Lorchen accueillit Jack et Sam avec un immense sourire. Ils avaient quitté leur maison bien avant le réveil de Daniel. Ils étaient partis alors que le soleil ne donnait pas le maximum de sa chaleur et que ses rayons ne les aveuglent.

Ils n'avaient pas reparlé de ce qu'il s'était passé la veille. Sam, elle-même, ne voulait pas vraiment revenir là-dessus. Elle refusait tout simplement de savoir pourquoi il n'y avait que Jack et elle qui pouvaient tirer quelque chose de Ghayth et Lorchen.

Au regard plus que chaleureux que leur adressa celle-ci, Jack comprit que Brix n'avait pas fait de confidences sans contre-partie. Daniel avait dû payer sa curiosité avec le récit de leurs propres vies.

- Bonjour, salua Lorchen. Ghayth est sous la douche. Je suppose que c'est à lui que vous voulez parler ?

Décidément, Lorchen ne finirait jamais de les surprendre. Alors qu'ils s'attendaient à une dérobade, elle leur donnait immédiatement ce qu'ils désiraient.

Jack et Sam s'installèrent côte à côte dans le salon, la maîtresse de maison leur faisant face. Elle se tourna vers le cour. Suivant son regard, ils purent apercevoir la silhouette de Ghayth sortir d'un cabanon. Les gouttes d'eau tombant sur le sol chaud dessinaient des tâches sombres qui le suivirent jusqu'à sa maison.

- Il ne devrait pas tarder à revenir maintenant, indiqua Lorchen. Nous savions que vous viendriez.

- Pourquoi ne nous avoir rien dit tout de suite ? s'étonna Jack

Lorchen eut un sourire désarmant qui empêcha Jack et Sam de lui en vouloir.

- Ghayth n'aime pas en parler, expliqua-t-elle. Et tous ont déjà pris la décision de mourir.

Elle haussa les épaules et la fragile robe qu'elle portait se colla à sa peau déjà mouillée par la sueur. Devant le silence de Jack et Sam; elle se leva les invitant à la suivre.

- Il doit avoir fini maintenant.

Quand elle entra dans la cour, Ghayth sortait après s'être habillé à la va-vite. Il attacha ses cheveux dégoulinants avec un ruban de soie rouge. Jack ne l'avait jamais vu aussi sérieux. Il serait apparemment difficile de le convaincre de se confier.

- Excusez-moi mais je voudrais parler à Lorchen, dit-il gravement.

Il lui fit signe de s'approcher de lui mettant à l'écart Jack et Sam qui les observaient avec suspicion. Ils paraissaient tous deux déterminés mais pas autant que les deux soldats.

- Vous croyez que Lorchen sait quelque chose ? demanda Sam en se tournant vers Jack

Il regarda Ghayth se pencher un peu plus vers elle pour veiller au caractère confidentiel de leur conversation.

- Cela ne fait aucun doute, répondit Jack. Il la met sûrement en garde contre nous.

- Elle doit être plus faible que lui, en déduisit Sam.

Jack n'était pas d'accord. Lorchen écoutait avec grande attention ce que Ghayth lui murmurait à l'oreille. Elle secoua la tête pour montrer qu'elle comprenait puis prit la parole sans jamais le quitter du regard. Avec assurance, elle posa sa main sur sa bouche pour l'empêcher de l'interrompre. Elle en arriva même à le saisir doucement par les épaules comme pour le rassurer. En aucun cas, elle ne semblait pas pouvoir faillir et Ghayth le voyait bien.

- Il voudrait la protéger en ne la mêlant pas à cela, révéla Jack.

Sam fronça les sourcils. Jack paraissait ailleurs et fixait intensément Ghayth et Lorchen comme s'ils étaient très loin d'eux alors qu'ils n'étaient qu'à quelques mètres.

- Pourquoi veut-il faire ça ? demanda la jeune femme ne comprenant rien

Jack se tourna vers Sam et son regard la troubla.

