NOTE DE LA TRADUCTRICE: Déjà un autre chapitre! J'espère qu'il vous plaira. Merci à tous ceux qui ont laissé des reviews ou mis l'histoire en alerte.
STEALING HARRY
Chapitre 21
Alastor Maugrey accrocha son chapeau melon sur un crochet près de la porte d'entrée du 12, Square Grimmauld et gronda une salutation à Sirius en boitant à l'intérieur.
- Un coup de chance, dit-il. Un putain de coup de chance.
- C'est de famille, répliqua Sirius qui savait parfaitement que le ton sombre et menaçant de Maugrey n'était qu'une couverture.
Remus était toujours en quelque sorte terrifié par l'homme, mais Remus aimait contourner l'autorité par d'autres moyens que la confrontation. Quelques grosses disputes au cours des années avaient mis Sirius et Maugrey sur un certain pied d'égalité.
- Pas un seul sort de protection sur la maison des Weasley et de belles grandes haies dans lesquelles se cacher. T'es devenu stupide? continua Maugrey.
- Non, Monsieur, dit Sirius. Je voulais seulement qu'Harry ait une vraie fête d'anniversaire pour une fois.
- Vigilance constante! tonna Maugrey en suivant Sirius dans la cuisine.
Il boita jusqu'au centre de la pièce, observant la table du petit déjeuner où Ted, Remus et Andromeda étaient assis. Nymphadora se tenait nerveusement derrière sa mère et Harry derrière Remus. Maugrey laissa le sac qu'il transportait tomber sur le sol.
- Lupin! aboya-t-il.
Remus hocha la tête.
- Tu l'as vue le premier!
- Je l'ai sentie, répondit Remus. Bill Weasley l'a vue, je crois.
- Tu l'as sentie?
- Elle ne s'était pas lavée, dit simplement Remus. Elle sentait la pourriture.
- Où est Weasley?
- Rentré à la maison, dit Sirius.
Maugrey eut l'air résigné et hocha la tête, murmurant des salutations aux Tonks.
- Je lui parlerai plus tard.
Il donna un coup de pied sur le sac qu'il avait laissé tombé, le poussant vers Remus qui se pencha pour le soulever et défaire le nœud qui le gardait fermé.
- J'ai ramené le balai du môme. Ce qu'il en reste, ajouta Maugrey.
Remus ressortit une poignée de brindilles, chacune d'elles aussi longues que sa main, et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule en direction de Harry qui se mordait la lèvre.
- Mon balai… dit le garçon d'une voix tremblante.
- Nous t'en achèterons un nouveau, dit doucement Remus. Tu devrais être reconnaissant. Ça aurait très bien pu être ta jambe, ajouta-t-il en lui montrant un morceau de bois cassé.
- Peu importe. Black a un plan, on dirait, répliqua soudainement Maugrey en se tournant vers Sirius qui regardait froidement le fragment de bois.
- Je vais les tuer tous les deux, dit-il doucement. De mes propres mains.
- Ce serait mieux de les jeter à Azkaban. Les faire souffrir pour de vrai, ajouta Maugrey.
- Le plan, c'est l'idée de Nymphadora, dit Sirius en revenant à l'instant présent.
La jeune fille ouvrit la bouche pour protester, mais Sirius continua.
- Rogue…
- Ouais, aboya Maugrey. Celui-là. Ça va être difficile d'emmener le gamin faire des sorties. Dumbledore a dit quelque chose à son sujet. Vas-y, alors.
- Peter s'est sûrement caché dans notre librairie. Rogue pense qu'il pourrait y retourner, surtout s'il ne sait pas qu'on a deviné qu'il s'y cachait. On a pensé qu'il faudrait essayer de le coincer.
Maugrey se gratta le menton avec un bruit qui ressemblait à du papier de verre frottant contre du bois.
- Il y a des sorts pour sortir un Animagus de sa forme animale… dit Nymphadora d'un ton hésitant, soudainement timide devant cet homme étrange à la jambe de bois.
- Ouais, acquiesça Maugrey en se tournant vers elle. C'est toi la recrue, alors.
- Oui, Monsieur.
- T'as peur de moi?
- Oui, Monsieur.
- C'est bien. Il le faut, gronda Maugrey. Alors, ça règle une partie du problème. Impossible de trouver la fugitive sans le rat. Des idées, recrue?
Nymphadora se mordit la lèvre.
