Dans la chambre, le couloir est désert. Personne en vue alors, ouvrant doucement la porte en tentant de faire le moins de bruit possible, Sam jette un œil dans l'embrasure pour s'assurer du vide des lieux. Il finit par sortir complètement en refermant derrière lui plus par habitude qu'autre chose. Alors qu'il passe devant un long rideau rouge sans y prêter attention, trois petites lumières dansent derrière le tissu avant que de petits couinements ne se fassent entendre.
-Oh non…
-Ahah… oh si…
-Oh non !
-Ahahah… oh si…
-Oh non, non… tu m'as déjà brûlé les plumes une fois ça…
-Viens ! Dit Garth en rattrapant dans ses bras métalliques la jeune plumette qui tentait d'échapper à son emprise.
Ils continuent de se chamailler gentiment jusqu'à ce que Garth n'aperçoive Sam plus loin devant dans le couloir et qu'il ne lâche sa bienaimée qui tombe, tête de bois la première, sur le carrelage.
-Oh non ! S'exclame le chandelier. – Zut alors, c'est la panique !
Pendant ce temps, Sam continue son exploration des lieux et descend les marches pour se retrouver dans le hall sombre.
-Vas-y, dodo dans le placard avec tes frères et sœurs. Dit Madame Mary en poussant doucement Adam dans le placard avec les autres petites tasses qui dormaient déjà.
-Je veux pas, j'ai pas sommeil. Dit Adam après avoir poussé un fort bâillement.
-Tu dors debout. Lui affirme sa mère en poussant la porte de la vitrine pour la fermer.
-C'est pas vrai. Parvient à dire Adam d'un ton endormi avant de s'abandonner au bras de Morphée.
-Je m'époumone, je m'échine toute la journée comme un fou pour mijoter des petits plats qui finissent dans la poubelle. Râle la cuisinière d'une voix masculine.
-Ah s'il vous plait ! L'arrête la théière en s'approchant. –Arrêtez de ronchonner, la nuit a été longue pour tout le monde.
-Si vous voulez mon avis. Commence Bobby. – Ce petit est tellement têtu… après tout, il a dit s'il vous plait.
-Si le maître ne contrôle pas son caractère, le charme ne sera jamais rompu !
Mais Madame Mary est coupée quand la porte de la cuisine s'ouvre pour laisser entrer le jeune homme alors que Bobby se retourne prestement, sourire béat aux lèvres dans une acclamation joyeuse, pour l'accueillir.
-Oh mais quelle joie de vous voir parmi nous gamin. Moi c'est Bobby, régisseur du château. Dit l'horloge en s'inclinant alors que Sam s'agenouillait à sa hauteur pour le saluer… avant que le chandelier ne le pousse pour prendre la main du jeune homme. – Et lui c'est Garth… Rajoute-t-il en guise de présentation rapide, énervé de s'être fait voler la vedette.
-Enchanté Chéri… dit-il avec des haussements de sourcils suggestifs faisait sourire Sam alors que le chandelier lui serrait la main en la baisant.
-Mais enfin… S'il y a quelque chose… c'est fini oui ! Râle-t-il alors qu'il tente de passer derrière Garth pour s'approcher du jeune homme. –que nous puissions faire pour rendre votre séjour plus agréable… Aïe ! Dit-il en réponse à sa main rouge sous la brûlure de Garth.
-Je peux manger quelque chose ? Demande Sam en toute innocence.
-Quelle joie ! S'écrie Madame Mary. –Il a faim ! Vous entendez ?! Activez les fourneaux, sortez l'argenterie, réveillez la porcelaine !
-Souvenez-vous de ce que le maître a dit. Rappelle doucement Bobby, craignant que la bête ne les surprenne à contredire ses ordres.
-Qu'est-ce que vous racontez ?! Je refuse de laisser ce petit ange mourir de faim ! Rechigne la théière alors que la vaisselle se mouvait d'elle-même derrière elle.
-A la guerre comme à la guerre, un grand verre d'eau et un crouton de pain !
