Chapitre 8

« J'ai pensé à quelque chose », dit Jack alors qu'il rinçait et séchait la dernière assiette du dîner.

Sam leva les yeux du jeu de solitaire sur la table. « Qu'est-ce que c'est ? »

Jack se retourna et marcha vers elle, fourrant ses mains dans les poches de son pantalon. « Je pense que nous en sommes arrivés à accepter l'idée que nous allons rester ici pendant un moment, d'accord ? »

Sam posa les cartes et se redressa, posant ses mains sur ses genoux. « Je suppose que oui. »

« Eh bien, pendant que nous sommes ici nous devrions probablement faire quelque chose, d'accord ? Enregistrer des données scientifiques… un truc comme ça. »

Sam haussa les sourcils, et sourit d'un sourire ouais-ce-serait-bien-mais. Jack leva sa main et lui fit signe de venir de l'autre côté de la cabane avec lui. Il entendit sa chaise racler sur le bois alors qu'il s'éloignait, allant vers son lit pour retirer une boîte du dessous. Le haut était drapé d'un morceau de tissu qu'i enleva quand elle le rejoignit.

« Ce ne sera pas la chose la plus précise du monde, mais j'ai fait de mon mieux pour le calibrer », dit Jack alors qu'il enlevait le télescope de la boîte, le posant sur le lit. Il entendit le doux hoquet de Sam, mais ne la regardait pas. Pas encore. « Je suppose que vous serez capable de… » il montra le plafond. « Obtenir une meilleure vue du champ de l'Ornorean et au moins connaître pourquoi nous sommes coincés. Et vous savez, ce métal avec lequel la baignoire est faite ? Combien il est léger ? Un peu comme l'aluminium, mais diablement plus solide. J'ai parlé à Aaroon de cela, et il dit qu'il est abondant dans les collines. Ca pourrait être utile, non ? »

Il la regarda alors, et une vague de chaleur le frappa à la vue du bonheur sincère qui illuminait son visage. Jack sourit, et se retourna vers la boîte.

« J'en ai fabriqué deux. Pas encore sûr du grossissement, mais je l'ai évalué pour celui-ci. » Il posa une version beaucoup plus petite du télescope sur le lit, tenant l'autre dans sa main. « C'est quelque part autour de quinze fois. Et celui-ci environ trente fois. Je pense que je pourrais parler à Eman Tennson – le type qui fabrique les lentilles – et voir s'il peut les fabriquer en suivant les consignes. Il le fabrique maintenant pour les enfants. Comme jouets. »

Sam prit la petite lentille de grossissement et la posa sur son œil. « C'est incroyable… » dit-elle doucement.

Jack s'arrêta pour l'observer, se réjouissant de l'excitation dans les yeux de Sam. Presque comme quand elle faisait une nouvelle découverte, ou avait enfin compris le fonctionnement d'un de ses bidules.

« Oh ! Et j'ai essayé d'obtenir un carnet préfabriqué, mais ils n'en avaient pas. Aussi, j'ai fait ça. »

Il prit les derniers objets contenus de la boîte. Deux carnets en cuir avec des parchemins blancs liés, chacun avec un crayon de carbone attaché par une lanière en cuir. Sam les prit de ses mains, passant sa main sur le cuir doux.

« Vous avez fabriqué ceci ? Tout ceci ? »

« Oui, eh bien, j'ai juste pensé que vous – nous – devrions consigner ce phénomène. De cette façon, quand nous rentrerons sur Terre-- »

Il s'arrêta à mi phrase quand Sam entoura de ses bras son cou et se colla à lui. Les carnets tombèrent sur le lit avec un bruit étouffé alors que ses doigts caressaient ses cheveux. Jack l'étreignit en retour, pressant son visage dans le creux de son cou. Par l'enfer, il ne serait jamais celui qui repousserait une chance de serrer Samantha Carter dans ses bras.

« Merci… Jack », dit-elle contre son oreille.