- On pourrait utiliser du Veritaserum lorsqu'on l'aura attrapé, mais c'est dangereux. Ou bien… l'utiliser pour l'attraper, elle… Il la cache quelque part. Il y a sûrement des sorts de protection, dit-elle plus rapidement. Et si on veut l'attraper, il faut la faire sortir, alors… trouver un moyen de la faire venir jusqu'à la librairie…
Elle se tue sous le regard intense de Maugrey.
- Je crois que c'est une bonne idée, dit soudainement Harry.
Maugrey lui lança un bref regard.
- Pas mal, dit-il et Nymphadora rayonna de fierté. Black, c'est toi le meneur. Ta maison, ton gamin. C'est toi qui décides.
Sirius serra ses mains sur sa tasse de thé vide, réfléchissant. Remus toussa doucement et Sirius se tourna vers lui. L'autre homme arqua un sourcil, ses doigts touchant la cicatrice sur sa mâchoire.
Message reçu : Lupin l'indestructible est aussi à ton service.
Il serait maudit s'il envoyait Remus seul vers le danger. Pas maintenant. Pas maintenant qu'ils étaient si près d'avoir tout ce dont ils avaient besoin pour être heureux et que tout ce qui les en empêchait c'était Peter Pettigrew et sa cousine Bellatrix.
Et qui plus est, Remus n'avait pas ce qu'il fallait pour tuer deux personnes.
Du moins, Sirius en doutait.
- Il faut leur faire croire qu'ils sont en sécurité à la librairie, dit-il lentement. Bellatrix doit avoir une raison de venir jusqu'à nous là-bas.
- Je crois qu'ils ont déjà pris ce qu'ils voulaient, dit Remus en touchant la main d'Harry posée sur son épaule. Bien que je ne sache pas pourquoi.
- On doit trouver pourquoi, répondit Sirius. Et… on doit savoir ce qu'ils pensent, ce qu'ils prévoient faire.
- Ça ne devrait pas être très difficile, intervint Andromeda.
Sirius se tourna vers elle et elle baissa les yeux.
- Elle est de la famille, dit-elle. On s'en souvient.
Sirius baissa la tête. Il ne pouvait le nier, même s'il en avait envie. Et il en était de même pour Peter. Celui-ci avait fait partie de ses proches. Peu importe ce qu'il était à présent, dix ans plus tôt, seuls James et Remus avaient été plus près de Sirius que Peter.
Maugrey l'observait avec une expression presque suffisante. Dumbledore et lui les avaient avertis des dangers d'emmener Harry loin des Dursley.
- Bien, alors, dit finalement Sirius. Harry reste ici. Andromeda…
- Nous resterons aussi. Nous pouvons nettoyer la maison, dit Andromeda avec un sourire.
Nymphadora laissa échapper un léger grognement.
- Remus, tu peux essayer de découvrir pourquoi il avait besoin de ce sang? demanda Sirius.
Remus arqua les sourcils.
- J'aurai besoin de quelques livres à l'appartement et… ce serait bien si j'avais… eh bien…
Maugrey se racla la gorge.
- J'ai vu Dumbledore avant de venir ici. Il a dit qu'on pourrait utiliser Rogue. Il se plaint de n'avoir rien à faire.
- Il pourrait se mêler de ces affaires s'il se cherche du boulot, gronda Sirius.
- Rogue serait d'une grande aide, dit Remus. Il a accès à la bibliothèque de Poudlard et… eh bien, il connait les forces du Mal.
- Toi aussi, répliqua Sirius.
- Pas autant que lui, murmura Remus.
- C'est pas peu dire, dit brusquement Maugrey. De la magie par le sang et des sorts de protection ancestraux! Foutu gâchis, tout ça.
- Je peux voir le professeur Rogue? demanda Harry et les autres se tournèrent vers lui. Je suis doué avec les livres. Je pourrais aider.
Sirius couvrit son visage d'une main, frottant son menton alors qu'il réfléchissait.
- Pourquoi n'irions-nous pas jeter un coup d'œil à la librairie? suggéra Remus.
Il jeta un regard d'avertissement à Sirius alors qu'il s'éloignait avec Harry.
- Soyez sages, les enfants.
- Qu'est-ce qu'il veut dire par là? demanda Nymphadora alors que les portes de la cuisine se refermaient.
- Il a peur qu'on se retrouve avec un plan complètement débile, répondit Sirius d'un air distrait.
