Harry… commença Remus alors que Sirius lui arrachait la lettre.
- Je ne laisserai pas mon filleul. Pas cette fois, dit Sirius.
Rogue se racla la gorge. Ils se tournèrent vers lui.
- Si je peux faire une suggestion, dit-il lentement. Tu pourrais être utile pour la retracer.
Sirius lui lança un regard noir.
- Si c'était rendu publique que Sirius Black s'était joint aux recherches… commença lentement Rogue. Si elle veut à tout prix te détruire, toi en particulier, alors tu ferais une excellente diversion, Black.
- Toi aussi, Rogue.
Rogue ferma les yeux, serra les poings puis les ouvrit à nouveau.
- Laisse le garçon et viens avec moi. Lupin peut le raccompagner à la maison.
- Non. Je ne laisserai pas Harry.
Remus toucha Sirius entre ses omoplates, doucement.
- Vas avec lui, dit-il et Sirius se retourna pour lui lancer un regard accusateur. Sirius, va avec lui. Je vais ramener Harry à la maison. Nous y serons en sécurité.
- Elle a tué Regulus, dit Rogue d'une voix persistance. C'est ta seule chance de…
- Ne me parle pas de Regulus… Tu… tu n'as aucun droit, bafouilla Sirius.
- Regulus était mon ami, lui répondit Rogue.
Sirius libéra Harry avec beaucoup de réticence et Harry s'agrippa au cou de Remus.
- Vous allez directement à la maison, dit-il à Remus qui hocha la tête.
- Je vais installer de nouveaux sorts de protection dès notre arrivée. N'essaie pas de nous retrouver, je te trouverai.
Sirius hocha la tête brièvement et déposa un baiser sur la tête d'Harry.
- Sois sage, dit-il. Je serai à la maison ce soir.
Le regard d'Harry passa de son parrain à Rogue jusqu'à ce qu'ils soient repartis vers Poudlard. Remus le déposa sur le sol, mais sa main ne quitta pas l'épaule d'Harry alors qu'ils sortaient de l'arrière-boutique. Harry resta silencieux pendant que Remus verrouillait les portes, refermait les rideaux et sécurisait les fenêtres. Il ne parla que lorsqu'ils sortirent par la porte arrière.
- Qui est cette femme? Et qui est Regulus? demanda-t-il.
- Pas maintenant, Harry, répondit Remus. Attends que nous soyons à la maison. Je veux que tu gardes le silence jusqu'à la maison, d'accord?
Harry hocha la tête, souhaitant que Grenouille ou Patmol, ou quelque chose de réconfortant soit présent. Remus s'assura qu'Harry marche un peu en avant afin qu'il ne puisse pas le quitter des yeux même lorsqu'il jetait un coup d'œil aux ruelles et aux coins de rue autour d'eux.
Remus verrouilla la porte avec beaucoup d'énergie dès qu'ils furent rentrés.
- Viens avec moi. Jusqu'à ce que Sirius soit rentré, je ne te quitterai pas des yeux, dit Remus en le menant vers la chambre à coucher.
Harry monta sur le lit de Sirius et rampa jusqu'à l'oreiller, qui avait l'odeur de son parrain.
- En temps ordinaire, dit Remus alors qu'il faisait danser ses doigts le long de l'étagère de livre, je laisserais ce genre de chose à Sirius, mais tu dois savoir maintenant.
Il se mit à retirer des livres, dont la plupart n'étaient que de minces manuscrits, sur l'étagère du haut, celle qu'Harry n'avait pas le droit de toucher.
- Pourquoi tout le monde a si peur? Sirius est le meilleur sorcier du monde et toi aussi. Et le professeur Rogue connait des tas de choses, dit Harry en glissant ses pieds sous les couvertures de Sirius.
- C'est une histoire de famille, j'en ai bien peur, soupira Remus. Bellatrix Lestrange était l'une des partisanes de Voldemort…
- Tu-Sais-Qui?