Il resserra son étreinte, fermant ses yeux quand elle dit son nom. Depuis leur 'dispute' elle ne l'avait pas appelé. Pas monsieur. Pas Général. Pas même crétin. Rien.

Elle recula, ses mains glissant de ses épaules sur ses bras, mais il ne la relâcha pas. Pas encore. « Eh, ce n'était rien. »

Sam sourit. « Ce n'était pas 'rien', Jack. Combien de temps avez-vous travaillé sur ceci ? »

Il haussa les épaules, mais ne voulait pas encore enlever ses mains de sa taille. « Une semaine. Presque deux. Peut-être… eh bien, trois. »

Elle toucha sa joue, posant sa paume contre sa peau, et Jack ne pensa pas deux fois pour se tourner vers ce contact. Son pouce effleura ses lèvres, et il se rappela la dernière fois qu'ils avaient été aussi proches. Il l'avait touchée de la même façon. Jack baissa les yeux sur elle, rencontrant son regard.

Ce qu'il vit là s'élança à travers son sang comme un feu de forêt. Ses yeux bougèrent pour se poser sur sa bouche, et Jack réprima difficilement un gémissement lorsqu'elle se redressa sur ses pieds et pressa ses lèvres sur les siennes. Pendant quelques battements de cœur, ils gardèrent leurs lèvres en contact, sans bouger. Puis Sam ouvrit ses lèvres et, pour Jack, le monde explosa.

Il glissa une main vers le haut de son dos pour la maintenir plus près, caressant son visage de l'autre alors qu'il penchait sa bouche ouverte sur la sienne. Leurs langues se lièrent, fermant le circuit électrique, l'électricité s'élançant à travers son corps, démultipliant chaque sensation.

Jack bougea ses mains sur son corps, s'enivrant de chaque courbe qu'il connaissait de vue mais n'avait jamais touchée. Elle s'appuya sur lui, ses bras venant entourer et presser son dos. Quand ses mains glissèrent sous sa chemise, et ses mains délicates et pourtant fortes touchèrent sa peau, Jack glissa ses doigts sous ses vêtements mais se força à s'écarter.

Sam leva les yeux sur lui, ses yeux sombres et lourds de ce qu'ils ressentaient tous les deux. Jack connaissait bien cela. Ses mains glissaient sur sa peau, bouleversant sa capacité de penser. Et il avait besoin de penser.

« Qu'y a-t-il Jack ? »

Il leva une main pour toucher son visage, et elle ferma ses yeux alors qu'elle embrassait sa paume. Jack eut envie de gémir à cet effet érotique.

« Sam… » réussit-il à dire. Elle leva à nouveau le regard sur lui. « Je ne suis pas Pete. »

Elle se retira, il pouvait le voir arriver. Et pas seulement de ses bras. Sam recula jusqu'à ce que ses mollets heurtent le bord du lit. « Quoi ? »

Jack garda le contact aussi longtemps qu'il put, jusqu'à ce qu'elle soit hors d'atteinte, mais laissa ses bras tendus. « Ce ne serait pas correct. »

« Que voulez-vous dire par ce ne serait pas correct ? » Sa voix était étonnamment basse, et la cabane soudain assez grande pour l'engloutir complètement.

Il leva sa main et la passa à l'arrière de son cou et pencha sa tête en avant, essayant de dépasser le voile de désir pour lui faire comprendre. Ca ne pouvait pas être simplement…

« Je ne peux pas le remplacer. Un remplaçant », dit-il finalement.

Elle le dévisageait de ses yeux écarquillés. « Comment pouvez-vous même penser-- ? »

« Comment ? Parce que, Sam, la dernière fois que j'ai vérifié vous étiez fiancée. A lui. » Il s'arrêta et fit un pas prudent vers elle. « Pas à moi. »

Elle détourna le regard et croisa ses bras sur son corps, déglutissant, visiblement avant de parler encore. « Ca fait six mois. Jack… »

« Et qu'est-ce que ça veut dire, Sam ? Ca sera ainsi jusqu'à ce que nous rentrions à la maison et nous ferons du mieux que nous pourrons avec cela ? »

Elle tressaillit visiblement, sa bouche ouverte. Sam déglutit difficilement avant de parler. « Non, Jack. » Sa voix était à peine plus qu'un murmure.

