Chapitre 7
« Ceci est vraiment bon, Carter », dit Jack, en prenant un autre morceau de pommes de terre écrasées, copieusement garnies d'un assaisonnement qu'il ne reconnut pas. Mais mince, c'était bon. « Vous avez fait de grandes choses avec le jambon. »
Elle hocha simplement la tête, silencieuse de l'autre côté de la table, en face de lui, et poussa sa fourchette dans l'assiette pleine de nourriture devant elle. Il l'avait vue prendre peut-être quatre ou cinq bouchées. Jack reposa sa fourchette sur le bord de l'assiette, l'observant pendant quelques minutes. « Aaroon a dit que vous avez été super avec Sarai. Il dit qu'il ne s'est pas autant inquiété avec quelqu'un avec elle. »
Sam hocha simplement la tête et se tourna vers le feu. La lueur des flammes éclairait son visage, mais ses yeux étaient assombris par ses pensées.
« Il a dit que vous vous occupiez bien des enfants. »
Sam ne dit rien, regardant simplement les flammes.
« Vous ne devinerez jamais ce que j'ai vu dans le champ aujourd'hui. Un lion, un épouvantail et un homme en fer blanc avec cette petite brunette *sexy*. Ils chantaient et dansaient comme dans un spectacle de Broadway. »
« Euh, huh… »
« Puis ce lapin est arrivé en courant, criant qu'il était en retard. Puis il a sauté dans ce trou géant… Carter ! »
Sam sursauta, renversant presque sa coupe d'eau. Jack l'attrapa et la redressa, l'observant alors qu'elle essayait de se recomposer.
« Je suis désolée, monsieur. J'étais-- »
« Préoccupée ? »
Elle rencontra son regard pendant un bref instant avant de détourner les yeux à nouveau. C'était ainsi depuis presque deux semaines. Sam parlait à peine, et quand elle le faisait c'était généralement rapide et concis, ainsi elle pouvait le tenir éloigné d'elle. Elle se ruait hors du lit au matin, généralement avant qu'il ne pense même à ouvrir ses yeux, parce qu'il se réveillait toujours dans une maison vide. Le feu était toujours allumé, la version autochtone du café chauffant sur la cuisinière, mais pas de Sam.
Il n'était pas idiot, malgré ce que certains pensaient. Il savait pourquoi. Ce fichu presque baiser. Jack aussi n'était pas aveugle. Ce moment n'avait pas été unilatéral. Ils avaient été là tous les deux. Mais Sam avait été assez intelligente pour reculer, parce qu'il n'avait fichtrement pas prévu cela.
Mais cette nuit, ça semblait être davantage.
Sam se leva, et prit son assiette vide. Jack posa sa main sur la sienne, l'arrêtant. « Hé… »
Elle s'affaissa sur sa chaise, mais il remarqua qu'elle n'avait pas retiré sa main. Si elle ne l'enlevait pas, il ne le ferait pas non plus. Sa peau était chaude, et en dépit du travail qu'elle faisait durant le jour, elle était étonnamment douce. Jack tenta le destin et caressa ses articulations avec son pouce.
« Et s'ils n'avaient pas réussi à la traverser ? » dit-elle enfin, la voix tendue.
« Qui ? Daniel et Teal'c ? »
Sam hocha la tête, le regardant. Ses yeux brillaient d'humidité, et il serra sa main.
« Je me sens si égoïste que je n'ai pas pensé à cela jusqu'à maintenant. La connexion de la Porte est en panne, et ils ont passé à travers. Et si l'Ornorean dépassait le vortex et qu'ils ne soient pas rentrés ? Et si tout le monde sur Terre pense que nous sommes tous morts ? »
« Carter, ils vont bien. »
« Comment le savez-vous ? »
Elle le dévisageait, avec espoir. Il ne connaissait pas les raisons scientifiques, n'avait probablement pas de solution à tout cela, de toute façon. Mais Sam ne lui demandait jamais d'assurance. Ne le regardait jamais comme si elle avait besoin qu'il résolve les choses. Il serait damné s'il foutait en l'air cela quand elle le faisait.
« Parce que l'alternative n'est pas acceptable. Elle s'est connectée, ils sont rentrés, c'est tout. »
« S'ils étaient rentrés, est-ce que quelqu'un ne serait pas venu à présent ? »
« J'étais sur Edora pendant trois mois avant-- » Son regard baissa, et Jack se donna des coups de pied mentalement de rappeler ce monumental écart de jugement. « C'est un fait, Carter. S'ils peuvent venir, ils viendront. D'une façon ou d'une autre. Daniel fera de l'auto stop avec mon pote Thor, et s'ils peuvent, ils viendront. Jusque là… »
Les lèvres de Sam s'étirèrent en un léger sourire. Ce n'était pas son sourire typique qui-rendait-fou-son-cœur, mais c'était quelque chose.