-Allons excuse-moi Bobby mais tu confonds tout ! Intervient Garth. – Ce n'est pas notre prisonnier… c'est notre invité et nous devons lui réserver le meilleur accueil. Si vous voulez bien me suivre Monsieur. Dit-il en s'adressant à Sam.
-Essaie de faire dans la discrétion car si le maître apprend ça, on est bon pour la retraite ! S'inquiète Bobby en les rejoignant.
-Bien sûr, je ne suis pas idiot. Mais qui dit dîner dit toujours… musique ! Dit le chandelier en disparaissant derrière la porte, claquant cette dernière au nez de l'horloge qui se retrouve propulsé dans un plat de sauce, tête et aiguilles en premier.
Arrivé devant la table, Sam s'arrête alors que Garth s'adresse à lui maintenant qu'il est au centre de la table.
-Mon cher monsieur, c'est avec une profonde fierté et un immense plaisir que nous vous invitons ce soir. Détendez-vous… ne pensez plus à rien… prenez place… et laissez la haute gastronomie française vous présenter… votre dîner ! dit le chandelier alors que des plats atterrissent au bout de la table et qu'un fauteuil ne s'approche pour permettre au jeune homme de s'asseoir.
(Garth) C'est… la… fête ! C'est la fête !
Service garanti impec !
Mettez votre petite bavette chéri, et nous,
On veille au reste.
Plat du jour et hors-d'œuvre,
Ici, on sert à toute heure.
Cuisine au beurre, c'est la meilleure,
Et croyez-moi, je suis connaisseur !
Tout le monde chante, tout le monde danse,
Oui, môm'sieur, çà c'est la France !
Un bon dîner çà vaut mieux qu'un coup de trompette.
Prenez donc le menu, et quand vous l'aurez lu,
On fera la fête, ce sera chouette,
Mon minet.
Mironton, pommes sautées, paris-brest ou crêpes flambées...
On vous prépare avec art, une fête à vous couper le sifflet.
Vous êtes seul, et pas fier, mais môm'sieur, laissez-vous faire !
Y'a pas de cafard, y'a pas de déprime, quand les assiettes sont des copines !
J'ai la côte pour jongler, avec mes potes chandeliers.
…..
Tout çà dans la tradition des grandes maisons !
Allez, levons nos verres, et sautons la barrière,
Pour les jeunots tristounets, moi je connais qu'une seule recette:
C'est la fête, c'est la fête, c'est la fête !
La vie est un supplice, pour un domestique sans office, qui ne peut faire le bonheur d'âme qui vive.
Ah, le bon vieux temps des jours de labeur, que la vie a classé aux archives.
Dix ans de vraie galère, ratatinés par la poussière,
Sans jamais pouvoir montrer notre savoir-faire,
A déambuler autour du château ...
Badaboum, pomme d'api,
Youp la boum, "Thank you, my Lady!"
Un dîner aux chandelles, mais tout est prêt pour le damoiseau.
Bombes glacées, Champagne au frais, nappes empesées, dans ma corbeille.
Au dessert, je ferais du thé, c'est ma grande spécialité,
Pendant que les tasses jouent du torchon,
J' ferais mes pimpons, mes petits bouillons,
Je sifflerai comme une folle... j'ai une tache, çà, ça me désole,
L'important, ce serait de donner bonne impression.
En route et sauve qui peut, ce sera un sucre ou deux,
Mon mignonnet ?
C'est la fête, c'est la fête, c'est la fête, c'est la fête, c'est la fête !
…
Vos désirs et vos requêtes, après dix ans d' faux-semblants,
Viennent égayer notre retraite !
Pour combler, mettre à l'aise, on s' démène pour que ça vous plaise.
Dans la lumière des chandelles, vous serez gâtée, mon tourtereau !
Sans façons, sans grimaces, jusqu'à ce que vous criiez grâce !
Après dîner, on poussera l'escarpolette.
Demain vous irez mieux, mais ce soir tout est bleu,
On fait la fête !
On fait la fête… oui la fête… oui la fête… On fait la fête !