- Oui… elle faisait partie de ses fidèles les plus dévoués. Elle est très puissante et très méchante, comme son mari. Elle est également la cousine de Sirius.
Harry observa les doigts agiles de Remus alors qu'il feuilletait les livres.
- Je ne savais pas que Sirius avait des cousines.
- Oui… tu en rencontreras quelques-unes un jour, je crois. L'une d'elles a un fils de ton âge. Bellatrix… a fait de terribles choses. Sirius avait également un frère appelé Regulus. Il était plus jeune que Sirius et très brillant, bien que…
Remus s'interrompit et se tourna vers Harry.
- J'aimais bien Regulus et… Sirius et lui étaient très proches il y a longtemps. Mais les Black, en général, ne sont pas très gentils, Harry. Ils forment une très vieille famille avec des préjugés.
- Pas comme Sirius.
- Non, Sirius est certainement une exception. Regulus en était une lui aussi, à sa façon. Il était un… un partisan de Tu-Sais-Qui lui aussi. Il a tenté de s'échapper parce qu'il a réalisé qu'il n'aimait pas tuer des gens.
Remus regarda ses mains, qui tenaient toujours les manuscrits.
- Bellatrix l'a tué elle-même. Son propre cousin… et il y a bien pire… Je suis désolé, Harry. Ce sont de terribles histoires que je te raconte, mais… tu dois comprendre d'où vient Sirius.
Il déposa deux livres sur la commode et ouvrit l'un d'entre eux.
- Elle a été envoyée à la prison d'Azkaban, un endroit terrible. Elle est devenue folle là-bas et maintenant elle s'est échappée.
Harry réalisa qu'il n'était pas particulièrement effrayé. Il avait peur, mais seulement parce que les adultes semblaient avoir peur, et de façon plutôt abstraite. Il ne craignait pas vraiment cette Bellatrix. En fait, tout ceci lui semblait comme l'un de ses romans d'aventures que Sirius lui donnait à lire.
- Et elle cherche peut-être à te faire du mal, à toi ou à Sirius. Nous ne savons pas à quoi elle pense, continua Remus en ouvrant le dernier tiroir de la commode pour en retirer plusieurs bouteilles. Alors nous ne pouvons pas y faire grand-chose. Tu vas m'aider, Harry?
- Je peux? demanda Harry en se laissant glisser du lit.
- Il le faudra. Je crois qu'un sort de tromperie et une potion de désorientation et…
Remus posa sa main sur une page.
- Eh bien, un autre sortilège.
Harry le suivit alors qu'il transportait les bouteilles jusqu'à la cuisine et en retirait quelques-unes des armoires, versant leur contenu dans une casserole pour les faire bouillir. Ils déposèrent des herbes dans les coins de l'entrée et sur le bord des fenêtres qu'ils pouvaient atteindre. Remus secouait sa baguette et chantonnait en latin. L'appartement avait pris une odeur forte, comme un thé concentré, et Remus mélangea les ingrédients avant d'ajouter de l'eau et de tout déposer sur la table de la cuisine.
- Comment ça fonctionne? demanda Harry.
- Ça fonctionne déjà. Les vapeurs remplissent les pièces, désorientant quiconque voudrait s'approcher. Nous devrons garder un œil sur Sirius, ajouta Remus.
- Il reste encore un sortilège, pas vrai? demanda Harry.
Remus se tourna vers lui.
- Tu ne voudrais peut-être pas en être témoin, Harry, dit-il lentement.
- Je veux t'aider.
- Tu as déjà vu du sang?
Harry réfléchit.
- Je me suis écorché les genoux souvent quand j'étais petit.
Remus sembla trouver ceci très amusant.
- Quand tu étais petit, bien sûr. Eh bien, tu peux fermer les yeux, si tu veux. Dans le tiroir près de ton coude, il y a un couteau au manche blanc avec une lame argentée. Donne-le-moi, s'il te plaît.