« Jusque là, nous mangeons du gâteau ? »
Jack se redressa. « Du gâteau ? »
Le sourire de Sam s'élargit, cette fois le bon. « Oui. Je suis allée aider Sarai à cuisiner-- »
« Je l'aurais parié. »
« Donc, j'ai essayé d'en faire un moi-même aujourd'hui. »
« Super ! Apportez-le ! »
Sam retira sa main de la sienne, alors, et ses doigts se sentirent incroyablement vides. Il s'adossa sur sa chaise alors qu'elle posait les assiettes dans l'évier et ouvrait le buffet qu'il avait construit à côté de la cuisinière. A l'intérieur il y avait un plat drapé dans un tissu ciré qu'elle enleva précautionneusement.
« C'est un peu…euh, déformé. Mais Sarai m'a assurée que ça ne changeait pas le goût. »
Le gâteau était incroyable. Moelleux et spongieux, et absolument délicieux. Jack dévora la première tranche qu'elle lui donna, et accepta volontiers la seconde. Quand il eut fini, et se sentit comme s'il allait éclater, il se leva et sortit dehors, puis entra en traînant la baignoire en métal derrière lui. Pour sa taille, elle était étonnamment légère et Jack se fit une note mentale de poser la question à Aaroon le lendemain matin. Sam leva son regard du gâteau qu'elle recouvrait.
« Monsieur ? Que faites-vous ? »
« Un gâteau comme cela mérite un long bain brûlant. Là, juste à côté du feu. Vous… » il balaya de sa main l'endroit autour d'elle. « Faites ce que vous avez à faire. Je vous ferai savoir quand c'est prêt. »
Son sourire était un bonus à la soirée. D'aucun aurait pensé que le gâteau était suffisant…
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Sam était assise à la petite table, dans sa petite maison, avec son petit jeu de cartes qu'elle avait presque troué à force de l'utiliser. Dieu merci, Jack ne partait jamais off-world sans quelque chose pour le distraire. Elle retourna trois cartes, ne vit aucune qui convienne, et souffla bruyamment.
La fenêtre près de l'évier cliqueta alors qu'une autre rafale de vent tournoyait autour de la maison. Elle leva les yeux pour voir un léger nuage de neige danser et tourbillonner dehors. Sarai lui avait dit qu'il n'y avait jamais beaucoup de neige, et Sam pensa que c'était à cause du froid. Fichtrement trop froid pour neiger.
Avec un grognement de frustration, elle recula de la table et prit son châle sur la patère à côté de la porte. Le tas de bois près du manteau était bas, et ils auraient besoin de plus jusqu'au matin. Elle ferait peut-être aussi bien d'aller en chercher maintenant pendant qu'il y avait un peu de lumière.
Sam ouvrit la porte de la cabane, et le vent fit tourbillonner ses cheveux sur son visage, cinglant ses joues. Que ne ferait-elle pas pour une veste de combat et des bottes. Elle lutta contre le vent, essayant de garder le châle autour d'elle, et se dirigea vers le tas de bois que Jack avait fait contre le mur de la maison. Avec quatre bûches sur ses bras, elle retourna vers la porte.
« Laissez-moi prendre ça, Carter. » Jack bondit des marches du porche et essaya de lui prendre les bûches.
« Je vais le faire, monsieur. »
« Rentrez dans la maison. Il fait plus froid que-- »
Sam le fusilla du regard.
« -- Il fait fichtrement froid. »
« Je vais le faire, monsieur. »
Elle n'était pas d'humeur pour une autre séance pour savoir qui fait quoi dans la maison. C'avait été le sujet d'une discussion animée au cours du dernier mois, en particulier depuis que le froid s'était installé dans la vallée, les confinant de plus en plus à l'intérieur. Les disputes portaient plus sur ce que Sam était parfaitement capable de faire, mais Jack ne pensait pas que Sam devrait le faire. Comme couper et ranger le bois, ou apparemment le transporter dans la maison. Sortir dans la nuit pour fermer les portes de la grange quand une tempête survenait brusquement. Hier, il avait tiqué parce qu'elle avait traîné les lits au fond de la pièce plus près de la cheminée sans l'appeler pour l'aider.
Comme si elle n'était pas capable de traîner deux lits sur trois mètres.
« Carter. »
« Je vais le faire, monsieur. »
Elle se détourna brutalement de lui, sans réaliser qu'il avait une prise sur une des bûches, et tous les quatre tombèrent de ses bras. Elles tombèrent sur le sol de l'entrée avec une série de bruits sourds, et Jack cria de douleur, sautillant sur un pied. Il trébucha en arrière vers le tas de bois et s'y appuya, tenant son pied droit en l'air.