On ! Fait ! La ! Fête !
-Bravo ! S'exclame Sam en applaudissant dans ses mains ce spectacle. –C'était une véritable merveille !
-Merci Monsieur très très joli spectacle. Dit Bobby en s'inclinant, faussaire. –Mais… vous avez vu l'heure ? Demande-t-il en pointant les aiguilles sur son nez. –Aller au lit mes amis, tout le monde au lit.
-Mais je suis incapable d'aller me coucher maintenant ! Avoue Sam. –C'est la première fois que je viens dans un château enchanté.
-Enchanté ?! Mais quelle idée, qui a bien pu vous raconter de pareilles sornettes? Demande confusément Bobby craignant que le jeune homme ne découvre la vérité alors que Garth venait de le rejoindre et qu'ils commencent à s'accuser l'un l'autre.
-Non, je l'ai découvert moi-même. Dit Sam en se penchant sur la table.
Le chandelier et l'horloge cesse aussitôt de s'accuser mutuellement et donc de se battre.
-J'ai très envie d'aller visiter les lieux. Dit Sam en se levant, sa curiosité piquée au vif devant toute cette magie. –Si ça ne vous ennuie pas…
-Oh je vois, genre château bagnard ? Demande Garth.
-Je ne voudrais pas jouer les rabat-joie mais je ne suis pas sûr que ce soit une très très bonne idée. Interrompt Bobby faisant perdre le sourire à Sam. –On ne peut pas aller le laisser faire du tourisme tout seul dans certaines pièces si tu vois ce que je veux dire… Dit-il en insistant bien sur les derniers mots pour le chandelier.
-Vous pourriez venir avec moi. Je suis certain que vous connaissez le château sur le bout des doigts.
-Oui en effet, je suis le guide idéal. Se vante l'horloge. –ça il n'y a aucun doute.
C'est ainsi que tout le petit groupe se retrouve à parcourir le château, en long, en large et en travers. Bobby l'horloge ne manquant pas de rappeler l'histoire du château ainsi que ses lettres de noblesses.
-Comme vous pouvez le constater, la façade frontale a été supprimée pour réveiller le style minimaliste rococo décadent. Sur notre passage, le plafond à voutes inversées, autre exemple de la fin de la période néo-classique baroque. Et comme on dit chez nous, si c'est pas baroque, c'est du toc ! Dit Bobby en frappant c'est main l'une dans l'autre suite à sa blague. –hm… où en étais-je ? … Hé ! Garde à vous fixe ! Dit-il aux armures qui avaient tourné la tête dans leur direction. –Et maintenant, permettez-moi d'attirer votre attention sur les contreforts que l'on aperçoit… Monsieur ?
Mais Sam n'est plus auprès du groupe. Il était tellement émerveillé par tout ce qu'il voyait dans ce château, qu'une partie de ses craintes se sont envolées et désormais, il se sent plus à l'aise. Tellement à l'aise qu'il a avancé plus vite, suffisamment pour dépasser le groupe pour atteindre une autre paire d'escalier. Mais apparemment les serviteurs du palais n'étaient pas d'accord puisque dès qu'ils se sont aperçut de son avance, ils se sont mis à lui courir après dans le but de le rattraper.
Alors qu'il s'approche des escaliers, il en monte deux-trois marches avant d'être finalement stoppé par ce petit groupe qui vient se mettre à ses pieds pour lui bloquer l'accès.
-Qu'est-ce qu'il y a là-haut ? Demande-t-il en essayant vainement de voir dans le noir.
-Où ça là ? Oh il n'y a jamais rien eu. Invente Bobby en mettant ses mains dans son dos dans une posture digne de respect pour se redonner un peu de contenance. –Il n'y a jamais rien eu d'intéressant dans l'aile Ouest, c'est sale, noir et déprimant. Dit-il en donnant un coup de coude à Garth tout près pour que ce dernier appuie ses dires.
-Ah… alors c'est ça l'aile Ouest ? Demande Sam en se rappelant de l'interdiction de la bête tantôt.
