Chapitre 6
Jack marchait le long de la route poussiéreuse qui menait des champs de Aaroon Sonarnon à la maison, juste au moment où le soleil se couchait derrière l'horizon et que la brillance de l'Ornorean prenait le dessus. Il était fatigué. Fatigué jusqu'à l'os. Si profondément fatigué qu'il n'arrivait pas à penser à un endroit de son corps qui ne l'était pas. Mais ironiquement, il se sentait bien. Ca faisait longtemps qu'il n'avait pas passé une journée au soleil ne faisant rien d'autre que des travaux physiques.
Et nettoyer les champs inférieurs de Aaroon pour les préparer pour la saison de 'repos' pouvait définitivement être qualifié de travail physique. Il venait là depuis près de deux semaines, maniant la faux pour couper l'herbe épaisse et fendant le bois et l'empiler pour la venue du froid.
Trois mois. Ca faisait trois mois depuis que cette fichue Porte refusait de composer une adresse. Religieusement, chaque matin Sam venait jusqu'à la Porte et faisait un essai. Et chaque jour, elle signalait un échec. Jack commençait à penser qu'ils étaient coincés ici pour un moment, au moins jusqu'à ce que l'Ornorean s'achève.
Ce qui signifiait un moment.
Il vit les lumières de la maison en avant, et entama presque une petite foulée mais décida qu'il était trop fatigué. Un repas chaud et une douche plus chaude seraient le paradis maintenant, mais ni l'un ni l'autre n'était probable. Peut-être quelque nourriture chaude, mais il n'y aurait pas de douche et si l'eau dans la cuvette était chaude, elle serait loin d'être brûlante. Puis dormir. Merveilleux sommeil.
Jack arriva sur le porche et ouvrit la porte. « Carter ? »
La grande salle était vide, mais un feu brûlait dans la cheminée et l'odeur d'un ragoût mélangée à la senteur du noyer brûlant, fit gargouiller son estomac. S'il devait vivre sans électricité, eau courante ou voitures, Jack n'aurait pu penser à quelque chose de mieux en rentrant chez lui qu'une maison chaleureuse et un ragoût fait maison sur la cuisinière.
Et une femme magnifique.
Il écarta cette pensée. Permettre ses pensées de s'attarder trop longtemps sur Sam était devenue une habitude. Mais qui pouvait le blâmer ? Ils partageaient une maison. Ils dormaient à moins de deux mètres l'un de l'autre dans un coin de la pièce. Ils mangeaient ensemble. Il se levait chaque matin pour elle. Depuis ces trois derniers mois.
Jack retourna à la porte et regarda à l'extérieur dans le crépuscule qui s'installait. « Carter ? » appela-t-il. « Probablement en visite chez Sarai, ou quelque chose », dit-il tout haut à la pièce vide.
Marchant vers le feu, il vit qu'elle avait laissé un pot d'eau à chauffer. Jack le souleva des braises et le posa près de la table, récupérant un gant de toilette du tas bien rangé que Sam avait fait dans le meuble à côté de l'évier. Alors qu'il retournait vers la cheminée, il retira sa chemise par-dessus sa tête et la jeta vers le pied de son lit. Une douleur cuisante s'élança à travers sa poitrine et il siffla, regardant la longue balafre qui s'étirait du sternum à l'épaule gauche. La faux avait tourné dans sa main et la pointe l'avait frappé à la moitié de sa rotation plus tôt aujourd'hui. Ce n'était pas une coupure profonde, mais ça piquait encore vachement. Comme lorsque l'on se coupe avec le bord d'une feuille de papier.
Jack plongea ses mains dans l'eau chaude et soupira. Il trempa le gant de toilette, et commença à se nettoyer.
La porte s'ouvrit et Sam entra, un panier à son bras. Elle portait une jupe fleurie et un chemiser blanc en lin, ayant dû abandonner son treillis quand ils l'avaient déchiré sur un clou à découvert. Jack se figea, ses mains dans l'eau, alors qu'elle fermait la porte. Elle posa le panier, et se tourna vers le feu, sursautant avec un petit cri quand elle le vit.
« Monsieur ! Je – Je suis désolée. Je n'avais pas réalisé que vous étiez rentré. »
« Juste maintenant. Merci – hum, merci pour l'eau chaude. »
Sam hocha la tête, et prit un bol sur le buffet. « Avez-vous faim ? Je ne sais pas comment sera ce ragoût. Sarai m'a dit quoi faire, mais je n'ai jamais été douée pour la cuisine. »
« Si son goût est moitié aussi bon que son odeur, ce sera excellent. »
« Elle m'a renvoyée avec des biscuits. J'ai passé pas mal de temps à mettre de la viande et des légumes dans un pot. Je pense que faire des biscuits en partant de zéro est peut-être encore au-delà de mes capacités. »
« Carter », dit-il fermement, lui faisant lever les yeux. « Ce sera excellent. »
Elle le fixa pendant un moment, ses yeux grands ouverts, puis hocha la tête et remplit de ragoût le bol. Jack enleva l'excès d'eau du gant de toilette et posa le pot et le tissu sur le sol près du feu. Quand il se tourna, Sam était à portée de bras avec le ragoût et les biscuits dans les mains.
