Dans le château, l'ambiance y est meilleure, pour la première fois depuis longtemps… depuis toujours peut-être. Sam est dans la cour, sa cape de pluie sur le dos en train de tirer Filibert pour le faire marcher un peu en cette froide saison. Leurs pas insonorisés par la neige dans laquelle ils s'enfoncent. Filibert pour de son museau le jeune homme dans le dos, faisant sourire ce dernier qui lui rend un câlin en échange, comprenant que le cheval ne voulait que le rassurer.

C'est alors que le repose pieds arrive en courant, aboyant de contentement alors qu'il saute pour plonger dans un gros tas de neige, se mouillant jusqu'au pompon, faisant rire le jeune homme qui le rattrape dans ses bras.

Plus haut de là, sur un des balcons du château, la Bête avait pleine vue sur la scène, au côté de Bobby l'horloge, et la douceur du rire de Sam retentit magnifiquement à ses oreilles. Posant une patte sur son bras blessé, elle se met à réfléchir à ce qui se trame à l'intérieur d'elle.

-Jamais de ma vie je n'ai éprouvé ça pour personne. Se dit-elle en regardant fixement la scène sous ses yeux. –J'aimerais faire quelque chose pour lui. Dit-il soudainement empli de confiance. –Mais quoi ?

-Oh, aujourd'hui, il y a la panoplie de chose courante… commence Bobby en réfléchissant. – Fleurs, chocolats, promesses qu'on n'a pas l'intention de tenir…

-Mais non… non… Intervient Garth en s'approchant d'eux. – Ne tombons pas dans les banalités à en pleurer. Il faut trouver quelque chose qui émoustille son intérêt. Attends que je me concentre…

Quelques pas résonnent dans le couloir du château éclairé par la lumière de ce soleil d'hiver passant au travers d'une ouverture dans le mur de pierre. Le jeune homme, joliment habillé d'une chemise verte pomme et d'un pantalon de soie noir, vient rejoindre la Bête qui l'a fait appeler. Cette dernière l'attend près d'une porte à double battant.

-Sam, j'aimerais vous montrer quelque chose. Dit-elle en posant ses pattes sur les poignées de la porte qu'elle entrouvre avant d'arrêter son geste pour se retourner vers le jeune homme. –Mais d'abord, il faut fermer les yeux.

Sam sourit toujours mais trouve tout cela étrange, et se méfie un peu quand même.

-C'est une surprise. Rajoute la Bête pour le rassurer.

Le jeune homme finit donc par céder face au regard rassurant de son hôte et ferme les yeux. Laissant la suite aux mains de la Bête. Cette dernière passa sa patte devant les yeux pour être sure que le jeune homme ne voit effectivement rien en se mordant la lèvre inférieure, heureux de la surprise qu'il lui réserve.

Il pousse la porte qui grince un peu avant d'attraper les deux mains du jeune homme avant de le guider à l'intérieur de la pièce sombre.

-Ça y est, je peux les ouvrir ? Demande Sam.

-Hm ? Euh… non-non, pas encore. Dit précipitamment la Bête qui le guidait encore. –Attendez.

Il lâche les mains après avoir arrêté le jeune homme dans leur progression et court vers les immenses fenêtres desquelles il tire les rideaux un à un, illuminant radieusement la pièce. Le tout, toujours sous les yeux fermés de Sam qui se demande ce qu'il se passe suite à la soudaine lumière qui est venue éclairée ses paupières closes.

-Est-ce que j'ai le droit de les ouvrir maintenant ? Redemande-t-il.

-Oui… Allez-y. Dit la Bête en examinant chacune des réactions du jeune homme.

Ce dernier ouvre doucement les yeux pour enfin pouvoir découvrir la surprise que lui réserver le propriétaire du château. Un grand souffle de subjugation lui échappe quand il voit dans quelle pièce il se trouve.