Jack s'affaissa durement sur le bord se son lit, tenant sa tête dans ses mains. « Pour l'amour du ciel », murmura-t-il dans un souffle. 'Une fois encore, O'Neill, les choses sont complètement hors contrôle'. Après quelques instants de silence prolongé entre eux, son corps si crispé et tendu qu'il pouvait sentir la tension dans l'air, Jack se leva.

Sam l'observa avec des yeux remplis de larmes, et il toucha son bras. « Je suis désolé, Sam. Je ne-- » Il secoua sa tête et laissa sa main retomber de son bras, puis marcha vers la porte.

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Le corps tout entier de Sam se crispa lorsque la porte se referma, et elle ferma ses yeux étroitement dans le silence de la cabane qui semblait soudain si vaste et pesant. Ses yeux brûlaient et elle refoula les larmes. Elle n'arrivait plus à respirer profondément, et son cœur battait la chamade dans sa poitrine comme un oiseau dans sa cage.

Elle s'affaissa sur le bord de son lit. Réfléchir aux dernières minutes était comme d'essayer de comprendre un film quand quelqu'un a coupé le son.

Jack O'Neill n'avait jamais été la personne la plus éloquente qu'elle avait connue, mais au bout du compte elle arrivait généralement à le comprendre. Si elle avait prêté attention et n'avait pas sauté sur une quelconque conclusion. Ce qui était le contraire de ce qu'elle avait fait.

Elle essuya ses joues avec ses doigts, regardant à travers la pièce vers l'étalage des objets qu'il avait faits pour elle. Télescopes, microscopes grossiers, et carnets pour y écrire. Sam sourit, en dépit du poids sur sa poitrine, et ramassa un des carnets. Le cuir tanné était lisse et doux, et il avait pris grand soin pour les confectionner avec des couvertures solides pour le parchemin intérieur. Le parchemin se froissait sous ses doigts alors qu'elle tournait chaque page.

Sam saisit sa lèvre inférieure entre ses dents et réalisa qu'elle pouvait encore ressentir son baiser. La petite barbe de plusieurs sur ses joues avait écorché sa peau, la laissant fourmillante et sensible. Elle passa ses doigts sur ses lèvres et ferma ses yeux.

Il fallait qu'il sache. Qu'il comprenne…

Elle se leva du lit et attrapa son châle, l'enroulant à peine autour de ses épaules avant de sortir dans l'air du soir. La légère chute de neige qu'ils avaient eue deux jours avant était déjà partie, mais le sol était dur sous ses pieds et le vent était mordant. Le ciel nocturne était éclairé, comme d'habitude, de filaments argentés de l'Ornorean. Sam se demanda si elle pourrait jamais regarder un simple ciel nocturne à nouveau.

Elle fit des yeux le tour du jardin, et aperçut sa silhouette debout entre la grange où ils gardaient leur vache laitière et le petit groupe de poulets qu'ils avaient accumulés. Son visage était levé vers le ciel et ses mains dans ses poches.

Elle marcha lentement vers lui, prenant une profonde respiration pour calmer ses nerfs et avec un peu de chance lui inspirer les mots justes à dire. Elle était à trois mètres de lui quand il parla.

« Carter… »

Elle s'arrêta, entourant de ses bras son corps autant contre les papillons dans son ventre que contre le froid. C'était ça. Vivre ou mourir. Faire ou ne pas faire. Elle le savait, et Jack aussi, probablement.

« Il fait froid. Vous devriez rentrer à l'intérieur. » Sa voix était lourde, si basse qu'elle pouvait à peine l'entendre.

« Je suis venue vous dire quelque chose. »

Il tourna légèrement sa tête, son dos toujours vers elle. Elle sentit son regard sur elle, même dans l'obscurité.