- Ce ne serait pas la première fois, remarqua Andromeda. Vraiment, Sirius, prendre le gamin à sa famille sans même faire de préparations…
- Combien de fois faudra-t-il que je le dise? Ils l'enfermaient dans…
Sirius s'apprêtait à gronder toutes les atrocités que les Dursley avaient fait subir à son filleul lorsqu'il s'interrompit, regardant la porte par laquelle Harry venait de sortir.
- Je préfère courir le risque avec Peter plutôt qu'avec les Dursley, murmura-t-il.
- Et je suis certain qu'Harry pense la même chose, dit simplement Ted. Pour l'instant, nous avons d'autres problèmes. Bellatrix est en liberté et Peter Pettigrew aussi et ils ont évidemment un plan. Nous devrions penser à mettre le Ministère au courant qu'un homme supposé mort est en cavale. Ils ont beaucoup plus de ressources qu'un Auror et quelques boutiquiers, dit-il avec regret.
- Je vais parler aux Aurors, gronda Maugrey. Ils doivent savoir que Lestrange a refait surface et que Pettigrew est toujours vivant, qu'il ait toujours ses doigts ou non.
Il se tourna vers Sirius.
- Donne à Lupin et Rogue aujourd'hui et demain pour découvrir ce que les deux malfaisants planifient. D'ici là, si on ne trouve rien, on mettra des pièges à rats.
Sirius hocha la tête lentement.
- Dans ce cas, je crois que je vais aider avec les recherches moi aussi, dit-il.
- Je retourne à l'appartement avec toi, dit Ted. On verra si les sortilèges fonctionnent toujours et tu pourras prendre des vêtements et tout ce que tu ne voudrais pas que Pettigrew récupère.
- Prenez la gamine, grogna Maugrey en pointant Nymphadora. Ça ne peut pas lui faire de mal d'être sur le terrain. Je vais chercher Rogue pour tout lui expliquer. Comment les Weasley s'en sortent?
- Ils vont bien, je crois, répondit Ted. Vous devriez passer vérifier en allant chercher Rogue.
Maugrey hocha la tête brièvement et, sans ajouter un mot, pris la Cheminette jusqu'à la maison des Weasley, laissant la famille Tonks et Sirius dans la cuisine.
- Eh bien, dit Andromeda après un instant. Il lui faudra un certain temps. J'imagine qu'il devra convaincre Severus. Je rentre à la maison chercher des produits nettoyants.
- Rien ne t'y oblige, protesta faiblement Sirius.
- Si nous allons rester ici pendant quelque temps, il le faut bien. Et si tu es toujours partant pour nous vendre la maison, je devrai bien le faire un jour, dit Andromeda en souriant. Et puis ça me gardera occupée. Ne m'attendez pas, je ne serai pas partie longtemps.
Elle jeta une poignée de poudre dans l'âtre et disparut. Ted se tourna vers sa fille, qui observait Sirius.
- Je ferais mieux de dire à Remus que nous partons, dit Sirius. Je ne sais pas si on devrait les laisser seuls dans la maison.
- Maugrey et Rogue reviendront bientôt. Je suis certain que tout ira bien, dit Ted pour le rassurer. Nous t'attendons ici.
- Je devrais les enfermer dans la bibliothèque, grommela Sirius en montant les escaliers.
Il entendit Ted rigoler et Nymphadora dire quelque chose qu'il n'arriva pas à déchiffrer. Il entendit les mots « Maugrey » et « travail dangereux » puis sourit.
Il entra silencieusement dans la bibliothèque. Son père avait jeté sur les étagères un sort qui projetait les livres sur quiconque parlait un peu trop fort. Sirius avait été un enfant rempli d'ecchymose lorsqu'il avait finalement développé un intérêt pour la lecture, mais n'avait pas compris le sortilège. D'un autre côté, il avait appris à être très agile puisqu'il devait constamment éviter les épais volumes reliés en cuir. Bellatrix avait finalement eu pitié de lui, bien qu'elle le croit fou de vouloir lire pour le plaisir, et lui avait révélé l'existence du sortilège.
Bellatrix avait un jour été belle et gentille avec lui. Sirius l'admirait et voulait être comme elle.
Il ferma les yeux, se tenant dans l'entrée de la bibliothèque. Étant enfant, il avait réellement aimé Bellatrix.
Puis ils avaient grandi et tout était tombé en pièces le jour où Sirius avait quitté cette misérable maison. En fait, tout était déjà tombé en pièces lorsque Bellatrix s'était jointe à Voldemort.
