Le temps étant désormais au nettoyage dans le palais de la Bête, celle-ci aussi se devait d'y passer, et c'est par un bain que tout commence.

Alors que le porte manteau s'occupait de la brosser partout, sans oublier la moindre touffe de poils, Garth le chandelier fait son entrée.

-C'est ce soir où jamais. Dit-il en se postant sur un tabouret face à la baignoire.

Le porte manteau continue son travail et fini par jeter un sceau d'eau pour rincer un bon coup Môsieur la Bête qui en rugit de surprise.

-J'ai peur de ne pas être à la hauteur. Dit-elle en écartant de la fourrure de devant ses yeux pour y voir plus clair.

Plus loin devant eux, sur une petite table ronde, la rose magique trône mais elle semble épuisée, fanée, sur le point de tomber. C'est signe qu'il ne reste plus beaucoup de temps avant de pouvoir rompre la malédiction qui les touche.

-Vous ne devez pas vous monter timide. Vous devez être téméraire, audacieux !

-Ouais, audacieux ! Dit la Bête en se relevant dans la baignoire.

Elle finit par se secouer pour ébouriffer ses poils et ainsi s'essorer, devenant une parfaite boule de poils à cause de sa fourrure désormais bouffie.

-Et griser par la musique. Dit Garth en s'essorant au possible après avoir été arrosé par son maître. –Dans la lumière tamisée des chandelles. Fait-il en soufflant dans son pouce métallique pour rallumer les flammes de ses mains. –Fournie par votre serviteur. Finit-il en soufflant une dernière fois avec un sourire confiant.

Pendant ce temps, la Bête est devant sa coiffeuse de style baroque avec le porte manteau qui l'essuie avec une grande serviette pour le sécher au maximum.

-Le moment venu, vous déclarerez votre flamme. Dit Garth en le rejoignant.

-Je… Je… J… Non, j'y renonce. Se décourage la Bête.

-Vous aimez cette jeune personne ? Demande Garth.

-Par-dessus tout. Dit la Bête alors que le porte manteau tente de lui trouver une coiffure convenable pour l'occasion du soir.

-Alors c'est vrai, il faut le lui dire. Insiste Garth alors que le porte manteau vient de finir la coiffure. – Et voilà, vous avez l'air d'un… d'un…

-D'un imbécile. Dit la Bête en se regardant dans le miroir après que le porte manteau lui ait fait une coiffure ridicule de petite fille avec les bouclettes et le ruban.

-Vous exagérez Maître… tente Garth gêné. –Je me demande s'il ne faudrait pas vous raccourcir la houppette ?

Aussitôt dit, aussitôt fait que le porte manteau-coiffeur s'empresse d'attraper la tignasse de la Bête pour lui couper avant que cette dernière ne finisse par se tourner vers lui pour qu'il puisse finir sa coiffure.

Au même moment, Bobby l'horloge entre en toussotant pour prévenir de son arrivée.

-Hmhm… Le damoiseau de vos pensées. Dit-il en s'inclinant pour laisser la place.

C'est ainsi que depuis sa chambre, Sam sort pour emprunter les escaliers. La commode restant derrière la porte pour admirer son travail quant au choix des vêtements. En effet, le jeune homme ne paye pas de mine. Il est très élégamment vêtu d'une magnifique chemise couleur or nacré avec des flanelles sur le col et les manchettes afin de lui donner un côté plus aérien. Les flanelles virevoltant à chacun de ses pas, lui donnant presque l'effet de voler en marchant. Un magnifique pantalon de soie blanche ornait ses fines jambes musclées juste ce qu'il faut et des bottes noires parfaitement cirées qui lui procurent ce point de masculinité qui ne trompe personne et encore moins la Bête, en haut de son propre escalier. Les cheveux châtains mi- long du jeune homme étaient impeccablement coiffés, seul subsistait une mèche qui lui retombait doucement sur le visage, effleurant à peine la peau. La coiffure ne manquait pas au passage d'attraper les reflets dorés des chandeliers présents partout dans le hall, donnant à l'endroit une luminosité presque… magique.

C'est au tour de la Bête désormais de faire son entrée maintenant que Sam est arrivé en bas des premiers escaliers, prêt à l'attendre pour descendre les marches restantes.

Fière et droite comme elle se doit de l'être en tant que noble et surtout en tant qu'homme amoureux qui cherche à conquérir le cœur de celui qui l'attend, la Bête souffle un bon coup pour se donner du courage et descend les marches à son tour. Les poils hérissés et blond partant du haut de son crâne jusque dans son dos sont coiffés tels quels, lui laissant son air naturel malgré les circonstances. Vêtu d'une chemise grise surmontée d'un col bouffant blanc, le tout surmonté d'une élégante veste de cuir marron, pour finir sur un pantalon de soie noire, la Bête est ravie d'accueillir, au vue de son immense sourire entièrement fait de joie et de plaisir, dans sa patte, la main de celui qui l'attend.

