A/N : Voilà, j'ai enfin retrouvé mes brouillons alors voilà la suite. Bonne lecture :).
Le lendemain, Ruby et Peter furent amenés au train qui allait les emmener au Capitole. La veille Ruby avait reçu la visite de Granny et elle avait cru qu'elle n'y survivrait pas. Les adieux avaient été déchirants, Ruby avait eu l'impression que son cœur allait exploser en 1000 morceaux. Snow et Charming, en revanche, n'étaient pas venus. Pas un mot de remerciement, rien. De vrais égoïstes. Cela faisait mal de se rendre compte que l'on courait au suicide, qu'on se sacrifiait pour des personnes qui au font ne semblaient pas plus tenir à vous que ça. Alors qu'ils montaient à bord, serrés l'un contre l'autre – c'était leur dernière source de réconfort – Peter se pencha vers Ruby.
« C'est qui notre mentor ? », demanda-t-il, l'air triste.
« Notre quoi ? De quoi tu parles ? », répondit-elle en prenant un faux air surpris.
« Rub', tu sais très bien de quoi je parle. »
« Non. »
« C'est pas vrai, arrête, on se cache derrière sa maison depuis des années. ». Il roula des yeux, agacé.
Elle se dégagea de son étreinte et accéléra le pas pour rejoindre Archie. Peter resta un moment derrière, interdit, puis il les rejoignit. Ils marchèrent un instant en silence jusqu'à la dernière voiture. Archie se racla la gorge et les regarda désolé Ruby se passa la main dans les cheveux et inspira un grand coup, elle pouvait le faire. Peter regarda la porte inquiet de ce qu'il allait trouver derrière. Archie ouvrit la porte et s'effaça pour les laisser passer. Dans la pièce se trouvait une cheminée et les murs étaient recouverts de lourdes tentures pourpres. Il y avait un canapé en cuir noir au milieu de la pièce sur lequel était assis un homme, vu la carrure, qui leur tournait le dos. Archie referma la porte qui claqua en faisant un bruit sec. L'homme se retourna alors vivement, faisant tomber le haut de forme qu'il avait sur la tête, arborant un sourire carnassier, une tasse de thé et une théière dans la main.
« Une tasse de thé ? », proposa-t-il de sa voix grave, presque envoûtante.
Ruby pinca les lèvres et le regarda froidement. Peter tourna la tête vers Ruby l'air légèrement effrayé, puis de nouveau vers l'homme qui sirotait son thé en les regardant, son chapeau à nouveau sur sa tête.
« Je vous présente Jefferson, votre mentor. », expliqua Archie en s'essuyant le front avec un mouchoir, visiblement mal à l'aise.
Ruby se força à respirer calmement. Jefferson. Voilà un nom qu'elle n'avait pas oublié. Comment aurait-elle pu. Peter lui attrapa le bra et la tira vers le canapé de Jefferson, il s'assit à côté de lui mais Ruby resta debout, croisant les bras. Jefferson continuait de boire son thé comme s'il était seul et Peter se sentait étrangement mal à l'aise. Archie était resté en retrait, comme s'il tenait à éviter d'approcher Jefferson mais en l'étudiant bien, Ruby se rendit compte que ce qu'elle avait d'abord prit pour de la peur dans ses yeux était plutôt de la tristesse, même si elle était incapable de dire pourquoi. Peter finit par se lever et s'approcha de Ruby pour lui murmure quelque chose. Jefferson jouait maintenant avec son chapeau, super concentré. Il eut un petit rire et regarda Peter.
« Non, je ne suis pas fou. Ou alors, je le suis. Mais on dit que tous les gens biens le sont, n'est-ce pas ? », dit-il calmement en souriant vaguement. « Je réitère ma question mes petits. » Il désigna la théière. « Voulez-vous une tasse de thé ? »
Peter et Ruby secouèrent la tête négativement, Jefferson haussa alors les épaules, reposa la théière, se leva et quitta la voiture. Archie se racla une nouvelle fois la gorge l'air embarrassé, dansant d'un pied sur l'autre puis il finit par sortir aussi en leur disant qu'il reviendrait les chercher pour le dîner. Ruby et Peter s'assirent sur le canapé l'air perdu.
« Avec un fou pareil, on a aucune chance de s'en tirer... », commença Peter.
« Il a peut-être de bons conseils à donner, il a gagné des jeux après tout. », essaya-t-elle de le défendre, l'air évasive.
Elle posa sa tête sur la poitrine de Peter et il enserra ses épaules de ses bras. Au fur et à mesure de la discussion, Ruby laissait Peter parler de plus en plus seul et elle finit par s'endormir, des images lointaines lui revenant à l'esprit.