- Parce qu'il sait qu'elle est son point faible. Et qu'il ne veut pas qu'on lui fasse du mal à cause de cela.

Sam resta sans voix quelques secondes. Elle s'apprêtait à dire quelque chose mais Lorchen s'avança vers elle avec son habituel sourire.

- Venez, major Carter. Vous n'avez pas encore eu l'occasion de voir comment fonctionne la production de pierres.

- Mais attendez ! l'interrompit Sam tandis que Jack rejoignait Ghayth. Mon colonel ?

Jack se retourna vers elle avec un air surpris. Toute l'émotion qu'elle avait vue dans ses yeux quelques secondes auparavant avait disparu.

- Qu'y a-t-il Carter ?

- Rien, mon colonel. Rien…

- Nous nous retrouvons tout à l'heure ?

- Bien, mon colonel.


Sam observait sans réel intérêt les pierres à différentes stades que lui désignait Lorchen. Elle-même n'était pas très concentrée sur ce qu'elle disait ou faisait. Les deux femmes étaient plus préoccupées par la discussion apparemment agitée qu'avaient Jack et Ghayth au dehors. Mais de l'atelier, elles ne pouvaient entendre que leurs éclats de voix. Le regard de Sam s'arrêta alors sur la douche de laquelle Ghayth était sorti auparavant. Elle n'avait pas tout de suite remarqué l'ingénieux système de récupération et d'épuration d'eau qui permettait de faire la vaisselle et de faire survivre quelques plantes.

- C'est Ghayth qui a installé ça ?

- Oui, ça a permis de libérer les pièces d'eau des deux maisons, expliqua Lorchen. C'est plus pratique.

- Ça permet également de faire d'importantes économies d'eau ! remarqua Sam

- Probablement.

Plus en apprenait sur Ghayth et Lorchen, plus Sam découvrait à quel point leurs discours et leurs actes étaient contradictoires. Lorchen se comportait, comme toujours, comme si elle ne comprenait pas.

- Ghayth pense que c'est mieux et c'est tout ce que j'ai besoin de savoir, se justifia-t-elle.

En voulant s'asseoir dans le fauteuil face à Sam, elle trouva un pantalon appartenant vraisemblablement à Ghayth. Elle fronça les sourcils en découvrant un trou au milieu du genou. Elle évalua les dégâts et soupira. Sentant le regard soupçonneux de Sam sur elle, elle eut un sourire nullement gêné.

- Ghayth est très négligent avec ses affaires et moi très lente à tout réparer ! se plaignit-elle. Je ne peux pas faire un pas dans cette maison sans tomber sur un de ses vêtements à recoudre !

Les yeux de Sam étant toujours fixés sur elle, Lorchen eut un visage surpris.

- N'allez pas imaginer des choses. Il n'y a rien entre Ghayth et moi.

- Je vous crois, répondit Sam.

Lorchen ne paraissait pas convaincue. Il était vrai que son comportement prêtait à confusion et qu'elle trouvait même un malin plaisir à cultiver l'ambiguïté.

- Ghayth passe pratiquement tout son temps ici, lui apprit-elle. Il travaille et mange avec moi touts les jours de l'année. Autrefois, ce que nous appelons ma maison était la totalité de l'atelier. Mais après la mort de mon mari, je me suis installée là pour ne plus faire face à mes souvenirs.

La douleur de Lorchen ressortait de la totalité de son être. Sa peine était si perceptible et palpable que Sam la sentait s'insinuer en elle.

- Cela a dû être une période très dure, compatit la jeune femme d'une voix douce.

- Oui, effectivement, acquiesça Lorchen. J'ai bien cru que je ne m'en remettrai jamais. S'il n'y avait pas eu la production de pierres à gérer, je ne serais probablement pas là.

Sam soupira en retrouvant les mêmes grandes lignes d'une histoire qu'elle connaissait bien. Si on ne l'avait pas contacté pour participer à la première mission sur Abydos, Jack se serait tué. La jeune femme osa alors superposer les deux vies.