Une magnifique et gigantesque bibliothèque avec des étagères de livre si grande qu'on n'en voyait presque pas la fin. Des livres, des tas de livres… des tonnes de livres !

-C'est extraordinaire ! Ne peut-il s'empêcher de dire, les yeux rivés sur les nombreux ouvrages. –Je n'ai jamais vu autant de livre de ma vie.

-Vous êtes content ? Demande la Bête.

-J'ai l'impression de rêver !

-Alors ils sont à vous. Dit la Bête en suivant Sam qui tournait autour d'elle pour admirer la pièce.

-oh… Merci infiniment. Dit-il alors que la Bête lui prend les mains et que leurs regards se croisent.

-vous avez vu ça ! S'exclame joyeusement Madame Mary en s'adressant aux autres serviteurs présents avec elle, soigneusement postés dans l'embrasure de la porte, en toute discrétion, pour ne pas déranger.

-Oui, j'étais sûr que ça ferait mouche ! S'extasie Garth en donnant un coup de coude à Bobby, alors que la petite tasse tentait de voir quelque chose.

-Quoi ? Quelle mouche ? Demande le jeune Adam, ne comprenant pas tout.

-Hmm… en fin de compte, c'est très encourageant. Répond-t-il en s'éloignant en compagnie des autres.

-J'en ai les plumes toutes ébouriffées ! S'exclame joyeusement la plumette.

-C'est pas juste, moi j'ai rien vu. Râle la petite tasse à l'attention de sa mère.

-Viens Adam, nous avons de l'ouvrage à la cuisine. Dit-elle en s'éloignant à son tour suivit par son fils.

-Qu'est-ce qu'il raconte, je comprends rien, qu'est-ce qu'il se passe ? Dis-moi maman. Demande-t-il en sautillant à reculons, sans jamais obtenir aucune réponse.

Un peu plus tard, assis à une table d'une des autres pièces du château, Sam et la Bête s'apprêtait à déjeuner. La table étant éclairée grâce à une immense fenêtre qui donnait une vue parfaite sur les jardins enneigés.

Madame Mary s'attèle à servir tout le monde. Le pot à lait verse le liquide dans l'assiette creuse du jeune homme alors que le pot à sucre met si cuillères poudrée. Sam dépose sa cuillère dans le mélange qu'il porte à sa bouche pour goûter. Il est ravi de ce qu'il découvre et se tourne vers son hôte.

Il est soudainement surpris quand il voit la Bête mangeait directement avec sa gueule dans l'assiette. En mettant plus sur lui et ses vêtements ainsi que sur la table… que dans sa bouche. Les joues pleines, elle se redresse soudainement pour leur faire face.

Madame Mary, craignant le pire, regarde Sam qui tente de ne rien laisser paraître alors qu'il finit sa cuillerée alors que la Bête se frotte avec sa manche. Sur une idée de sa mère, Adam la petite tasse pousse la cuillère vers elle pour lui dire de s'en servir comme le jeune homme. Cette dernière l'attrape maladroitement à pleine main et tente de s'en servir… mais il en met toujours plus à côté que dans sa bouche. La petite tasse ne peut s'empêcher de rire avant d'être réprimandé d'un regard par sa mère.

Sam, par compassion et comprenant qu'il devait être difficile pour son hôte de manger correctement avec des pattes aussi grosse que les siennes et ses habitudes animales, pose sa cuillère pour prendre son assiette à deux mains, montrant le mouvement à son hôte, lui donnant l'initiative d'en faire de même.

Comprenant la demande, la Bête sourit et l'imite. Ils trinquent en se présentant leurs assiettes avant d'en boire le contenu correctement.

Les jours suivants, ils se retrouvent dans les jardins alors que quelques oiseaux s'approchent d'eux pendant que Sam leur balance des graines provenant d'un petit sac. La Bête tend les mains dans lesquelles le jeune homme en verse, et elle s'abaisse pour les donner aux petits volatiles.

(Sam) Y a quelque chose, dans son regard.