Surpris, Bobby est pris au piège face à la perspicacité du jeune homme alors que Garth met ses mains sur les hanches.
-Très astucieux. Rechigne-t-il à l'égard de son collègue.
-Je me demande ce qu'il s'y cache ? Se dit Sam en tentant de voir au bout de l'escalier.
-Ce qui s'y cache ? Mais le maître n'a rien à cacher. Tente maladroitement Garth.
-Alors pourquoi m'a-t-il interdit d'y aller ? Demande Sam en montant une marche supplémentaire, passant au-dessus des serviteurs sans problèmes.
-Peut-être bien que Monsieur aimerait visiter quelque chose d'autre… tente Bobby l'horloge. – Nous avons d'exquises tapisseries datant de l'époque…
-Tout à l'heure. Dit Sam en montant deux marches supplémentaires aussitôt bloqué à nouveau par les serviteurs qui lui entravent encore la route.
-Les jardins ou… ou la bibliothèque si vous préférez. Tente aussi Garth.
-Vous avez une bibliothèque ? Demande aussitôt Sam, ravis d'entendre ce mot.
-Ah oui… étonnant… dit précipitamment Bobby, soulagé.
-Pleine de romans, des tas de romans…
-Une forêt…
-Une cascade… des océans de romans…
-Bref, plus de livres que vous ne pourriez en lire au cours de toute une vie. Rajoute Bobby en passant devant pour montrer la route. –Tous les sujets possibles et inimaginables, de tous les auteurs de romans…
Bras dessus – bras dessous, l'horloge et le chandelier avance dans le couloir sans se douter d'y avancer seuls. En effet, malgré son envie de voir l'immense bibliothèque du palais, Sam restait intrigué par cette fameuse aile Ouest et, silencieusement, profitant du monologue de Bobby, avait fait demi-tour avant de rapidement monter les marches une par une sans que personne ne se doute de quoi que ce soit.
Une fois le haut des marches atteint, le jeune homme ralentit considérablement l'allure quand il pénètre dans un couloir sombre où d'autres statues effrayantes ont pris possession des lieux. Des dragons aussi horrifiants les uns que les autres en passant par des serpents de pierres et des statues sortant directement des murs, le couloir ne s'annonçait comme rien de bon mais… à force de le parcourir, une porte se dessine au bout.
Passant devant un miroir brisé pour l'atteindre, Sam peut voir le reflet de son visage divisé en sept fragments alors qu'il avance toujours. Finalement, il est devant le bélier d'or qui tient cette porte fermée. Il en approche les mains pour se saisir des poignées mais s'interrompt dans son geste.
La bête lui avait interdit d'entrer dans cette pièce. En fait, il n'avait même pas le droit d'être là mais… tant pis, la curiosité est plus forte que sa peur d'être pris en faute. Décidé, il attrape les poignées d'or et tire sur l'une d'elle, s'appuyant sur l'autre pour ouvrir un des deux pans.
Ce qu'il constate à l'intérieur est assez déroutant si on prend en compte le reste du château. La pièce est sans-dessus-dessous. Tapisseries des murs arrachées, draperies rongées par les mites, portraits de peintres tombés au sol ou arrachés des murs avec violence, des meubles brisés en plusieurs morceaux… cette pièce était comme la préface d'un champ de bataille.
Mais malgré l'ambiance sombre et inquiétante qui règne, le jeune homme décide d'entrer. Il fait noir à l'intérieur et la lumière de la lune ne suffit pas à éclairer son chemin aussi, il finit par cogner dans une petite table encore miraculeusement debout. Il la remet sur ses pieds après avoir failli la renverser et reprend sa route. Il aboutit sur une immense peinture déchirée à plusieurs endroits. Intrigué, il regarde fixement la pièce de maître d'un regard plutôt insistant, comme si rien qu'avec ses yeux, il pouvait voir ce qui se cachait derrière. Il attrape un pan de toile tombant suite à une déchirure et la relève doucement, le regard sérieux et concerné mais n'a pas le temps de finir son geste qu'une douce lueur rosâtre vient se poser sur lui, attirant immédiatement son attention.