« Vous avez tort, Jack. »

Il prit une inspiration. « A propos de quoi ? »

« Vous n'êtes pas le remplaçant de Pete. Il était votre remplaçant. »

Jack se retourna sur ses talons, la terre sableuse crissant sous ses pieds. Mais il ne s'approcha pas.

« Quand j'étais sur le Prométhée, j'ai eu des hallucinations. Des visions. Et l'une était de mon père. Il me disait que je méritais d'être heureuse. D'aimer quelqu'un, et d'être aimée totalement en retour. Il m'a dit de trouver cet amour. »

Elle l'entendit expulser son souffle, et sa tête s'inclina en avant, sa silhouette sombre étant son seul guide pour savoir ce qu'il faisait. Avant qu'il ne puisse parler, elle reprit.

« J'ai mal compris ce qu'il – ce que mon subconscient – essayait de me dire. Je pensais qu'il disait que je devais aller trouver l'amour. De rechercher ailleurs quelque chose que je n'avais pas. »

« Ce n'était pas ce qu'il disait ? »

Sam secoua sa tête. Sa gorge était chargée d'émotions qu'elle ne pouvait pas laisser sortir. Pas encore. « Non. Je ne devais pas trouver l'amour. Je devais simplement l'accepter. Donc, Pete n'était pas l'amour qui me rendrait heureuse. S'il l'était, il ne m'aurait pas fallu plus de deux semaines pour lui dire oui. Il était celui que je m'obligeais à avoir quand je ne pouvais pas avoir celui que je désirais. »

« Comme vous disiez, Sam. Ca fait six mois. Peut-être que c'est simplement le temps et la distance. »

« Non, Jack. Ce n'est pas cela. Savez-vous pourquoi je le sais ? » Il ne dit rien, et elle déglutit pour lutter contre la sécheresse de sa gorge. « Je le sais parce que, jusqu'à ce que vous disiez son nom dans la maison, je n'avais même pas pensé à Pete Shanahan. Pas même après que nous avions réalisé que nous étions coincés ici. Pas durant tous ces mois. Et surtout pas quand vous m'embrassiez. »

Le silence s'installa entre eux, et Sam put à peine respirer. Avait-elle été trop loin ? Avait-elle trop dit ? Finalement, elle prit une respiration tremblante et se retourna vers la maison. Avant qu'elle ne fasse deux pas, Jack couvrit l'espace entre eux et agrippa son coude, la retournant. Elle leva les yeux vers lui à travers un voile de larmes qu'elle n'avait plus la volonté de cacher.

« Sam, je – Nous ne resterons pas ici pour toujours. »

Elle essaya de sourire, mais le poids sur sa poitrine était trop. « Ici. Sur Terre. Ca n'a plus d'importance, Jack. Je ne peux pas retourner en arrière comme les choses étaient auparavant. C'est trop tard. Je veux ceci – je vous veux – trop pour revenir en arrière. »

Il se rapprocha, amenant son visage dans la lumière fournie par la fenêtre de devant. Ses yeux étaient presque noirs dans la faible lumière, et ses lèvres étaient une ligne droite. Sam retint sa respiration lorsqu'il la tira vers lui, sans dire un mot. Ses grandes mains, avec des doigts si longs qu'il aurait dû être un artiste, tenaient son visage alors qu'il relevait son menton et que leurs yeux se rencontrèrent. Tout disparut – les larmes, le poids, l'inquiétude – alors qu'il se penchait en avant et l'embrassait. Lentement, profondément et complètement.

Son châle glissa de ses épaules alors qu'elle enroulait ses bras autour de lui, se noyant volontiers dans le plaisir créé par son contact. Un frisson la traversa, et Jack se recula, un petit, lent sourire courbant ses lèvres. Retenant son regard, il glissa une main le long son bras pour lier leurs doigts et se pencha pour ramasser le châle. Sam sourit alors qu'il se redressait, et ensemble – main dans la main – ils marchèrent vers leur cabane.

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