Chapitre 14
Daniel se tenait debout dans la salle de Contrôle et retenait son souffle. 'Allez ! Allez !'
« Chevron cinq enclenché… chevron six enclenché… »
Tout était silencieux dans la salle, comme si tous les membres de l'équipe collectivement retenaient le souffle avec Daniel. La roue intérieure tourna et prit position. Le chevron bougea, mais la lumière rouge n'apparut pas.
« Le chevron sept ne se verrouille pas, monsieur. »
« Merde », marmonna Daniel tout bas.
« Je suis désolé, monsieur », dit le Sergent Siler en levant les yeux de sa console de commande. « J'avais espéré qu'en outrepassant le protocole de composition cela fonctionnerait. »
Daniel enleva ses lunettes et pinça l'arrête de son nez. « J'apprécie votre essai, Siler. Je suis sûr que le Général aussi. »
D'un pas lourd, Daniel monta les marches jusqu'au niveau suivant et entra dans le bureau de Jack. Le Général Hammond était au téléphone, et Daniel entendit la fin de la conversation.
« Je comprends, monsieur. Merci, Mr. le Président. »
Le Général Hammond raccrocha le téléphone et tourna son attention vers Daniel. « L'essai n'a pas marché », dit Daniel simplement.
Le Général Hammond soupira. « Je viens de parler avec le Président. Si nous sommes incapables de nous connecter dans moins de quarante-huit heures, j'ai été autorisé à contacter les Asgard et les Tok'Ra pour demander leur assistance. »
Daniel hocha la tête. « Quarante-huit heures, hein ? »
Le vieil homme acquiesça. « Leurs vies ne sont pas en danger. Le Président ne ressent pas la nécessité d'accélérer les choses. Pour l'instant, je pense que nous devrions tous prendre une nuit de repos, et revenir à ceci demain matin à la première heure. Esprits frais, peut-être idées fraîches. »
« Merci, Général. Bonne nuit », dit Daniel, et il tapa le montant de la porte avec l'intérieur de son poing avant de se tourner pour partir.
'Trois jours seuls sur une belle planète avec Sam. Joyeuses vacances, Jack.'
oOoOoOoOo
Daniel s'arrêta près du mess sur le chemin de la salle de Contrôle pour un Danish et une grande tasse de café. Il s'arrêta près de la Porte des Etoiles d'abord, et vit le Sergent Siler faisant une vérification de maintenance sur le gigantesque anneau. Siler était resté debout presque toute la nuit, lançant en premier un autre diagnostique complet et puis vérifiant manuellement tous les autres systèmes qu'il pouvait.
Daniel monta la rampe en acier vers le grand homme. « Salut, Siler. »
Le Sergent leva les yeux. « Bonjour, Docteur Jackson. Nous devrions être prêts pour essayer une autre composition sortante dans les cinq prochaines minutes. »
« Super. Merci pour votre travail acharné, Sergent », dit-il, et tendit la tasse de café.
« Merci, monsieur », dit Siler en la prenant. « Mais je fais seulement ce qui doit être fait. »
« Je sais, mais vous y avez mis tout ce que vous pouviez. » Daniel fit un petit signe et redescendit la rampe.
Il trouva Teal'c et le Général Hammond attendant déjà dans la salle de Contrôle. Daniel mordit dans le Danish, et réalisa que son estomac ne voulait pas de nourriture maintenant en fait. Il offrit le reste à Teal'c, qui souleva simplement son sourcil. Avec un haussement d'épaule, Daniel le jeta dans la grande corbeille la plus proche.
« Nous essayons à nouveau, hein ? »
« En effet, Daniel Jackson. Peut-être qu'aujourd'hui nous obtiendrons quelque bonne fortune. »
« C'est 'avoir de la chance', Teal'c. Mais c'est tout près. Très près. »
L'intercom grésilla. « Nous sommes prêts à faire un essai, monsieur », sortit la voix du Sergent Siler.