- Vous vous sentez coupable ? murmura-t-elle

Lorchen fut surprise de la clairvoyance de la jeune femme. Son visage s'assombrit.

- Mon mari est mort en voulant me sauver. J'ai perdu mon enfant car je ne lui ai pas prêté assez d'attention tellement j'étais désespérée.

Elle ferma les yeux comme pour chasser ces tristes pensées de sa tête.

- Je parle beaucoup trop ! s'écria-t-elle de nouveau gaie. Je dois vous ennuyer !

Sam eut un sourire bienveillant.

- Je vous trouve trop injuste avec vous-même. Vous avez dû faire preuve d'un immense courage pour surmonter tous ces événements.

- Peut-être auriez-vous été plus forte, fit remarque Lorchen. Vous paraissez… infaillible.

Sam secoua la tête touchée par ce compliment.

- Tout le monde a ses fantômes.

Sans même vraiment se demander si Lorchen voulait le savoir ou si cela ne paraissait pas un peu déplacé, elle commença à raconter les différentes blessures de sa vie : la mort de sa mère, sa relation avec son père, la places des hommes dans sa vie. Lorchen fut une auditrice attentive et lui confirma par petites touches à quel point leurs vies se ressemblaient. Ghayth, adolescent, avait perdu son père, sa mère avait pratiquement voué sa vie au taillage de pierres précieuses.

Sam n'avait même plus à être surprise. Toutes ces coïncidences devaient sûrement avoir un sens mais elle refusait de le chercher.

Jack apparut alors dans son champ de vision. Il paraissait en colère. Elle n'eut même pas à prononcer un mot ou à faire un geste. Il la vit et lui demanda d'un simple regard si tout allait bien. Elle le rassura au mieux et il repartit tel un taureau dans une arène.

- Ghayth a l'air têtu, constata-t-elle.

- Il l'est, confirma Lorchen. Mais peut-être pas autant que le colonel O'Neill.


Ghayth se tenait immobile en plein soleil. Il observa Jack s'éponger lentement le front. La chaleur diminuait ses capacités de concentration et d'argumentation et les deux hommes le savaient. Jack passa sa main dans ses cheveux et repartit à l'attaque.

- Vous étiez scientifique ! s'exclama-t-il. Vous devez nous aider à faire quelque chose !

Ghayth paraissait évoluer sur une autre planète tant il restait impassible devant le discours de Jack.

- Ils n'ont pas voulu de mon aide quand je la leur ai proposée, déclara-t-il calmement. Je ne vois pas pourquoi ils en voudraient aujourd'hui.

- Nous, nous la voulons ! répliqua Jack. Pour vous sauver tous !

- Ils sont persuadés qu'ils vont mourir, se justifia Ghayth. Si vous les sauvez, vous allez les briser.

- Je veux leur donner un choix entre la vie et la mort ! rétorqua Jack. Et non pas entre la noyade et la déshydratation !

- Ils ont déjà fait ce choix.

Jack retint son envie de prendre la tête du jeune homme et de la frapper contre un mur.

- Vous avez imaginé ce qu'il va se passer ? lui demanda-t-il hargneux. Vous savez comment la fin va se dérouler ?

Ghayth ferma les yeux. Il était plus las qu'il n'en avait l'air.

- Tout a été organisé au mieux, expliqua-t-il placidement. Nous mourrons le moins douloureusement possible.

Jack leva les bras au ciel en signe de reddition.

- Tout est préparé ! s'écria-t-il. Peut-être que vous avez établi une liste pour savoir qui partira le premier ! Selon vos préférences ! Après une longue conversation, bien sûr ! Vous êtes bien placés, Lorchen et vous ?

- Arrêtez, le pria Ghayth. Cela ne sert à rien. Ils veulent mourir.

- Mais vous ! s'emporta Jack. Que voulez-vous ?