Ruby jouait dehors avec Peter, James et Snow. Cela faisait maintenant que les jeux battaient leur plein. Ils commençaient à traîner en longueur d'ailleurs, puisqu'il ne restait plus que trois tributs qui faisaient tout pour s'éviter. Un du district 11, Quinn ou quelque chose du genre, et les deux tributs du District 12 qui avaient étonnement survécu jusque là. Ils formaient une drôle d'équipe d'ailleurs, elle, 20 ans, forte et fière et lui, 13 ans, qui faisait de son mieux pour se montrer fier, s'accrochant à elle comme si elle était sa mère. C'était la première fois que le plus jeune des jeux survivait aussi longtemps, mais ça Ruby ne le savait pas encore, à trois ans elle était trop petite pour comprendre. D'ailleurs, elle n'avait pas le droit de regarder les retransmissions, Granny ne voulait pas. Et même si Ruby aurait tout donné pour pouvoir voir sa mère, ne serait-ce que quelques instants sur un écran de télévision, elle n'avait pas désobéit. Elle avait beau avoir trois ans, elle voyait bien les regards que lui lançaient les autres, elle entendait ce qu'il se murmurait sur son passage, elle savait que de là où était partie sa mère personne ne revenait jamais. Elle savait que sa mère allait y mourir. Elle s'efforçait de ne pas penser à ça et elle tentait de se concentrer sur les derniers souvenirs heureux qu'elle avait de sa mère. Mais ce jour-là, en jouant, James l'avait poussée et elle s'était écorché le genou en tombant. Elle était revenue en pleura,t à la maison pour que Granny la soigne, accompagnée par Snow. Une fois arrivées chez Ruby, Snow était repartie jouer. La maison était silencieuse lorsque Ruby entra, tout était sombre. Elle appela Granny plusieurs fois, inquiète, mais ses appels restèrent sans réponses. Elle remarqua alors des rais de lumière qui semblaient danser sous une porte et elle s'y dirigea doucement. Elle poussa la porte en silence pour voir Granny assise devant la télé, retenant son souffle. Elle se tut avant de regarder l'écran et de rester figée devant ce qu'elle voyait. Quand elle eut compris ce qu'elle venait de voir, elle recula en silence, refermant doucement la porte et resta un instant derrière celle-ci. Une larme solitaire coula sur sa joue puis, après l'avoir essuyée d'un revers de manche, elle frappa à la porte en gémisant.
« Granny, Granny, j'ai mal au genouuuu.. »
Elle n'avait jamais su si Granny avait été dupe mais à ce moment là en tout cas, elle n'avait rien dit. Et Ruby avait fait croire qu'elle croyait aux mensonges qu'elle lui avait raconté sur sa mère et comment elle était morte. Mais dernièrement Ruby avait eu du mal à ne pas confesser à Granny qu'elle savait tout, qu'elle n'avait rien oublié. Elle fut réveillée par Peter qui la secouait parce qu'il était l'heure d'aller manger, Archie les attendait près de la porte. Encore ensommeillée, Ruby les suivit tant bien que mal jusqu'au wagon-restaurant. Jefferson était déjà assis à table et sirotait à nouveau une tasse de thé. Le repas se passa calmement même si l'atmosphère était lourde, pesante car personne ne parlait. Archie semblait vouloir dire quelque chose sans jamais trouver les mots. Il avait tellement l'air perdu qu'on aurait dit qu'il avait pris une dizaine d'années depuis la moisson. Jefferson mangeait, son espèce de petit sourire malsain affiché sur le visage. Ruby gardait la tête basse et jouait avec la nourriture dans son assiette sans jamais la manger. Peter regardait tout autour de lui, l'air perdu et inquiet. Il ne savait pas comment réagir et tout cela le mettait mal à l'aise. Il murmura rapidement à Ruby de manger tant qu'elle le pouvait car dans les jeux ce serait difficile de se nourrir. Lorsqu'elle commença à s'énerver parce qu'il insistait, Jefferson finit par intervenir.
« Il a raison, tu sais. »
Elle haussa les épaules.
« Je n'ai pas d'ordres à recevoir de toi, merci. », répondit-elle d'un ton sarcastique.
« Mais enfin, Rub', c'est notre mentor, si on veut s'en sortir, faut qu'on l'écoute... », continua Peter.
« Il a raison. » reprit Jefferson avec un petit sourire. « Encore, raison. »
« Je m'en fiche. », s'obstina-t-elle.
« Mais Rub', t'es folle ou quoi ? Tu veux mourir, c'est ça ? », s'exclama Peter, une lueur effrayée dans le regard.
« Ecoute, si tu ne le fais pas pour moi, fais le au moins pour lui. » dit-il en désignant Peter de la tête.
« Comme si j'allais faire quelque chose pour toi... » asséna-t-elle en se levant brusquement. « Pas après ce que tu as fait. »
A ces mots, Peter et Archie se regardèrent incrédules. Les deux autres les avaient totalement perdus et ils ne comprenaient rien à la tournure que prenait la conversation. Jefferson déglutit et sembla manquer d'assurance pour la première fois.
« Tu.. tu te souviens ? »
« Comme si j'avais pu oublier ! », elle essuya rapidement les larmes qui commençaient à perler au coin de ses yeux, puis elle tourna les talons et sortit de la pièce.
Peter se leva pour la suivre mais Archie le tint par le bras pour l'empêcher de partir, tandis que Jefferson se lançait à sa poursuite.