« Compris. Merci, Sergent. » Le Général Hammond se tourna vers la rangée d'ordinateurs qui faisait face à la vitre géante. « Sergent Harriman, composez P9X-4EV. »
« Oui, monsieur. »
Harriman tapa les coordonnées, et Daniel tapota son poing contre ses lèvres…attendant…attendant…
« Chevron cinq enclenché… chevron six enclenché… »
Daniel ferma ses yeux. Un, deux, trois…mince… quatre, cinq
'Clank !'
« Le Chevron sept s'est verrouillé, monsieur ! » cria presque Harriman. « Suivi de la trajectoire du MALP maintenant, monsieur. »
« Oui ! » Daniel leva son poing en l'air. « Général Hammond, permission de-- »
« C'est étrange », marmonna le Sergent Harriman.
« Attendez, Docteur Jackson. Pas encore. Qu'y a-t-il, fiston ? »
« C'est l'horloge interne sur le MALP, monsieur. Le temps s'emballe. »
« Par combien ? »
« Beaucoup, monsieur. Mais ça pourrait être un disfonctionnement dû à l'interférence qui a perturbé la Porte. »
Le Général Hammond acquiesça. « Voyez si vous pouvez contacter le Général O'Neill par radio. »
Le Sergent Harriman acquiesça, et essaya pendant plusieurs minutes de contacter Jack et Sam, sans succès.
« L'Ornorean pourrait encore affecter les transmissions radio, monsieur. Quand nous étions là-bas, il y avait beaucoup de statiques. »
Le Général Hammond fixa par la fenêtre le vortex brillant. « Fermez la porte, Sergent. »
« Général-- »
Le Général Hammond leva sa main, et Daniel ravala ses mots. Le vortex disparut et la Porte se ferma avec un sifflement. Le Général Hammond se tourna vers le Sergent Harriman.
« Recomposez la porte dans dix minutes. Si elle se connecte sans problème, alors, Docteur Jackson, vous et Teal'c pourrez la traverser. »
« Merci, monsieur. » Daniel se tourna vers Teal'c et claqua sa paume contre la large poitrine de l'homme. « Teal'c, rejoignez-moi à la salle de la Porte dans dix minutes. »
Teal'c inclina sa tête, et Daniel partit en courant.
oOoOoOoOo
Exactement dix minutes et quarante cinq secondes plus tard, Daniel et Teal'c traversèrent la Porte vers P9X-4EV. Derrière eux, la Porte se désengagea et le vortex fut remplacé par le paysage idyllique de la planète.
Daniel regarda autour de lui, et ne vit aucun signe de Sam, Jack, ou personne d'autre. Teal'c s'approcha de lui, posant l'extrémité de sa lance goa'uld sur le sol.
« Il semblerait que O'Neill et le Colonel Carter n'ont pas tenté d'utiliser la Porte. »
« Du moins pas récemment… » dit Daniel et commença à s'éloigner du gigantesque anneau. « Allons voir si nous pouvons les retrouver. »
Tous les deux se dirigèrent vers la route la plus proche qu'ils avaient empruntée auparavant avec Aaroon, et se dirigèrent vers le nord. Alors qu'ils s'approchaient de la ferme de Aaroon, ils passèrent près d'un de ses nombreux champs. Daniel abrita ses yeux avec ses mains et vit Aaroon dehors parmi les tiges de maïs alors qu'il les récoltait. A côté de lui travaillaient Trallen et Ebresh.
« Aaroon Sonarnon ! » appela Daniel, et Aaroon leva les yeux.
« Daniel ! C'est bon de vous revoir ! J'arrive tout de suite. »
Daniel et Teal'c attendirent alors que Aaroon passait à travers les grandes tiges et grimpait sur la barrière en bois qui séparait son champ de la route. Aussitôt qu'il les rejoignit, il prit Daniel dans une étreinte exubérante et tapota les bras de Teal'c.