Ghayth avala sa salive avec difficulté. Jack avait enfin réussi à l'atteindre.

- Je ne veux pas mourir, avoua-t-il. J'ai de nombreuses choses à faire avant.

Le jeune homme regarda Jack avec désinvolture.

- Mais je mourrai avec les autres comme nous l'avons tous décidé, ajouta-t-il avec un air de défi.

Jack lui tourna le dos pour lui montrer son désaccord et lui dissimuler à quel point il était désespéré. Il comprenait les motivations de Ghayth mais ne pouvait le laisser croire que ce qu'il faisait était juste.

- Vous savez très bien pourquoi ils ont accepté l'idée de mourir ! dit-il en le désignant du doigt méchamment. Ils sont incapables de prévoir quand ça arrivera et d'évaluer le temps qu'il leur reste ! Leur mort est une chose abstraite !

Ghayth restait de marbre. Jack sut alors qu'il ne pourrait pas obtenir tout de lui en une seule fois.

- Si vous ne pouvez pas les aider, donnez-leur au moins la chance de prendre conscience de ce qu'ils vont perdre !

Ghayth fixait maintenant la fenêtre de l'atelier où se trouvaient Sam et Lorchen.

- Ils vont être perdus.

- Ils auront un vrai choix !

Le regard perdu de Ghayth se plongea dans celui de Jack. Le colonel ne faillit pas et le jeune homme finit par baisser les yeux.

- Je vais appeler Lorchen et le major Carter, déclara-t-il alors. J'aurai besoin de leur aide pour faire l'évaluation.


- Alors Carter ? Ça avance ?

Le colonel O'Neill se tenait sur le pas de la porte du labo les mains négligemment dans les poches comme à son habitude. L'heure était grave mais Sam voyait dans ses yeux une étincelle de malice propre aux enfants.

- Je fais ce que je peux, mon colonel, répondit-elle.

Elle consulta sa montre et constata avec effroi que deux heures s'étaient déjà écoulées depuis qu'elle était arrivée ici.

- Vous avez prévenu le gouverneur ? s'informa-t-elle

Jack fit la moue et s'avança jusqu'au bureau où elle travaillait.

- Il n'était pas très content de notre projet, lui apprit-il, mais Daniel et Teal'c l'ont convaincu que ce n'était pas une si mauvaise chose. Toute la ville attend le diagnostic maintenant.

Il fit un rapide tour de la pièce des yeux.

- Où sont Ghayth et Lorchen ?

Sam désigna du menton la fenêtre d'où l'on pouvait distinguer deux silhouettes au loin penchées vers le sol.

- Ils font des derniers prélèvements, indiqua-t-elle. Brix est avec eux. Elle est en totale admiration devant Ghayth. Et cela est parfaitement justifié. Je ne comprends pas comment ils ont pu le laisser partir !

Jack acquiesça lentement et s'intéressa à ce que la jeune femme faisait. Sam consultait un ordinateur et semblait formuler des hypothèses à partir de cela compte tenu des feuilles griffonnées devant elle.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il

- Un résumé en images de la situation actuelle faite par Ghayth, expliqua-t-elle.

La jeune femme soupira en regardant l'écran.

- C'est beaucoup plus complexe que je ne le croyais.

- Aucune chance pour que je comprenne alors ? supposa Jack

Sam lui fit un immense sourire.

- Je ne pensais pas à une difficulté d'ordre scientifique, mon colonel, répliqua-t-elle. Il s'agit de l'attitude à adopter.

Elle l'invita d'un signe de tête à la rejoindre près de l'écran. Le bureau n'étant fait que pour une seule personne, il se posta derrière elle. Ensuite, elle fit glisser ses doigts sur l'image de la planète et une démo s'anima.

- Otupia se trouve ici, indiqua-t-elle. Après de longs calculs, Ghayth a estimé que la mer à l'origine de la pluie se trouvait à l'opposé même du globe. L'atmosphère de ce monde est différente en ce que les nuages semblent détecter la population d'Otupia et font pleuvoir.