D'un peu fragile et de léger comme un espoir.

Toi mon ami, aux yeux de soie,

Tu as souri mais hier encore, je ne savais pas.

Voyant que la Bête peinait à approcher les oiseaux, Sam s'approche d'elle et prend des graines dans ses mains pour les jeter devant celles de la Bête. Les oiseaux, d'abord effrayés, s'approchent tout doucement pour picorer avant de finalement venir dans les grandes pattes. Heureuse, la Bête ne peut cacher sa joie en donnant un regard joyeux à Sam qui lui sourit en retour.

(Bête) Il me regarde, je le sens bien.

Comme un oiseau, sur moi il a posé sa main.

Je n'ose y croire, pourtant j'y croie,

Jamais encore il n'avait eu ce regard-là.

Les oiseaux sont désormais perchés un peu partout sur la Bête alors qu'elle est perdue dans sa contemplation du jeune homme qui s'éloigne un peu. Ce dernier lui jette un regard encourageant avant de passer derrière un arbre.

(Sam) C'est… le plus fou des romans.

Et toute cette histoire m'enchante, c'est vrai.

Il n'a rien d'un prince charmant,

Mais en marge du temps, mon cœur s'éveille en secret.

Sam ne peut s'empêcher de rire quand, en se détournant un peu du tronc, il voit la Bête couverte de petits oiseaux et qui n'osait plus bouger. Quand finalement les petites Bêtes s'envolent, surprenant la Bête… cette dernière n'a pas le temps de réagir qu'elle reçoit une boule de neige en pleine face.

Cherchant à en trouver la source, cette dernière remarque que le jeune homme rit à gorge déployée. Elle s'empresse de faire une énorme boule de neige à l'aide de ses deux pattes qu'elle relève par-dessus sa tête mais n'aura pas le temps de la lancer qu'une autre boule de neige arrive dans sa figure et ne la fasse chuter sur les fesses, lâchant la grosse boule qu'elle avait elle-même faite et qui lui atterrir aussi sur la tête, la recouvrant complètement de neige.

(Garth) Qui l'aurait cru…

(Madame Mary) C'est incongru…

(Garth) Qui l'aurait su…

(Madame Mary) Oh oui mais qui ?

(Garth) Qui pourrait croire que ces deux-là se seraient plu.

(Madame Mary) C'est insensé !

(Garth, Madame Mary, Bobby) Attendons voir, c'que ça donnera,

Y a quelque chose qu'hier encore n'existait pas.

(Bobby) Y a quelque chose qu'hier encore n'existait pas.

-Quoi ? demande Adam ne comprenant rien à tout ça.

(Madame Mary) Y a quelque chose qu'hier encore n'existait pas.

-Qu'est-ce que tu dis maman ?

-Chut… ce sont des histoires de grandes personnes. Dit doucement Madame Mary alors que Garth et la plumette fermaient la porte qui donnait sur la Bête et Sam, assis devant la cheminée, à lire un livre ensemble.

-Bon, vous savez pourquoi nous sommes là ?! Dit Bobby comme un chef de guerre en piqué sur le repose pied chien. –Il nous reste exactement plus que douze heures, trente-six minutes et quinze secondes pour créer le plus spontané et le plus romantique des environnements jamais vu de mémoire d'homme et de bêtes… en l'occurrence, de bêtes. Reprend-t-il en se rapprochant du fait que tout le monde n'était plus humain.

-…

-Oh je vois. Faut-il vous rappeler chers compagnons, qu'à l'instant même où se flétrira le dernier pétale de la rose, nous resterons sous l'emprise du charme pour l'éternité. Dit Bobby en faisait maladroitement un tour sur lui-même, manquant de tomber. –Vous savez tous les tâches qui vous incombent. La moitié d'entre vous dans l'aile Ouest, l'autre moitié dans l'aile Est. Ceux qui restent m'accompagneront.