Harry fit ce qu'on lui demandait. Ce n'était qu'un petit couteau, mais Remus attrapa une serviette dans un autre tiroir et l'enroula autour de la lame avant qu'Harry ne puisse le toucher.
- Tu apprendras, tôt ou tard, que la magie du sang est très puissante, Harry. Toi et moi, nous sommes apparentés. Ton père était l'un de mes lointains cousins.
- Nous sommes cousins? demanda Harry.
Remus baissa les yeux vers le couteau.
- En quelque sorte. Très lointains.
Harry rigola.
- Mais tu es vieux!
- Merci, dit Remus avec un petit sourire. La raison pour laquelle tu as le droit de vivre avec nous, c'est que mon sang, qui est aussi le tien, nous protège. Il s'agit d'un ancien trait magique qui ne peut pas être dissous, sauf avec d'énormes efforts.
- Et pourquoi c'est important maintenant? demanda Harry.
Remus allongea la main.
- Je vais devoir me couper, Harry, et mettre le sang sur le pas de la porte. C'est une forme de magie très ancienne et effrayante. Tu n'as pas à regarder.
Harry l'observa avec attention.
- Tu n'es qu'un enfant, dit Remus, légèrement désespéré. Tu ne devrais pas avoir à regarder.
- Pourquoi est-ce que c'est toujours toi? demanda Harry.
Remus pencha la tête.
- Pourquoi c'est toujours toi qui es blessé?
- Harry…
- C'est pas juste, dit Harry.
- Non, mais personne n'a promis que la vie était juste, soupira Remus.
- Je veux regarder, dit Harry.
Remus hocha la tête.
- Tu peux fermer les yeux si tu veux, répéta-t-il en se dirigeant vers l'entrée.
Lorsqu'il vit Harry se tenir résolument derrière lui, il resserra sa poigne sur la lame et la glissa lentement sur la paume de sa main.
La plaie n'était pas profonde, mais Harry vit du sang rouge s'en échapper et Remus fit glisser sa main sur le haut de l'embrasure de la porte. Il se coupa ensuite sur l'index et écrit, au-dessus de la ligne rouge : NOMOS.
- Des bandages, dit rapidement Remus en retournant dans la cuisine pour déposer le couteau dans l'évier.
Il sembla se calmer dès que la lame argentée fut à nouveau hors de portée et fouilla dans le placard pour trouver des pansements.
- Les sorts de guérisons ne fonctionnent pas bien sur moi, dit-il en enveloppant sa main et son doigt.
- Ça veut dire quoi Nomos? demanda Harry.
Remus ajusta les bandages pour s'assurer qu'ils étaient bien placés et se mit à laver le couteau. Tout avait été fait… de façon très efficace.
- C'est du grec ancien, dit-il. Cela signifie… de nombreuses choses. C'est une règle de vie, en quelque sorte, pour la façon dont les gens sont traités et protégés et logés. Un peu comme nous le faisons pour toi. Alors, dit-il soudainement d'un ton presque professionnel, nous devons te trouver quelque chose à lire. Il faut s'asseoir près de la fenêtre pour surveiller l'arrivée de Sirius, car je crois qu'avant d'avoir mis les pieds ici, il n'arrivera pas à trouver l'endroit.
Il suivit Harry dans sa chambre pour chercher un livre ainsi que Grenouille, et ils revinrent au salon où ils s'installèrent sur le divan. Quand Harry releva la tête de son livre, Remus regardait par la fenêtre, frottant sa main bandée sur son menton.
- Et si elle fait du mal à Sirius? dit-il doucement.
- Elle ne lui fera rien. Sirius est plus futé qu'elle.
- Mais elle a tué son frère.
- Sirius n'est pas son frère.
- Mais si elle lui fait du mal quand même?
Remus garda le silence pendant un instant.