Et c'est elle, se rappela-t-il, qui est responsable de ce pansement sur l'épaule d'Harry.
Cette pensée lui donna des forces et il rouvrit les yeux, observant les rayons de soleil qui s'étendaient sur le sol par les grandes fenêtres de la bibliothèque. S'il tendait l'oreille, il pouvait entendre la voix enfantine d'Harry posant des questions et les répliques plus graves de Remus. Il suivit leurs voix jusqu'à pouvoir entendre les mots.
- …vraiment lu tous ces livres?
- Je n'en sais rien, Harry. Certaines personnes achètent des livres juste pour les posséder.
- Pourquoi?
- Parce qu'ils aiment avoir beaucoup de livres, peut-être. Ou parce qu'ils pensent qu'ils auront l'air plus intelligents, je suppose.
- Je ne crois pas que ces livres feraient paraître quelqu'un plus intelligent du tout. Celui-là est beaucoup trop gros.
- Mets-le sur la table, ici. J'en aurai besoin.
- Je suppose que toutes les réponses du monde sont des ces livres, pas vrai?
- Tout ce que nous devons savoir, en tout cas. Tu sais, tous ces livres appartiennent à Sirius. Il en a hérité après la mort de sa maman.
- Sirius avait une maman?
- Bien sûr que Sirius avait une maman. Moi aussi. En fait… sa maman et la mienne sont mortes, comme la tienne. Et le papa de Sirius aussi. C'est pour ça que tous ces livres appartiennent à Sirius.
- Sirius n'a pas de parents non plus?
- Non, Harry.
- Comme moi?
- En quelque sorte. Ses parents n'étaient pas aussi gentils que les tiens.
- Sirius pourrait ouvrir une autre librairie avec tous ces livres.
- C'est vrai, mais je ne crois pas qu'il le fera. Certains d'entre eux… ne sont pas de très bons livres.
- Comme ceux que tu gardes sur l'étagère du haut?
- En quelque sorte. Si je te soulève, tu peux attraper celui-là pour moi? Génial, Harry, merci.
- Il y a de bons livres ici? Comme des livres d'histoires?
- J'en doute. Peut-être. Sirius m'a dit qu'il passait beaucoup de temps ici, à lire. Ce qui explique beaucoup de choses, en fait.
- Qu'est-ce qu'il va faire de tous ces livres, alors?
- Je ne sais pas. Les vendre à Andromeda, peut-être.
- J'aime Andromeda. Quand je serai grand, je vais épouser Nymphadora.
- Tu lui en as parlé?
- Elle a dit qu'elle ne voudrait pas de moi avant que j'aie dix-huit ans et que je devrais me battre avec Bill, mais c'est pas grave, il est pas doué du tout en duel, qu'elle dit. C'est sûr que je l'épouserais si sa mère avait tous ces livres.
- Eh bien, Sirius va peut-être te les donner à toi, tu sais.
- Je préfèrerais ceux de Sandust.
- Moi aussi, Harry.
- Sirius n'a pas de parents? Vraiment?
- Vraiment.
- Il doit se sentir seul.
Sirius cogna doucement contre le côté d'une étagère et Remus leva les yeux du volume qu'il lisait, surpris.
- Harry ne te cause pas trop d'ennuis? demanda-t-il.
Harry, qui était en train de construire une tour avec les volume de l'Index des grimoires de Caspan, lui sourit brillamment.
- Harry m'a aidé à attraper les livres sur les étagères du haut, pas vrai, gamin? dit Remus en déposant un livre relié de cuir rouge sur une table qu'il avait ensorcelée pour qu'elle le suive dans les rangées, flottant à quelques centimètres du sol et grondant déjà sous le poids des volumes.
Harry hocha la tête d'un air solennel.
- Tu as finalement décidé de te rendre utile, hein? demanda Sirius en s'appuyant sur l'une des étagères. Harry, il y a un banc près de la fenêtre, là-bas. En dessous, il devrait y avoir une boîte de bandes dessinées dans un trou sous le coussin.
Remus arqua un sourcil alors qu'Harry s'y précipitait. Sirius sourit avec un haussement d'épaules.
- J'ai dû les cacher quelque part. Les elfes de maisons étaient toujours en train de fouiller dans ma chambre.
Ils entendirent Harry rire de bonheur et Sirius lui jeta un coup d'œil. Il s'installait sur le banc, une bande dessinée sorcière dans les mains.