Aussitôt dit, aussitôt fait que tout le monde se met en marche et s'éloigne de l'horloge, laissant cette dernière seule sur les marches. Tombant ensuite alors que le repose pied chien s'éloigne pour aller rejoindre tout le monde.

-ahah… un peu de tact Bobby, laisse donc la nature suivre son cours. Dit Garth en ramassant un des rouages de l'horloge qu'il frotte avant de lui rendre.

-Il y a plus qu'une simple complicité entre ces deux êtres. Dit Madame Mary.

-Certes. Les interrompt Bobby en se relevant. –Mais il n'y a aucun mal à donner un petit coup de pouce au destin après tout… même petit. D'ailleurs, il est impératif qu'ils se déclarent leur amour ce soir si nous souhaitons redevenir humains.

-Redevenir humain… rêve Madame Mary.

-Oui. Dit Garth en remontant les aiguilles sur le nez de Bobby. –Imagines tout ce que cela impliquerait pour nous.

(Garth) Je cuisine à nouveau, j'ai bonne mine à nouveau.

Pas une dame ne résiste à mes charmes.

Etre humain à nouveau, rien qu'humain à nouveau,

Preste et brillant, et l'œil en a la larme.

Romantique à nouveau, sport et chic à nouveau,

(Madame Mary) Et voilà que les maris crient aux armes.

(Garth) Je bondis du buffet, et d'un coup je suis parfait.

(Madame Mary & Garth) J'aimerais tant être humain à nouveau.

Être humain à nouveau, être humain à nouveau,

Des babioles, des bibelots en clinquant.

Etre humain à nouveau, être humain à nouveau,

(La commode) Mes chéris …..

J'mets de la poudre et du rouge, je ne suis plus une grosse courge.

Je glisse dans cette porte sans efforts.

Je brille de mille feux, j'ai une robe et des cheveux.

Je veux être humaine à nouveau.

(Madame Mary et Bobby) Être humain à nouveau, rien qu'humain à nouveau,

Quand le monde tournera dans le bon sens.

(Bobby) j'détendrais mes ressorts,

(Garth) Vraiment ? Ça c'est très fort.

(Bobby) Pas de ma poule ! Je suis en tr-transe.

Dans une plage à la mer, allongé près d'un verre,

C'est enfin la retraite qui commence !

Loin des fous, tout en cire, je m'arrête, je m'retire et j'respire…

(Ensemble des ustensiles ménagers) Être humain à nouveau !

.

-Plus jamais il n'y eut de récit plus douloureux que celui de Juliette et Roméo. Dit Sam en refermant le livre qu'il lisait pour son hôte.

-Pourriez-vous le relire ?

-Non mais pourquoi ne pas me le lire à votre tour. Dit-il en mettant le livre dans les pattes de la Bête, surprise.

-Euh… entendu. Dit-elle en ouvrant le livre en début de page. –hm… je ne peux pas. avoue-t-elle en reposant le livre sur la table.

-Comment ? Vous n'avez donc jamais appris ? S'interroge Sam, surpris.

-Si, autrefois… Un p'tit peu… mais cela remonte à il y a si longtemps. Dit-elle en tournant les pages qui ne voulaient rien dire à ses yeux.

-C'est facile, je vais vous montrer. Dit Sam en posant le livre à plat sur la table. –Là tenez, commençons ici.

-Ici ? Dit la Bête en se penchant sur l'ouvrage. –Et bien d-e-u-x Lit-elle en prononçant le « x » muet.

-Deux. Précise le jeune homme sans prononcer le « x ».

-Deux, je l'savais. Dit la Bête en tentant de paraître moins illettrée qu'elle ne l'est vraiment. –Deux anciens…

De leur côté, les meubles de la maison continuent leur joyeuse petite fête tout en chanson. Finalement, la commode finit par sauter dans l'eau de la fontaine intérieure du palais, éclaboussant Garth et Bobby qui, contrairement à la plumette et Madame Mary, n'était pas parvenus à s'éloigner pour éviter la trempette.