« Tenez. »
« Merci. Carter, vous allez bien ? »
« Bien sûr. Mangez. Et ne dites pas que je ne vous avais pas prévenu. »
« Je vais juste prendre une chemise propre. » Il se détourna pour aller à son lit, quand Sam lui toucha le bras, lui envoyant des décharges d'électricité.
« Attendez. Monsieur, qu'avez-vous fait ? »
Jack baissa les yeux sur la coupure. Elle était encore rouge vif là où le sang était venu à la surface, mais ça ne saignait plus. « Oh, la faux et moi avons eu des mots. J'ai gagné. Vous devriez voir la faux. »
Elle ne dit rien, ne sourit même pas à sa plaisanterie, mais poussa doucement sur ses bras pour le tourner vers la lumière de la cheminée. Une lampe à huile brûlait sur la table, mais le feu de la cheminée dégageait une lumière plus brillante.
« Ca va, Carter. »
Jack s'étrangla presque sur les mots quand elle passa ses doigts sur la peau nue, le contact si doux que cela le fit presque gémir. 'Merde !'
« Est-ce que ça fait mal ? » demanda-t-elle, sans quitter des yeux sa poitrine. Jack sentit son souffle contre sa peau toujours légèrement humide.
Il dut déglutir, et espéra que sa voix était assez forte pour qu'elle entende. « Euh, non. Eh bien. Ca pique. »
« Nous devrions y mettre quelque chose. »
« Nous n'avons plus de triple-A. Qu'allez-vous faire ? L'embrasser pour la rendre moins douloureuse ? »
Elle leva son menton, et il entendit sa brusque respiration lorsqu'elle rencontra son regard. 'D'où diable est-ce que ça vient, O'Neill ? L'embrasser pour la rendre moins douloureuse ? Ah bravo !'
Jack ne prit pas la décision consciente de faire cela, mais ses mains touchèrent sa taille, et avec le léger contact, Sam s'approcha plus près. Sa paume vint contre sa poitrine, et Jack tressaillit presque à la chaleur de ce contact. Etait-ce le feu ? Ou était-ce juste elle ? Elle releva son menton et emprisonna son regard pendant juste un instant de plus avant qu'elle ne ferme ses yeux et se penche en avant. Ses lèvres se posèrent sur la coupure, et Jack involontairement s'arrêta de respirer, ses doigts s'enroulant dans le tissu de sa jupe.
Ses paupières battirent et s'ouvrirent, et elle leva à nouveau ses yeux sur lui. Jack laissa ses yeux errer sur son visage, remarquant que ses cheveux avaient poussé assez long pour boucler sous sa mâchoire, et trois nouvelles tâches de rousseur étaient apparues sur l'arrête de son nez. Il leva une main et toucha sa joue, son pouce caressant ses lèvres. Sa langue vint les humidifier, les laissant brillantes dans la lumière du feu.
Jack pencha sa tête et s'approcha d'elle, annulant la distance entre leurs lèvres. Son souffle caressait sa joue en vagues brèves et superficielles. Mais alors qu'il sentit la douceur de sa bouche, Sam s'arracha brutalement à son étreinte. Il n'essaya pas de l'arrêter alors qu'elle se précipitait vers la porte.
« Je -- ah -- besoin de-- » Elle ne finit jamais sa phrase. La porte se ferma derrière elle, laissant Jack à nouveau seul.
Il s'affala sur sa chaise et claqua ses coudes sur la table, soutenant sa tête de ses mains. Le bol de ragoût le tentait à nouveau, mais Jack avait complètement perdu son appétit.
Son appétit pour la nourriture, en tout cas. Son appétit pour Sam Carter était presque vorace.
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« Si vous me permettez de dire cela, Samantha, vous semblez distraite aujourd'hui. »
Sam leva les yeux du grand bol de la pâte à gâteau Kakaoah, vers où Sarai était assise à sa table de cuisine. Elle tenait Raeya, leur nouveau né, sous une légère couverture et donnait à la petite fille affamée son repas du milieu de l'après midi.