- Alors, qu'as-tu décidé? demanda doucement Remus.
- On a jusqu'à demain soir pour essayer de découvrir ce qu'ils veulent. Après ça, Maugrey va appeler les Aurors, je crois. Je retourne à l'appartement pour chercher des vêtements et Grenouille… Tu as besoin de quelque chose?
- Mon rasoir et quelques livres… Je vais te faire une liste, dit Remus en retirant un bout de parchemin de sa poche avant de se mettre à griffonner avec une plume qu'il trouva sur la table.
- Andromeda est partie chercher des produits nettoyants. Elle est décidée à tout épousseter de la cave au grenier, ajouta Sirius. Ted et Nymphadora vont m'accompagner.
Remus hocha la tête pendant qu'il écrivait. Sirius attrapa le bout de la plume entre son pouce et son index et l'autre homme se tourna vers lui.
- Écoute… Je ne suis pas… Je ne me sens pas seul, tu sais, dit Sirius. Je détestais mes parents.
- Tu nous as entendus.
- Un peu. Je ne me sens pas seul, répéta Sirius. Je vais aller dire au revoir à Harry. Je ne serai pas parti longtemps.
Il sentit le regard de Remus sur lui alors qu'il se penchait pour embrasser Harry qui leva la tête lentement à cause du bandage et lui lança un sourire d'encouragement. Il sentait toujours le regard de Remus alors qu'il se retournait pour partir, se glissant silencieusement hors de la pièce. Il eut un frisson qui n'était pas complètement désagréable.
Andromeda nettoyait bruyamment la cuisine lorsque Sirius et le reste de la famille Tonks revint. Maugrey buvait du thé à petites gorgées dans un coin et leur indiqua, d'un grognement et d'un geste de la main, que Rogue était déjà dans la bibliothèque. Sirius s'arrêta à peine pour poser les deux sacs de vêtements dans leur chambre, attraper Grenouille et les livres que Remus lui avait demandés avant de se diriger vers la bibliothèque.
La table que Remus avait ensorcelée reposait fermement sur le sol au centre de la plus grande allée de la bibliothèque. Il y était assis, penché sur un livre, et la lumière du soleil donnait aux pages et à ses cheveux une lueur dorée. Rogue se tenait un peu à l'écart, feuilletant un autre livre et Harry était assit sur la table elle-même, les jambes repliées, toujours plongé dans la lecture des bandes dessinées. Il leva la tête et sourit lorsque Sirius entra. Rogue leva également la tête, mais il fronça les sourcils.
Sirius déposa les livres près du coude de Remus, effleurant doucement son bras alors qu'il donnait Grenouille à Harry.
- Merci, Sirius, dit Harry en installant Grenouille à ses côtés. Tu viens lire avec nous?
Sirius fouilla dans sa poche pour récupérer le reste de sa livraison destinée à Harry : le serpent bleu que Rogue lui avait offert pour son anniversaire. Il vit Rogue suivre sa main des yeux alors que le petit reptile passait des doigts de Sirius pour aller s'enrouler autour du poignet d'Harry. Ravi, Harry leva son bras pour le montrer à Rogue, qui hocha la tête brièvement avant de se replonger dans sa lecture.
- Ted et Nymphadora vont aider Andromeda. Ils pensaient nous déranger ici. Où en êtes-vous, alors? demanda Sirius en s'asseyant près de Remus avant de prendre un livre dans la pile.
Remus reposa sa joue sur sa main, un geste qui lui était resté de ses jours à Poudlard.
- J'en suis aux rituels de sang et Severus cherche parmi les sortilèges habituellement utilisés contre les enfants. Mais je pense que s'il avait voulu tuer Harry, Peter aurait pu le faire directement, dit doucement Remus.
Rogue eut un geste de vague de la main avant de tourner une page.
- La plupart des rituels de sang requièrent un sacrifice volontaire de la part du sorcier qui jette le sort, comme le Nomos que j'ai jeté dans l'appartement, continua Remus. Ceux qui requièrent le sacrifice d'un innocent…
Il jeta un regard vers Harry, qui avait enroulé le serpent docile autour de son cou. Il se pencha vers Sirius, baissant la voix.
- C'est de la magie très sombre, Sirius. Nous parlons de nécromancie, de convocations de démons, de sortilèges de torture… le genre de truc que pratiquerait Bellatrix, je suppose… J'ai toujours identifié Peter comme un béni-oui-oui qui disait oui aux mauvaises personnes.