Il se retourne aussitôt et voit une magnifique rose flottant dans les airs comme par magie, enfermée sous une cloche de verre, brillant de mille éclats. Il s'en approche, émerveillé par cette chose normalement impossible. Une mèche de cheveux lui tombe devant les yeux et la replace derrière son oreille sans même y prêter attention, il est totalement subjugué par cette magnifique rose. Il soulève la cloche de verre qu'il dépose à côté de lui et tend son index pour toucher la fleur quand une immense ombre se place entre lui et la lumière lunaire.
Effrayé, il retire aussitôt sa main sans avoir pu toucher la rose. L'apparition de la bête lui fait rater un battement de cœur, voir même deux. Soufflant dans la pénombre de la nuit, ses yeux verts émeraude luisant dans l'obscurité, la Bête s'élance et saute pour se placer entre Sam et la rose qu'il recouvre de nouveau avec la cloche de verre. Elle se place de telle sorte qu'elle tient étroitement la cloche de verre entre ses pattes, comme s'il s'était agi d'un trésor inestimable, tournant son visage bestial vers le jeune homme en grognant.
Paniqué, ce dernier recule, s'attendant au pire.
-Pourquoi êtes-vous venu ici ?
-Je ne sais pas. Je… je suis désolé.
-Je vous avez interdit d'entrer dans cette pièce ! Argue la Bête en écartant les bras pour montrer l'ensemble de la pièce.
-Je ne savais pas que c'était si grave. Dit Sam en se reculant derrière une vieille table en bois pour mettre une distance de sécurité entre lui et cette bête qui pouvait le tuer à tout moment.
-Vous réalisez ce que vous auriez pu faire ! Rage la Bête en levant sa main griffue en l'air, prêt à frapper… et détruisant la table derrière laquelle Sam s'était réfugié.
Ce dernier se recule, complètement paniqué et effrayé. Cette immense bête devant lui pourrait le tuer d'un simple coup de pattes, là tout de suite, si elle le voulait.
-Non !
-Sortez ! Crie la Bête alors que Sam prend ses jambes à son cou.
-Non ! Hurle-t-il, craignant pour sa vie alors qu'il sort précipitamment de la pièce tandis que la bête détruit tout derrière lui.
-Sortez !
Le cri de la Bête est tellement puissant qu'on l'entend presque dans tout le château. Sam sort en poussant la porte par laquelle il était entré et court aussi vite que ses grandes jambes le lui permettent, espérant échapper à cette bête monstrueuse qui lui faisait désormais froid dans le dos.
De son côté, la Bête réalise l'erreur qu'elle vient de commettre. Elle venait de renvoyer la seule personne qui aurait pu briser le charme dont tout le château était victime mais, son caractère orgueilleux et colérique venait de lui faire perdre l'infime espoir qu'il lui restait. Dépité, elle se replie sur elle-même dans sa pièce de l'aile Ouest.
De son côté, Sam descend les escaliers en courant sans s'arrêter une seule fois. Il attrape sa cape de pluie au passage qu'il enfile immédiatement tout en continuant de descendre le reste des marches qui le ramènent dans le grand hall d'entrée désormais éclairé avec des dizaines de chandeliers.
-Monsieur, où est-ce que vous allez ?! Tente de le retenir Garth accompagné de Bobby, en vain.
-Promesse ou pas promesse, je ne resterais pas une minute de plus dans cette maison ! Affirme Sam en jetant un regard désolé aux deux serviteurs alors qu'il ouvre la porte du château.
-Non ne faites pas ça, je vous en supplie. Crie Bobby.
Mais ses appels restent vains puisque le jeune homme vient de sortir du château, la porte se refermant derrière lui laissant un dernier courant d'air glacé accompagné de flocons de neige tourbillonnant passait à l'intérieur.