« Ruby, attends ! Je peux t'expliquer ! », hurla-t-il d'une voix mi-plaintive, mi-énervée.
« M'expliquer quoi ? Que ma mère est morte pas ta faute ? Je crois que j'ai très bien compris sans toi. »
Il la plaqua violemment contre le mur.
« Retire ce que tu viens de dire. Tout. De. Suite ! » souffla-t-il, son visage quasiment collé au sien.
« Retire quoi ? C'est la vérité, je l'ai vu. »
« Arrête.. Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu n'y étais pas. Tu ne sais pas comment c'était... », commença-t-il mais elle lui coupa la parole en le repoussant.
« … eh bien, cela tombe bien que j'en fasse l'expérience très prochainement alors. »
Elle reprit sa route vers le bout du couloir. Il la suivit, tenta de la rattraper puis finit par s'arrêter et reprit la parole.
« Ta mère n'aurait pas voulu ça. »
Elle se figea dans son mouvement et retint sa respiration, attendant la suite.
« Elle n'aurait pas voulu que tu participes à ces fichus jeux à moins d'y avoir été forcée comme elle l'avait été, comme je l'ai été. »
Elle se mordit les lèves.
« Elle aurait préféré être là pour le dire elle même, c'est sûr... »
Elle se retourna vivement et lui recoupa la parole.
« … Pourquoi tu n'es pas mort à sa place, alors ? Tout aurait été plus simple... » répliqua-t-elle d'un ton froid.
« Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu ne sais pas ce que c'est que de vivre avec cela tout le reste de ta vie. Tu ne sais pas comment c'est de revivre à l'infini ces moments sans que tu ne puisses rien faire pour t'empêcher d'accéder à ces souvenirs. Tu crois que je suis heureux d'être là aujourd'hui, à coacher des gamins que j'envoie se faire massacrer ? Tu crois que je suis heureux de l'avoir vue mourir devant mes yeux, de sa propre main pour que, moi, je puisse vivre ? J'avais 13 ans, Ruby. Je n'étais qu'un gamin et pourtant il ne se passe pas un jour de ma vie sans que je ne me retrouve à nouveau dans cette arène, sans que je ne me revoie agenouillé devant elle en train de mourir. »
« Je m'en fiche. J'aurais préféré que tu meures. »
Et sur ces mots, elle quitta le wagon laissant Jefferson seul avec ses souvenirs.
Il était de nouveau dans cette arène, il était nouveau ce petit garçon de treize ans, effrayé par la vie et tout ce qu'il venait de vivre. Il était dans une clairière avec l'autre tribut du 12. Il ne restait plus qu'eux deux. Elle l'avait protégé, plus ou moins, durant les jeux et il lui avait sauvé la vie une fois. Et maintenant, ils allaient devoir s'entretuer. Elle avait été comme une mère, ou du moins une sœur, pour lui et ils allaient devoir s'entretuer. Mais ils n'avaient pas le choix, c'était les jeux. C'était leur destin. Mourir ici, peut-être ? Quoi qu'il en soit, après le combat, aucun des deux ne serait vraiment vainqueur, il ne sortirait jamais vraiment vainqueur, son geste le ramenant sans cesse dans l'arène. Ils souhaiteraient être morts aussi. Lorsque le combat s'engagea, Jefferson pensa àse laisser faire et à mourir. Que tout s'achève. Qu'il en finisse. Mais c'était comme si son corps réagissait tout seul, comme s'il avait perdu tout contrôle, ses instincts les plus bas reprenant le dessus. Le combat aurait du être très inégal, elle aurait du gagner. Elle était beaucoup plus grande et plus forte que lui. C'est alors qu'ils chutaient tous les deux au sol qu'il comprit qu'elle abandonnait, qu'elle se sacrifiait pour lui.
« Pourquoi ? », murmura-t-il, les larmes aux yeux.
« Tu n'as que 13 ans, Jeff. Tu as encore toute ta vie devant toi. Tu as encore une chance d'oublier, de t'en sortir. Moi, je ne pourrais pas... »
Il la regarda, l'air incrédule.
« Promets moi une chose. Veille sur Ruby s'il te plaît. J'espère qu'un jour, elle comprendra. Tu veilleras sur elle, hein ? » sanglota-t-elle doucement.
Jefferson acquiesça d'un faible mouvement de la tête et leva son bras pour frapper. A quelques centimètres de sa cible, il suspendit cependant son geste et secoua la tête.
« Je suis désolé, je ne peux pas.. Tue moi à la place, moi je n'ai personne. Tue moi et va rejoindre ta... »
Avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, elle avait déjà enfoncé elle même le couteau dans sa propre poitrine, poussant un dernier cri avant de s'éteindre. Il se mit alors à hurler de rage, de fatigue, comme pris de folie.
« Tu n'avais pas le droit ! Je voulais mourir ! » Il se prit la tête entre les mains en s'agenouillant à nouveau auprès d'elle. « Je voulais juste mourir... »
Elle s'était trompée. On n'oubliait rien des jeux. Jamais.
