Bonus du chapitre 15 (Le glas de l'article 6) :
Mettez ensemble : un noble seigneur qui refuse fièrement l'origine de son existence, sa sœur adoptive, fervente adepte de romance à l'eau de rose, surtout s'il en est l'une des parties, et un beau lieutenant éperdument amoureux de son capitaine. Ajoutez une fiction de fan, pimentez de quelques reviews, mélangez et vous obtenez alors :
Branle-bas de combat à la Soul Society
Scène I
Tout est calme au Seireitei : les zanpakutôs sont rangés dans leurs fourreaux, les ricanements de Mayuri Kurotsuchi sont cantonnés à son laboratoire et le commandant de la première division caresse sa longue barbe d'un geste satisfait.
Byakuya profite de cette tranquillité trop rare et se réjouit de la présence de sa sœur au manoir. De retour de sa mission à Karakura, il a réclamé sa présence pour le souper du soir.
Juste comme il pense à elle, il l'aperçoit venir vers lui. Mais quelque chose n'est pas à sa place dans ce tableau idyllique : Rukia ne le regarde pas !
« Rukia... » laisse-t-il tomber dans un murmure. N'est-il donc plus l'unique centre d'intérêt de sa sœur adorée ?
La demoiselle l'ignore en effet et concentre son attention sur les feuillets qu'elle lit en marchant, conduite tout à fait inappropriée pour une jeune fille de bonne famille et absolument infamante pour l'aristocrate blessé dans son amour-propre fraternel.
« Rukia, quelle est le sujet de cette lecture à laquelle tu accordes plus d'importance qu'au témoignage des respects que tu dois à ton frère ?
— Nii-sama ! exclame Rukia, surprise et embarrassée, un air gourmand sur le visage.
Elle se raidit et crispe ses doigts sur les feuilles qu'elle tient dans les mains, les froissant convulsivement.
— Puis-je regarder ? demande-t-il alors qu'elle reste silencieuse, prise dans son regard comme une chauve-souris dans la lumière du jour.
— Rukia » insiste-t-il en tendant la main, de plus en plus soupçonneux et jaloux quand il note la légère rougeur qui colore maintenant les joues de sa sœur. Serait-ce les mots doux d'un amoureux ?
Son geste fait reculer Rukia. Avec un sursaut effrayé, elle entreprend de mettre hors de portée de son frère la littérature douteuse. Dans sa hâte, le livret se déchire en deux lorsqu'elle cache dans son dos ses deux mains agrippées au papier.
« Nii-nii-sama, c'est, c'est... ce sont les recettes préférées d'Orihime qu'elle a bien voulu me confier. En vérité, rien qui puisse vous intéresser, je vous l'assure.
— En ce cas, pourquoi les cacher ?
— C'est qu'Orihime a un goût très particulier qui ne siérait pas à votre palais. J'ai peur même que la vue de ses menus ne puisse vous offenser.
— Je désire en juger par moi-même.
— Comme il vous plaira, Nii-sama. »
Rukia lui tend un morceau de page sur laquelle il lit les lettres « Les fou » disposées au centre et dont la fin a été rognée par la déchirure.
« Les fou ? questionne-t-il à l'adresse de Rukia.
— Les fou... Les fourchettes, Nii-sama. Vous voyez, même le nom de ses plats est très original.
— J'en conviens » dit-il en retournant la page. Œufs, chocolat... poireaux !? » s'étonne-t-il en listant ce qui semblait être les ingrédients d'un dessert.
Rukia respire mieux à présent qu'elle s'est reprise et implore tous les esprits du Seireitei pour que son bluff réussisse. Heureusement, Orihime est adepte du recyclage en tout genre et a utilisé des feuilles déjà imprimées sur le recto. Mais si la page de titre ne suffit pas à satisfaire la curiosité de son frère, elle est perdue !
« C'est... original, pour le moins, dit-il en lui rendant le papier. Je ne peux concevoir que tu sois attirée par ce genre de... saveur. Rukia ?
— Nii-sama ?
— Il n'est pas recommandable de lire en marchant » moralise Byakuya en reprenant sa promenade.
Scène II :
Le seigneur Kuchiki n'a pas envie de se coucher. Il pense à Renji. C'est dit, il réunit quelques papiers histoire d'avoir une excuse, et se dirige vers les quartiers des officiers de la sixième division.
Arrivé devant la porte de l'appartement de Renji, il entend des voix. Il hésite à frapper. Qui peux bien rendre visite à son lieutenant à cette heure-ci ?
Il en aura le cœur net ! Avec tout l'aplomb qu'un noble de son rang puisse se permettre, il colle une oreille à la porte. Malgré ses efforts, les sons qu'il entend n'ont pas grand sens car certains mots ne lui parviennent qu'étouffés.
« Alors, tu as pu te les procurer ?
— Oui, grâce à [Orihime](1). […] Tu vois, c'est quand tu es malade que [Nii-sama] craque pour toi. Et les [fans] aussi ! J'ai compté, vous avez eu le record de [reviews] sur ces deux chapitres. Donc, j'ai eu une idée.
— Une... une idée, répète Renji d'un ton mal assuré devant l'air mystérieux et conspirateur de son interlocutrice. Dans quel guêpier vais-je me retrouver ?