L'écran montrait maintenant une reconstitution des grandes inondations qui avaient eu lieu vingt ans auparavant. La main de Jack toucha les nuages.

- Mais comment y a-t-il pu avoir autant de pluie ? s'étonna-t-il

Sam avait dû se retenir pour ne pas sursauter en sentant le souffle chaud de Jack près de son oreille et le mouvement de ses lèvres l'effleurant. Elle prit quelques secondes avant de répondre.

- C'est comme si les nuages se formaient sans discontinuer et qu'ensuite ils se dirigeaient droit sur Otupia. Il n'y a aucune explication à ce phénomène.

Ses doigts parcoururent de nouveau l'écran pour mettre de nouveau en marche l'animation.

- Ghayth a prévu que la prochaine pluie arriverait dans deux ans, poursuivit-elle. Cela arrive par cycles dont la durée a tendance à se réduire et d'une intensité proportionnelle à la sécheresse. S'il faut croire ce que les dernières observations, ce sera… apocalyptique.

- Je suppose qu'il n'y a pas d'arche de Noé ?

Sam appuya sur une nouvelle icône touchant par là la main de Jack. Il ne bougea pas et leurs doigts restèrent collés tandis que des données apparaissaient.

- Il pleuvra pendant trois mois entiers, lut-elle. Nuit et jour. Ils n'auront aucune chance.

La voix de Sam était chargée d'émotion. Jack comprenait la jeune femme. Qui ne l'aurait pas été en voyant ce peuple disparaître ?

- Nous allons trouver une solution, Carter.

Comme pour confirmer ses propos et aussi la rassurer un peu plus, ses doigts entrelacèrent les siens lentement. Ce geste était fait avec tellement de naturel que la jeune femme ne se déroba pas. Elle alla même jusqu'à presser un peu plus sa mains contre la sienne. Leurs regards se rencontrèrent dans le reflet de l'écran intensifiant leur contact et le flot de sensations échangé.

Le coup frappé à la porte par Brix les ramena brusquement à la réalité. Leurs mains se délièrent brusquement.

- Ils ont fini, annonça brièvement la jeune scientifique. Ils n'attendent plus que vous.

Jack et Sam suivirent docilement Brix à l'extérieur. Ghayth et Lorchen, debout parmi les habitants d'Otupia, paraissaient totalement perdus. Non loin d'eux, Teal'c, Daniel et le gouverneur attendaient avec inquiétude. Étrangement, les gens autour d'eux ne ressentaient, au prime abord, aucune crainte. Ils discutaient avec désinvolture patientant comme avant le début d'un spectacle.

Ghayth eut un léger mouvement de la tête en voyant Jack et Sam arriver, faisant Lorchen se tourner vers eux. Le jeune homme semblait demander un consentement ou une part supplémentaire de courage. Jack lui rendit son salut. Le gouverneur monta alors sur une lourde pierre pour être vu et entendu de tout le monde. Jack et Sam se frayèrent un chemin afin de rejoindre le reste de leur équipe.

- Silence, s'il vous plait !

Le gouverneur dut patienter quelques secondes avant d'obtenir le calme.

- Vous n'êtes pas sans savoir le sort qui nous est réservé à tous, exposa-t-il. Aujourd'hui, Ghayth, l'ancien chef des scientifiques, a jugé bon de nous faire connaître quand la fin surviendra.

A ces mots, l'assistance, se fit la plus attentive possible. Le gouverneur invita Ghayth à le rejoindre. Le jeune homme grimpa à son tour.

- J'ai fait une évaluation des réserves d'eau et des nappes phréatiques et j'ai comparé le résultat avec notre consommation actuelle d'eau.

Il fit une pause.

- Je ne vous cacherai pas la vérité plus longtemps : il nous reste un an.

La population resta muette tandis que le gouverneur fermait les yeux sous le choc. Mais ce que Sg-1 avait cru être de la tristesse se révéla être de la joie.