Après une salutation des plus silencieuses mais des plus belles, s'inclinant chacun pour saluer l'autre, ils se mettent tous deux à descendre les marches pour finir l'escalier.

(Madame Mary) Histoire éternelle, qu'on ne croit jamais,

De deux inconnus, qu'un geste imprévu, rapproche en secret.

Madame Mary, perchée sur son plateau en compagnie d'Adam, son fils, les regardent descendre les marches en chantant, ne pouvant empêcher ce sentiment de bonheur envahir chacune de ses particules de porcelaine.

Une fois en bas des escaliers, alors que le repose pied-chien aboie pour montrer son contentement et sa joie de vivre, le couple les dépasse pour se rendre dans la salle à manger.

Au dîner, Sam mange avec le sourire sans pour autant réussir à détacher son regard de son hôte qui, par politesse et pour parfaire sa bonne image, mange autant que faire se peut sans en mettre partout, avec la cuillère, son bol de soupe. De son côté, Sam est ravi de voir le porte manteau lui jouait du violon.

(Madame Mary) Et soudain se pose, sur leurs cœurs en fête,

Un papillon rose, un rien pas grand-chose, une fleur offerte...

Sam est attiré par la musique et se lève sans prévenir pour s'approcher de la Bête à qui il attrape doucement le bras pour lui faire quitter la table afin de l'emmener dans la salle de bal, histoire de faire une petite danse sous cette douce musique.

Comprenant la demande, la Bête déglutit avant de se positionner face au jeune homme à qui il prend les mains avant de commencer quelques pas pour rapidement se mettre dans le ton. Sous les encouragements de Garth et de Bobby postés non loin.

(Madame Mary) Rien ne se ressemble, rien n'est plus pareil,

Mais... comment savoir la peur envolée que l'on s'est trompé...

La Bête est maintenant dans son élément et prend le contrôle de la danse, entraînant le jeune homme plus loin sous le plafond peint d'où les anges s'animent étrangement, les visages souriants tournés vers le couple plus bas.

(Madame Mary) Chanson éternelle, au refrain fané,

C'est vrai c'est étrange, de voir comme on change, sans même y penser...

Tout comme les étoiles, s'éteignent en cachette,

Pris dans la confiance de la danse, Sam finit par se laisser aller et pose sa tête sur le torse de son compagnon de danse, surprenant agréablement ce dernier qui se tourne aussitôt, sans arrêter de danser, vers le chandelier et l'horloge en souriant. Ces derniers lui faisant des signes de félicitations et d'encouragement le plus discrètement possible pour ne pas gâcher l'ambiance douce qui venait désormais de s'instaurer.

(Madame Mary) L'Histoire Eternelle, touche de son aile,

La Belle et la Bête.

Voyant que l'atmosphère se resserre peu à peu entre les deux comparses, Garth intime silencieusement aux autres chandeliers de baisser tout doucement l'intensité de leurs flammes pour tamiser l'ambiance et permettre ainsi au couple, après une dernière danse, de sortir par la grande porte-fenêtre pour aller admirer les étoiles, ensemble, maintenant que la nuit est tombée.

(Madame Mary) L'Histoire Eternelle, touche de son aile,

La Belle et la Bête...

-Vas vite dans ton placard …, le marchand de sable est passé. Bonne nuit. Dit la théière en embrassant la petite tasse qui baille de sommeil.

Après un dernier sourire pour sa mère, Adam saute du plateau pour sortir… mais il se retourne une dernière fois pour admirer le couple désormais sir la terrasse avant de sortir pour de bon et aller rejoindre ses congénères.

Lentement, la Bête l'escorte jusqu'à la rambarde de pierre sur laquelle il le fait asseoir avant de prendre place à son tour. Etrangement, après tout ce qu'il vient de se passer entre eux, ils trouvent encore le moyen d'être timide l'un envers l'autre, n'osant prononcer la moindre parole. Sam plissant sa chemise tandis que la Bête se grattait l'arrière de la tête.

Finalement, la Bête se lance en attrapant les mains de Sam.

-Bon alors… est-ce que vous êtes heureux avec moi ?

-Oui. Répond sincèrement Sam, les yeux dans les yeux, mais la pensée de son père seul depuis tout ce temps l'attriste et il ne peut s'empêcher de tourner son regard vers le ciel étoilé.

-Qu'avez-vous ? Demande la Bête, inquiète.

-Je suis inquiet de savoir mon père tout seul. Confesse Sam. –J'aimerais tellement le revoir, si vous saviez comme il me manque. Dit-il en baissant la tête.