- Professeur Rogue s'assurera qu'elle ne lui fasse rien, dit-il finalement.
- Professeur Rogue déteste Sirius.
Remus baissa la tête.
- Peut-être, mais ça ne veut pas dire qu'il ne le protégera pas.
Harry se tourna vers lui.
- Vraiment?
- Vraiment, dit Remus d'un air absent sans donner plus d'explications.
Harry resta silencieux, s'interrogeant sur cette contradiction.
Puis il ne se passa rien.
Les Aurors ne trouvèrent aucune trace de Bellatrix Lestrange. Sirius, qui faisait tout ce qu'il pouvait pour avoir l'air d'un appât sans protection, ne reçut pas la moindre attention de sa part. Pendant trois jours, il sortit avec les Aurors sous l'œil prudent et magique d'Alastor Maugrey, et il revint brièvement à l'appartement pour dormir. Remus et lui mangèrent peu et discutèrent peu, sauf avec Harry. Ils ne le laissèrent pas s'éloigner ni sortir de l'appartement.
Harry dormait dans le lit de Sirius avec Patmol recroquevillé sur les couvertures. La librairie Sandust demeura fermée si longtemps que lorsque Remus laissa finalement Harry avec Sirius pour aller vérifier que tout était toujours en ordre, la moitié des commerçants de High Street lui demandèrent ce qui n'allait pas. Il donna comme excuse une maladie dans la famille et rentra rapidement à la maison.
Il ouvrit la porte avec un mot de passe, une clé et un coup de baguette sur ce qui n'était, pour les passants et les étrangers, qu'un simple mur de briques. Ces derniers temps, il fallait faire tellement de bruit pour entrer dans l'appartement que ceux qui entraient étaient généralement accueillis par Harry et celui qui s'occupait de lui. Quand il ouvrit la porte pour révéler une pièce silencieuse, son cœur se serra.
- Chut, dit doucement Sirius et Remus soupira de soulagement.
Il était assis sur le divan du salon, près d'une pile de couvertures et d'oreillers qui semblait avoir dévoré Harry.
- Endormi en plein après-midi? demanda doucement Remus.
- Il n'a pas bien dormi la nuit dernière. Je crois qu'il fait des cauchemars, mais il refuse de m'en parler, répondit Sirius qui déposa son livre avant de s'étirer.
- Je ne m'en étais pas rendu compte.
- Eh bien, tu dors comme un cadavre, répliqua Sirius avec un sourire pendant que Remus enlevait son manteau et déposait ses clés sur la table. Et puis ce n'est pas toi qui reçois des coups de pied.
- Nous pourrions mettre son lit dans…
- Ça ne me dérange pas. Il tire sur ma fourrure et remue un peu puis il se rendort, dit Sirius. Et nous sommes déjà suffisamment à l'étroit.
Remus se retourna pour acquiescer et constata que Sirius se tenait dangereusement près de lui.
- Tu aurais pu m'avertir? dit-il à voix basse alors que Sirius glissait une main sur sa nuque pour l'attirer vers lui.
- Si je t'avais averti, tu te serais sauvé, dit Sirius contre sa bouche.
Remus entendit un gémissement, réalisa que c'était le sien, et s'éloigna.
Sirius le suivit, agrippant fermement sa nuque, et le repoussa contre la table. Remus ferma les yeux, goûtant Sirius, sentant son corps solide. Il se pressa contre lui.
- Tu vois? dit Sirius en brisant le baiser.
Remus sentit un rougissement inapproprié sur ses joues. Sirius respirait avec difficulté.
- Je dois toujours te prendre par surprise.
Remus baissa la tête et Sirius soupira.
- Garde un œil sur Harry. Je vais préparer le déjeuner, dit-il d'un air résigné.
Remus se laissa tomber sur le divan et enfonça son doigt dans les couvertures d'un geste expérimental. Quelque chose à l'intérieur ricana d'un air ensommeillé.