Il prit le livre des mains de Sirius pour le remplacer par un autre.
- Jette un œil aux trucs de nécromancie. Je crois que Peter essaie de ressusciter… quelqu'un. J'ignore s'il est assez brillant pour y arriver, mais…
- Lupin.
La voix de Rogue était basse, mais facilement audible alors qu'il relevait le livre qu'il était en train de lire afin que Remus l'examine.
- Il est possible qu'il ne s'agisse pas d'un sort du tout. Il existe un index des potions par ingrédient de base, je crois. Je le récupérerai de Poudlard ce soir. Tu as une copie du Libris Sanguinorum? demanda-t-il à Sirius, qui fut étonné de la question directe.
- Le livre avec la main sanglante sur la couverture? demanda Sirius.
- Oui, la troisième édition.
- Je crois que oui. Il me fascinait quand j'étais gosse, dit Sirius qui arrivait à peine à croire qu'il réussissait à être civilisé avec son ennemi juré. Regarde dans la troisième rangée, celle avec la tête d'elfe de maison tout au bout.
Rogue s'éloigna et Remus prit quelque chose en note sur son parchemin. Harry les observait au-dessus de sa bande dessinée.
- Est-ce que les gens peuvent parler aux grenouilles? demanda-t-il lorsqu'il vit que Sirius lui rendait son regard.
Même Remus releva les yeux de sa lecture pour écouter cette remarque.
- Généralement pas, répondit soigneusement Sirius. Je suppose qu'il existe des sortilèges… mais je ne vois pas pourquoi tu voudrais faire une telle chose. Les grenouilles ne doivent pas avoir grand-chose d'intéressant à dire.
- Les serpents oui, répondit Harry. Serpent dit qu'il aime beaucoup plus être avec moi que dans ta vieille poche.
Remus eut l'air amusé.
- Il dit que tu as des pièces dans ta poche et qu'elles lui faisaient mal, ajouta Harry.
Sirius fouilla dans sa poche pour en retirer une poignée de Mornilles.
- Et aussi qu'elles étaient froides, ajouta à nouveau Harry alors que Rogue revenait, transportant un horrible livre vert dont la couverture arborait en effet une trace de main.
- C'était ma poche ou mourir de faim, répondit Sirius. Je ne sais pas quand nous pourrons rentrer à la maison, Harry.
Les trois hommes s'interrompirent alors qu'Harry se mettait à siffler.
- Harry… commença Sirius.
Mais Harry continuait à siffler et à faire d'étranges bruits au fond de sa gorge pendant que le serpent se redressait près de son visage et de sa bouche, comme pour mieux entendre ce qu'il disait.
- Mais qu'est-ce que… dit Remus, à présent distrait de sa recherche.
- Il dit que c'était quand même froid, dit Harry avec un haussement d'épaules avant de se replonger dans sa bande dessinée.
- Harry, est-ce que tu viens de parler à ce serpent? demanda Sirius.
Harry sourit et hocha la tête. Remus le regardait d'un air béat.
- Pas pour jouer, Harry. Pour de vrai.
- Je ne joue pas, répliqua Harry. Je ne fais pas semblait. Demande au professeur Rogue. Il me croit.
Sirius se retourna, très lentement, pour regarder Rogue, qui affichait l'expression la plus suffisante que Sirius avait vue de sa vie.
- Il est Fourchelang? demanda-t-il, se sentant comme le plus grand abruti du monde.
- On m'a formellement interdit de t'en parler, dit Rogue. Par ordre de Dumbledore. Je comprends que tu te fais une grande joie de briser ce genre de règles, mais j'ai malheureusement une carrière à considérer. Je ne peux pas, après tout, être responsable de ton manque d'attention…
- TU ÉTAIS AU COURANT? rugit Sirius avant de se faire attaquer par une volée de livres en formation aviaire.
Harry poussa un petit cri et se pencha pendant que Remus tentait de les chasser et Rogue se figea complètement, comme un maître zen, devant cette avalanche littéraire. Lorsque Sirius émergea de la mêlée, Rogue posa un doigt sur ses lèvres pour lui indiquer de garder le silence.
Ce fut la goutte qui fit déborder le vase, sauf que Remus attrapa Sirius pour l'empêcher d'étrangler Rogue et il se figea lorsqu'il remarqua qu'Harry les regardait avec intérêt.