Chevauchant Filibert, Sam part au triple galop pour s'éloigner aussi vite que possible de ce château maudit malgré la tempête de neige dans laquelle il vient de tomber. Galopant toujours plus vite, toujours plus loin. Mettant le plus de distance possible entre lui et la bête.
Mais alors qu'il arrive dans la forêt, le cheval se met à paniquer, Sam ayant du mal à le retenir par les rennes. Et finalement, il les voit. Des loups par dizaine, tous crocs dehors, grognant et menaçant, la bave aux lèvres.
Le cheval panique, se cambre et fait demi-tour avant de repartir au galop, s'enfonçant malgré lui dans les tréfonds de la forêt, se perdant par la même occasion, la meute de loup toujours derrière eux. L'un d'eux essaie de les choper en cours de route, il les rate de peu et Sam tire sur les rennes pour que le cheval fasse une embardée sur le côté, projetant le loup contre un arbre, l'assommant sur le coup.
Mais les autres sont toujours derrière et ils ne sont pas prêt d'abandonner. Mais la malchance du jeune homme ne s'arrête pas là puisque désormais sur une plaque de glace d'un lac gelé, celle-ci se fissure sous son poids ainsi que sous celui du cheval et tous deux tombent dans l'eau, le cheval avançant malgré tout. Les loups se rapprochent, certains restent prisonniers de plaques de glaces, d'autres tombent dans l'eau glacée, peinant à nager alors que Filibert fini par atteindre la rive opposée et à se hisser hors de l'eau froide, reprenant sa course.
Mais alors qu'il pensait leur avoir échappé, Sam se retrouve soudainement face aux loups restant qui leur bloque le passage à lui et à Filibert. Celui-ci se cambre si violemment que le jeune homme est propulsé au sol tandis que les rennes s'entourent autour d'une branche, empêchant la bête de s'enfuir. Le cheval donne des coups de sabots et blesse un des loups. Les autres s'approchent et l'un d'eux lui saute dessus mais avant même qu'il n'ait eu le temps de sortir les crocs, Sam le frappe avec une branche trouvée par terre pour l'empêcher de blesser son cheval. Mais les loups sont trop nombreux et ils les encerclent. L'un d'eux manquant de près de mordre le pied du jeune homme si ce dernier ne l'avait pas retirer à temps, donnant des coups de bâtons devant lui pour tenter d'effrayer les loups. Mais l'un d'eux choppe le bout de bois et le brise en deux à la seule force de sa mâchoire. Et un autre saute pour attraper la cape de pluie du jeune homme qui, sous la force de l'animal, se retrouve projeté au sol alors qu'une autre de ces bêtes s'approche de lui, prêt à l'achever.
Alors qu'il pensait être définitivement perdu, une immense patte attrape le loup avant que la Bête du château ne pousse un grognement digne de son gabarit en plein dans la face du loup pour l'effrayer.
Mais les bêtes n'ont pas peur et un violent combat s'engage entre elles pour tenter de gagner le jeune homme. Les unes pour le dévorer, l'autre pour le sauver. Coups de pattes puissants, coups de crocs, morsures, attaques à même le corps… tout y passait mais les loups sont beaucoup plus nombreux et finissent par assaillir la Bête qui finit au sol alors que Sam retient son souffle, n'osant s'approcher de peur d'être blesser ou pire encore, tuer.
Mais la Bête s'énerve et reprend finalement le dessus, balançant les loups les uns après les autres, les assommant sur le coup. Prenant peur, les autres bêtes décident de laisser tomber et s'enfuit en glapissant, plongeant la forêt dans un silence… effrayant.
Sam n'a pas lâché la Bête des yeux jusqu'à ce que cette dernière ne s'évanouisse, blessée. Le jeune homme se retourne et va pour remonter en selle mais… sa conscience lui interdit de laisser son sauveur dans une telle situation. Il se détourne du destrier et s'approche de la Bête au sol, le recouvrant de sa cape de pluie pour le protéger au mieux du froid et de la neige.
Finalement, il parvient à la mettre sur le dos de Filibert et tous les trois se mettent en route pour retourner au château, doucement mais sûrement.
