Une grosse main déplace les branches des fourrés qui donnent vue sur la maisonnée de Sam, alors que deux têtes apparaissent devant le creux de feuillages ainsi dévoilé. Inutile de préciser que seul Lucifer et Michel étaient capables de se faufiler près de la maison pour tenter de séduire le Beau damoiseau.

-Ohohoh… Ton Beau va avoir la plus belle surprise de sa vie, hein Lucifer ?!

-Oui, il ne connait pas sa chance. S'égosille joyeusement le chasseur du village alors que, toujours abrité derrière le petit muret sur lesquels les fourrés avaient établis leur territoire, son regard se pose sur son ami à ses côtés.

Il finit par lâcher la branche qui atterrit directement dans la tête de Michel qui se retrouve avec plein de feuille dans la bouche tandis que Lucifer se lève et s'éloigne. Il avance jusqu'à une petite clairière sur laquelle certains des villageois sont activement occupés. Les triplées à la table des boissons et des amuse-gueules, un prête qui attend au bout de l'allée de mariage sur laquelle un villageois est en train de dérouler un somptueux tapis rouge. Le boulanger du village qui s'occupe à finir la préparation du gâteau de mariage et un accordéoniste ainsi que l'orchestre derrière, qui n'attend plus que les instructions pour commencer la mélodie de mariage.

-Hmhm… Je vous remercie tous d'être venus à mon mariage. Dit Lucifer sourire en coin. – Je vais me rendre chez Mon Beau et faire ma demande.

Toutes les personnes présentes rient de compassion et de joie face à la nouvelle alors que seules les triplées du village pleurent en cœur devant la perte de leur bel apollon.

-Toi Michel, lorsque Sam et moi sortirons par cette porte… dit Lucifer en pointant du doigt la porte d'entrée de la maison de son Beau.

-Ah… je sais, je sais… je sais ! dit Michel tout fou en se retirant de la poigne du chasseur qui le maintenait par le col de la chemise. – J'attaque avec la fanfare !

Et aussitôt, tout l'orchestre se met à jouer en rythme sous la baguette du petit fou qui perdu dans son monde de musique, ne voit pas venir le cor de musique que Lucifer enfourne sur sa tête pour le faire cesser.

-Pas maintenant crétin !

-Excuse-moi. Dit Michel alors que sa voix résonne dans tout le cor.

Un peu plus loin de là, alors qu'il lit tranquillement un livre assis de travers sur la chaise de sa maison, Sam entend quelqu'un frappé à sa porte d'entrée. Surpris, il se lève, pose délicatement son livre sur la table, marque bien la page pour ne pas se perdre dans sa lecture qu'il reprendra après et avance vers la porte. Grâce à une des inventions de son père, une espèce de manette munit d'une loupe à l'intérieur, permettait de savoir qui était là sans avoir besoin d'ouvrir la porte.

Il est à la fois étonné et déçu de voir qu'il ne s'agit de nulle autre que de Lucifer, souriant et nettoyant ses dents blanches sur le reflet du verre du mousqueton sur l'extérieur de la porte. Il souffle de dépit en levant les yeux au ciel alors qu'il range la manette.

Mais il n'a pas le temps d'ouvrir la porte que le chasseur le fait à sa place, entrant sans même en demander l'autorisation, contraignant Sam à reculer pour ne pas se faire marcher dessus et en même temps s'éloigner aussitôt de celui qu'il ne juge pas fait pour lui.

-Lucifer ! Euh… quelle bonne surprise… Tente-t-il de dire joyeusement même si le cœur n'y était absolument pas.

-Et oui ! Se vante le chasseur en continuant son avancée à l'intérieur. – Je suis un homme plein de surprise. Tu sais Mon Beau qu'il n'y a pas une seule personne en ville qui n'envie pas ta situation ?! Car c'est le jour…

Il s'appuie sur la commode de l'entrée derrière laquelle le pauvre Sam s'est retranché. Un miroir y étant accroché, il ne peut s'empêcher de s'admirer dedans, de nettoyer un coup ses dents déjà blanche, complètement hypnotisé par son reflet avant de se réveiller et de reprendre ses pensées envers le beau jeune homme face à lui.

-Le jour disais-je, où tes rêves vont prendre corps. Affirme-t-il en s'approchant encore plus de Sam qui recule encore et toujours.

-Je me demande ce que tu peux savoir de mes rêves Lucifer. Dit simplement Sam en se réfugiant derrière la table sur laquelle il avait précédemment déposé son livre offert par son ami le libraire.

-Tout tiens ! Régit Lucifer en s'installant sur la chaise précédemment occupé par Sam, mettant ses pieds chaussés de bottes boueuses sur la table, salissant ainsi le fameux livre. – Imagines une seconde, un chalet niché dans les arbres, un quartier de sanglier grillant sur le feu… continue-t-il alors qu'il se déchausse dévoilant ainsi des paires de chaussettes rose aux doigts de pieds blanc donc un manquant sur le gros orteil du pied droit. - … ma petite femme qui me masse gentiment les pieds…

Il agite ses doigts de pieds crasseux déclenchant un fort sentiment de répugnance et de dégoût à l'intérieur de Sam qui se retient de l'exprimer devant lui par pure politesse.

-…pendant que nos enfants gambadent avec les chiens. Six ou sept se serait parfait ! Acclame le chasseur en se relevant pour n'être plus qu'à quelques millimètres du beau et doux visage de son bien-aimé.