- Dehors, leur ordonna Remus. Allez, fiche le camp. Va hurler sur Dumbledore s'il le faut, mais si tu vas te mettre à crier, tu peux t'en aller tout de suite et nous laisser travailler en paix. Et toi, dit-il en se tournant vers Rogue. Tu vas nous dire tout ce que tu sais dès que j'ai terminé de lire cette section sur les poignards empoisonnés.
- Comment peux-tu… balbutia Sirius, mais Remus appuya son pouce sur ses lèvres pour le faire taire.
- Je ne peux gérer qu'un certain nombre de crises majeures à la fois, dit-il en énonçant soigneusement chaque syllabe. Je ne peux pas m'occuper d'empêcher une autre tentative de meurtre sur Harry par un homme qui se cache sous forme de rat depuis huit ans dans ta librairie; de deux adultes qui ne peuvent pas faire l'effort d'agir en hommes civilisés; et d'Harry qui se prend pour le Docteur Doolittle tout à la fois sans avoir accès à une grande quantité d'alcool. Allez hurler ailleurs tous les deux ou bien restez et rendez-vous utiles.
Les deux hommes restèrent silencieux pendant un instant et finalement, Sirius attrapa un autre livre sur la table et parcourut furieusement l'index. Severus, hésitant, s'assit à l'autre extrémité de la table. Harry se pencha au-dessus de sa bande dessinée et murmura à Remus :
- Tu ne vas pas les changer en tortues, pas vrai?
- J'y pense sérieusement, Harry, répliqua Remus. À propos, depuis combien de temps arrives-tu à parler aux serpents?
Harry haussa les épaules.
- D'aussi loin que je me souvienne. Personne ne m'a jamais cru. Est-ce que j'ai des ennuis?
- Non, mais je ne me mettrais pas à siffler en public à ta place, d'accord?
- Personne ne remarque jamais de toute façon, dit sombrement Harry.
- Fais-moi une faveur, Harry?
Harry releva sa main pour caresser la tête du serpent.
- D'accord, Remus, dit-il avant de se pencher vers lui. Je garderai ton secret aussi.
- Quel secret?
Harry retourna sa bande dessinée et montra à Remus le dessin sur la page. Un loup-garou en cage attaquait sauvagement les barreaux de sa prison.
- Oh, putain de merde, dit fortement Remus avant de se faire attaquer par une nouvelle volée de livres.
- C'était des mots très vilains, dit Harry entre deux bouchées de croustilles alors qu'il racontait à Maugrey et aux Tonks l'attaque de Remus dans la bibliothèque, omettant quelques détails.
- Tu as raison, acquiesça Remus. Recevoir quelques grimoires derrière la tête, c'est tout ce que je méritais.
À l'étage du dessus leur parvenait les bruits étouffés de Sirius et Severus plongés dans une puissance querelle. Harry ne semblait pas s'en inquiéter et Remus avait décidé de les laisser faire. Maugrey semblait même apprécier. Le sujet général de la dispute semblait être que Severus aurait dû informer Sirius que son filleul était Fourchelang et que Sirius aurait dû s'en rendre compte lui-même s'il était si fichtrement doué comme parrain. Remus avait confisqué leurs deux baguettes avant d'annoncer qu'ils devaient avoir fini à temps pour le dîner.
Nymphadora avait fait des sandwiches et aucun d'entre eux ne voulait voir de quoi avait l'air la cuisine après qu'elle y ait passé une demi-heure, mais ils devaient admettre que le repas n'était pas mauvais.
- Tu as dit que tu voulais faire une boutique avec le rez-de-chaussée, Andromeda? demanda Remus.
Andromeda sourit et hocha la tête.
- Nous avons pensé utiliser l'une de ces façades-Portoloin. Tu les as vues? La façade du magasin donne sur le Chemin de Traverse, mais la boutique peut se trouver n'importe où à Londres. Nous n'aurions sûrement aucun succès dans le coin. Ce quartier a dépéri dans les dix dernières années.
- Je pourrais te donner un coup de main, si tu veux, quand tout sera réglé, offrit Remus.
Ils entendirent un bruit sourd venant de l'étage au-dessus.
- Vous croyez qu'on devrait s'assurer que personne n'est mort? demanda Ted
- Laisse-les faire, gronda Maugrey. Ça ne leur fera pas de mal de se chamailler un peu.
- Je pourrais certainement te montrer comment faire la comptabilité. Je m'occupe des livres de Sirius depuis quelques années, continua Remus.