« C'est merveilleux de vous revoir, mes amis. Trop de temps a passé. »
Daniel leva ses sourcils ensemble, fixant Aaroon. « Euh oui. Bon de vous voir, aussi, Aaroon. »
« Avez-vous vu Jack et Samantha ? »
« Ah, non. Nous sommes inquiets parce que-- »
« Oh, l'inquiétude n'est pas nécessaire. Comme vous le verrez. Continuez à descendre cette route un petit moment, et vous les trouverez. Vous devez tous venir à notre maison cette nuit pour le repas du soir. Sarai sera heureuse de vous revoir. Ainsi que Tella. »
« Laissez-moi d'abord parler avec Jack et Sam, et nous vous ferons savoir. »
« Bien. Bien. Jusque là, je dois y aller. La récolte n'a que faire des retrouvailles entre amis. »
Alors que Aaroon repassait la barrière, Daniel se tourna vers Teal'c. « C'était… »
« Inhabituel, Daniel Jackson. Il agissait comme si beaucoup de temps s'était passé depuis notre dernière visite. »
« Ouais », dit Daniel lentement. « Retrouvons simplement Jack et Sam. Je me sentirai beaucoup mieux quand je saurai qu'ils vont bien. »
Ils descendirent encore la route, ne rencontrant personne le long du chemin. Alors qu'ils franchissaient la crête d'une colline, Daniel remarqua une cabane de bonne dimension située à environ trente mètres de la route. Il pouvait dire que le bâtiment était un mélange de vieilles constructions et de nouvelles, au moins la moitié du bâtiment étant récente. Une grange était située plus loin derrière avec un petit poulailler et des poules picorant le sol. Un homme grand avec des cheveux légèrement grisonnant s'avança sur le porche ombragé, et empila sa brassée de bois coupés avec une bonne corde sur ce qui était déjà là.
« Peut-être qu'ils savent où sont Jack et Sam. Parce que je suis presque sûr que la route qui conduit au village est dans l'autre direction. Je ne sais pas ce qu'ils feraient dehors de ce côté. »
Ils continuèrent vers la cabane, et alors qu'ils atteignaient le bord de la propriété, la porte de la cabane s'ouvrit et une femme blonde sortit avec une tasse dans sa main. Elle s'approcha de l'homme, et il prit la tasse, mais avant de boire il la prit dans ses bras et l'embrassa bruyamment, l'inclinant légèrement. Leur rire atteignit Daniel et Teal'c.
« Daniel Jackson, je crois que c'est-- »
« Excusez-moi », appela Daniel, se dirigeant vers la maison. « Nous cherchons-- »
« O'Neill et le Colonel Carter… »
Le couple se retourna, et la mâchoire de Daniel tomba.
« Daniel ? Teal'c ? »
« C'est, en effet, O'Neill et le Colonel Carter », finit Teal'c.
Daniel et Teal'c s'avancèrent, mais furent rejoints à un peu plus de la moitié de la distance par Sam, qui courut vers eux et jeta ses bras autour de son cou. Daniel la serra à son tour, essayant désespérément de comprendre ce qui diable se passait. Sam se déplaça pour étreindre Teal'c alors que Jack les rejoignait, et Daniel ne put que le dévisager. Il savait qu'il dévisageait… mais… bon Dieu !
S'il ne le connaissait pas mieux, il aurait juré que Jack avait rajeuni de quinze ans. Son visage était mince et sans ride, et il semblait plus léger d'un bon dix à quinze livres. Il tendit sa main pour saluer, et Daniel la prit, presque grimaçant à la force de sa poigne.
« C'est bon de vous voir, Daniel. »
Daniel hocha simplement la tête, cligna des yeux, et regarda Sam. Et cligna à nouveau. Sam était superbe -- non pas qu'elle ne l'avait pas toujours été -- mais, mince ! L'éclat de sa peau était presque lumineux, et elle semblait aussi jeune que le jour de leur rencontre. Ses cheveux blonds brillaient comme l'or et bouclaient autour de ses joues.
« Sam… Je… Jack… » Il regarda de Sam à Jack, puis Teal'c, et revint à Jack. « Je ne veux pas paraître rustre, mais que diable ? »
Jack agrippa la main de Teal'c, et ils s'étreignirent brutalement, Jack claquant sa main libre sur le dos de Teal'c. « Salut, Teal'c. Comment allez-vous ? »
« Je vais bien, O'Neill. »
« Jack », interrompit brutalement Daniel.