« Pour l'amour du ciel ! » hurla-t-il à nouveau. « Merde, Carter ! »
« Je suis désolée. Mais, monsieur-- »
« Ca suffit ! » cria-t-il, levant sa main pour l'arrêter. « Carter, ne m'appelez plus 'monsieur'. »
« Comment ? »
Il s'éloigna des bûches, ménageant son pied alors qu'il marchait vers elle, ses poings fermés à côté de lui. « J'ai dit ne m'appelez pas 'monsieur'. »
Elle le fixa, sachant que le choc devait être visible sur son visage.
« Merde, Carter. Nous sommes à quelques centaines d'années lumière de la Terre. Nous sommes coincés ici depuis six mois. Nous vivons dans la même maison, Nom de Dieu. Je ne pense pas qu'Oncle Sam va envoyer un espion pour voir si vous m'appelez 'monsieur' ! »
Elle inspira lentement, le fixant durement jusqu'à ce qu'il se calme. « Est-ce un ordre, Général ? » gronda-t-elle à travers ses dents serrées.
Ses épaules s'affaissèrent visiblement et ses mains se relâchèrent. Sam marcha par-dessus les bûches à ses pieds et se tourna pour rentrer à l'intérieur. Jack leva la main et attrapa son coude, ramenant son attention vers lui.
« Sam… »
La fureur et la frustration étaient parties, comme si quelqu'un avait tourné un robinet et les avaient coupées. Elle regarda dans ses yeux, et vit l'esquisse de chaleur de quelque chose qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps. Sam inclina son menton et tenta un petit sourire d'excuse avant de se retirer et de rentrer dans la maison.
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« Y avait-il quelque chose d'autre que vous aviez besoin, Jack ? »
Jack leva les yeux du morceau de verre circulaire convexe qu'il avait ramassé d'un petit panier sur le comptoir du magasin de troc. « Hum, ouais. Du café. »
Breana, la femme en charge du magasin de troc, pencha sa tête et regarda Jack avec une expression confuse sur son visage.
« Café… euh, un truc sombre. Pulvérisez-le, buvez-le. Ce que vous appelez… »
« Votre prononciation est simplement un peu erronée, Jack. Nous l'appelons Keva, de la fève de Keva. »
'Vous l'appelez Keva, je l'appelle Java…'
« Ouais, c'est cela. Une livre – un sac – de cela. S'il vous plait. »
Alors qu'elle partait à l'arrière de la pièce pour récupérer le café… keva… quelque soit le nom… Jack retourna à l'examen du verre. Il prit le panier et fouilla le contenu, trouvant une variété de tailles et d'épaisseurs. Certains étaient convexes, certains concaves avec différents degrés de pouvoir de grossissement et de réduction.
« Ce sont des jouets pour les enfants. Eman Tennson, notre artisan verrier et fondeur, les fabrique. »
Jack en leva un sur un œil, testant sa puissance alors qu'il modifiait la distance avec son visage. « Pourrais-je prendre certains ce ceux-ci ? »
Breana semblait intriguée. Jack trouvait qu'elle semblait souvent intriguée quand ils parlaient. « Si vous voulez. Prenez ce dont vous avez besoin. »
« Avez-vous quelques carrés de cuir ? A peu près de cette taille ? » Il tendit ses mains en exemple. Elle hocha la tête, semblant toujours intriguée. « J'en prendrai deux, s'il vous plait. Non ! trois. »
Elle disparut à nouveau et Jack tria les verres pour trouver les plus adéquats pour ce dont il aurait besoin. Il les empila sur le comptoir, et quand Breana revint elle les roula et les attacha dans un morceau de tissu pour les protéger. L'expression déconcertée sur son visage était pire maintenant. Peut-être qu'elle se rendait finalement compte qu'il était vraiment d'une autre planète.
« Autre chose ? »
« Avez-vous du papier ? »
Elle le dévisagea.
« Hum, vous écrivez dessus. » Il leva sa main comme un calepin et un stylo, écrivant sur sa paume. « Pas les ardoises qu'ils utilisent à l'école. Permanent. Comme des livres. »
« Oh, oui ! Des parchemins. »
« Parchemins ! Bien sûr. Ce mot était le même. Pourrais-je en avoir quelques uns ? »
« En vrac ? »
« L'avez-vous sous forme de livre ? » Il joignit ses paumes et les ouvrit comme un livre. Elle secoua sa tête. « Pas de problème. Je le prendrai comme vous l'avez. »
Avec toutes ses affaires soigneusement emballées, Jack remercia Breana et mit le tout dans le cartable en cuir qu'il avait amené pour mettre tout cela. Pendant tout le retour jusque chez Aaroon puis à la maison, il réfléchit et forma une idée dans sa tête. Ca pourrait peut-être marcher…
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