Assise dans un fauteuil à bascule, une jeune femme passait tendrement une main affectueuse sur son ventre bien arrondi. Elle l'aimait déjà tellement ce bébé ! Elle s'imaginait dans quelques mois, le prendre dans ses bras, le bercer en lui murmurant des mots doux, ceux que seules les mères savaient dire. Elle l'imaginait comme une parfaite copie d'elle-même, avec les mêmes rêves et les goûts. Ils seraient si proches, si unis ! Elle était tellement persuadée du lien unique qu'il y aura entre elle et son bambin !
Comment l'appellera t-on ? Demanda son bel époux, entre deux coups de téléphone.
Il était tellement occupé, songea t-elle, et pourtant, il trouvait toujours un moment pour lui parler du bébé. Lui aussi était impatient !
Et bien, dit-elle en réfléchissant, si c'est un garçon … Pourquoi ne lui donnerait-on pas le nom de ton père ? Tristan Cartier ! Il serait si fier que son dernier fils donne son prénom à son petit-fils !
Son mari lui lança un regard empli de tendresse et de reconnaissance. Il savait bien sûr que son paternel serait très heureux de cette nouvelle. Pourtant, lui, avait le sentiment étrange que cela n'arriverait pas.
OoOoO
- Félicitation, Mrs Cartier ! Lui dit la sage-femme avec enthousiasme. C'est une belle petite fille ! Comment souhaitez-vous la nommer ?
Fern saisit avec une grande précaution ce petit être qui venait tout juste de voir le jour. Elle était si petite, si maigre, constata aux travers de ses larmes de joies. Elle avait l'air si fragile dans ses bras, qu'elle se fit la promesse de toujours veiller sur elle et sur son bonheur.
La jeune maman sourit tendrement lorsque les yeux de sa fille – sa fille, elle avait encore du mal à croire – s'ouvrirent pour la première fois. Elle avait les yeux de son père. Ses yeux si particulier qui lui avait tant plu. Pas entièrement bleu. Pas vraiment vert. Des yeux magnifique, à n'en pas douter.
- Tania, répondit-elle, la voix chargée d'émotions. Ma fille se nommera Tania.
Sa fille. C'était si étrange de se dire qu'elle avait une fille. Sa fille … Son bébé. Son autre part d'elle-même.
Soudain, le nourrisson commença à pleurer et Fern le berça doucement, épuisée mais heureuse.
- Là … Chut, murmura t-elle. Calme-toi … Maman est là, elle veillera toujours sur toi. Dors, ma précieuse, je ne laisserais personne te faire du mal.
OoOoO
Fern se leva et posa le script de son nouveau film sur son bureau. Elle avança vers la fenêtre pour regarder l'extérieur. Elle sourit en voyant une petite fille aux cheveux dorés sous les rayons printanier du soleil, assise dans le jardin, jouant avec des fleurs.
Tania avait tellement grandit. Sa mère était si fière de voir à quel point sa fille lui ressemblait chaque jours un peu plus. Les mêmes cheveux. Les mêmes traits sur le visage. Tania était son portrait craché, et rien ne pouvait la rendre plus heureuse que cette constatation.
Elle l'aimait tellement.
L'actrice vit alors sa fille levait les yeux la fenêtre où elle se trouvait. Tania ne pouvait pas la voir, les carreaux étaient teintés dans ce but, et pourtant elle ne cessait de jeter chaque jour des regards à cette fenêtre. Fern s'en sentait profondément désolée.
Elle n'était pas idiote. Elle voyait bien les regards pleins d'espoir que lui lançait son enfant lorsqu'elle rentrait tard le soir ou lorsqu'elle partait tôt le matin. L'espoir d'avoir un peu d'attention, un peu de temps.
Mais sa carrière commençait à prendre de plus en plus de place. Elle était au plus haut de sa gloire ! Elle n'avait pas le temps de jouer les mères aux foyers. Ça n'avait jamais fait partit de ses ambitions. Et puis, Adèle, la nurse, était là pour ça. Pour que la prunelle de ses yeux ne manque jamais de rien.
Elle voulait la choyer, sa petite princesse. Lui donner ce que ses propres parents n'avaient jamais pu lui offrir à elle, ayant été élevée dans la misère. Elle voulait que son trésor soit l'enfant la plus enviée et la plus heureuse au monde.
Elle ferait d'elle une étoile, encore plus rayonnante qu'elle-même ne le serait jamais.
Parce qu'elle l'aimait plus que tout, sa précieuse.
OoOoO
Ses mains se crispèrent sur le parchemin.
Une sorcière.
Son bébé, sa princesse.
Une sorcière.
Non. C'était impossible. Pas elle. Pas sa fille. Pas son étoile, sa belle étoile. Sa destinée était tout autre. Elle ne pouvait pas être une sorcière.
Fern le refusait. On ne lui retirerait pas sa fille. Elle l'avait juré. Elle ne la laisserait jamais s'éloigner. C'était son enfant. A elle !