Andromeda s'étouffa un peu avec un morceau de poulet et Ted lui tapa dans le dos.
- Ce serait très apprécié, dit Ted en retirant les tomates de son sandwich.
Nymphadora murmura un « Désolée, Papa. »
- Comment ont été les recherches? demanda Andromeda après s'être raclé la gorge.
Remus fronça les sourcils.
- Je ne sais pas trop. Je… je suis inquiet, dit-il lentement. Je ne crois pas que le but était uniquement de faire du mal à Harry, sinon Peter n'aurait pas…
Il s'interrompit, jetant un bref regard vers Harry, qui chipait l'une des tomates que Ted avait mises de côté. Andromeda hocha la tête.
- Severus croit que c'est peut-être pour une potion. Il va faire d'autres recherches ce soir.
Ils écoutèrent avec attention alors que résonnait un nouveau bruit provenait de l'étage.
- Heureusement qu'il aime Harry, dit Remus avec un sourire. Sinon, j'imagine mal qu'ils supporteraient tous les deux le genre d'insultes qu'ils doivent se jeter à la figure.
- C'est difficile d'imaginer qu'il peut aimer qui que ce soit, murmura Nymphadora.
- En tout cas, nous avons éliminé plusieurs théories pouvant expliquer pourquoi ils voulaient ce sang. Progressivement. Nous ne saurons que faire avant d'avoir découvert ce que prévoit Peter, mais il pourrait très bien passer à l'action avant même que nous sachions.
- C'est pour ça qu'il faut se donner une limite de temps, ajouta Maugrey. On ne peut pas attendre trop longtemps, pas avec cette…
Il se retourna vers Harry, qui examinait son œil artificiel d'un air intéressé.
- Avec cette Bellatrix en liberté.
- Pourquoi il bouge tout seul? demanda Harry.
Maugrey releva une main et, sous les exclamations dégoûtées du reste des occupants, retira son œil et le déposa dans un verre d'eau pour qu'Harry l'observe librement. L'œil tourna dans l'eau jusqu'à ce que sa pupille bleue se fixe sur Harry.
- Tu dois vraiment donner des leçons d'anatomie à table? demanda délicatement Andromeda.
- Il m'a demandé, gronda Maugrey.
Il retira l'œil de l'eau et le remit en place, où il virevolta un peu avant de se fixer.
- On dirait bien que Black et Rogue ont fini, ajouta-t-il alors que Sirius dévalait les escaliers.
Il leur jeta à tous un regard sombre et furieux avant de se laisser tomber sur une chaise à côté de Remus. Rogue le suivit. Andromeda offrit des sandwiches.
- Nymphadora les a faits, dit-elle alors que Sirius mordait dans l'un d'eux.
Sirius s'interrompit un instant, puis décida apparemment qu'il s'en fichait et mangea le reste. Rogue les observait avec la suspicion d'un homme qui avait été témoin de toutes les façons dont la faiseuse de sandwiches en question était capable de ruiner une potion.
- Je retourne à Poudlard, gronda Rogue. Pour continuer mes recherches. Je reviendrai demain.
- Ne te presse pas trop, dit Sirius à voix basse.
Remus lui donna un coup de pied sous la table. Harry se leva de sur sa chaise, pris un sandwich sur le plateau et le tendit à Rogue, qui hésita avant de l'accepter.
- Je suis désolée que Sirius vous ait hurlé dessus, murmura Harry.
- Pas moi, ajouta Sirius.
Rogue leur jeta à tous un regard dégoûté en essayant de paraître comme s'il n'était pas en train de se pencher pour donner un câlin à un enfant de neuf ans, puis il disparut dans la cheminée de la cuisine après une pincée de poudre en disant : « Poudlard! »
- Alors, vous avez eu une bonne discussion? demanda simplement Remus.
- Il aurait dû nous mettre au courant.
- Ça ne t'a jamais traversé l'esprit qu'il a essayé de le faire sans briser sa promesse? demanda Remus.
- Non, ça ne m'a jamais traversé l'esprit. Pourquoi il ne nous en a pas parlé?
Remus soupira.
- Il a offert un serpent à Harry, Sirius.
Sirius fronça les sourcils un moment jusqu'à ce que finalement, il comprenne. Remus hocha la tête.
- Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt? demanda Sirius.
Remus haussa les épaules.
- Ça vous fait tous les deux du bien de crier un peu de temps en temps, dit-il calmement alors qu'Andromeda se mettait à rire.
