Dans l'intérieur animé aux couleurs acidulées de la boutique de farces et attrapes, un « pop » discret retentit.
- Monzieur, qu'est-ze z'est ?
Un petit garçon tendait un drôle d'objet à Percy.
- Ca, fît celui-ci en remontant ses lunettes sur son visage sérieux pour mieux considérer l'objet, c'est une Bombinouflette à bubules…, dit-il d'un ton solennel.
La sorcière ne put réfréner un léger rire. Elle contourna le véritable bric-à-brac que formaient les étals dangereusement hauts et se dirigea vers la caisse, où George étiquetait une énorme pile de Pralines Longues-Langues.
- Hermione ! Que me vaut ton bonjour ? fît-il avec un sourire charmeur. Ses cheveux d'un roux vif retombaient avec légèreté sur ses épaules et cachaient ainsi son oreille déformée.
- Votre étourderie… Elle posa les deux sacs cartonnés sur le comptoir. Vous avez encore oubliés vos déjeuners…
- Oh, merci ! Les yeux du sorcier louchèrent avec envie sur les rondeurs appréciables des sachets. Mais si tu dois t'en prendre à quelqu'un ici, ce n'est pas moi, ajouta-t-il en désignant d'un signe de tête le devant de la boutique. C'est Percy, continua-t-il en baissant la voix, alors que ses yeux parcouraient furtivement les moindres recoins autour de lui. Il se pencha légèrement par-dessus le comptoir et souffla à la sorcière :
- J'ai remarqué que depuis quelques temps, Pénélope vient très régulièrement au magasin, parfois même pour rien acheter ! fît-il d'un air contrarié.
- Bref, reprit-il d'un ton qui avait tout de celui qui détient le secret même de la pierre philosophale, quoiqu'il en soit, ce mercredi, Percy m'a dit qu'il finirait plus tôt sa journée et il s'est empressé de rejoindre Pénélope qui l'attendait à la sortie ! Et depuis, il passe ses journées à rêvasser, complètement sur orbite ! Non, moi je dis, il y a cailloux sous cachalot !, dit-il en astiquotant un doigt convaincu sous le nez d'Hermione.
Cette dernière se réjouit intérieurement de cette nouvelle. Elle avait toujours bien aimé Percy. A Poudlard, lui seul semblait prendre à leur juste mesure les cours et les examens. Elle n'avait certes pas toujours approuvé ses actes. Mais il semblait qu'en ce qui concernait Percy, la guerre avait eu un effet bénéfique. Il avait conservé un poste au ministère relativement tranquille qui ne demandait qu'un temps partiel et passait le restant de ses journées à aider Georges au magasin de farce et attrapes.
- Naturellement, reprit ce dernier, d'un coup beaucoup plus sérieux, tu ne sais rien et je ne sais rien… Non parce que s'il sait que l'on sait, il nous tue...
La sorcière rigola franchement devant le regard si grave et important de Georges. Et elle prit congé sans pour autant promettre de ne rien dire.
La jeune femme sortit et la porte de la boutique se referma en un carillon fantaisiste. Son regard parcouru rapidement la principale artère commerciale du monde sorcier avant d'être attiré par l'éclatant ciel bleu qui régnait sur les toits pentus.
Elle décida alors de rentrer chez elle à pied. Son appartement, situé dans un quartier moldu de la ville, était à plusieurs kilomètres, mais le petit air frais qui venait rafraîchir cette matinée ensoleillée acheva de la convaincre.
Hermione prit son temps pour remonter le Chemin de Traverse. Celui-ci se déployait devant elle, à nouveau aussi prospère que ses yeux émerveillés l'avait découvert à ses onze ans. Par les beaux jours de ce tout début d'été, de nombreux sorciers flânaient le long des devantures, égayées par quelques plantes luxuriantes aux fleurs fantastiques.
Un peu avant d'atteindre le mur de brique du Chaudron Baveur, la sorcière s'engagea dans une petite rue perpendiculaire. Un peu plus sombre, pavée avec soin, celle-ci serpentait entre d'anciens édifices aux nobles façades. De riches blasons colorés surplombaient d'imposantes portes d'entrées et ça et là, des enseignes en fer forgé indiquaient de luxueuses boutiques. Une en particulier attira son attention.
A l'extérieur, dans un style largement inspiré de l'art nouveau moldu, des courbes ondulaient et s'entrelaçaient avec grâce sur la boiserie vernie de la devanture. Cependant, le regard de la jeune femme ne s'attarda pas longtemps dessus et glissa rapidement vers les trésors exposés en vitrine.
Hermione n'avait jamais trouvé un intérêt quelconque à un vêtement hormis celui de lui tenir chaud. Et accessoirement, d'empêcher de se gambader gaiement dans les rues de Londres sans rien dessus. Mais devant la beauté des tenues qui se présentaient sous ses yeux, elle ne put retenir un souffle admiratif.
En temps normal, la sorcière aurait passé son chemin, préférant voir ses beaux gallions s'envoler pour quelque chose de plus utile. Un ouvrage rare, une bonne plume de phénix ou encore la toute nouvelle version de plannings magiques.
Mais ce début d'été était tout sauf une période normale. Dans moins d'une semaine, le couple le plus médiatique de toute la communauté magique allait enfin se marier. Le genre de mariage qui faisait la couverture des journaux un mois avant la cérémonie proprement dite et un mois après.
Et il a fallu que Ginny l'a choisisse elle pour la seconder. Non qu'elle n'appréciait pas cela : elle mesurait à sa juste mesure l'amitié et la confiance dont son amie lui témoignait. Le seul hic était de se trouver une robe à la mesure de l'événement qui se profilait.
Et elle savait parfaitement que si elle écoutait sa tendance à remettre tout ce qui lui déplaît au lendemain, elle serait sans aucun doute en train de parcourir désespérément les rues commerçantes magiques et moldues de Londres la veille même du mariage.
La sorcière fronça les sourcils à cette pensée. Il était hors de question de décevoir qui que ce soit.