Elle irait dans une grande école, celle dans laquelle Fern n'avait jamais pu aller. Et elle aurait un beau mari, qui la rendra heureuse. Pas un misérable sorcier.
Elle n'aurait pas à travailler, sa fille, parce qu'elle était trop merveilleuse pour ça. Elle hériterait de leur argent. Et elle serait une actrice, une chanteuse ou alors une mannequin. Sa fille pouvait tout faire, après tout. N'importe quoi qui puisse prouver au monde à quel point Tania Cartier était formidable !
Elle ne serait pas une sorcière. Elle l'interdit !
OoOoO
Assise sur son lit de soie et de riches tissus, Fern toucha son ventre. Dix-sept ans auparavant, elle avait fait exactement le même geste. Elle s'était ensuite juré de prendre soin de sa petite fille. De sa plus belle partie d'elle-même.
Et voilà où elle en était à présent …
Elle l'avait perdue. Définitivement perdue.
Un sanglot plus violent que les autres secoua son corps.
Sa fille. Sa toute petite. Comme elle devait la détester maintenant.
Pourtant, elle n'avait jamais voulu que son bonheur. Elle le jurait sur tout ce qu'elle avait de précieux. Pas un jour ne passait sans qu'elle ne pensa à son bébé. Tout ce qu'elle avait fait, elle ne l'avait fait que pour elle.
Pourquoi ? Pourquoi n'avait-elle pas su voir avant qu'elle avait fait du mal à sa fille ? Pourquoi … Pourquoi était-elle devenue une mauvaise mère alors qu'elle l'aimait tellement ?
Sa princesse. Son bébé …
Oh, comme elle voudrait pouvoir la prendre encore dans ses bras …
OoOoO
Des silhouettes noires l'encerclèrent. Elle savait ce qu'ils étaient. Des sorciers. Des maudits sorciers !
Elle ignorait encore pourquoi ils étaient là. Elle aperçu soudain le corps inerte de son mari, son tendre époux, plus loin dans la pièce. Elle comprit en voyant l'absence de vie dans ses yeux. Ses yeux qu'elle aimait tant. Non. Elle avait envie d'hurler. Non. Son cœur se brisa. Non. Elle ne peut l'accepter. Il ne peut pas être mort. Pas lui. Surtout pas lui.
Il n'y avait pas un bruit, mis à part ceux que faisaient les sorciers. Tout les gens de la maison étaient morts. Elle n'avait aucun doute la-dessus. Elle serait donc la dernière.
L'un des sorciers leva sa baguette vers elle. Elle savait ce qui allait se passer. Et pourtant elle ne cherchait même pas à se défendre. Tout ce qu'elle voyait, c'était lui. Son mari, mort. Sa vie, envolée. Détruite. A jamais.
Mais elle avait besoin de savoir.
Pourquoi ? Demanda t-elle d'une voix sans vie.
Parce que sans sa fille. Sans lui. Fern n'était rien. Sans sa chair, sans son sang, sans son cœur à ses côtés, elle n'était qu'une coquille vide. Elle était pour ainsi dire, déjà morte.
C'est à cause des gens comme vous qu'il y a des souillures dans ce monde, expliqua l'homme en face d'elle.
Souillure … Instinctivement, elle savait. C'était sa princesse qu'il nommait ainsi. Elle lâcha finalement son mari du regard, pour fixer ce meurtrier. Elle repense aux paroles de Tania, la dernière fois qu'elle la vu. C'était à cause d'hommes comme eux que Tania était malheureuse dans le monde magique.
Fern ne réfléchit pas, elle se jeta sur lui avec hargne. Il n'avait pas eu le temps de réagir qu'elle les faisait tout les deux basculaient au sol. Frappant le visage de cet assassin de toute ses forces, elle hurla, elle griffa et se débattit. Jamais auparavant Fern était entrée dans un tel état de fureur. Mais l'homme, le monstre qui se trouvait sous elle avait tué l'homme qu'elle avait toujours aimé. Il avait insulté sa princesse, son tendre amour, sa merveilleuse de souillure !
Soudain, son corps se voûta et hurla de douleur. Elle souffrait. Elle ne savait pas pourquoi. Elle souffrait, c'était tout ce qu'elle savait. C'était horrible. Comme si tout son corps criait de douleur. Elle avait si mal qu'elle n'arrivait même plus à respirer. Elle avait mal. Si mal …
Et pourtant, elle avait envie de leur dire, que ce qu'ils lui infligeaient, c'était tellement rien. Tellement moins douloureux que la perte de sa fille. Il n'y aurait jamais plus douloureux que le visage tant aimé de son bébé, amer et déçu, lorsqu'elle l'avait vu pour la dernière fois.
Elle allait mourir. Cette réalité la frappa. Elle allait mourir, sans avoir jamais pu dire à sa fille combien elle l'aimait. Cette pensée était aussi douloureuse que ce qu'elle endurait.
Les yeux à moitié clos, elle vit une lueur verte s'approchait d'elle.
- Tania …