-Il y a un moyen. Répond la Bête après un moment de réflexion avant d'enjoindre Sam à le suivre pour l'amener dans l'aile Ouest, près de la rose magique où il lui tend le miroir. –Ce miroir vous montrera tout ce que vous voudrez, il suffit de le lui demander. Dit-elle en déposant le miroir dans les mains de son vis-à-vis.

-Je veux voir mon père… s'il vous plait. Dit le jeune homme alors qu'une leur verte entoure le cristal du miroir pour que ce dernier accède à sa demande.

Et là, c'est l'horreur ! Son pauvre père est dehors, dans la forêt, gelé et malade, alors qu'il s'écroule au sol en toussant.

-Papa ? S'inquiète Sam en le voyant. –Oh non. Il est malade ! Il va peut-être mourir ! Et il est tout seul ! S'enquit-il auprès de la Bête qui se détourne.

Maintenant, elle doit faire un choix crucial concernant le jeune homme à ses côtés, alors qu'il regarde la rose magique fatiguée. Lui interdire de sortir et espérer que la malédiction s'arrête malgré tout … ou lui permettre de partir, sans garantie qu'il revienne, pour aller aider son père… que faire ?!

Mais après tout ce qu'il avait vécu auprès du jeune homme, il ne pouvait pas l'empêcher de faire cela, même pour elle désormais, cela semblait injuste.

-Alors, vous devez partir le rejoindre. Dit-il en détournant son regard du jeune homme et de la rose.

Ces mots lui faisaient mal mais elle savait qu'elle devait les dire, lui donnait l'autorisation, elle le savait… mais ça ne l'empêcher pas de souffrir.

Sam lui, est surpris des paroles de la Bête et s'en approche.

-Qu'avez-vous dit ?

-Je vous rends votre liberté, vous n'êtes plus mon prisonnier.

-C'est vrai ? Je… Je peux partir ?

-Oui. Dit tristement la Bête.

-Merci. Courage papa, j'arrive. Dit Sam en s'éloignant avant de se rappeler qu'il tient le miroir.

Il se retourne pour le rendre à son propriétaire mais celle-ci refuse.

-Prenez ce miroir. Il vous donnera le loisir de me voir et de ne pas m'oublier. Dit-elle en caressant les cheveux du jeune homme.

-Merci d'avoir compris à quel point il a besoin de moi. Dit Sam en rapprochant le miroir de lui.

Il caresse une dernière fois le visage de la Bête avant de tourner les talons et de dépasser Bobby l'horloge, encore groggy pour ce dernier.

-Et bien votre altesse, je suis ravi de voir que tout s'organise à merveille. Dit-il en entrant, souriant. –je rends grâce à votre stratégie.

-Je l'ai laissé partir.

-héhé… oui… très bien… vous.. euh quoi ?! S'inquiète soudainement l'horloge, comprenant le sens des mots de son maître. –Mais pour quelle raison, mais c'est insensé !

-Il le fallait.

-Mais enfin… mais… mais… pourquoi ?!

-Parce que… je l'aime. Avoue finalement la Bête.

-Il a fait ça ?! S'indigne Madame Mary, Garth, la plumette et Adam après que Bobby leur est tout dévoilé.

-Oui, c'est vraiment consternant. Dit ce dernier.

-Pourquoi elle s'en va ? Demande innocemment Adam.

-Quand je pense qu'il était à deux doigts de conclure. Se lamente Garth.

-Après d'aussi longues années, il avait finalement appris à aimer. Dit Madame Mary.

-Mais alors ça y est, le charme est rompu. Se réjouit soudainement Garth.

-Hélas cela ne suffit pas. Dit Madame Mary. –Encore fallait-il qu'il l'aime en retour.

-C'est trop tard. dit Bobby.

Personne ne se rend alors compte qu'Adam s'éloigne avant de finalement sortir de la pièce pendant que les autres se lamentent.

Depuis son balcon de l'aile Ouest, la Bête peut voir Sam à dos de cheval, partir au triple galop pour sortir de l'enceinte du château et de ses environs, avant de pousser un rugissement de tous les diables.

-Papa ? Papa ?

Galopant au travers de la forêt sur le dos de Filibert, son fidèle destrier, Sam commence à chercher son père, l'appelant en espérant qu'il lui réponde… peut-être. Et soudain, il le voit, étendu sur le manteau neigeux d'une petite partie de la forêt.

Après l'avoir réveillé et aider à monter avec lui sur le dos du cheval, ils se mettent tous les deux en direction de leur maison avant d'y entrer. Sans se douter un seul instant que le bonhomme de neige devant leur porte n'est pas tout à fait… innocent.

En effet, une fois la porte refermée, le bonhomme de neige tremble, se secoue jusqu'à laisser apparaître la tête de Michel, maintenant virée au bleu avec le froid qui s'empresse de partir prévenir Lucifer.

-Ah enfin, ils sont là ! Dit-il en s'éloignant.