Il regardait les yeux grands ouverts alors que Jack s'éloignait de Teal'c, et Sam s'avança à son côté, leurs bras allant autour de chacun comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Voici que ses yeux se posèrent…
« Sam ? Etes-vous… êtes-vous enceinte ? »
Jack posa sa main sur la taille légèrement tendue de Sam. Elle ne pouvait être à plus de quatre ou cinq mois, mais Sam Carter était définitivement enceinte. Et s'il ne se trompait pas, il penserait que Jack était le fier Papa. Daniel était si déconcerté que sa tête lui faisait mal.
« Des choses ont changé au cours des six derniers cycles, Danny Boy. »
« Six… quo--… six cycles ? »
La porte de la cabane s'ouvrit brusquement, et un petit lutin de petite fille avec de longs cheveux bouclés vint en courant vers eux. « Papa », cria-t-elle alors qu'elle courait. « Papa, Maman a dit… » Sa voix mourut alors qu'elle les rejoignait.
Daniel regarda l'enfant. Des yeux bleus brillants, aussi grands et aussi curieux que tout ce qu'il avait jamais vus, se levèrent sur lui. Alors elle sourit, d'un grand sourire doux et sans peur. Jack caressa les cheveux de la fille.
« Bébé, de qui parlent les histoires que je te raconte chaque soir ? » lui demanda-t-il.
« Mon Tonton Danul et Tonton Teke et Papy Jakup et Papy George. »
Jack hocha la tête. « Voici Oncle Daniel et Oncle Teal'c, Hannah. »
Elle fit à nouveau un large sourire, le genre de sourire innocent et accueillant uniquement visible sur le visage d'un enfant. En dépit des douzaines ou plus de questions se bousculant dans sa tête, Daniel sourit en retour. Hannah marcha vers Teal'c, et après avoir penché sa tête tant en arrière qu'il sembla qu'elle allait basculer en arrière, elle leva ses bras vers lui. Teal'c lança sa lance à Daniel, et souleva la petite fille. Elle gloussa alors qu'il l'installa contre sa poitrine.
« Tu grand, Tonton Teke », dit-elle avec un gloussement, et toucha son tatouage doré. « Tu es plus grand que Papa. »
« Et tu es très belle, petite fille. »
Daniel secoua la tête et leva sa main. « D'accord. D'accord. Encore une fois, je vais demander… Jack, que diable se passe-t-il donc ici ? »
« N'est-ce pas évident, Daniel Jackson ? » dit Teal'c, en souriant largement alors qu'Hannah continuait de tracer son tatouage avec ses doigts minuscules. « La progression du temps sur P9X-4EV n'est pas synchronisée avec le temps sur la Terre. »
Daniel loucha. « Oh, ouais. Bien sûr. Evident. »
« Cette différence n'explique-t-elle pas que l'appareil de temps interne sur le MALP laissé ici était si différente quand nous avons ouvert la porte ? »
« D'accord, alors, pause. » Jack leva sa main, élevant un doigt. « Daniel, nous sommes restés ici six cycles. C'est quoi… » Il regarda Sam.
« Quatre ans et demi. Environ. »
« Quatre ans et demi, en temps terrestre. »
« Non, Jack. Vous n'y êtes pas. Teal'c et moi sommes partis d'ici hier. Nous avons essayé de recomposer l'adresse pendant les dernières vingt-quatre heures, et venons juste de réussir à traverser la Porte. »
Sam eut le souffle coupé, sa main volant à sa bouche. « Oh. Mon. Dieu. Jack… »
La tête de Jack tomba en avant, et il ferma ses yeux. « Ouais. Et, merde. »
oOoOoOoOo
Note : un 'Danish' est une pâtisserie, mais je ne sais pas s'il y a un équivalent en français. Si quelqu'un a la réponse, je serai content de la connaître.