« Je suis désolée. Avez-vous dit quelque chose ? Avez-vous besoin de quelque chose ? »
Sarai sourit. « Pas du tout. Je suis inquiète pour vous, cependant. Venez. Asseyez-vous avec moi et nous pourrons parler. La patte doit monter pendant un petit moment avant que nous puissions la cuire, de toute façon. »
Sam essuya ses mains et s'assit à côté de Sarai. Depuis l'arrivée de Raeya, Sam avait passé ses jours dans la maison des Sonarnon, aidant Sarai avec le bébé et les autres enfants. Sarai souleva Raeya de la couverture et l'installa sur son épaule pour le rot. Quand un bruit si incroyablement sonore pour une chose si petite résonna à travers la cuisine, Sam éclata de rire.
« Elle est la fille de son père. Un mangeur enthousiaste, et aimant montrer sa gratitude », dit Sarai. « Tenez. Mes bras sont las. Voudriez-vous la tenir quelques instants ? »
« Voudriez-vous que je l'étende sur un somme ? »
« Il fait encore jour. Elle doit rester éveillée. »
Sam hocha la tête et prit Raeya, installant le bébé dans l'angle de son bras. « C'est un bébé magnifique. »
« Bien que j'aime habituellement parler de la beauté de mes enfants, je veux parler de vous, Samantha. Qu'est-ce qui vous trouble ? »
Sam secoua sa tête. « Rien. Je vais bien. »
Sarai sourit et inclina sa tête sur le côté. « Samantha. Vous avez été avec nous pendant quatre changements de lune. Peut-être que ce n'est pas longtemps d'où vous venez, mais c'est assez long pour moi pour vous connaître, ma chère amie. Depuis plusieurs jours, j'ai vu un poids dans vos yeux. Etes-vous malheureuse ? Votre maison vous manque ? »
Sans réfléchir, Sam commença à bercer lentement Raeya. « Non, ce n'est pas – eh bien, oui. La maison me manque. Les longs bains brûlants et les plats chinois livrés me manquent. » Sam sourit à l'air perplexe de Sarai. « Je vous ai parlé à notre seconde visite, notre culture est très différente d'ici. De bien des façons je vous envie la vie que vous avez ici, mais c'est difficile d'en changer. »
« Et ceci est ce qui vous trouble ? »
Sam détourna les yeux du regard inquisiteur de Sarai et se concentra sur les traits délicats de Raeya. Ses lèvres roses faisaient une moue en forme de cœur, et son menton bougeait toujours même dans le sommeil contre un sein qui n'était plus là.
« Est-ce, peut-être, Jack ? »
Sa tête se tourna brusquement. « Pourquoi dites-vous cela ? Non. Je... juste-- » Sam soupira. « Je ne peux pas expliquer quelque chose que je ne comprends pas moi-même, Sarai. »
Ils glissèrent dans un silence confortable, et Sam caressa les cheveux doux de Raeya. Même ici, sans toutes les lotions et crèmes préemballées, les bébés sentaient toujours comme des bébés.
« Vous êtes douée avec elle. »
« Merci. »
« Etes-vous sûre que vous ne savez pas ce qui vous trouble ? »
'Je sais exactement ce qui me trouble'. Mais, Sam décida mentalement que dire à Sarai qu'elle fantasmait après son officier supérieur – plus que fantasmer – c'était tellement plus – ne serait pas une bonne idée. Ca faisait plus d'une semaine depuis le quasi baiser dans la cabane, et ni l'un ni l'autre n'avait dit un mot sur cela. La tension dans la cabane était chaque nuit si épaisse qu'elle aurait pu la couper avec cette sacrée faux qui avait blessé la poitrine de Jack.
« Je pense que je me sens un peu inutile », dit-elle finalement, repoussant l'autre émotion qui la laissait frustrée et à cran.
« Inutile ? Samantha, vous avez été une bénédiction pour moi. Vous m'avez aidée continuellement avant et depuis la naissance de Raeya. Tella est une aide, mais les autres enfants sont toujours jeunes. »
« Et j'ai été heureuse d'aider. J'y ai pris plaisir. Mais, sur Terre je suis une scientifique. Une exploratrice. Depuis huit ans… ce qui fait environ onze de vos cycles… depuis je ne passais pas plus d'un jour sans décortiquer la technologie Goa'uld, ou voyager sur d'autres mondes, ou avoir le Général me demandant de régler tel ou tel problème. Je – Je ne suis pas une femme au foyer, Sarai. »
« Les femmes sont de remarquables créatures, Samantha. Nous devenons souvent plus que nous n'aurions jamais pensé être. »
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« Vous savez, toutes ces années je me suis concentrée sur le travail. J'ai juste supposé qu'un jour j'… »
« Auriez une vie ? »
« Et vous ? Si les choses étaient différentes… »
« Je ne serais pas ici. »
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Sam inspira, et dut cligner des yeux difficilement pour se concentrer à nouveau sur le visage de Raeya. 'Eh bien, les choses étaient certainement différentes…'
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