— Oui ! Je vais [t'inoculer] la grippe et le tour est joué, il te tombe dans les bras, déclare d'un ton triomphant son amie en extrayant de sa manche une seringue remplie d'un liquide peu engageant.
— Ouuah ! Pas ça, Rukia. Au secours, taichô ! » s'écrie Renji, instinctivement.
Malheureusement pour eux, ledit taichô est justement derrière la porte. L'appel de Renji traverse aisément l'épaisseur du bois. Réagissant au quart de tour à ses accents paniqués, Byakuya pénètre dans la chambre, prêt à en découdre avec qui que ce soit qui menace ainsi son lieutenant.
Son regard balaie rapidement la pièce : sa sœur, armée d'une seringue, essaie de maîtriser Renji qui cherche de toutes ses forces à éviter l'aiguille à l'origine de ses plus horribles cauchemars.
Tous les deux se figent à son entrée théâtrale et leurs deux paires d'yeux se dirigent vers les pages éparpillées sur la table de salon, un air coupable sur le visage.
Cela n'échappe pas au capitaine qui jette un œil et reconnaît les feuillets, adroitement recollés, ceux-là même qui étaient en possession de Rukia. Il s'avance et se saisit du paquet.
Une rapide lecture l'informe de son contenu et il lève la tête vers les deux plus proches personnes de son entourage, qui, il n'en revient pas, l'ont trahi et ont méprisé ses avertissements !
« Je vais chercher Aizen(2) » déclare-t-il, puis il s'en va, si vite qu'il est impossible de le retenir.
« Rukia, il vaut mieux donner l'alarme » fait Renji.
Scène III :
Tous les capitaines, informés du problème, vont à la rescousse. Après une course-poursuite dans les rues du Seireitei, Byakuya est rapidement encerclé. Il harangue le sôtaichô.
« Savez-vous que nos existences ne sont que pures fantasmagories dans la tête d'un humain ? Nos aventures sont rédigées. Nous ne sommes rien d'autre que le produit de son imagination !
— Oui, capitaine Kuchiki, nous le savons, confirme Yamamoto Genryûsai en hochant la tête, l'air consterné, avec l'expression d'un adulte essayant de raisonner un enfant.
Byakuya regarde à la ronde, chacun hoche la tête en retour, même le capitaine Zaraki.
« Allons, allons, fait Jûshirô, ce n'est pas un si grand problème.
— Tout le monde le savait sauf moi ? réalise Byakuya, éberlué.
— Évidement, grogne Kenpachi, tu penses vraiment que ma coiffure aurait la moindre chance de résister à un combat véritable sinon ? Sans parler de ma puissance spirituelle tellement démesurée que je n'ai même pas besoin d'appeler mon zanpakutô, et du bébé rose et joufflu toujours collé à mon épaule ? Franchement, n'importe qui, avec un peu de bon sens, se rendrait compte que tout ceci n'est que fariboles et inventions. »
Byakuya rengaine Senbonzakura d'une main tremblante et, fort heureusement pour lui, Renji arrive sur les lieux juste à temps pour le recevoir dans ses bras, toutes forces enfuies.
Rukia est là, elle aussi, le livret entre les mains.
« Alors, quelles sont les dernières nouvelles ? » demande Tôshirô Hitsugaya, comme si rien n'était plus naturel.
Séparés en deux parties, les nouveaux chapitres d'un côté, les reviews de l'autre, les feuillets tant attendus passent d'une main à l'autre. La confusion règne. Les chapitres distribués en même temps ne sont pas forcément lus dans l'ordre et, depuis la disparition des soul-pagers qui leur donnaient accès au site de FFnet, personne n'est à jour, sauf les deux héros de l'histoire.
Quelques remarques fusent, de-ci de-là :
« Vraiment, Byakuya, t'es d'un compliqué ! Je sais pas pourquoi ça m'étonne d'ailleurs. Tu l'aimes ou tu l'aimes pas, Renji ? » explose Kenpachi, perdu dans l'intrigue.
— Alors ça, c'est inattendu ! Quelqu'un te trouve comique, Byakuya, se réjouit Jûshirô.
— Aaaaaah... exhale Byakuya, d'un ton mourant, perdant ses derniers restes de dignité.
— Abarai fukutaichô, il serait temps d'user de plus de conviction dans ton approche, conseille Yamamoto. Tout le monde te plaint, ce n'est pas digne d'un Shinigami du Gotei.
— J'essaie, Yamamoto taichô, j'essaie, croyez-moi. Mais j'ai affaire à forte tête ! se défend Renji.
— Oh, il n'y a plus d'article 6, s'exclame Soi Fon. Eh bien, voilà ! »
Renji et Byakuya rougissent sous les multiples regards qui se posent à présent sur eux, regards aussi innocents que celui de la directrice d'une maison close proposant un choix varié à l'un de ses clients.
« Un bébé entre hommes ! Oho, voilà qui est assez osé, fait Shunsui, retourné à la lecture de sa review.
— Renji, je sens que je vais m'évanouir, soupire Byakuya, le revers de la main sur son front, comme une diva s'effondrant sous de mesquines critiques.
— Tenez-bon, taichô, l'auteur n'ira pas jusque là » assure Renji.
F I N
(1) Entre [ ], les mots ou passage que Byakuya n'entend pas.
(2) Voir bonus du chapitre 10