- Nos connaissances vont être sauvées, rassurez-vous ! s'écria-t-il

Alors, les Otupiens réagirent par diverses exclamations de soulagement. Même Brix, tout sourire, serrait dans ses bras celui qui devait être son époux sans ressentir aucune peine quant à la vie de son futur enfant. Sg-1 regarda avec stupéfaction la foule peu à peu se disperser pour retourner à ses occupations habituelles.

Sam sentait presque le souffle lui manquer en les voyant tous accepter l'échéance sans une plainte, sans la moindre trace de désespoir. Cette terre aride serait leur tombeau et le soleil ardent celui qui leur donnerait la mort les uns après les autres.

Apercevant Ghayth et Lorchen s'éloigner, Jack courut après eux malgré la chaleur cassante.

- Attendez ! Attendez !

D'un même mouvement, les deux autochtones se retournèrent. Le temps que Jack se remit de sa course, Sam, Teal'c et Daniel étaient arrivés à leur hauteur. Ghayth eut un regard dénué de toute expression.

- Je vous avais dit que ça n'allait rien changer, dit-il calmement.

- Il fallait le faire, se justifia Jack. Peu importe le résultat.

Lorchen prit une longue inspiration et tous purent réaliser qu'elle avait été énormément touchée par l'annonce. Elle devait être la seule parmi les Otupiens.

- Il a fait ce que vous vouliez, laissez-nous maintenant, supplia-t-elle. Je vous en prie…

La panique envahit les yeux de Ghayth tant il était désemparé devant l'émotion de Lorchen. Il prit sa main dans la sienne et la serra à lui faire mal. Elle releva la tête et il lui fallut deviner un imperceptible sourire sur ses lèvres.

- Pourquoi ne pas leur avoir proposé d'économiser sur leur consommation d'eau ? s'étonna Sam

Ghayth eut un rire nerveux.

- Ils n'auraient jamais été d'accord et vous le savez aussi bien que moi, répondit-il. Ne me prêtez pas plus de talent que je n'en ai, major Carter.

- Arrêtez de faire le modeste, Ghayth ! s'exclama Jack en colère. Vous pourriez les sauver !

Lorchen regarda le jeune homme avec autant de surprise que de timidité. Il secoua la tête avec force. Lorchen, résignée, ferma les yeux.

- La vérité est que je ne le peux pas, avoua-t-il. Et nous n'avons pas assez de temps pour les faire changer d'avis.

Sans même attendre une réponse, Ghayth entraîna Lorchen sur le chemin de leur maison. Elle leur adressa un dernier sourire désolé avant qu'ils ne disparaissent à l'horizon.

- On ne peut pas les laisser faire, déclara Daniel.

Jack fixait toujours la direction que Ghayth et Lorchen avaient prise. Jamais une telle détermination n'avait brillé dans ses yeux.

- Il est hors de question de les laisser mourir ! se convainquit-il. Carter ! En route !

La jeune femme obéit sur-le-champ. La vie des Otupiens lui tenait à cœur et elle voulait découvrir la teneur exacte des liens entre Ghayth et Lorchen.

- Nous allons venir avec vous, décida Daniel. Nous ne serons jamais assez de quatre pour persuader Ghayth de nous aider.

Comme Teal'c le prévoyait, la réaction hostile de Jack ne se fit pas attendre.

- Daniel ! Je ne vous demanderai qu'une seule faveur ! Laissez-nous nous occuper seuls de cette affaire !

L'archéologue voulut dire quelque chose mais Jack l'interrompit fermement.

- S'il vous plait.

Daniel fit signe qu'il acceptait et Jack et Sam disparurent à leur tour. Le jeune homme se tourna vers Teal'c.

- Leur comportement commence à m'inquiéter, admit-il.

- Vous n'avez pas à l'être, rassura le Jaffa. Ils ne risquent rien. Ils vont seulement apprendre.