-Chiens ? Demande le pauvre jeune homme pris au piège.

-Non Mon Beau… sept superbes gaillard comme leur père !

-Je vois ça d'ici… dénigre Sam après être parvenu à récupérer son livre qu'il s'empresse de nettoyer avec un coin de son tablier tout en s'éloignant du chasseur un peu oppressant quand même.

-Et sais-tu à quelle personne j'ai pensé ? Tente d'amadouer le chasseur.

-Laisse-moi deviner… dit Sam en rangeant son livre dans son étagère.

-A toi Mon Beau ! S'exclame soudainement Lucifer en coinçant Sam entre la bibliothèque et le mur, lui imposant ainsi sa personne alors que le jeune homme s'écrase contre le mur.

-Ah mais Lucifer… je suis… Commence Sam en parvenant à échapper à l'imposante stature devant lui et reculant vers la sortie de la pièce. -… abasourdi ! Sans voix, je ne sais pas quoi dire. Finit-il maintenant qu'il est collé sur la porte d'entrée.

-Dis que tu rêves de m'épouser ?! Continu d'amadouer Lucifer en coinçant une nouvelle fois le jeune homme entre lui et la porte.

-Je suis vraiment désolé Lucifer mais… mais… Dit Sam en parvenant à atteindre la poignée qu'il tourne frénétiquement jusqu'à ce que la porte s'ouvre. -… je ne t'aime pas. Finit-il alors qu'il se déplace habillement pour échapper à l'emprise du chasseur qui tombe tête la première dehors, dans une marre de boue et que l'orchestre qui attendait sa sortie se mette à jouer.

Sam balance la paire de bottes du chasseur hors de chez lui avant de refermer la porte aussitôt pour s'enfermer à l'intérieur alors qu'au loin, dans la marre de boue, seules les fesses bien habillées du chasseur ressortent de la marre.

Michel est mort de rire avant de se retourner vers la marre pour constater que quelque chose ne va pas. Il s'approche du bord où un cochon fait son apparition. Puis la tête de Lucifer sort à son tour et envoie le cochon derrière lui, une moue colérique sur le visage boueux. Michel relève les mèches devant les yeux de son ami chasseur toujours à quatre pattes dans la marre pour lui parler.

-Alors ça va comme tu veux ? Se moque-t-il face à la tête de son ami.

Ce dernier l'attrape par le col de sa chemise et le soulève de terre alors qu'il se relève en même temps.

-D'accord ou non, Sam deviendra ma moitié ! Rage-t-il. –Par n'importe quel moyen, ce dindon cèdera !

Puis il lâche Michel qui tombe fesses les premières dans la marre de boue, à côté du pauvre cochon qui n'a rien demandé et qui ne comprend rien d'ailleurs.

-Mmm… quel caractère ! Dit Michel en s'adressant à l'animal qui relève bravement la tête.

Le chasseur, humilié et colérique, qui la place en passant une dernière fois devant la maisonnée de Sam, toujours prostré à l'intérieur.

Après avoir attendu un peu, la porte finit par s'ouvrir et le jeune homme sort la tête alors qu'une des poules de sa ferme picore dans le seau de graines.

-Il est parti ? Demande-t-il même si personne n'est censé lui répondre.

Regardant partout autour de lui et voyant qu'il n'y a plus personne, il finit par sortir entièrement alors que les poules s'éloignent sur son passage en même temps qu'il attrape le seau de graines.

-Vous vous rendez compte ?! Oser me demander d'être sa moitié ?! S'insurge-t-il en allant vers la bassecour en éparpillant des graines ici et là sur le trajet. –Moi, devenir l'époux de ce rustre ! De ce primaire !

(Sam) Monsieur Lucifer, non mais quelle idée !

Monsieur Lucifer à aucun prix !

Ça non jamais, je suis désolé…

Je veux vivre autre chose que cette vie !

Le jeune homme s'éloigne, balançant la serviette qu'il avait prix pour mettre sur sa tête en imitant la scène du mariage par-dessus les graines des seaux qu'il avait renversé à coup de pied après avoir frappé dans le tonneau sur lequel ils étaient posés, et court vers la clairière voisine à sa maison alors que le soleil décline doucement entre les arbres de la forêt en contre-bas et illumine gracieusement la grande rivière qui la traverse.

Il finit par s'arrêter au bout d'une montée de terre et s'y laisse tomber, écrasant les herbes sauvages sous son poids léger.

(Sam) Je veux m'envoler dans le bleu de l'espace,

Je veux tout ce que je n'ai pas.

Un ami qui me comprenne et des livres par centaines…

Sans m'occuper des gens qui jacassent.

Les pétales de la fleur qu'il vient de cueillit au creux de ses mains s'envolent dans le léger vent qui se lève en cette fin de journée.

Puis soudain, les hennissements d'un cheval se font entendre alors que Filibert apparait soudainement, galopant entre les herbes et trainant toujours la charrette avec l'invention derrière lui.

-Filibert ? S'inquiète soudainement le jeune homme en venant à la rencontre de l'animal. –Qu'est-ce que tu fais là tout seul ?! Où est papa ? Réponds-moi Filibert ! Dit-il en attrapant les rennes de la bête qui se calme et la regarde. –Que s'est-il passé ? Sois gentil, emmène-moi tout de suite, il faut le retrouver !

Il s'empresse de défaire les liens qui maintiennent la charrette sur les épaules du cheval de trait avant de l'enfourcher et de disparaitre entre les arbres.